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Musée national du Cambodge et Marché central

Devant lui s’étale en éventail un superbe ravenala, l’arbre du voyageur parce que ses tiges sont remplies d’eau. Tom ne connaissait pas mais Abuela si. A l’intérieur, des Bouddhas. Tu veux du Bouddha ? Tiens, voilà du Bouddha. Il y en a pour tous les goûts, même les moins raffinés.

Le musée comprend en rez-de-chaussée sans étage beaucoup de statues de diverses époques, des bronzes, des sculptures. Mais aussi la reproduction sur toile des scènes du Ramayana en fresques sous les galeries de la cour. Nous pouvons y revoir Rama contre le démon, Sita enlevée, le combat des singes contre les démons. Ce sont des scènes vivantes et des petits sont aussi représentés entre les adultes.

Les photos sont interdites dans le musée, sauf pour les téléphones portables. Les administrateurs ignares ne savent-ils pas que les smartphones récents rivalisent avec les meilleurs gros appareils ?

Nous prenons le bus jusqu’au marché central, une construction française art déco de Jean Desbois, inauguré en 1937. Il est aéré et propre, aux rayons en étoile. Il y a la place de passer entre les rangées de boutiques et beaucoup de choses achetables pour les touristes, des statuettes, des joyaux. Les pierres précieuses de toutes couleurs scintillent dans les vitrines. J’observe un Chinois acheter une croix chrétienne en jade à chacun de ses garçons de 14 et 12 ans. L’aîné se la met au poignet en enroulant plusieurs fois le cordon, le plus jeune la porte au cou. Deux Asiatiques marchandent des chaînes d’argent, peut-être pour leurs garçons. Tom a acheté pour sa mère une boule à neige d’Angkor, elle en fait collection.

Avant l’avion, nous déjeunons dans un restaurant au bord du Mékong, à l’air libre sous un auvent. Cela commence par des brochettes de poisson (on ne sait jamais lequel), se poursuit par un poulet tom yum à la citronnelle et au piment, se continue par des légumes frits au wok et du riz, avec les fruits en dessert.

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Ramayana d’Angkor Vat

Le Ramayana, dont il existe autant de versions que de peuples, raconte l’histoire d’un prince promis au trône et les querelles entre demi-frères. Rama est l’aîné et devrait avoir la préséance, mais la plus jeune reine, la mieux aimée du roi, tient à ce que son propre fils Bharata devienne roi à la place de Rama. Le roi l’a promis et il ne peut se déjuger. Rama s’exile donc pendant 14 ans et le trône reste vacant. Bharata règne au nom de Rama, devant ses sandales qu’il a déposées sur le trône. Mais l’épouse de Rama, Sita, rencontre le beau prince des démons Ravana. Rama n’est jamais là, toujours à la chasse, sa passion. Ravana enlève Sita et veut la violer puis l’épouser. Sita résiste dans la cité de Lanka. Rama marche donc pour retrouver sa femme avec une armée d’habitants de la forêt, les ours et les singes (ou les tribus forestières) sous la direction d’Hanuman, le roi des singes. L’affrontement est cosmique, à la mesure des dieux, Rama tue Ravana et retrouve Sita – mais pour la répudier car il la croit impure après que son corps ait été touché par les pattes du démon. Il faudra une ordalie pour prouver la pureté intacte de Sita. Rama et Sita enceinte rentrent au palais mais le peuple reste soupçonneux et Sita est de nouveau répudiée. Elle disparaît dans la terre, d’où son nom, Sita signifiant le sillon. Rama règne alors dix mille ans (c’est-à-dire beaucoup). Chaque roi khmer tient à montrer comment il a imité Rama et refondé son royaume toujours menacé par les divisions.

Nous passons de la lumière à l’obscurité, puis à la semi-pénombre propice aux contes dans les galeries sculptées de scènes de légendes. Nous alternons le plein et le vide dans le labyrinthe géométrique de l’intérieur, sans ordre apparent. La partie sud de la galerie ouest présente l’épisode final du Mahabharata, la bataille de Kurukshetra où les Pandava et les Kauravas s’affrontent à mort. Les Pandavas gagnent et montent au ciel tandis que meurt Krishna. C’est le triomphe du dharma (la vertu) sur l’adharma (le vice).

La parade militaire du roi Suryavarman II s’étend sur 94 m de long sous une galerie. Sur la montagne de Shiva, les troupes du roi descendent et le roi commande à ses officiers. Dans le bas, des dames attendent le résultat en écoutant de la musique. Vingt capitaines chevauchent des éléphants, le roi sur un éléphant surmonté de quinze parasols. L’infanterie marche en rang, armée d’épées, de lances, d’arcs et de flèches. A la tête de la parades, des brahmanes exécutent un rite religieux pour les troupes et la procession du dieu du feu.

J’avais dans l’idée que le temple d’Angkor était plus élevé et beaucoup plus entouré de végétation. Reste peut-être à l’esprit des gravures touristiques des voyageurs du XIXe siècle, dont Henri Mouhot dont j’ai lu récemment le carnet de voyage. Henri Mouhot fut un explorateur, naturaliste et archéologue, né en 1826 à Montbéliard et qui est tombé amoureux de la Cochinchine encore sauvage. Il part en Indochine dès 1858 pour collecter des insectes et des reptiles autour de Bangkok, puis va explorer vers le Vietnam via le Cambodge, enfin va (re)découvrir Angkor, qu’il écrit Ongkor, l’écriture n’étant pas encore fixée. Il en est ébloui. En 1860, il s’attarde sur le site d’Angkor, encore enseveli sous la jungle. Seuls quelques temples en ruines émergent. Mais c’est un enchantement, « des ruines si imposantes, fruit d’un travail tellement prodigieux, qu’à leur aspect on est saisi de la plus profonde admiration, et que l’on se demande ce qu’est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces œuvres gigantesques » p.183.

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Angkor Vat

Nous avons tout le temps pour visiter l’après-midi entière Angkor Vat, la cité de Suryavarman II (1113-1150). Nous entrons par l’ouest. Un naga à sept têtes brandit sa capuche finement sculptée et la roue de la vie sur sa gorge. Il domine le visiteur.

Le temple principal est célèbre, avec ses trois tours caractéristiques dont la rondeur est due aux réductions d’angles, comme le dit Tom, ce qui fait tiquer l’ingénieur des Ponts et chaussées. Il se demande ce que c’est. Ce sont de petites tours posées sur les degrés des grandes tours, ce qui permet, par le jeu de la perspective, de voir une tour arrondie de loin alors que les pierres sont posées en encorbellement.

Outre l’aspect général du site, et les trois tours qui se reflètent dans le lac selon les photos célèbres que tout le monde prend pour les publier sur les réseaux sociaux, l’intérêt du temple d’Angkor réside dans ses bas-reliefs sous galerie. Ils représentent des épisodes du Mahabharata et du Ramayana de façon très vivante.

Le Ramayana est la marche de Rama. On peut y voir des princes expressifs, des soldats sérieux, des mercenaires thaïs en désordre, des dieux agissants et des singes facétieux. Avec comme grand moment le barattage de la mer de lait où dieux et démons tirent le Naga autour du mont Méru, centre du monde, afin de lui faire baratter le lait primordial pour qu’il en sorte la liqueur d’immortalité. Les apsaras innombrables égayent de leurs seins rondement pommés les murs austères de latérite. L’une d’elle rit même en montrant les dents. La latérite est une argile séchée riche en hydroxydes de fer ou d’aluminium. Une fois exposée à l’air libre, elle durcit rapidement et résiste alors aux agents météorologiques comme la brique cuite.

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