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La Firme de Sydney Pollack

Premier thriller de John Grisham à être porté à l’écran, le film sera suivi six ans plus tard d’une série télévisée. C’est que l’histoire est bonne et les acteurs convaincants. Mitch McDeere (Tom Cruise) vient de sortir d’Harvard dans la botte, diplômé en droit. Il est courtisé par tout ce que la côte est comprend de cabinets spécialisés, sans compter Wall Street. Mais c’est une firme de Memphis, dans le Tennessee, qui l’emporte. Elle avoue ingénument au jeune diplôme qu’elle a soudoyé le bureau des candidatures de Harvard pour connaître la meilleure offre qui lui a été faite et renchérir de 20 %.

C’est inespéré pour Mitch, fils de mineur venant d’un milieu pauvre, dont la mère vit en caravane et dont le frère aîné, Ray, purge une peine de prison pour homicide involontaire (une bagarre en bar). Son épouse Abby (Jeanne Tripplehorn) est moins sensible à l’argent, venant d’un milieu aisé, mais aime la vocation de Mitch et croit qu’il pourra épanouir son talent et sa passion dans ce métier d’avocat d’affaires.

Curieusement, mais c’était l’époque, ici caricaturée à plaisir, la firme s’occupe de tout : elle se veut « une famille » pour ses cadres dirigeants et veille à leur stabilité. Le prêt à faible taux est offert et la maison choisie et meublée directement, y compris les branchements téléphoniques et informatiques (nous sommes à l’ère du fixe et du modem) avec mise en mémoire des numéros ; la voiture de fonction est offerte également, une Mercedes décapotable dernier cri (une BMW dans le roman – selon la sponsorisation). Tout est fait pour garder le jeune avocat dans la famille. On tient à ce qu’il ait des enfants pour les envoyer dans de grandes écoles. Ce comportement clanique devrait alerter ; il n’est que « normal » dans les grandes firmes capitalistes américaines des années 1980-90, qui veulent donner l’illusion du père et des enfants pour fidéliser les bons éléments.

L’avocat associé Avery Tolar (Gene Hackman) est chargé du mentorat de Mitch et l’emmène avec lui voir un gros client aux îles Caïmans – paradis fiscal. Les affaires exigent de faire payer le moins d’impôts possibles au client tout en restant dans la légalité. Aux avocats de trouver les bons montages. Mais l’enfer côtoie le paradis. Deux collaborateurs de la firme viennent de mourir d’une « explosion » dans leur bateau de plongée. Bizarrement, leurs dossiers se trouve dans une pièce fermée à clé de la suite d’Avery que Mitch découvre par hasard lorsqu’il lui lance la clé pour trouver à grignoter. Ce ne sont pas les premiers et le nombre d’accidents d’avocats dans cette firme est élevé, comme le révèlent à Mitch deux hommes (dont Ed Harris) qui semblent tout savoir sur lui dans un bar où il révise son examen du barreau.

Ils sont en fait du FBI et veulent casser cette agence de blanchiment de la Mafia. Mitch tombe des nues. Il n’y croit pas vraiment et engage un détective privé, ami de son frère Ray, pour enquêter sur la firme. Il ne tarde pas à être tué à son tour, par les deux mêmes que le loueur de bateaux aux Caïmans a décrit à Mitch lorsqu’il s’est renseigné. La secrétaire du détective, Tammy, cachée sous le bureau in extremis par son patron à qui elle était en train de rouler une pelle, a tout vu. Elle jure de se venger et aide Mitch dans son entreprise.

Convaincu cette fois-ci, le jeune avocat accepte une rencontre avec le FBI dont le directeur en personne lui dit qu’il sera jeté avec l’eau du bain s’il ne dénonce pas ses patrons. Il réclame des copies de documents des clients pour piéger l’activité de blanchiment. Mitch est partagé et passe un deal : la libération de son frère Ray et 500 000 $ pour sa collaboration. Mais s’il livre des documents, il trahira son serment de confidentialité et sera radié du barreau. Il lui faut donc trouver une faille juridique pour rester dans la légalité. En ce sens, le film est meilleur que le roman, car il y parvient !

Entre temps, les inévitables problèmes de couple avec un jeune mari qui part tôt et rentre tard, qui travaille parfois au loin certains week-ends, et qui peut être tenté de rompre le contrat moral du mariage. La firme le sait et son chef de la sécurité, non content d’espionner les conversations dans la maison de chacun des collaborateurs jusque sur l’oreiller, tend des pièges pour les compromettre au cas où il en aurait besoin. Mitch est ainsi pris la main dans le sac, ou plutôt un autre organe dans celui d’une jeune femme qui a fait semblant d’être agressée avant de se faire désirer brutalement, un soir, sur le sable. Tom Cruise en chemise blanche flottante à demi ouverte était une proie bien tentante, mais la fille a été payée pour ça. Pour être au clair, Mitch avoue son écart à Abby sans savoir qu’il a été manipulé, et la jeune épouse réagit outrancièrement, à l’américaine.

En discutant avec Tammy, elle s’aperçoit que Mitch joue un jeu dangereux et décide quand même de l’aider. C’est elle qui manipule Avery en laissant croire tout d’abord qu’elle quitte Mitch pour rentrer chez sa mère puis, quand il se trouve appâté par la séparation imminente, accepte son invitation de passer un week-end aux Caïmans avec lui. Elle sait par Mitch que des cartons entiers de documents provenant des affaires des avocats disparus sont entreposés dans une pièce de la suite, au Hyatt. Elle drogue Avery pour avoir le temps de porter à Tammy les cartons à photocopier. Ces documents, chargés sur un voilier qui part sur l’Atlantique avec le frère libéré qui a semé ses suiveurs du FBI et Tammy, tombée amoureuse, servira d’assurance à Mitch et Abby contre la firme.

Quant au FBI, il faut lui donner de quoi justifier la prime versée et le jeune avocat trouve la fissure juridique adéquate : la surfacturation systématique des heures aux clients, qui est pénalement réprimée. L’un d’eux s’en est aperçu et Mitch fait signer au plus grand nombre possible des factures reçues qu’il met en regard des heures facturées par lui, afin de dénoncer la firme sans rompre le secret exigé entre avocat et client. Il va jusqu’à défier les grands mafieux massifs de Chicago, initiateurs et parrains de la firme, corps reptiliens et cerveaux épais mais rusés, qui en restent médusés. Mitch a su rester sur la corde raide, dans la légalité, collaborateur du FBI sans trahir ses clients ni ses patrons… Du grand art que le roman a bâclé, bien qu’il ait d’autres vertus, dont celle de tenir en haleine jusqu’au bout.

Au total un film ancien, relatant des mœurs d’affaires surannées à une époque de balbutiement informatique, mais qui offre un Tom Cruise au mitan de sa jeunesse (30 ans), charmeur toujours la bouche ouverte comme s’il voulait embrasser ceux ou celles qui lui font face, et une Jeanne Tripplehorn fort séduisante en cocue en colère.

DVD La Firme (The Firm), Sydney Pollack, 1993, avec Tom Cruise, Jeanne Tripplehorn, Gene Hackman, Ed Harris et Holly Hunter, Paramount Pictures 2000, 2h28, €12.95 blu-ray €15.00

John Grisham, La firme, Pocket 2014, 480 pages, €8.20 e-book Kindle €9.99

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