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Denis Ralet, Le cauchemar du président

Ce roman est de politique fiction. Il raconte comment un président moyen, élu comme plus petit commun dénominateur, reste impuissant à agir face à une catastrophe de longue ampleur. Car, pour agir, il faut convaincre ; en démocratie – même représentative – le chef n’est pas celui qui conduit mais celui qui suit. L’opinion doit être mûre – or l’opinion est paresseuse, confite dans le confort des habitudes qu’il est très difficile de changer. « Les magazines people se vendent par millions et (…) ceux qui parlent de notre avenir, de celui de nos enfants, de la Terre sur laquelle nous vivons, ceux-là n’intéressent pas grand monde » p.68. D’autant que les divers intérêts (géopolitiques, économiques, idéologiques) vont dans le sens du conservatisme : pourquoi changer quand tout va plutôt bien ?

Le déclencheur de « la crise » (cet acmé de la maladie qui fait soit crever, soit se renouveler) est une explosion nucléaire en Antarctique. Pourquoi ? Nul ne sait ni ne saura. C’est gros – mais invraisemblable. L’auteur aurait pu trouver autre chose de plus réaliste, ou exposer un complot avec un but précis. Il n’en fait rien, ce pourquoi ce roman n’est que l’ébauche d’un thriller. Je trouve pour ma part cet abandon dommage : quel beau thème que celui d’une aile de papillon qui fait basculer la planète ! Au lieu de cela, l’auteur va linéaire, racontant l’enfance du président, son ascension vers le pouvoir, ce qu’il y fait ou plutôt ne peut faire, ce qui se déroule malgré tout et tous.

Donc une explosion de grande ampleur, qui creuse la banquise et fait fondre un peu plus la glace – avec ses conséquences en chaîne, mais sur le long terme : cyclones, inondations, submersion de côtes, mauvaises récoltes… Les politiciens, élus pour quelques années, ne songent pas au futur ; ils se foutent des enfants, y compris les leurs, et l’avenir se borne à leur réélection au prochain terme. Le président français Chabrolles n’est pas aussi fort que la Constitution veut bien le dire ; il est pris dans les rets des rapports de force géopolitiques, des multinationales, des règlements européens, des perspectives de son parti, de ce que l’opinion est prête à consentir. Donc il ne fait rien – comme Chirac, comme Hollande. Il minimise par le discours, il dissimule les informations sensibles. Il tente de susciter une réaction vers la moindre consommation, les circuits courts, le retrait des rives inondables… mais le temps passe et l’inertie demeure.

Les périodes de crise engendrent des comportements égoïstes, inciviques, centrés sur soi. Les banlieues s’embrasent, des immigrés rançonnent, la jungle installe sa loi. Il est donc inévitable que l’avatar du Front national remporte les présidentielles de 2027, puis les suivantes. Sans vraiment résoudre la question de la sécurité, mais en jouant sur la peur. Ces éléments sont peu convaincants, à mon sens, 2027 est trop loin pour une arrivée au pouvoir de l’extrême-droite en cas de crise majeure. Une fois au pouvoir, nul doute que l’Exécutif ne soit fort, renforçant la police, n’hésitant pas à réprimer fermement, sinon sauvagement – à la russe (le tropisme poutinien de l’extrême-droite européenne est de notoriété publique). Cela inclut une réorganisation des alliances géopolitiques et économiques, pas seulement l’exit de presque tous les pays européens fors l’Allemagne, la France et le Benelux, comme il est raconté.

Reste que, malgré ses défauts de construction et son catalogue de tout ce qui peut changer au demi-siècle prochain (y compris une crue centenale de la Seine p.134), ce roman de fiction politique se lit d’un trait, écrit d’une plume alerte et sans jargon.

Subsistent malheureusement nombre de fautes de français qui montrent combien l’éducation pèche depuis une génération. La créativité de la langue est féconde lorsqu’il n’existe pas de mots équivalents, mais elle marque l’ignorance lorsqu’elle vient en substitution. Qu’est-ce par exemple que ce « parastatal » p.61 alors que paraétatique existe ? Pourquoi écrire « le port d’Hambourg » p.100 alors que l’élision ne se fait jamais devant le H ? Que veut dire « endéans les 12 mois » p.140 alors qu’avant suffirait ? Quel est cette langue de bois du terme « subsidier » p.186 alors qu’il existe subventionné ? La mystérieuse « agréation » p.205 ne voudrait-elle pas dire agrégat ou agrégation ? Le « travail presté » p.206 et 214 est une invention de nul, alors que travail fourni suffirait. Ces bourdes gâchent un peu la fête, alors que ce roman mériterait d’être lu et médité.

