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Daphne du Maurier à Fowey

Nous partons à 8h30 dans notre bus chinois Yutong pour Fowey. Je prononce Fo-ouai, alors que les Cornouaillais disent foï – dont acte. C’est un superbe petit port protégé des vents par le ria. J’en garde un souvenir de voile, notre arrivée un week-end du mois d’avril pour les vacances de Pâques, nous étions très habillés depuis le large et nous avons trouvé des gamins en slip dans les rues. Le contraste m’avait frappé. Il y avait du soleil, mais du vent. Au large, on le sentait fort, mais dans la ville, protégée par les falaises du ria, la température s’élevait aussitôt de 5°.

Garés sur le parking de hauteur, nous descendons les ruelles par des pentes accentuées aux belles vues sur la rivière et le large. Il ne fait encore que 13°. Le soleil ne donne pas et il fait gris, un peu pluvieux. Passe un gamin en T-shirt et, de fait, il a raison, la température va vite grimper vers 20° avant midi. C’est toujours étonnant pour nous Français de prévoir le temps à l’habillement des jeunes. De même, une ado en top-crop, ventre à l’air dès le matin. Dès 13 ans, les filles font déjà femmes en réduction ; pas les garçons, qui mettent plus de temps à devenir mâles.

Fowey est aussi charmant depuis la terre que depuis la mer. De petites maisons de pêcheurs longent les quais, d’autres maisons de plaisance plus coquettes s’étagent sur les pentes, leur jardin aux pelouses bien tondues s’offrent au soleil et à l’air du large. Plus on s’élève, plus le paysage est magnifique, empli de lumière sur la mer. Daphne du Maurier a habité là, de l’autre côté de l’eau. Ce furent deux maisons successives louées à partir de 1941 à cause du blitz sur Londres. Son petit dernier venait de naître et elle est partie avec ses trois enfants pour la maison de vacances de Fowey, lieu qu’elle avait connu à 19 ans pour en tomber amoureuse. Ses parents y avaient acheté une résidence secondaire, Ferryside, en 1926. La géologie granitique de Cornouailles engendre un paysage à la bretonne de granit et de pins, de camélias en buissons et de genêts.

Nous déambulons dans les ruelles aux boutiques avenantes, souvenirs, artisanat, vêtements, boulangerie, restaurant. Une boutique de glace se nomme « Game of Cones ». Une maison affiche « Trinity Cottage », en référence au Trinity College de Cambridge (ou de Dublin). Une autre « Du Maurier Reach », l’extension Du Maurier. Nous avons vu sur la mouth, l’embouchure, le large. Une grande statue d’acier doux galvanisé du Rook with a Book, réalisée en 2018 par le sculpteur Thrussells, est Isla, la corneille au livre. Une référence à une nouvelle de Daphne du Maurier, Les oiseaux – dont Hitchcock a tiré un film de frissons. La maison Ferryside de Daphne du Maurier est derrière elle, juste en bas de la rivière au Bodninic. Une famille de quatre gosses bien anglais se promène, un garçon aîné puis trois filles, dont la dernière en poussette ; il est rare, et réjouissant, de voir autant d’enfants blancs d’une même fratrie aujourd’hui en Occident. Deux jeunes en tee-shirt passent en voiture dans les ruelles et trouvent hilarant de rencontrer des touristes ; ils me demandent de les prendre en photo, ce qui est plutôt italien. Derrière eux, un immonde mastiff à gueule baveuse, qui s’est malheureusement détourné lorsque j’ai appuyé sur le déclencheur.

Malgré le fameux sandwich au crabe du pays de Captain Hanks, réputé selon Véronique, je choisis de déjeuner avec d’autres près du port, d’où partent des excursions en bateau. On me sert un cornish pot composé de pommes de terre, carottes, petits pois, une sorte de hachis Parmentier enfourné avec du fromage anglais par-dessus. C’est très chaud et roboratif. Une bière lager dessoiffe à peine. Je discute au déjeuner avec le médecin et sa pharmacienne. Eux ont pris un fish & chips, le fish ou cabillaud largement servi est dans une panure légère bien grillée, les frites à l’ancienne, larges et rôties sans être grasses. Avec des petits pois en purée pour le côté verdure obligatoire à tout plat anglais. Nous avions envisagé de faire l’excursion en bateau de 30 minutes, mais les horaires ne correspondaient pas aux nôtres. Notre itinéraire exige en effet que nous partions assez vite pour rejoindre Torquay, en passant par la fameuse auberge de la Jamaïque.

