Articles tagués : anti-terroriste

L’intervention – la naissance du GIGN, de Fred Grivois

Un film qui se veut avant tout d’action, pour glorifier le GIGN, dont ce fut le baptême du feu. Mais il déforme et simplifie une histoire complexe, au profit d’un message qu’on ne comprend guère, sinon comme une épopée à la yankee. La psychologie est laissée de côté, les gendarmes sont présentés comme des hippies chevelus et fumeurs, adeptes de vannes potaches, pas comme des militaires en tenue réglementaire formés au commando. Les enfants sont ignorés, masse amorphe ballottée et sans voix. L’assistante sociale française est devenue une institutrice américaine – pour mieux vendre l’histoire aux USA ? En bref, ça se regarde, mais bof…

En 1976, sous Giscard, Djibouti appartient au territoire français des Afars et des Issas, « la dernière colonie française ». Il sera indépendant un an plus tard, après l’affaire des otages. Car le 3 février, des militants indépendantistes du Front de libération de la côte des Somalis capturent un car militaire de ramassage scolaire avec 31 enfants de militaires français à bord (et aucun américain, contrairement au film, servilement pro-yankee). Le car est immobilisé près de la frontière somalienne et l’attente commence. Attente de quoi ? De la venue du GIGN depuis la France, qui prend des heures ; de l’autorisation des politiciens d’intervenir, eux qui privilégient « la diplomatie », cet art de ne rien faire quand c’est urgent. Les enfants au soleil et menacés ? On s’en fout, dans les bureaux à Paris (avec Josiane Balasko en technocrate zélée). Ce qui compte est la Grande politique, la réaction de l’URSS alliée des Somaliens, le regard de la CIA américaine, venue en observation et censée ne pas être là.

Après des heures et une nuit de tergiversations, erreur qui permet à l’armée somalienne de se masser à la frontière et à un car d’arriver pour transborder les enfants de l’autre côté, le capitaine Gerval du GIGN (Alban Lenoir) – qui n’était en vrai que le lieutenant Prouteau – est excédé. Il décide par lui-même de tirer selon la méthode récemment mise au point : chaque tireur d’élite a une cible. Lorsqu’il l’a dans son viseur, il se déclare « prêt ». Quand le capitaine a tout le monde prêt, il dit « zéro ». Commence alors un comptage par chacun dans sa tête, un, deux, trois, et pof ! Un tir simultané. Cela permet de n’avoir qu’un seul bruit, mais cinq terroristes tués en même temps, à 180 m. Evidemmment, tout ne se passe pas dans l’idéal. Un sixième terroriste se précipite vers le car, alors que l’instit Jane (Olga Kurylenko) commence à réveiller les enfants pour fuir. Au lieu de le descendre, le GIGN attend. Quoi ? Il est repéré, arrosé de balles de mitrailleuse, et doit se terrer au ras du sol. Pendant ce temps, la Légion proche ne fait rien, ne bouge pas. Le général Favrart (Vincent Perez) « attend les ordres de Paris ». Imbécilité des politiciens, incapables de déléguer aux professionnels sur le terrain. Inertie d’un « général », qui craint plus pour ses galons que pour les otages.

La suite est du grand guignol digne d’Hollywood (c’est dire le niveau) : le GIGN se reprend, aligne dans leurs lunettes les Somaliens qui ne savent pas viser et les descendent un à un, dans un artistique jet de sang à la tête à chaque fois. Les cadavres jonchent le sol, complaisamment suivis à la caméra. Nous sommes dans le western, pas dans une opération militaire (les gendarmes sont des militaires). Dans la vraie vie, le 2e REP est intervenu contre les mitrailleuses somaliennes. Un terroriste qui s’est rué dans le car depuis la Somalie est tué d’une balle dans la tête alors qu’il s’apprête à tirer sur l’instit, et il lâche en tombant une rafale qui tue une fillette. C’est tout, pour ne pas faire de peine à la mémère yankee. Dans la réalité, deux fillettes sont tuées et cinq autres enfants blessés, un autre emmené en Somalie, et seulement une quinzaine de soldats somaliens tués.

Il est dommage que cette histoire anti-terroriste française soit ainsi dévoyée en film, puisque le film est ce qui reste dans les mémoires. Une fois ces remarques vigoureusement énoncées, la tension du commando est bien restituée. Le chef des preneurs d’otages a pu exprimer ses revendications anticoloniales. Les politiciens en prennent pour leur vanité de tout contrôler, alors qu’ils ne savent rien du réel. Les membres du GIGN ont exposé leurs appréhensions et leurs doutes. Mais ce qui compte est leur mission : nous sommes là pour neutraliser les preneurs d’otages, pas pour jouer les assistantes sociales ni les psys, déclare l’un d’eux (dans le film). Mission accomplie, mais pas réussie : il y a des morts. Et pour le spectateur, une impression de gâchis : d’une belle opération, on en a fait un film de catégorie B.

DVD L’intervention – la naissance du GIGN, Fred Grivois, 2019, avec Alban Lenoir, Josiane Balasko, Michaël Abiteboul, Olga Kurylenko, Sébastien Lalanne, SND GROUPE M6 2019, français, 1h34, €9,94, Blu-ray €15,95

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire