Articles tagués : insomnie

Ne vous jetez pas au malheur comme Gribouille, dit Alain

Tous ceux qui ont quelque culture française savant qui est Gribouille, ce gamin idiot qui se jette à l’eau par crainte d’être mouillé par la pluie. Contrairement aux moteurs de recherche (ignares), Gribouille n’est pas une chanteuse, ni une légende populaire surgie de nulle part. C’est le personnage d’un roman de la comtesse de Ségur, La Sœur de Gribouille, qui raconte l’histoire d’un jeune garçon simplet et généreux et de sa sœur Caroline ; ils doivent se débrouiller seuls après la mort de leur mère. C’est le côté simplet qui intéresse Alain.

Il prend l’exemple du pris de toux qui croit se purger de sa toux en toussant avec de plus en plus de force ; or il ne fait qu’irriter ses bronches, et donc tousser encore et encore. Il prend l’exemple de celui qui se gratte pour soulager son irritation, irritant encore et encore sa démangeaison (qu’on songe à la piqûre de moustique). Il prend l’exemple de l’insomnie, où la tête travaille, s’efforce à dormir, meilleur moyen de rester éveillé au lieu de compter les moutons (on compte les pattes et on divise par quatre). Il prend l’exemple de l’amoureux éconduit, qui ne peut penser qu’à ça, obsédé de la fille, « il se fouette lui-même de tout son cœur ». Il y aurait tant d’autres exemples…

Au fond, chacun qui tourne en rond dans son obsession est un masochiste qui aime à se faire souffrir. Un sot comme Gribouille, qui croit bien faire en se jetant dans un danger plus grand que celui qu’il veut fuir. Au lieu qu’il y a des trucs, dit Alain, pour éviter ce travers. Ainsi en avalant sa salive quand on est sur le point de tousser ; en chauffant le bouton de piqûre avec un briquet ou une cigarette (à 1 cm de la peau quand même !), ce qui inactive le venin irritant ; en oubliant qu’on ne dort pas pour laisser errer sa pensée qui, progressivement, prend la forme du rêve ; en dénigrant sa fiancée qui le trahit, recensant tout ce qu’elle a de pire, l’imaginant vieille. On peut faire de même avec un patron qui vous juge, en l’imaginant tout nu par exemple, ce que j’ai lu quelque part. Cette dérision évacue l’obsession, donc la crainte.

« Mais de toute façon, il faut s’appliquer à se consoler, au lieu de se jeter au malheur comme au gouffre. Et ceux qui s’y appliqueront de bonne foi seront bien plus vite consolés qu’ils ne pensent », conclut le philosophe.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Alain (Émile Chartier), déjà chroniqué sur ce blog

Catégories : Alain, Livres, Philosophie | Étiquettes : , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Les bienfaits du rêve

Vous êtes ou vous allez partir en vacances, vivre libre, bien manger, dormir tout votre saoul, rêver peut-être ?

Un numéro spécial de la revue de vulgarisation scientifique La Recherche actualise ce que les savants ont appris sur le sommeil et sur le rêve. Que du bien ! Tirez-en profit. Le savoir a avancé depuis les travaux pionniers de Freud sur l’interprétation des rêves et de Michel Jouvet sur le sommeil.

Désormais, ce que l’on sait sur les rêves :

  • le rêve dure longtemps et pas seulement en fin de nuit,
  • il est éminemment utile pour apprendre, en répétant les acquis de la journée,
  • il n’est pas réalisation imaginaire de désirs refoulés ou fantasmes interdits comme Freud, obsédé sexuel, le croyait mais simulation des menaces émotionnelles possibles, créant des hypothèses sur les possibles (c’est ainsi que l’on traite les cauchemars traumatiques).

Quant au sommeil, il est vital :

  • il doit se déployer en « sommeil lent » puis en « sommeil paradoxal » pour consolider la mémoire et procéder à l’oubli des informations inutiles, d’où l’intérêt de dormir suffisamment, les micro-réveils (comme dans le cas des apnées du sommeil) fatiguent, angoissent et abrutissent,
  • la plupart des humains ont besoin de 6 à 9 h de sommeil par nuit, la mortalité constatée augmente pour les petits et les gros dormeurs,
  • l’insomnie favorise irritabilité et obésité comme maladies cardiovasculaires, les adolescents qui dorment le moins sont aussi les plus déprimés,
  • les gens sont génétiquement inégaux devant les effets du café sur le sommeil,
  • les enfants grandissent s’ils dorment plus, soit la nuit soit par sieste, les parents peuvent les aider à dormir par des horaires adaptés et un rituel du coucher.

Avec quelques indications de sites Internet et de livres pour les parents et les curieux, voici un numéro utile au savoir, à lire surtout… avant le coucher !

La Recherche, revue en kiosque, n°454 juillet-août 2011, 116 pages, €6.50

Catégories : Science | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,