Pierre Lemaitre, Un avenir radieux

Début un peu lent, bien que commençant par un viol à la Houellebecq dans Sérotonine, d’une préado de 10 ans. L’auteur se fait plaisir en reprenant ses personnages de la famille Pelletier, jusqu’à la caricature.

La sale bonne femme Geneviève est ainsi habillée pour l’hiver, délaissant son fils chéri, « petit prince » jusqu’à 7 ans, avant de le reléguer au fond de l’appartement parce qu’il est « un tocard ». S’il est un peu retardé et nul à l’école faute de compréhension, il devient expert au billard et gagne un championnat. Sa fille Colette, qu’elle avait voulu tuer lorsqu’elle était bébé, est revenue à la maison après que le pécore Macagne lui ait arraché sa culotte et fourré son engin dans la bouche. Mais Colette est une battante ; toujours en butte aux tracasseries de sa mère, elle est excédée de la voir rejeter Philippe comme une merde et lui colle deux bonnes baffes pour la remettre d’aplomb. Cette révolte semble convenir à Geneviève, qui ne réagit pas. Il faut dire que les signes astrologiques l’avaient prévenue. Comme quoi les langues de vipère ne profitent que de la faiblesse des autres et aiment à être dominées ; elles rentrent dans le rang dès qu’on leur résiste – peut-être le meilleur message du roman.

Jean le mari est toujours assassin, se faisant de colère une bonne sœur sur un trottoir, au retour de l’hôpital où son père Louis se meurt du cœur. Il a imaginé de franchiser ses magasins, nouveauté pour l’époque, mais Geneviève tente de le spolier. Il va trouver la parade ultime.

Hélène accouche d’un enfant et d’une émission de radio pour la nuit.

François le journaliste, et nouvel homme de télévision, est parti à Prague, après avoir repris sa démission, pour une émission Envoyé spécial… qui lui permettra d’accomplir aussi une mission d’espionnage. Cette épreuve, le sel du roman, est aussi une faiblesse du livre. Si le Georges manipulateur est très réussi, sur le modèle de Smiley, Marthe la vendue par « amour » est ratée. Le lecteur ne voit aucun bon sens à ce qu’une fidèle durant 25 ans trahisse brutalement son pays, sa fonction, ses amis, pour une amourette d’un attaché étranger ennemi. D’autant que la trahison va jusqu’aux plus petits détails d’une opération en cours. On peut vouloir « passer à l’Est » sans tout détruire. D’autant que l’avenir sera loin d’être radieux : les services sont aux premières loges pour avoir comment cela se passe.

Car nous sommes en 1959, durant la guerre froide, avec de Gaulle au pouvoir. Mais aussi durant les Trente glorieuses qui voient la France et l’Occident tout entier accéder à la modernité, portés par l’optimisme. Malgré les risques technologiques, comme celui de l’atome.

L’intérêt des personnages est qu’ils sont tous ambivalents. Même caricaturaux, il leur reste un mélange de mal et de bien, ou l’inverse. Ainsi Geneviève est-elle une ordure, mais elle est capable d’aider sa sœur Thérèse, ruinée, même si c’est pour en faire une servante. Jean reste le gros nul qu’il a toujours été, mais a des intuitions en affaires et aime ses enfants. Philippe est décidément inadapté à l’école, mais il a un talent. Et ainsi de suite.

Mais le tout est un peu cousu de fil blanc, quoique soigneusement documenté (les sources sont citées à la fin). Heureusement que l’auteur reste un conteur incomparable qui réussit à captiver de chapitre en chapitre. Même le chat Joseph devient un personnage.

Pierre Lemaitre, Un avenir radieux – Les années glorieuses 3, 2025, Livre de poche 2026, 716 pages, €10,90, e-book Kindle €7,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Pierre Lemaitre déjà chroniqués sur ce blog :

Et les romans policiers :

Les Couleurs de l’incendie :


En savoir plus sur argoul

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Catégories : Livres | Étiquettes : , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Navigation des articles

Laisser un commentaire