Prince Vaillant de Henry Hathaway

Un roi viking de Scandie (Donald Crisp) s’est fait déposséder de son trône parce que devenu chrétien. Il s’est exilé en Grande-Bretagne et a bâti un superbe château sur une île de la côte dont seul le roi Arthur (Brian Aherne), qui l’a accueilli, sait l’emplacement. Le roi félon Sligon (Primo Carnera) n’a de cesse que de le rechercher pour consolider son pouvoir par sa mort grandiose avec son fils dans un bûcher sur une croix. Un fidèle de cet ancien roi (Victor McLagen), vient le prévenir qu’il vaut mieux fuir. Le personnage est une « gueule » : large carrure et poitrine nue sous une casaque de cuir, barbe broussailleuse, hache à la main et casque cornu sur la tête, il joue le viking de caricature.

Mais l’ex-roi se contente d’envoyer son unique fils, le prince Vaillant (Robert Wagner, 23 ans au tournage), à la cour du roi Arthur afin de le protéger mais surtout pour qu’il devienne chevalier de la Table ronde. Le jeune homme, coiffé en page, est un peu envolé mais très physique, s’élançant à la traction des bras plutôt que de monter un escalier, dévalant la tour de guet à la corde plutôt que d’emprunter le colimaçon. Il n’hésite pas à ôter sa tunique ouverte jusqu’au sternum pour plonger torse nu dans les eaux glacées de la mer du Nord et joindre le bateau viking du fidèle qui vient les prévenir.

Le voilà donc parti chercher l’aventure dans ce moyen-âge où le merveilleux côtoie le sordide, dans un paysage campagnard vide d’hommes où des hardes de biches paissent en toute liberté. Sa barcasse minuscule dissimulée dans les roseaux de la rive, le jeune homme se cache en entendant du bruit. C’est un chevalier noir qui passe à cheval, heaume fermé et lance en main, accompagné d’un écuyer. Il est mystérieux et inquiétant. Un peu plus loin sur la côte, Vaillant aperçoit le chevalier en grande discussion avec un ban de vikings dont les esnèques (on ne dit pas « drakkar », invention du XIXe) sont mouillés sur le bord. Il entend que le roi félon promet mille mercenaires pour aider à combattre Arthur.

Mais le léger jeune homme qui espionne fait céder sous lui le pan de falaise et s’écroule au pied du chevalier noir. Les chevaux s’affolent et l’écuyer est désarçonné ; Vaillant aussitôt enfourche la monture et s’élance, poursuivi par le noir. Il ruse en se suspendant à un arbre mais un archer surgi de nulle part lui envoie des flèches bien ajustées. Vaillant se résout à plonger dans un lac et il reste sur le fond, respirant par un roseau de la rive qu’il a coupé. Le chevalier noir le cherche un moment mais ne le découvre pas.

Ruisselant, le prince repart à pied et sans armes vers la cour d’Arthur. Rencontrant un autre chevalier caparaçonné comme le précédent mais en vert et or, il le descend d’un coup de pierre – ruse de viking – puis découvre qu’il s’agit de sire Gauvain (Sterling Hayden), un homme en qui son père a toute confiance. Mené à la cour au château de Camelot par le chevalier indulgent, il devient son écuyer malgré la demande pressante de sire Brack (James Mason), un bâtard de la même lignée qu’Arthur et chevalier de sa table, qui aurait bien voulu s’attacher le jeune viking. Celui-ci, pour devenir chevalier, devra d’abord s’entraîner et prouver par ses exploits qu’il en est digne.

Le film, inspiré (assez librement) d’une bande dessinée de Harold Foster célèbre dans les années quarante, est l’aventure initiatique qui permet au jeune homme de devenir adulte : la quête, les épreuves, le triomphe, la reconnaissance. Il s’entraîne au tournoi, dénonce le traître de la Table ronde, tue le roi félon, délivre son royaume, est armé chevalier par le roi Arthur lui-même, et épouse la belle blonde (Janet Leigh) qui l’a recueilli et soigné lorsqu’il a pris une flèche dans l’épaule droite. Quant à sire Gauvain, il épouse la sœur (Debra Paget).

Le film est joyeux, enlevé, dynamique, tout empli de jeunesse et d’action, dans un esprit d’honneur chevaleresque qui rend nostalgique d’un autre temps. Il se regarde avec un grand plaisir. Certes, le cinémascope et le technicolor en rajoutent dans le grandiose, l’incendie du château viking et le duel aux épées trop brillantes devant le trône d’Arthur sont un brin clinquant, le carton-pâte résonne parfois drôlement dans les bonds des acteurs, mais la fougue et l’agilité, l’initiative et l’intelligence du jeune premier, emportent l’adhésion. Le cinéma renoue avec le livre d’images médiéval ; nous sommes dans la geste plus que dans le western.

DVD Prince Vaillant (Prince Valiant), Henry Hathaway, 1954, avec James Mason, Janet Leigh, Robert Wagner, Sterling Hayden, Debra Paget, Movinside (Twentieth Century Fox) 2018, 1h36, standard €16.99 blu-ray €19.99

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