
Premier roman du journaliste et Prix Pulitzer pour les émeutes de Los Angeles en 1992. Il y fait naître son flic, Hiéronymus Bosch (Harry dans la vie courante), nom donné par sa mère au vu d’une peinture du célèbre des flamand Jérôme Bosch (Hiéronymus en latin). Mort en 1516, il était l’illustrateur d’allégories morales contre le péché. Harry Bosch est membre du PD de Los Angeles. C’est un ancien de la guerre du Vietnam, engagé dès sa sortie des foyers à 18 ans après que sa mère, qui putassait, ce soit fait trucider dans une reuelle lorsqu’il avait 11 ans. Harry faisait partie des rats de tunnel, cette unité chargée d’explorer et de faire sauter les réseaux souterrains creusés par l’armée Vietnamienne.
C’est justement un rat qui a été retrouvé dans les égouts par un adolescent de 17 ans qui signe Sharkey et se prend nu en photo polaroid pour aguicher des pédés et se faire du fric. Le rat de tunnel Billy Meadows était copain de Bosch au Vietnam ; il reconnaît ses restes, étant de garde ce soir-là à la brigade criminelle du commissariat de Hollywood. En retrouvant une photo de l’équipe du Vietnam, tous torse nu devant l’appareil, il se demande ce qui l’a amené là. Il fait le rapprochement avec un cambriolage spectaculaire récent de coffres bancaires en passant par le réseau de tunnels de la Compagnie des eaux de la ville. S’attaquer aux banques est un crime fédéral et le FBI s’en mêle.
Bosch un temps soupçonné, mais « c’est la procédure », parce qu’il connaissait la victime, est convié à travailler avec Eleanor Wish, agent spécial, sous la houlette de son chef John Rourke. Ils enquêtent de concert et mêlent leurs expériences, jusqu’à leurs fluides. Complémentaires, ils découvrent que Meadows a travaillé à Saïgon après la fin de la guerre, qu’il a trempé dans le trafic d’héroïne florissant là-bas, qu’il a fait de la prison, et a été réinséré à la Charly Company, une œuvre de réhabilitation par le travail agraire d’un colonel chrétien, ancien du Vietnam. Deux autres vétérans ont séjourné dans le même camp, et tous trois ont eu des liens étroits avec deux Vietnamiens immigrés en procédure accélérée après la chute de Saïgon, d’anciens policiers haut gradés de la capitale. Le gouvernement américain les a aidés à convertir tous leurs biens issus de trafics en diamants, pour mieux les emporter avec eux.
Ces valeurs n’ont pas été déposées dans les banques, soupçonne Bosch, mais dans des boites à coffres privées, non soumises aux déclarations. Ce pourquoi le casse bancaire via les tunnels a fait chou blanc, le butin des coffres percés servant de leurre pour cacher l’objectif diamants. Il n’est jamais réapparu – sauf un bracelet de jade orné d’un dauphin que Meadows avait pris et porté à un prêteur sur gage pour financer sa dope. Fatale erreur ! Le plan idéal va capoter sur cette faille. Meadows est repérable, donc éliminé ; Bosch tombe dessus par hasard et le reconnaît, il va enquêter ; ils suscite la méfiance du FBI et des Affaires internes de la Police et va être surveillé ; les deux agents, aussi cons l’un que l’autre, chargé de le suivre pas à pas vont tenter de cueillir les lauriers lors d’une souricière tendue dans une boite à coffres mise sous surveillance, car probable prochaine cible des perceurs de tunnel – ils vont tout faire foirer. Bosch va alors plonger dans le tunnel pour traquer les deux rats qui ‘y trouvent…
Un gros roman pour une enquête fouillée, dans une ville qui faisait encore rêver au début des années 90. L’auteur la connaît bien, pour l’avoir parcourue en tous sens, et connu sa faune de putes, de camés et de pédés, de gamins paumés et de flics ripoux. La fin connaît deux surprises en forme de retournements, dont je vous laisse la primeur.
Bosch aime la justice, lui qui en a peu bénéficié. Fils de pute et de père de passage, il est touché par les victimes. Ancien combattant, il sait combien la réinsertion dans la vie civile est difficile. Solitaire, il accepte mal les compromissions d’équipe, surtout dans les services de force. Très bien écrit (ce qui s’est perdu depuis chez les Yankees), ce roman renouvelle le genre policier en l’orientant vers la sociologie de la ville. On le relit sans problème, comme moi-même à vingt ans de distance, tant c’est le chemin de l’enquête qui compte, plus que la découverte du coupable.
Prix Edgar-Allan-Poe 1993 du meilleur premier roman d’un auteur américain
Michael Connelly, Les égouts de Los Angeles (The Black Echo), 1992, Livre de poche 2014, 576 pages, €9,90, e-book Kindle €8,49
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)
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