Faut-il « passer » sur ces fautes et cet inachèvement pour ne considérer que l’idée même ? Non, sans doute, car c’est cet abandon au spontanéisme au détriment du travail, cette focalisation sur le seul but au détriment des moyens, qui fait s’écrouler l’expression, l’éducation, et la société même. Comment comprendre, se faire comprendre et débattre si l’on n’utilise pas les mots justes ? Or si « les gens » ne voient que le court-terme de leurs petits intérêts dans leur petit coin, comme le montre l’auteur, c’est bien parce que l’on a renoncé à leur ouvrir l’esprit, à leur assouplir la langue et à activer leur esprit critique. « On peut devenir ministre, fonction équivalente à un poste de direction dans une multinationale, sans rien connaître au secteur concerné », critique justement Denis Ralet p.203 – mais s’applique-t-il à lui-même cette remarque de bon sens ? Peut-on devenir écrivain et être lu sans connaître la juste expression écrite et la construction efficace d’une fiction qui captive ? « Nul art pour les nullards » p.221 ?

Ne soyons pas trop sévère, malgré l’agacement des défauts. Je vous conseille la lecture de ce roman de politique-fiction, il vaut le détour et les deux heures que l’on y passe. Je dirais seulement à son auteur : « peut mieux faire ». Ce serait dommage de gâcher de bonnes idées par une manière trop peu travaillée.

Denis Ralet, Le cauchemar du président – 2022 une bombe explose en Antarctique, 2017, Telarcom éditions, 240 pages, €19.50

e-book format Kindle, €9.49

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 balustradecommunication@yahoo.com

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Daniel Devos, Coup de chaud à Rennes-le-Château

Un truculent roman empli d’histoire, de bonne bouffe, de sexe et d’aventures dans une région propice aux mystères. Nous sommes en effet en Corbières, autour de Rennes-le-Château, célèbre pour son abbé Saunière, devenu riche on ne sait comment. Du trésor des Templiers au saint Graal, nombreux sont les archéologues, les historiens locaux et les illuminés à avoir cherché, interprété, gratté… sans rien trouver que leurs fantasmes. La région est d’autant mieux connue que le sanctuaire contre « la fin du monde » (maya) s’érige à quelques pas, dans le village de Bugarach. Le 21 décembre 2012, on saura si cette 184ème fin du monde est la bonne ou encore une invention.

Daniel Devos, pseudo d’un prof qui a écrit aussi des ouvrages « sérieux » sur la fortification médiévale dans le midi de la France (dit-il en dossier de presse), se lâche dans ce roman picaresque et facétieux. Il engage toute une fine équipe régionaliste autour d’un prof qu’il nomme Christian Castel, double symbole du Christ (autour duquel tourne toute cette histoire) et des châteaux (dont la région cathare est fort pourvue). Vous avez Charles et Claude, Pépé et Gneu, le beau Alex (un bon Aryen), sans parler du Vieux, du Grand et de Kiki. Et les filles : Louise et Marion, fort « chaudes » en décolletés affriolants, quand ce n’est pas seins nus à se baigner dans les sources ferrugineuses – ou absorbées à leur besogne sous la table à « l’heure du biberon ». John et Penny, Anglais bios, assurent l’intendance au Presbytère, un gîte rural où l’on y mange très bien.

Les plaisirs de la chère ne cèdent en rien à ceux de la chair. Ce ne sont que pâté de Limoux, saucisse sèche de Foix, petits boudins blancs de Carcassonne, jambon cru d’Ariège, le tout agrémenté des mongettes de rigueur. Et bien sûr très arrosé, depuis l’apéritif jusqu’au digestif, en passant par les vins de tables. Vous saurez tout sur les Rivesaltes, muscats, Maury, Fitou, Corbières, Château Giscours, Rauzan Ségla, Saint-Julien… et sur la Blanquette (de Limoux).

L’histoire est habilement troussée et contée comme Rabelais. Vous avez un pays, une histoire, des traditions. Les chercheurs de trésor ne sont pas à la hauteur, entre bouseux avides, notables affriolés de tourisme, hippies vibrant aux énergies, pseudo-historiens du dimanche et illuminés ésotériques. Ajoutez une pincée de cailleras des villes et un complot arriviste interne à la télé. L’auteur n’a pas son pareil pour allécher le lecteur qui ne sait rien, ni du mystère ni de la région. Lui a tout lu sur le sujet, même l’écart du géopoliticien Alexandre Adler appelé Société secrètes – De Léonard de Vinci à Rennes-le-Château, comme en témoigne une allusion au « train qui peut en cacher un autre », signature radio du Je-sais-tout-sur-tout.

