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Tchernobyl ou l’échec du socialisme

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Trente ans déjà : le 26 avril 1986, à 1 h 23 mn 4 s du matin, le réacteur n°4 s’emballe subitement. Une quarantaine de secondes plus tard, deux formidables explosions secouent le site. Selon Grigori Medvedev, l’ingénieur en chef qui construisit la centrale de Tchernobyl, « une boule d’énergie électrique, légèrement aplatie et mesurant près de 7 m de diamètre et 3 m de hauteur, s’est formée dans le tiers supérieur de la zone active du réacteur. Près de 50 tonnes de combustible nucléaire se sont alors évaporés sous l’impact de cette boule et ont été projetées dans l’atmosphère, à une hauteur variant entre 1 et 11 km » p.42.

Dix ans déjà : Galia Ackerman, journaliste à Radio France Internationale, historienne de formation et chercheur associé à l’Université de Caen et parlant couramment le russe, a enquêté sur le sujet pour une exposition à Barcelone. Cet « accident » survenu au pays du « socialisme réalisé » montre combien l’idéologie, le scientisme et la bureaucratie peuvent mener un peuple à la catastrophe. L’idéologie a privilégié l’activisme, le pharaonique, et le secret.

  • Activisme autoritaire : « Fort d’une idéologie nouvelle qui prônait le dévouement total du citoyen à sa patrie socialiste, l’État sacrifiait ses sujets, par milliers ou par millions, selon les circonstances, pour assurer sa marche glorieuse vers un avenir radieux et briser toute velléité de résistance chez ceux qui ne voulaient pas marcher au pas. C’est aussi ce qui s’est produit à Tchernobyl » p.15.
  • Le pharaonique ne coûtait « rien » puisque les hommes-fourmis étaient innombrables et corvéables à merci. Le pharaonique servait l’ego surdimensionné des bureaucrates qui s’étaient hissés à la tête du Parti avant-garde. « De l’utilisation de détenus du Goulag, sous Staline, à l’exploitation de jeunes komsomols dans les ‘chantiers du communisme’ sous Khrouchtchev et Brejnev, tous les moyens étaient bons pour fournir une main-d’œuvre très peu coûteuse à des projets colossaux comme, par exemple, ceux des centrales hydroélectriques du Dniepr ou de Bratsk » p.18.
  • Le secret était le ressort du pouvoir de l’élite dirigeante : « Les données précises ont été occultées par les autorités soviétiques désireuses de sauver la face devant le monde extérieur et devant leur propre peuple » p.11.

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Avant 1986, nombre d’accidents s’étaient déjà produits mais, « à l’exception d’une vague allusion en 1982 dans la ‘Pravda’ (qui signifie la Vérité !…), aucun de ces 11 accidents, sans compter les centaines d’incendies, ne fut rendu public » p.27.

Le scientisme, issu de la pensée de Marx, est une perversion de la Raison les Lumières. « Les bolcheviks rêvaient de devenir non seulement les maîtres des hommes, mais aussi de la nature, les maîtres de l’univers. ‘Le communisme, c’est le pouvoir soviétique plus l’électrification de tout le pays’, proclama Lénine en 1920 » p.17. L’URSS, dotée de gaz, de pétrole et de nombreuses rivières, n’avait nul besoin de centrales nucléaires. Mais l’idéologie de conquête de la nature et le fantasme de toute-puissance mondiale ont forcé dès 1954 la construction de tels symboles technologiques, dérivés du militaire. Surtout, « le personnel des centrales avait été élevé dans l’idée qu’un réacteur nucléaire ne pouvait pas exploser » p.47. Il s’agit de croyance par défaut d’information, parce que l’idée même d’une incertitude technologique était impensable à l’idéologie, sensée détenir la « seule » méthode « scientifique » pour parvenir à la Vérité.

La bureaucratie du Parti s’est bien sûr emparée de cet instrument de pouvoir symbolique qu’est dompter l’énergie de l’atome. « Bien que supervisées par l’Institut de l’énergie nucléaire Kourtchatov de Moscou, leur construction et leur exploitation (des centrales) se trouvaient en fait entre les mains des apparatchiks du Parti. Or, pour ces apparatchiks, seule la réalisation des plans quinquennaux importait. (…) On construisait à la va-vite, sans investir suffisamment dans la formation de cadres compétents » p.26.

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Aucune bureaucratie n’a d’âme et tout humanisme se perd dans les règlements « neutres » des bureaux cloisonnés : « La Commission gouvernementale eut automatiquement recours à la logique stalinienne où seule la victoire compte, alors que les pertes militaires ou civiles n’ont aucune importance » p.78. Aucune décision d’ensemble, rejet de toute responsabilité, je-m’en-foutisme généralisé, tels sont les maux des bureaucraties. « L’académicien soviétique Legassov : « impréparation, gabegie, effroi… C’était exactement comme en 1941, mais en pire » p.81.

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« Naturellement, il fallait étouffer au plus vite cette affaire. Le Politburo prit alors une décision ingénieuse. Dans ses protocoles du 8 mai, on lit : ‘Le Ministère de la Santé de l’URSS a décrété les nouvelles normes de niveaux admissibles en matière d’irradiation de la population par des rayonnements ionisants, supérieures de 10 fois par rapport aux normes précédemment en vigueur. Dans certains cas, il est possible d’augmenter ces normes jusqu’à 50 fois » p.84. La viande provenant des régions contaminées sera utilisée « pour la confection de charcuterie, de conserves et de produits cuisinés, en la mélangeant avec de la viande normale, en proportion de 1 pour 10 », a décidé d’un trait de plume la bureaucratie à Moscou (très loin de Tchernobyl), « texte signé par le président du Comité d’État à l’agro-industrie, Vsevolod Mourakhovki » p.110.

