Ragtime de Milos Forman

Le spectateur se perd vers 1910 dans le ghetto juif où un découpeur de papiers cocu en public devient réalisateur de films (James Cagney) avec la girl (Elizabeth McGovern) comme actrice avant d’enlever l’épouse du riche bourgeois. Il est vrai que ladite girl, danseuse de beuglant, avait été épousée par un autre riche bourgeois (Robert Joy) qui n’avait pas apprécié de la voir nue sculptée sur le haut d’un gratte-ciel au Madison Square Garden. Allant en justice pour faire ôter le scandale, il s’est vu opposer une fin de non-recevoir. Il décide alors de se venger et tire sur le patron qui a commandé la statue et refuse de l’ôter ; il le tue. Au procès, sa femme, stipendiée par les avocats de la famille, témoigne de sa démence et il échappe à la peine de mort. Mais le divorce promis à un million de dollars est ramené par les avocats et la vieille devenue chef de famille à 25 000 dollars seulement. C’est comique. L’ancienne girl redevient girl bien qu’aimée par le fils des riches bourgeois auquel elle préfère les paillettes et l’envoi en l’air de son prof de danse.

L’histoire se répète en tragique avec le nègre (Howard E. Rollins Jr.) qui a enfourné un bébé à sa maitresse sans vouloir l’épouser au prétexte que son métier de joueur de piano jazz était itinérant et dans de mauvais lieux (on dit encore « nègre » en 1981, avant Reagan et sous la gauche au pouvoir en France, sans que cela soit forcément péjoratif). Lequel bébé est retrouvé tout nu sur la terre d’un parterre d’une riche villa où déjeunent un dimanche les riches bourgeois (Mary Steenburgen et James Olson). Bébé est recueilli, la police prévenue, l’accouchée retrouvée. Elle n’évite la prison que par la charité chrétienne des riches bourgeois qui l’hébergent avec son négrillon.

Jusqu’à ce que le père biologique se manifeste, lors d’un autre déjeuner interrompu des mêmes riches bourgeois, pour voir son fils et se concilier sa maitresse pour un mariage. Il a trouvé du travail dans une boite sérieuse et s’est achetée une Ford T. Luxe que jalousent les prolos pompiers du quartier qui le briment en l’empêchant de passer puis, une fois le flic du coin prévenu, en chiant sur le siège passager. Ce qui met dans une rogne noire le nègre qui se sent humilié, lui qui était parvenu à un brin s’émanciper. Il cherche à porter plainte mais la justice lui oppose une fin de non-recevoir. Sa future épouse décide de faire confiance à la justice en tentant de se faire entendre du vice-président venu en campagne électorale mais elle se fait tabasser à mort par les flics. Encore raté ! Le ragtimer décide alors de se venger en fomentant plusieurs attentats contre les pompiers jusqu’à ce que le préfet de police le cerne dans une bibliothèque où il menace de faire tout sauter (à l’américaine) avec ses copains cagoulés façon Ku Klux Klan si le gros connard de sergent pompier (Jeff Daniels) ne lui ramène pas sa Ford T nettoyée et réparée. Mais il a tort de faire confiance une nouvelle fois à la justice.

Tout comme le riche bourgeois qui croyait bien faire en faisant comme il faut : la négresse recueillie est morte sur ses conseils de prendre l’affaire en main ; son fils aîné artificier à qui il demande de ne se mêler de rien s’en mêle par défi ; le nègre avec qui il négocie se rend et mal lui en prend ; son épouse maintenue dans la soumission part avec le réalisateur de films juif à l’accent impossible (une sorte de Milos Forman à ses débuts ?) avec leur dernier fils.

Si vous avez suivi jusque-là, c’est que vous n’avez rien compris. Car le film se veut une fresque d’époque. Issu d’un roman d’E. L. Doctorow inspiré d’un autre, il en a gardé l’ampleur dans les multiples personnages et la longueur, sans parler des bouts de films muets qui sont censés raconter le contexte. Sauf qu’en deux heures et demi, c’est trop court pour être compréhensible. Il fallait soit recentrer, soit en faire une série. Le tort de Forman a été de confier le scénario au romancier. De plus, aucun des personnages ne réussit à être sympathique, ni le milliardaire jaloux, ni sa girl qu’on voit un moment à poil, ni le réalisateur juif qui attache sa fille en laisse mais délaisse sa femme, ni le nègre mauvais père mauvais amant et trop orgueilleusement intransigeant pour vivre en société, ni le riche bourgeois trop convenable, ni le fils rebelle, ni Houdini noir et blanc qui donne l’illusion de se défaire de tous les liens, ni… Le film aurait dû se concentrer sur le nègre sans s’égarer sur la girl, le message d’enfermement dans la négritude et le mariage suffisait pour chanter l’émancipation. Au lieu de quoi le spectateur se perd dans le ghetto juif où un découpeur de papiers cocu en public…

Reste une histoire aux belles images et à la musique de Randy Newman qui décrit la ségrégation de fait des Noirs et des épouses ainsi que la dure émancipation de ceux qui se font eux-mêmes. Il y a trente minutes de trop au début mais la suite vaut le détour. Le son en français est curieusement mixé : un moment on n’entend rien des personnages, la scène d’après ils gueulent. Pour son prix, le DVD comprend des suppléments.

DVD Ragtime, Milos Forman, 1981, avec Howard E. Rollins Jr., Moses Gunn, James Cagney, Brad Dourif, Elizabeth McGovern, Arte edition 2019, 2h36, €28.73 blu-ray €29.98

Il existe une version DVD à €9.25 mais attention, elle est exclusivement en espagnol.

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