Maxime Chattam, In tenebris

Le beau brun Josh Brolin, formé au FBI puis entré dans la police de Portland, l’a quittée après avoir vu tuer sous ses yeux son amour naissant (voir L’âme du mal). Il est devenu indépendant, détective privé spécialisé dans les enlèvements. Sa dernière enquête le mène à New-York, six mois après les attentats du 11-Septembre. Rachel, étudiante d’une vingtaine d’années, a été enlevée sans laisser de traces et ses parents payent pour en savoir plus.

De ce fil ténu, Brolin tire tour un écheveau. Ce ne sont pas moins de 67 personnes, hommes, femmes et enfants, qui ont disparues ! La police de New York (NYPD) est intriguée par une femme scalpée qui court entièrement nue dans les rues un soir d’hiver glacial. Elle fuit l’Enfer, rien de moins. Recueillie à l’hôpital, elle reste à moitié folle. Qui l’a enlevée et pour lui faire quoi ? La violer bien sûr, mais ce serait là le moindre mal, si l’on peut dire…

Le détective Josh et la policière Annabel vont se séduire mutuellement et partager les informations. Ils se mettront en quête d’un véritable réseau de criminels dont les enlèvements n’ont pas le viol ni la torture pour unique objet. Cela fait partie du jeu mais il y a bien pire. Il ne faut pas en dire plus, sinon que l’on découvrira des statistiques effarantes (dont l’auteur assure qu’elles sont vraies) et des esprits assez tordus pour considérer leurs semblables comme du bétail. Il existerait sous New York une Cour des miracles, lieu secret et souterrain où tout ce qui est illégal peut se traiter, où les jeunes nazis cèdent des dagues d’époque « ayant servi », les vendeurs des cassettes de snuff movies où les violé(e)s meurent à la fin, les pédophiles tout un catalogue de photos et de vidéo édifiantes, les amateurs d’armes l’accès aux équipements non-répertoriés, et où les faux papiers aussi vrais que nature sont en vente libre. Le pays de la liberté est celui de tous les excès.

Les monstres seraient le prix à payer pour cette société. Brolin le profileur le décrypte : « Nous sommes bien parvenus à transformer l’amour en bien de consommation. Accumuler les ébats, les proies, se marier à la va-vite, comme ça, par folie, pour changer aussitôt. » Quelle éducation un tel monde peut-il assurer ? « Un enfant qui a grandi seul, nourri de la violence de la télé, des médias, du cynisme ambiant, et dont personne n’a jamais entendu les cris de peur, de désespoir, de solitude. (… Il) a grandi avec ce modèle de consommation où le pouvoir réside dans ce que l’on possède, consiste à se faire soi-même en marchant sur les autres si nécessaire » p.408. Celui qui enlève a pour proie des humains ; il leur marche dessus, en fait ses objets, il les consomme.

Pire : il n’est pas seul…

Un bon thriller, différent du premier mais tout aussi palpitant, pénétrant les arcanes de la société américaine côté pile. A éviter de lire le soir si vous êtes jeune et beau ou si vous vous sentez encore belle – et n’avez pas une serrure trois points à la porte et des volets bien fermés.

Maxime Chattam, In tenebris, 2002, Pocket 2004, 596 pages, €8.60

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