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Stephen King, Billy Summers

Un tueur à gage est chargé d’éliminer un « salaud » pour un bon paquet de fric qui lui permettra de se retirer. C’est ainsi depuis l’armée en Irak et sa fonction de sniper, il ne tue que des salauds. Ce n’est pas ce qui manque et, revenu à la vie civile, la mafia lui en offre par poignées. Cette fois, c’est un témoin gênant qui risque de parler.

Bien payé, bien renseigné, Billy Summers se prépare – méticuleusement en vrai professionnel. Il ne fait pas confiance à ses commanditaires – première règle de la profession – et se constitue une identité de substitution avec un domicile de repli. Une fois l’affaire terminée, il n’ira pas au rendez-vous de fuite prévu par ses acolytes, trop empressés à le faire disparaître, pense-t-il, mais ira se planquer, déguisé, là où il a choisi de se faire oublier, le temps que les choses se tassent.

Tout se déroule comme prévu, Billy se fond dans la population sous la forme d’un écrivain qui s’isole pour écrire, se lie avec les voisins, et leurs enfants si attachants. Il manque de lever un coin de sa couverture lorsqu’il tire trop bien à la foire pour gagner la peluche offerte, mais il se reprend in extremis. Il récupère l’arme à lunette de visée fournie par un intermédiaire, voué à disparaître lui aussi si le boulot est bien fait. Il guette le salaud et l’assassine d’un coup sans vergogne, et quitte les lieux immédiatement, déguisé en quelqu’un d’autre qu’il a repéré. Il ne rejoint pas ses contacts chargé de le faire passer de vie à trépas – c’est gros comme une maison – mais se rend à sa planque bien tranquille.

Sauf que l’imprévu survient, comme il se doit. Il voit de son rez-de-chaussée une fille saoule se faire jeter d’une camionnette par trois garçons qui en ont bien profité. Il ne peut appeler la police sans se faire repérer ; il ne ne peut laisser la fille crever à sa porte, à moitié nue sous la pluie battante. Il sort donc et la recueille, la déshabille et la couche. Lorsqu’elle se réveille, elle est abasourdie. L’a-t-il violée ? Puis elle se souvient : les garçons, deux surtout qui l’ont pénétrée, le troisième restant à la porte mais giclant sur elle. Détails croustillants dont le lecteur reste avide, malgré la pruderie ambiante. Il faut rester réaliste.

Peu à peu se tisse une relation de confiance entre Alice, l’étudiante naïve, et Billy, le tueur mûr. Il lui raconte pourquoi il se planque, épargnant les détails qui pourraient la compromettre ; elle décide de partir avec lui, en confiance, après qu’il se soit vengé des trois gars trop machos et sûrs d’eux. Il ne les tue pas, les moleste à peine, mais leur fait une peur bleue. Ils ne devraient pas recommencer…

Mais la mission n‘est pas finie. L’acompte substantiel a été versé, mais pas le reliquat une fois la mission accomplie. Billy veut savoir pourquoi, et pourquoi il devait probablement être éliminé lui aussi. Au-dessus de son commanditaire, il y a quelqu’un. C’est de lui qu’il lui faut se venger. Ce qui sera fait, non sans prendre quelques risques. Aidé de son copain Bucky, chargé de l’intendance, Billy se rend là où faut et fait ce qu’il faut. Mais il est blessé par la mère d’un jeune garde qu’il a grièvement atteint.

Hanté par le roman de Zola, Thérèse Raquin, dans lequel le meurtrier est habité par son acte, Billy part, car s’il reste avec elle, il la détruira. Il laisse à Alice un manuscrit sur MacBook Pro, son œuvre d’écrivain lorsqu’il avait cette couverture, pour l’encourager à suivre sa vocation. Il raconte peu ou prou son histoire. Alice termine le livre – et en change la fin. Car tout bon écrivain peut refaire le monde à sa guise.

Un roman qui vous saisit, à la fois policier, psychologique, sociologique sur ces petites villes américaine et leurs habitudes de voisinage, et une méditation sur le métier de tueur. Est-ce une tâche comme n’importe quelle autre ?

