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Abraham Merritt, Les habitants du mirage

Avocat et journaliste né en 1884 dans le New Jersey, Abraham Merritt écrit à la frontière de la fantaisie, de la science et de l’aventure. Son héros est un Américain d’origine scandinave qui a fait la guerre (celle de 14) et qui est devenu ingénieur des mines. Il est doué pour les langues et s’entend à merveille avec les tribus asiatiques que l’expédition de prospection dans laquelle il a pris place rencontre sur son chemin.

Jusqu’à ce que les Ouïghours hostiles viennent chaque jour pour lui seul, en ignorant les autres, afin de lui apprendre leur idiome. Pour quelle fin ? Nul ne tardera à le savoir. Leif semble pour eux la réincarnation d’un roi antique, guerrier valeureux qui a porté au plus haut la puissance de l’ancien peuple. Selon la légende, il devait un jour revenir pour délivrer ses gens et faire refleurir le désert.

C’est dans ce contexte que nait le fantastique. A une époque où la terre est presque entièrement explorée, où mieux trouver le mystère qu’en des contrées sauvages, dans les steppes arides de l’Asie ou au nord de l’Alaska ? Un lac apparent cache un univers préservé par un phénomène géologique, une atmosphère emplie de gaz carbonique euphorisant et tropical qui stagne en couche et produit cette illusion du mirage qui le cache aux yeux des autres.

Leif accompagné de Jim, son compagnon de guerre indien, pénètre dans cet étrange univers où vivent d’étranges humains : un peuple de pygmées dorés et un peuple de roux laiteux surtout composé de femmes. Leif se fera reconnaître pour le Dwayanu des légendes, plus ou moins à son corps défendant, aimera la belle Evalie et combattra la sorcière louve Lur, avant surtout de mettre fin au cruel culte de Khalk’ru, une pieuvre géante qui vit dans un puits du temps.

L’aventure est constante, le mystère fantastique éloquent, mais la science n’est jamais loin. L’auteur joue sur l’ambiguïté des situations qui peuvent être à chaque fois vues du point de vue rationnel – ou du légendaire. Leif est-il Dwayanu ou est-ce un hypnotisme suivi d’autosuggestion ? Le mirage est-il un phénomène naturel ou une emprise d’un monstre venu d’un univers parallèle ? L’isolement et la dictature sur le peuple du mirage sont-ils un effet de pouvoir ou une domination extraterrestre ? Ce qui vient d’outre-monde vient-il d’outre-espace ? Le Dissolvant est-il la Mort ou une sorte de dieu qui embrasse la mort comme la vie en lui ?

Ce sont toutes ces questions, distillées dans l’action trépidante et l’amour sans faille, qui font de ce roman un univers unique, à la frontière entre ce qui deviendra les genres actuels spécialisés. Le lecteur prend ici la science-fiction à ses débuts et le charme de cette relecture, pour ma part plus de quarante ans après la première, reste aussi vif.

Abraham Merritt, Les habitants du mirage (Dwellers in the Mirage), 1932, Callidor 2015, 348 pages, €19.80

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