
Il avait 25 ans et c’était son second long-métrage. Stanley Kubrick s’y est fait les dents et un nom, avec un petit budget. Il a été le scénariste, le metteur en scène, le cameraman, le monteur et le producteur. Il garde tous les stéréotypes du film noir : mâle héros, femme fatale, gangster violeur. Que du simple.
Davey Gordon (Jamie Smith) est un boxeur sorti d’un ranch près de Seattle et qui a déjà gagné 88 combats. Mais, à son 89ème, il n’a plus la pêche, il se laisse battre par un Kid qui en veut. A la trentaine, il veut raccrocher, se ranger, s’installer, quitter la grande ville. Pourquoi ne pas retourner au ranch ou ses oncle et tante l’attendent ?
De son appartement tous rideaux ouverts, il observe sa voisine, tous rideaux ouverts, la blonde Gloria (Irene Kane). Elle est danseuse-partenaire, autrement dit entraîneuse dans un club de danse, et désirée ardemment par le tenancier Vincent Rapallo (Frank Silvera) qui en bon mâle des années 50, croit que tout ce qu’il veut est à lui.
Le soir de sa défaite sur le ring, retransmise sur les écrans de télé, Davey voit Gloria se faire malmener par Rapallo dans l’appartement d’en face. Le patron a bien vu que la danseuse en pinçait pour les bons muscles du jeune homme, alors que lui « est vieux et sent mauvais », comme elle le lui balance bêtement à la face. Une erreur de psychologie féminine. L’homme, atteint dans son orgueil, n’a plus qu’une idée en tête : humilier son rival et dompter la fille.



Davey se rend dans l’appartement de sa voisine, que Rapallo vient de quitter en voyant le boxeur s’apprêter à intervenir. Mais il doit pour cela monter l’escalier, passer sur le toit, et redescendre par un autre escalier : largement le temps pour le vieux de filer. Mais ni Gloria, ni Davey, ne perdent rien pour attendre. Le jeune boxeur apaise la jeune danseuse, qui lui raconte sa vie, sa mère morte lorsqu’elle lui donne le jour, sa sœur aînée Iris, qui ressemble à sa mère et préférée de son père, ballerine aérienne dont la carrière monte. Mais, à 13 ans, le père meurt à son tour et Iris « doit » se marier, seule façon pour elle d’assurer l’intendance avec sa sœur encore mineure. Elle n’a pas pleuré à l’enterrement du père et Gloria lui reproche de ne pas l’avoir aimé. Deux ans plus tard, Iris se suicide, laissant une lettre à Gloria en lui disant qu’elle l’a aimé, tout comme elle. Iris, prise de remords et désormais en âge, rend hommage à sa sœur par la danse. Sauf qu’elle n’a pas son talent et qu’elle n’a trouvé que ce petit boulot d’entraîneuse d’hommes dans un club de nuit.
Les deux jeunes, qui se sont ouverts l’un à l’autre, sans qu’on sache s’ils ont eu une relation plus intime, décident de partir ensemble de la ville. Pourquoi ne pas retourner au ranch ou ses oncle et tante l’attendent ? Nostalgie de la campagne, des relations tradis, de la vie simple. Gloria retourner au claque se faire payer sa dernière semaine de travail, tandis que Davey négocie avec son manager Albert (Jerry Jarret) le paiement de son dernier chèque en espèces. Tous doivent se retrouver en bas des marches du club de nuit.
Rapallo décide alors d’enlever Gloria de force et de faire tabasser Davey par deux sbires gangsters. Mais ils prennent Albert pour Davey et l’entraînent dans la ruelle et lui « cassent la tête », dérive qui n’était pas prévue. Davey, qui ne trouve personne au rendez-vous, revient à l’appartement de Gloria, de la fenêtre duquel il voit son propriétaire et la police qui le cherche pour le meurtre de son manager. Il décide alors de demander des compte à Rapallo et le suit en taxi à la sortie de son bouge. Il le soupçonne aussi d’être pour quelque chose dans l’absence de Gloria. Sous la menace d’un pistolet (genre Lüger), il se fait conduire à la planque et met en joue les deux malfrats.
Mais ses combats lui ont un peu embrouillé le crâne semble-t-il ; il en est resté un peu con car il laisse l’un des trois délier Gloria de sa chaise en la laissant entre lui – alors qu’il aurait dû se mettre derrière pour les surveiller tous. Il en est désarmé, tabassé, et entend dans sa demi-conscience que Gloria flatte Rapallo et lui déclare que Davey n’est rien pour elle, qu’elle ne le connaît que depuis deux jours. Une vraie pute. Rapallo emmène la fille tandis qu’un des sbires est chargé de tuer Davey. Mais il lui fait un croc en jambe et, toujours aussi con, se jette par une fenêtre, d’où il ressort à moitié assommé, avant de filer… dans une impasse, et de grimper sur un toit… sans issue. Poursuivi par Rapallo et un homme de main, ce dernier se fait une entorse en sautant d’un muret et seul Rapallo reste, avec son pistolet. Mais il le perd dans sa chute dans un entrepôt de mannequins de mode.




Grosse bagarre un peu ridicule avec les corps nus de femmes en plastique, que les deux mâles se jettent mutuellement à la face avant de saisir chacun une arme de Viking, l’un une hache, l’autre un croc. Davey, toujours aussi con, se prend un torse dans le torse au lieu de l’éviter (il avait largement le temps), laisse le vieux saisir la hache de pompier pourtant bien en évidence à sa portée, et trébuche aussi souvent que sur le ring. Un vrai ringard. Il réussit cependant in extremis à planter son croc dans le bide de Rapallo, le tuant net en « légitime défense ». Fin un peu rapide, c’est sa parole seule qui compte face aux flics, tandis que les sbires avouent être les meurtriers d’Albert.
Davey se retrouve à la gare avec sa valise pour le train de Seattle, sans espoir de voir Gloria venir avec lui, puisqu’elle l’a trahi devant Rapallo. Sauf que…
Une bonne action soutenue, malgré les caractères des personnages un peu caricaturaux et quelques invraisemblances. Davey n’est pas vraiment sympathique, il est plutôt perdu, ses rêves d’ado s’étant brisés sur la réalité de son peu de talent pour la boxe sur la durée. Gloria n’est pas vraiment sympathique, jalouse de sa sœur, se précipitant sans réflexion dans un métier avilissant, jouant des hommes en leur disant toujours ce qu’ils veulent entendre. Reste une histoire d’amour, le mythe agissant du cinéma. Et un Kubrick inventif, jonglant avec tous les métiers pour tenir son tout petit budget pour réaliser un grand film. Car il tient quand même, malgré les 70 ans passés.
DVD Le baiser du tueur (Killer’s Kiss), Stanley Kubrick, 1955 noir et blanc, avec Jamie Smith, Irene Kane, Frank Silvera, Jerry Jarrett, Mike Dana, BQHL Éditions 2023, doublé anglais, français, 1h04, €10,00, Blu-ray €18,03
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