Bilan : près d’1 million de liquidateurs du site contaminés, 116 000 personnes déplacées, souvent trop tard, près de 20 000 morts, 200 000 invalides selon Gueorgui Lépine (rapport au colloque de Berne, 12 novembre 2005). 9 millions de personnes vivent toujours sur des terres plus ou moins contaminées. La bureaucratie s’en fout, la technocratie règne. Là-bas comme chez nous. Sauf que…

Les pays « libéraux » peuvent avoir des accidents similaires ou commettre des bévues bureaucratiques du même genre telles le sang contaminé, la vache folle ou le Mediator – mais l’opinion ne tarde pas à le savoir et les têtes tombent, les procès jugent et indemnisent, les procédures sont changées. Pas dans une société où l’État est tout-puissant !

Ne jamais laisser un État devenir tout-puissant, si une ‘élite’ se croire au-dessus des lois communes. Même socialiste – et surtout socialiste, si l’on en croit leur croyance définitive à détenir la Vérité !

Galia Ackerman, Tchernobyl, retour sur un désastre, 2006, Folio Documents 2007, 163 pages, broché €14.20

Igor Kostine (photographe), Tchernobyl : confessions d’un reporter, éditions des Arènes, 2006, 240 pages, €35.50

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Projets des pharaons tahitiens

Le nouveau collège de Teva i uta a l’air d’être en bonne voie maintenant. On a beaucoup tergiversé : ici ? là ? Pour agrandir le golf ? Pour l’hôtel voulu par les Chinois ? Comme l’indiquait le président Fritch, « nous avons perdu le financement de l’État qui était aux alentours de 600 millions de XPF… parce que nous avons eu des retards sur le choix des terrains, et l’instabilité politique n’a pas arrangé les choses. » Il est sorti de terre, le gros œuvre presque terminé, en route pour la rentrée d’août 2016. Dix ans d’attente pour que les collégiens de Teva I Uta ne s’expatrient plus à Taravao et à Papara. Les locaux devraient accueillir 600 élèves. Le tavana de Teva I Uta voudrait que les enseignants originaires de ce district et certifiés y demandent leur mutation, que les chômeurs y trouvent un emploi pour l’entretien et la cuisine…

collégien collégienne

Sœur Anne ne vois-tu rien venir ?
– Si, je vois venir un nouveau « projet » pharaonique.
– Encore un ? Comme celui du Mahana Beach ? J’entends « Ecoparc de la Maroto ».
– Ce sera bien ?
– Merveilleux ! Deux hôtels, une cabine « téléphérique », des activités culturelles et de loisirs, un golf…
– Ce sera où exactement ?
– Au fond de la vallée de Papeanoo.
– Iiiiaaa ! Combien cela va coûter ?
– Oh ! seulement 14 milliards de XPF (1€ = 119,33 XPF).
– Ça fait beaucoup, c’est qui qui va payer ?
– Ils parlent seulement d’une vision, « le projet », ils verront après qu’on aura trouvé des investisseurs, mais que des investisseurs locaux, na.

relais de la maroto tahiti

Après le bleu du Mahana Beach avec ses 2 500 chambres voici venir le vert de l’Ecoparc Fare Fenua. Investissez, investissez. Actuellement, les trois fondateurs de la Société Ecoparc sont Dominique Auroy, Jean-Claue Teriierooiterai et Alban Ellacott. Plus de détails ? Avec plaisir :

  • Deux hôtels d’une capacité totale de 200 chambres. L’un est le Relais de la Maroto (reconstruit ou réhabilité) et agrandi, l’autre un établissement 4 étoiles adossé au golf d’altitude à proximité du barrage de Tahinu (au-dessus du fare Hape) : un golf d’altitude de 18 trous sur un dénivelé de 500m.
  • Une télécabine reliant le Relais de la Maroto au Mont Fare Fenua à 1 000 m d’altitude. Un parcours aérien de 1 900 m de long d’une dizaine de minutes pour apprécier le panorama complet de la caldeira et la vue des sommets à proximité.
  • La reconstitution d’un village polynésien à proximité des sites archéologiques ; un village artisanal ; un musée avec des espaces d’animations culturelles.
  • Un centre de thalassothérapie, centre de massage et spa alimenté par des eaux gazeuses et ferrugineuses.
  • Des chemins aménagés à la découverte des arbres et plantes de Tahiti
  • Des loisirs variés comme VTT, parapente, canyoning, baignade et toboggans naturels, luge d’été, jeux pour enfants, etc.
  • La bouffe ? aucun souci : restauration gastronomique et rapide à l’Ecoparc, au sommet du Fare Fenua, buvette à la cascade de la Maroto et au village artisanal, boutique…

Une petite précision, le Relais de la Maroto avait été construit à l’origine comme résidence des ouvriers de Marama Nui qui travaillaient à la mise en place des ouvrages hydroélectriques de la Papenoo. Les travaux ont duré 10 ans. Propriété de M.D. Auroy, le relais a été mis en gérance depuis 2 ans, il vivote dans son activité hôtelière et survit grâce à son activité de restauration pour les touristes en « safari » dans le centre de l’île.

A vos porte-monnaie ! Le peï devrait sortir 4 milliards de XPF de ses poches… tant le « projet » est séduisant ! Ouverture (prévue) en avril 2018.

Hiata de Tahiti

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