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Tahiti marine

On rouvre la pêche aux rori (holothuries ou concombres de mer) interdite par le gouvernement Temaru depuis octobre 2012 ! Cette pêche avait boosté l’économie polynésienne. En 2012, 235 millions de XPF de rori avaient été exportés. Une année prolifique pour les finances grâce au rori polynésien. Le peï (pays) avait surfé sur l’intérêt croissant des marchés asiatiques pour l’holothurie où celui-ci est consommé en soupe ou en salade – la bête serait aphrodisiaque – et une offre internationale de plus en plus restreinte compte tenu de la fragilité de cette ressource. Seules cinq espèces, les plus rentables seront autorisées à la pêche. Les rori ont un rôle majeur pour l’écosystème. Ils déplacent et mélangent le substrat et recyclent les matières issues de la désagrégation des roches. Les rori consomment et broient les sédiments et les matières organiques en fines particules, retournant les couches supérieures de sédiments des lagunes. Des éboueurs indispensables.

holothurie

En 1958, le premier poti marara (bateau à moteur) naissait grâce à l’ingéniosité et la persévérance de Léonard Deane, un pêcheur d’Arue âgé de 27 ans à l’époque. Aujourd’hui il a 83 ans et vit à Tubuai. Dans les années 50, la pêche aux marara (poissons volants) se pratique en pirogue, de nuit et à deux. Le rameur conduit le bateau muni d’une palme de cocotier séchée en guise de flambeau et à l’avant le pêcheur prêt à harponner le poisson. Quelques années plus tard, les premiers moteurs hors-bord arrivent sur le territoire. C’est moins fatigant ! Les pêcheurs remplacent le harpon par une épuisette, la palme de cocotier par une lampe à pétrole. Léonard est un pêcheur difficile qui fait fuir ses chauffeurs !

Il se retrouve donc seul pour aller pêcher. Il doit donc trouver le moyen d’être autonome. Il se penche sur plusieurs projets, il les teste sur une remorque. Il place une caisse à l’avant du bateau, ce sera le poste de pilotage. Il imagine un manche qui part du plancher, relié au moteur par des poulies et un câble ; il trouve un bambou qu’il attache sur le manche du moteur, ce sera l’accélérateur. Il essaie cette nouvelle machine et décide de partir en mer la tester. Cela a marché car il peut dès le lendemain apporter ses poissons au marché ! Il livre le double de ses concurrents, il n’a plus besoin de chauffeur. Il est aidé par le concessionnaire Mercury pour perfectionner son invention, porter une lampe frontale qui libère la main gauche. Le poti (bateau) marara (poisson volant) fait des émules. Dans les années 70 on l’utilise pour la pêche au mahi mahi. Un pêcheur s’est rendu compte que le mahi mahi ne plonge pas quand la mer est agitée, il reste en surface. Le poti marara, une aubaine pour les pêcheurs de mahi mahi ! Les fils ont repris le flambeau du papa, l’un construit toujours en bois et l’autre en polyester mais toujours des poti marara !

poti marara bateau

Construction d’une marina au centre-ville de Papeete par le Port autonome qui investit dans la plaisance. Pour le moment nous sommes privés de promenade sur le quai en bois le long du boulevard Pomare. Il paraît que la marina pourra accueillir 80 bateaux dont une dizaine de yachts. La mise en service est prévue en 2015, le montant des travaux s’élève à 700 millions de XPF. Avancez la moni (monnaie) !

Oli, le cyclone de 2010 avait laissé des traces. Papenoo sur la côte Est de Tahiti n’est pas protégée par la barrière de corail. L’océan est virulent, il fallait protéger la population qui vit en bordure de route d’une éventuelle catastrophe naturelle. 380 millions de XPF investis dans ces travaux dont 60% financés par le FED (Fonds européen de développement). Mauruuru (merci) l’Europe ! Ce seront des blocs de béton en puzzle qui soutiendront la future digue. Ils ont copiés les Pays-Bas champions en la manière de protéger leur pays des eaux. Mais les blocs seront fabriqués au fenua ! Après, l’Océan n’aura qu’à bien se tenir !

Hiata

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