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Exbrayat, Elle avait trop de mémoire

Voici le tout premier roman de l’auteur prolifique qui fut successivement élève médecin, auteur dramatique et journaliste avant de se vautrer – avec humour et délices – dans la fange du crime. Exbrayat invente le personnage haut en couleur (1m70) et large de vues (230 livres) de l’Inspecteur Chef du Yard George-Herbert Morgan, surnommé évidemment Fatty. C’est que l’Anglais fringuant est tombé amoureux de la France, de sa cuisine et de ses vins. Il visite auberges et restaurants durant ses congés et entretient une correspondance culinaire avec tous les toqués du continent. Comme tous les Inspecteurs chef, il est flanqué d’un jeune sergent, le beau Clarence Bredford, qui découvre à chaque fille qu’il lève la femme de sa vie. C’est dire combien ces personnages typés vont agrémenter l’histoire.

Car il y a crime, et même crimes successifs. Qu’à chaque fois la nouvelle fiancée du Clarence éperdu de fonder un nid découvre avec lui, car elle ne veut pas le lâcher, et rompt après s’être évanouie. Dans ces années cinquante, on ne badinait pas avec l’amour. Il n’y avait de sexe admis que dans le mariage, rien avant sauf chez les putes, et les jeunes hommes fringuant devaient de réfréner, assoiffés de désir. Les choses ont bien changé, même s’il faut aujourd’hui signer un contrat de consentement devant témoin avant de pénétrer la fille.

Mais le crime se fait attendre. Il reste ignoré jusqu’à ce que – par hasard – un compagnon de jeu (de bridge) au pub, Moriss, ne rentre pas chez lui. Les compères informent Fatty Morgan que sa femme se désespère, qu’elle demande que lui, l’inspecteur, le fasse chercher. De fil en aiguille, Morgan va découvrir qu’il y a une femme sous l’affaire, l’ex-bonne du couple Phyllis devenue la maîtresse du mari ; que son épouse le savait bien ; qu’elle connaît même son adresse…

A laquelle adresse la beau Clarence, flanqué de sa dernière fiancée d’un soir (la femme de sa vie), découvre le cadavre égorgé de Phyllis dans une mare de sang. Gloups ! Moriss introuvable, qui avait rendez-vous, est le vraisemblable coupable. Mais ce serait trop simple. Il faut donc retrouver Moriss pour écouter ce qu’il a à dire, mais aussi chercher auprès des amies de la victime.

Justement Dora se souvient. Elle a vu brièvement son amie Phyllis chez elle, qui attendait un rendez-vous. Elle n’est donc pas restée mais a croisé dans l’escalier un homme qui montait et sifflotait une chanson qui lui dit quelque chose, mais dont elle ne parvient pas à retrouver quoi. Le meurtrier est probablement le siffloteur et tout le cabaret de La pomme de pin, tenu par le couple Longhins, est en haleine.

C’est justement entouré de ses compères et en présence du cabaretier et de sa femme, que Fatty Morgan apprend d’un clochard que Dora s’est souvenue de la chanson, qu’elle est allée du Yard où Morgan ne se trouvait pas, qu’on lui a ri au nez et qu’elle attend que l’inspecteur vienne la trouver pour lui dire. Lorsqu’il parvient à joindre Clarence, qui est le seul à avoir noté l’adresse de Dora sur son calepin et qui convole en juste fiançailles avec une autre femme de sa vie, il est trop tard. Le jeune sergent et sa belle découvrent le cadavre égorgé de Dora dans une mare de sang. Gloups ! Le meurtrier savait – et ce n’est pas Moriss, retrouvé et gardé à vue depuis des heures. Reste le clochard qui n’a pas dit tout ce qu’il savait peut-être. Mais trop tard, il est égorgé lui aussi. Gloups !

Déduction des petites cellules grises, bon sang mais c’est bien sûr ! Le coupable est l’un des quatre présents lorsque l’inspecteur a été informé par le clochard de la chanson de Dora. Reste à prouver lequel. Un piège est tendu, le suspense à son comble. Pas mal pour un premier roman !

Charles Exbrayat, Elle avait trop de mémoire, 1957, Le Masque 1976, 192 pages, occasion €1,16

Charles Exbrayat déjà chroniqué sur ce blog

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Exbrayat, Vous manquez de tenue Archibald !

Charles Hubert Louis Jean Exbrayat-Durivaux est né et mort à Saint-Étienne. Il a vécu le XXe siècle presque en son entier, sortant de ce monde juste avant la chute de l’URSS. Il a tâté la médecine, été journaliste, s’est investi dans la Résistance, a écrit du théâtre… et des romans policiers, notamment la série des Imogène.

Sans être écrivain d’action, Exbrayat excelle dans les situations cocasses, comme au théâtre. Il fait du vaudeville dans l’espionnage et cela divertit. Ruth Truksmore, jeune femme qui s’est faite toute seule, est fière de son petit appartement coquet à Chelsea. Elle travaille comme chef du personnel d’une société cossue, Woolwerton. Mais chaque matin elle trouve dans son bureau le vase garni de fleurs. Qui est le mystérieux galant qui lui fait ce cadeau ?

Après enquête, elle découvre qu’il s’agit de Sir Archibald Lauder, baronnet et bel homme issu d’Oxford avec l’accent, la culture littéraire et les muscles qui en sont l’estampille. Il travaille dans la même société mais semble n’y pas faire grand-chose. Être appelée Lady est un rêve qui couronnerait la carrière de la jeune femme, mais l’aime-t-elle ? Elle hésite, le baronnet vit chez sa maman, mais une visite à la digne dame la décide. Lui l’aime plus que tout, ils se marient.

Mais Ruth n’a pas tout dit à son mari : elle travaille pour le MI5 en secret et une mission l’appelle à Vienne, en Autriche, où un réseau anglais de passeurs pour Hongrois dissidents vers l’Ouest est mis à mal par les services soviétiques. Un agent est mort, il s’agit de savoir quel est le maillon faible de la chaîne. Ruth doit aller à Vienne mais son mari n’entend pas la laisser seule. Juste mariés, ils s’envolent en voyage de noce dans la capitale autrichienne et jusqu’à Graz, petite ville pittoresque de la frontière où un cordonnier sert de relai.

Archibald est infatué de sa personne, de son rang et de la race anglaise. Il ne ne croit pas au monde vil des espions, ni que sa femme puisse fréquenter de tels gens qui ne se conduisent jamais en gentlemen. Le sir est un éléphant au milieu du magasin de porcelaines et bavarde à tout va sur sa femme espionne et sur les désagréments d’une agression où lui a dû se défendre à coup de hache contre un malappris. Ruth en est désespérée, au point de regretter le mariage. Ah, l’officier Lowdham, courageux et précis, est autrement mieux adapté au métier ! Elle en tombe amoureuse, comme toutes les femmes qui l’approchent.

Mais les meurtres s’accumulent curieusement autour d’elle ; elle ne peut faire un pas ou dire quoi que ce soit sans que quelqu’un succombe. Le commissaire de police autrichien en est ébahi, même si le sir mari lui tient la dragée haute.

C’est une histoire de trahison sur fond de jalousie et de fric qui va mal finir pour l’espion renégat. Mais pas sans que les yeux de Ruth se décillent et qu’elle voit autrement son sir Archibald de mari ! Une surprise pleine d’humour qui termine en beauté ce court roman pétillant où la psychologie joue plus que l’action.

Charles Exbrayat, Vous manquez de tenue Archibald !, 1965, Editions du Masque 2002, 192 pages, €1.03

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