Transamerica Express d’Arthur Hiller

Le train Trans Amérique qui relie Los Angeles à Chicago en deux jours est propice à la détente et aux rencontres coquines. George Caldwell (Gene Wilder), éditeur de jardinage, sexe et autres bricolages, compte bien se reposer avant d’aller au mariage de sa sœur à Chicago. C’est compter sans Hollywood.

Il fait la connaissance au bar d’un grassouillet représentant en vitamines (Ned Beatty), dont la E est particulièrement propice à la vigueur sexuelle, dit-il. D’autant que le balancement incessant du train incite à la chose. D’ailleurs, une ravissante blonde écluse déjà au bar des whiskies pour éluder sa solitude (Jill Clayburgh). Le représentant va draguer celle qui se fait appeler Hilly mais elle le rembarre en lui injectant le verre entier qu’il lui offre dans le slip, glaçons compris. Pour le refroidir. C’est dire si ces premières scènes situent le film : un policier comique.

Car la belle est la secrétaire particulière d’un professeur d’histoire de l’art, érudit en correspondance de Rembrandt. Il va à Chicago révéler lors d’une conférence que certaines lettres originales qu’il a découvertes remettent en cause l’authenticité de tableaux certifiés par le directeur de l’Institut d’art de la ville, Roger Devereau (Patrick McGoohan), expert à ses heures et spéculant sur les œuvres. Cela n’a pas l’heur de plaire à ce ponte et, à l’aide de trois sbires, il veut mettre la main sur ces lettres. Malheureusement le professeur est bordélique et il ne les trouve pas. D’où une interrogation musclée qui aboutit au premier meurtre.

La belle Hilly entreprend de séduire George Caldwell qui ne demande rien. On le retrouve allongé sur sa couchette, la chemise ouverte et le torse délicieusement caressé par les mains expertes, lorsqu’il voit à la fenêtre du compartiment un homme pendre la tête en bas, une balle dans la tête, avant de choir du train. Il croit avoir une hallucination, persuadé par la fille, surtout après martini, Mouton-Cadet et champagne, mais il doute… Au matin avisant le dernier livre du professeur, il découvre sa photo au dos (Stefan Gierasch) : c’est bien lui qu’il a vu mort !

Qu’à cela ne tienne, il suffit de vérifier. Hilly lui demande d’aller au compartiment du professeur, juste derrière le bar. Lorsqu’il toque à la porte, un inconnu soupçonneux lui ouvre, deux autres sont en train de fouiller les affaires. Il dérange et est expulsé manu militari du compartiment, du wagon et même du train par un géant simplet au sourire d’acier d’appareil dentaire ! Il se retrouve en rase campagne, loin de tout.

Une ferme est installée au milieu de nulle part et sa patronne est en train de traire une vache. Elle écoute son histoire qui la change de la routine animale et se propose de l’accompagner à la ville voisine. Mais ce sera en avion, un petit coucou à deux ponts, car ladite ville est à plus de cent kilomètres ! L’avion va plus vite que le train, qui ne semble pas dépasser les 80 km/h dans la première économie du monde (à l’époque), et George peut remonter dedans à l’arrêt de la ville.

Il retrouve au déjeuner Hilly qu’il a quitté avant le petit-déjeuner mais découvre qu’elle est en grande conversation amicale, sinon intime, avec Devereau. Lorsqu’il va dans son compartiment, la belle s’étonne de sa disparition du matin. Ne tarde pas à entrer, comme si de rien n’était, le directeur de l’Institut d’art qui l’a fait éjecter. Celui-ci, tout urbain, présente ses excuses pour ce malentendu, le « chauffeur » a outrepassé ses ordres en l’éjectant sur la voie. Mais le professeur va très bien, le voici qui arrive. Et George, confus, serre la main au sosie de la photo.

Tout irait bien, sauf que… Nouveaux rebondissements et deux autres meurtres que je vous laisse découvrir, dont celle du sourire d’acier avec un fusil sous-marin sur le toit du train – et nouvelle chute du train qui part tout seul. Stop laborieux jusqu’à une ville en pleine cambrousse où le shérif est aussi bouseux que son environnement et veut l’arrêter comme assassin (Clifton James). George se découvre des talents d’agent spécial, vole son pistolet au shérif, puis sa voiture que ramène son adjoint et neveu. A l’arrière, un voleur noir, Grover (Richard Pryor), qu’il délivre des menottes et qui l’aide, notamment à écouter les messages et à forcer un barrage de shérifs – mais aussi à se déguiser en Noir avec du cirage et à dansoter sur la musique de transistor pour berner la police qui surveille le train. Ce blackface ne passerait plus auprès des communautaires nord-américains bornés d’aujourd’hui – c’est dire si les Yankees sont devenus moralement bornés et politiquement cons par rapport aux années 70 !

Retour en voiture au train lors d’un arrêt en gare. George Caldwell est comme le chat, il a sept vies. Mais Devereau est obstiné et met la main sur les lettres de Rembrandt… que George récupère à l’aide de son nouvel ami Grover. Nouvelle éjection du train (comédie de répétition) mais cette fois à deux. La police de l’Etat les arrête mais le FBI est au courant par l’agent spécial descendu et cette fois George est du bon côté. Il est décidé d’arrêter le train avant l’avant-dernière station, où Devereau a l’intention de descendre après avoir brûlé les lettres originales de Rembrandt. Les Américains se sont toujours foutu de l’histoire ; elle n’est pour eux qu’une source d’antiquités à acheter et vendre, ou à détruire quand elles sont dangereuses – en témoignent les villes bombardées durant la Seconde guerre mondiale, y compris les villes normandes ou le Monte Cassino italien, ou les destructions en Irak.

Mais tout ne se passe pas comme prévu et le train fera une entrée fracassante dans les vitrines de la gare de Chicago en alerte panique. Sur un ton de parodie des films catastrophes.

L’action est prétexte aux gags mais ceux-ci ne sont pas aussi outrés que dans les décennies suivantes ; ils restent agréables à suivre, et mettent de l’ironie dans l’intrigue policière. Les décors comme les acteurs sont furieusement années 1970 et ceux qui n’ont pas connu l’époque pourront en avoir une assez juste idée. Le train est un puissant diesel qui crache des panaches de fumée bourrée de CO2 – l’écologie n’était pas vraiment la préoccupation de l’époque. Les coiffures des hommes sont afro ou longues, les pantalons patte d’éléphant et les chaussures chic des boots. Tout le monde porte costume et cravate, seuls les « hippies » sont accusés de toutes les dégradations. La clope est de mise et le whisky coule à flot. Pas de net ni de mobile, le train est la parenthèse idéale pour une autre vie en deux jours. Et le sexe s’est « libéré » de nombreux tabous.

L’Amérique se moque d’elle-même : un train qui n’avance pas, des experts filous, un professeur obstiné, un shérif de campagne dépassé, une fermière sympathique… C’est un divertissement de bon ton comme les Yankees après le 11-Septembre ne savent plus en produire.

DVD Silver streak – Transamerica Express, Arthur Hiller, 1976, avec Gene Wilder, Jill Clayburgh, Richard Pryor, Stefan Gierasch, Ned Beatty, Patrick McGoohan, 20th Century Fox 2006, €12.98

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