Mais c’est le livre ancien de l’abbé Henri Boudet, Sur la piste du trésor de Rennes-le-Château – La vraie langue celtique, qui fonde l’intrigue bâtie par l’auteur. Elle est fort bien écrite et rondement menée, jusqu’à la découverte finale… dont vous ne saurez rien. Le fil est une émission télé pour le prime-time, bien plus palpitante que Des racines et des ailes. Louise, diplômée supérieure de com, engage Marion la « monteuse » pour actionner caméra et membres de l’équipe masculine. Engins bien en mains, la quête se fait en live et débouche sur quelques moments chauds du spectacle.

C’est écrit avec raillerie plutôt qu’humour. On reste dans la blague émoustillée, un peu sud-ouest, plutôt macho – bobotes parigotes et féministes écolotes s’abstenir, l’auteur est redoutable aux faiseurs. Mais plus de gueule que d’actes, « Je suppose que c’est la vie en société. Une grande dose de refoulement, un peu d’hypocrisie et le reste en fantasmes. C’est comme ça qu’on peut tenir… » p.376. C’est ce que l’auteur fait dire à son double Castel, « le prof ». Alors ne pas « se choquer » pour si peu, avec cette affectation politiquement correcte tellement tendance sur les blogs et les réseaux… Nous sommes dans la vraie vie régionale, aux particularités ancrées : le vin, la chasse, la fête, les filles (dans cet ordre). Avec son humanité de partage, d’amitié entre hommes, de tendresse envers les femmes et d’érotisme campagnard pour tous. Un roman qui vous laisse un bon goût de terroir, de chatte et de mystère, une grande envie d’aller visiter cette région attachante et ceux qui la peuplent.

Avec en prime cette description du sanctuaire censé échapper à la fin du monde : « A la sortie d’un long virage, le val de Bugarach apparaissait dans toute sa splendeur. Qui l’a vu peut mourir heureux ! La vaste dépression est encadrée de montagnes couvertes de forêts. Des lames verticales de rochers calcaires brillent au soleil. Dans un concert de verts, de jaunes et de rouges, des colliers de rouleaux de foin sont abandonné dans les prés. Le village de Bugarach occupe le fond de la cuvette. En point de fuite, la rivière Blanque creuse ses gorges vers les lointains de Rennes-le-Château et de Rennes-les-Bains » p.37.

Si m’en croyez, lisez ce livre, l’un des plus heureux de l’éditeur lyonnais loin des afféteries germanopratines !

Daniel Devos, Coup de chaud à Rennes-le-Château, 2012, éditions Baudelaire, 449 pages, €23.75

Le lecteur tant soit peu lettré s’effrayera de la quantité de fautes de français du livre. Abandons et lâchetés de l’Éducation nationale, l’auteur sait écrire « connard » sans oublier les deux n et le d, mais bute sans cesse sur les expressions classiques. Inventaire non exhaustif (mais qui est déjà trop) – à corriger dans une édition ultérieure :

  • p.12 « C’est un garçon délicieux. Tellement intentionné » – attentionné serait tellement plus juste !
  • p.39 « une pose à Bugarach » – une pause ferait nettement plus vrai
  • p.46, p.219, p.441 « nous avions convenu » – nous étions convenus est la seule façon correcte
  • p.50 « une émotion bien compréhensive » – (pauvre bête…) plus compréhensible serait plus compréhensible au lecteur
  • p.94 « nous gouttâmes quelques minutes de repos » – comme une vulgaire flotte ? ou du verbe goûter, donc « goûtâmes » ?
  • p.124 « cargollade » – pourquoi deux l à la cargolade ? Surtout en catalan, les ‘ll’ se prononcent non le mais lieu… Or il s’agit justement du plat d’escargots régional grillés aux sarments de vigne
  • p.124 « habeam papam » – nous avons un Pape se dit habemus papam en vrai latin
  • p.158 « faire pâte de velours » – pour enfourner la tarte ? la patte de velours est en référence au chat…
  • p.180 « chemin de piste » – les scouts disent jeu de piste, c’est plus réaliste
  • p.241, p.259 « le grés » – pour le grès (roche siliceuse)
  • p.264 « Pépé était prés à leur rentrer » – comme une vache rêvant à l’étable ? prêt, comme le scout toujours prêt, serait mieux venu
  • p.274 « en signe de bienvenu » – comme il s’agit de la ‘bien venue’, le mot prend un e à la fin
  • p.276 « source d’eau ferrugineuse acidule connue » – acidulée ?
  • p.320 « entre de bonnes mains » – en de bonnes mains est plus cohérent car « entre », on ne voit pas comment saisir…
  • p.331 « permettait le déclanchement » – déclenchement avec un e
  • p.416 « chinter » – shunter ?
  • Sans parler, un peu partout de l‘inévitable „ballade“ avec deux l, qui ne marche pas mais se braille… Se balader avec un baladeur lors d’une balade – tout cela ne prend qu’un seul l !
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