Stephen King, Billy Summers, 2021, Livre de poche 2024, 725 pages, €10,90, e-book Kindle €9,99

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Complot de famille d’Alfred Hitchcock

Pour son 52ème et dernier film, Alfred Hitchcock fait interagir deux couples opposés et dissemblables. Le premier est celui de branquignols, une « voyante » tête à claques et son benêt de chauffeur de taxi qu’on dirait échappé d’un collège – et le second celui d’escrocs sans scrupules qui préparent, enlèvent et demandent une rançon en diamants pour de grands personnages. Comment vont-ils se télescoper ? Parce qu’une vieille dame de 78 ans, au bord du néant, a des remords d’avoir jadis forcé sa sœur à abandonner son enfant illégitime pour préserver la réputation de la famille.

Tout commence par le grand guignol de Madame Blanche (Barbara Harris), voyante extra-lucide, qui monte dans les aigus lorsqu’elle évoque la sœur disparue de Miss Rainbird (Cathleen Nesbitt, 88 ans) : « Hoo ! Hoo ! Hou ! Hou ! Hou ! » Qui donc, sinon une vieille bique travaillée de tourments, croirait à ces simagrées ? Mais la Blanche en rajoute, prenant une voix de rogomme pour évoquer « Harry » – et soutirer des renseignements inconscients à la Rainbird. Elle a fait enquêter George, son compagnon chauffeur de taxi et détective d’occasion (Bruce Dern), pour obtenir quelques informations auprès des relations de la trop riche vieille fille qui se repent et veut reconnaître son neveu afin de lui léguer sa fortune. C’est qu’il y a à la clé pour Blanche un beau gros chèque (the one big beautiful comme dirait Trompe en vulgaire yankee) : pas moins de 10 000 $ pour toute information venue de l’au-delà. Il s’agit de retrouver le fils bâtard, donné jadis à un couple qui ne pouvait avoir d’enfants via le chauffeur de la famille. La bique se souvient, maintenant que l’au-delà la sollicite : c’étaient les Shoebridge, et leur maison a brûlé lors d’un incendie, ils sont morts mais le corps du garçon, 17 ans alors, n’avait pas été retrouvé.

George enquête au cimetière. Il y a justement deux pierres, l’une avec le couple Shoebridge, l’autre avec Edward Shoebridge seul. Avec la même date de décès, 1950. Sauf que la plaque d’Edward est manifestement plus neuve que celle de ses parents adoptifs. Le graveur de pierres tombales retrouve la facture, elle date de 1964 et a été payée en liquide par un certain Jo (Joseph) Maloney (Ed Lauter). George enquête dans l’annuaire et trouve un garagiste à dépanneuse, comme décrit par le graveur. Mais le type se méfie des questions trop précises de « l’avocat » à la pipe à la tignasse en bataille et le corps dégingandé d’un étudiant attardé. Il a de quoi de faire du mouron : c’est lui qui a mis le feu à la maison Shoebridge !

Mais avec la complicité de son âme damnée de bâtard, Edward, qui a voulu se débarrasser des vieux pour être enfin libre d’épancher ses mauvais instincts. Il a changé de nom et se fait appeler désormais Arthur Adamson – fils d’Adam, autrement dit de lui-même – (William Devane) ; il est devenu joaillier et diamantaire, avec un commerce dans une rue chic. Il adore ce qui brille et entraîne sa compagne Fran (Karen Black) dans ses mauvais coups, préparés avec un soin maniaque : planque cachée dans la cave derrière un mur de briques dont l’une recèle la serrure, enlèvement rapide sous déguisements à l’aide d’une seringue qui injecte un soporifique et d’une voiture noire disposée tout près, demande de rançon et procédure sophistiquée pour être intraçable, planque des diamants (bien en évidence comme chez Edgar Poe) avant la revente retaillée sous forme de petites pierres plus facilement écoulées.

Fran va chercher la rançon sous la forme d’une grande blonde avec des bottes noires (allusion au film français d’Yves Robert sorti en 1972, avec un Pierre Richard qui ressemble à George, Le grand blond avec une chaussure noire). Mais tout est faux : la femme aux yeux rapprochés tels qu’on dirait qu’ils louchent, est brune et ne porte pas de talons. Si elle aime l’adrénaline du suspense, elle déteste qu’on tue, contrairement à Arthur/Edward qui a jusque-là laissé faire son ami d’enfance Maloney.

