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Martin-Pêcheur

Les livres lus enfant vous marquent pour la vie. Je me souviens entre autres des « romans des bêtes » édités par Flammarion dans la collection du Père Castor pour enfants de 6 à 10 ans. Ecrit par Lida en 1938, réédité en 1956, Martin-Pêcheur est illustré par Rojankovski.

Martin est un oiseau de nos rivières. Lida conte le petit ruisseau près du moulin où elle regarde passer les saisons. C’est toute la vie des bêtes de l’eau qui nous est contée ainsi. La grenouille laisse ses traces de petites pattes, la loutre celle de sa queue, la tache humide ovale d’un rat d’eau – et puis la plume saphir d’un oiseau. « Holà ! Martin-Pêcheur ! Vous perdez vos bijoux ! »

Le ton est donné, léger et précis – pédagogique et poétique. La découverte au fil des pages fait rencontrer successivement la truite, la grenouille, la poule d’eau, les écrevisses. Puis deux loutres sur un îlot, les civelles qui remontent le courant avant de donner de belles anguilles. Enfin « l’éclair bleu », un « oiseau plus bleu que le ciel, plus brillant que la soie » : Martin lui-même qui fait du vallon son territoire de pêche. Penché sur une branche, immobile, il guette les poissons qui nagent dans le courant et plonge pour les happer d’un coup de bec.

Voilà l’occasion de parler de ces poissons qui peuplent nos eaux douces (avant la pollution industrielle) : les barbillons, les chevesnes, les carpes, le poisson-chat, l’épinoche, les perches, les gardons.

Et Martin se marie, le couple est très fidèle et construit un nid en tunnel sous la berge, tapissé d’arêtes de poissons. Ils y élèvent leurs petits. Martin va pêcher le poisson tandis que Martine couve, puis c’est au tour des deux oiseaux de happer libellules et mouches pour nourrir les becquées.

Ainsi va la vie au fil des saisons, des années. Martin affaibli fini par mourir et Martine la suit, fidèlement attachée. « Tels sont l’amour et la fidélité des martins-pêcheurs que, si l’un meurt, l’autre ne peut lui survivre ». Le territoire est libre pour un autre couple d’oiseaux bleus, peut-être parmi les fils et filles de Martin et Martine.

Telle était la nature contée aux enfants à la génération d’avant. Elle faisait de l’écologie sans le savoir, des « leçons de chose » in situ dans la forêt, au bord du ruisseau. Pour ceux qui n’habitaient pas les villes, évidemment – mais ils allaient en vacances à la campagne plutôt qu’à Djerba ou Phuket. Comme les écolos d’aujourd’hui paraissent intellos niais en comparaison, endives urbaines nourries d’abstraction et d’utopisme !

Ils rugissent mais s’enfilent homards et grands crus pour mieux se faire enfiler par les lobbies plus industriels les uns que les autres.

Ils font de la « politique » – au lieu de faire les naturalistes.

Ils répandent la terreur de l’Apocalypse – au lieu de faire observer la vie qui va, à ras de l’eau, parmi les forêts, les vallons et les milieux humides – observer, donc respecter..

Ils écrivent de lourds pensums idéologiques – au lieu de la vie simple du Martin-Pêcheur.

Qu’ils sont donc ridicules, ceux de la génération d’aujourd’hui qui croient que le savoir est né avec leur siècle et « la science » avec eux ! Qu’ils connaissent mieux que tout le monde ce qu’il faut à tout le monde ! Autant j’aime la nature, étant tombé dedans petit, autant je déteste « les écologistes », urbains hors sol devenus par engouement de caste fanatiques de la dernière religion à la mode.

Lida, Martin-Pêcheur, dessins de Rojankovsky, 1937, Flammarion albums du Père Castor 2016, 36 pages, €9.90

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