George et Blanche recherchent Edward Shoebridge reconverti en Arthur Adamson pour lui annoncer une bonne nouvelle : l’héritage Rainbird. Arthur et Fran veulent à tout pris éviter les détectives amateurs pour ne pas être sous le feu des projecteurs et rattrapés par leurs enlèvements. Deux couples opposés, deux situations incompatibles, voilà du beau cinéma. Tout ce qui est trop préparé échoue. La tentative de meurtre de George et Blanche en sabotant les freins de leur Ford sur une route de montagne – Maloney se fait prendre à son propre piège et quitte la route pour finir grillé en contrebas. La tentative de meurtre de Blanche après qu’elle ait découvert l’adresse d’Adamson, se soit plantée comme une gourde devant le garage du couple, ait découvert l’évêque enlevé dans l’auto, et se soit fait piquer et planquer – mais elle a laissé un renseignement au portier d’hôtel pour le taxi de George et un mot sur la porte d’Adamson que trouve son compagnon, ce qui lui permet de pénétrer dans la maison par un soupirail de cave. Là, il entend les Adamson rentrer et évoquer Blanche, que lui veut tuer en simulant un suicide par le tuyau d’échappement de sa propre voiture.

Blanche joue l’inconsciente mais a bien capté les conversations. Profitant que le couple entre dans la planque pour la porter inconsciente dans la voiture, elle s’enfuit avec grands bruits d’au-delà et les enferme. Puis elle joue la transe devant son compagnon béat pour « trouver » le diamant caché en évidence – avec un clin d’œil au spectateur à la fin, tandis que George appelle triomphalement la police pour la bonne nouvelle – et Miss Rainbird pour la mauvaise.

Une bonne intrigue habilement menée, de l’action et de l’humour, des personnages bien typés, tout cela fait le succès du film que l’on peut voir et revoir. C’est moins le dénouement qui compte que la progression de l’histoire et les relations entre les protagonistes. Pour ma part, je l’ai déjà vu quatre fois au fil des années, avec autant de plaisir.

DVD Complot de famille (Family Plot), Alfred Hitchcock, 1976, avec Barbara Harris, Bruce Dern, Ed Lauter, Karen Black, William Devane, Universal Pictures Home Entertainment 2017, doublé anglais, français, 1h55, €6,55, Blu-ray €7,00

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Alfred Hitchcock déjà chroniqué sur ce blog

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Habemus Bastard de Vallée et Schwartzmann

Il s’appelle Lucien, homme de main. Pour se planquer, se faire curé. Les auteurs passent sur la façon de faire, toujours est-il que le diocèse nomme le nouveau père Philippe à Sainte-Claude, patrie des pipes. Il fait froid, c’est le Jura.

La père n’est pas un catho benêt et sait renégocier. Avec un jeune dealer, trop con pour ne pas se faire choper ; avec l’artisan pour les travaux de l’église ; avec les kids du caté qui le trouvent plutôt marrant ; avec une mère de môme qui le trouve à son goût.

C’est la nouvelle foi, de faire ce qu’on veut – avec la mort au bout. Alors, autant en profiter et ne pas croire tout ce qui est écrit. D’ailleurs, les 2,8 millions de morts de la Bible (où les auteurs ont-ils trouvé ça ?), font tache. Un dézingué de plus ou de moins sur la terre ne se verra pas dans le paysage, surtout si c’est un salaud, comme disait l’autre.

Un dessin découpé en cases comme au cinéma, un scénario potache qui plante le décor, messe expédiée en 10 mn, sermon sans citations, relations directes par un curé à qui on ne la fait pas, flingue dans la poche, sur le mollet et même scotché sous l’autel. On ne sait jamais. Ceux qui veulent sa peau sont sur sa piste.

BD Habemus Bastard tome 1 l’être nécessaire, Sylvain Vallée et Jacky Schwartzmann, 2024, 82 pages, €21,50, e-book Kindle €11,99

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