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Dieux et déesses chez les Grecs

Surprise ! Les dieux et les déesses, êtres immortels, sont environ 30 000 selon Hésiode. Thalès confirmera que « tout est plein de dieux ». Ils sont une évidence que l’on ne peut nier. Avec cela, deux certitudes : les dieux sont inconnaissables, mais ils s’invitent sur terre. On distingue les dieux du culte et les dieux des poètes.

Les dieux du culte sont les propriétaires du sanctuaire où chacun présente un aspect de lui-même que les mortels doivent honorer. Chaque culte honore non pas le dieu ou la déesse, mais une parcelle manifestée de sa puissance. Le dieu est surtout en perpétuel manque : il réclame les offrandes de sang sur les autels. Pour cela, il a besoin des hommes et de leurs sacrifices. Chaque dieu est lui-même pluriel – c’est sa singularité.

Pour les dieux des poètes, ils sont des sujets de récits livrés à la mémoire collective. Ils se détachent de la particularité d’un culte local pour se fondre dans une histoire et une généalogie olympienne. Ils ont des aventures, des amours, des combats. Ils naissent, traversent l’enfance, atteignent l’âge adulte – qui perdure dans l’absence de toute altération. Car ils sont immortels. Chaque naissance divine est un évènement extraordinaire qui peut saisir les dieux eux-mêmes – ainsi la naissance d’Athéna. Ils naissent dans un monde qu’ils n’ont pas créé, un monde éternel. Ils ont fabriqué en revanche l’humanité à travers diverses races mortelles successives. Cela pour répondre à deux besoins : occuper les puissances primordiales de la mort, et recevoir les hommages. « Les dieux sont donc la négation des hommes (ils sont fondamentalement non-mortels), et les hommes l’affirmation des dieux », écrit l’auteur du dictionnaire.

Les dieux des poètes peuvent connaître l’exil comme Apollon, où la destitution comme Ouranos et Kronos, ou la réclusion comme les Titans et Arès, où la souffrance physique comme Athéna blessée, ou la souffrance morale comme Zeus qui fait tomber une pluie de sang en deuil de la mort de Sarpédon, le fils qu’il a eu d’une mortelle, ou encore le désir de transgression d’une loi précisément divine comme Hermès, tenaillé par l’envie de manger de la viande.

Quant aux déesses, ce ne sont pas des femmes. Elles sont des dieux à part entière. Elles attendent les honneurs, donnent des ordres, conduisent des initiations. Elles donnent naissance et font mourir. Elles s’accouplent et se refusent. Athéna, Artémis et Hestia restent vierges – ce qui n’est pas la destination de la fillette grecque. Comme les dieux, les déesses font la guerre – ce qui est inconcevable pour une femme Hellène. Ce ne sont donc pas forcément des modèles pour les mortels, ce sont des divinités.

Au fond, les dieux n’ont pas de genre. Ainsi Zeus engendre Athéna comme s’il était une femme. Ils ne deviendront des hommes que tardivement. Les divinités ont une sexualité récréative, contrairement à celles des mortels, qui est reproductive. Elle peut être incestueuse, père-fille, mère-fils, fantasmes bien humains mais que seules les divinités peuvent assumer sans conséquences. Elle est aussi fusion quand Hermès et Aphrodite se confondent dans la figure bisexuelle d’Hermaphrodite.

Un Dieu est invisible mais il a une odeur que seuls les mourants semblent capables de percevoir, selon Euripide. Hippolyte agonisant ressent la présence d’Artémis grâce à son parfum à la divine haleine. Une idée que même Platon le logicien partage : les dieux ont un corps. Il est plus grand, plus beau et plus lumineux que le nôtre, exceptionnellement livré en un éclair à la stupeur des mortels. Ce pourquoi on dit qu’ils n’ont pas d’ombre.

Les dieux et les déesses ne croient pas en leur autosuffisance. Ils sont inconsistants sans les sacrifices qu’on leur offre et qui les fait exister aux yeux du monde. Ils n’ont pas d’âme et ne connaissent pas la mort. Ils sont la négation des hommes, et les hommes l’affirmation des dieux. Ce pourquoi il ne peut y avoir de « religion » grecque au sens strict – il n’y a pas de doctrine qui relie les humains aux divinités. Nous sommes dans le monde païen, terre à terre et concret. Bien avant l’abstraction de l’Être unique, inconnaissable, omniscient, etc.

Reynal Sorel, Dictionnaire du paganisme grec, Les Belles lettres 2015, 513 pages, €35.50

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Michel Weyland, Aria – Intégrale 1

Une BD de 1982 glorifiant les filles ; pour leur dire qu’elles sont « good as you » comme on le dit des mecs un peu diminués. Musclée, dynamique, avisée, la chevelure blonde flamboyante, voici Aria la femme. Son nom vient d’une musique pour voix seule, ou d’une formule magique chantée pour invoquer des pouvoirs surnaturels. Vive les filles ! Vous êtes aussi puissantes que les gars. A noter quand même qu’un sens vieilli d’aria est celui de tracas et de soucis…

Bon, les albums recueillis ici ne manquent pas de beaux gars, musclés, flamboyants très souvent torse nu. Ils sont en général vantards et peu avisés, parfois avides de pouvoir et portés à la force, mais il y a quelques exceptions. On peut garder les petits, ils feront de beaux mâles s’ils sont bien éduqués, comme Djaïr dans le premier album, ou le garçonnet bien bâti au ballon dans le dernier. Les fillettes sont dotés de « pouvoirs », comme Arcana, et pas réduites au rôle de pleureuses effrayées, ni de joueuses à la poupée. Les femmes mûres peuvent être méchantes, comme Vulga la sorcière, mais notez qu’elle est l’unique femelle de la horde magicienne qui agite ses spectres devant l’armée de Vinken.

Guerrière qui se déguise sous un casque pour entraîner une armée – ce que le « roi » n’a pas su faire, amolli par le pouvoir et les défaites, elle veut rester libre, comme une Rahan femme, mais dans un univers médiéval plus que préhistorique. Elle rencontre le fantastique sous la forme de lieux maléfiques ou merveilleux, en général créés à partir de passions mauvaises comme la vengeance ou le crime. Elle fait tout sauter, en héroïne à qui rien ne résiste.

C’est beau, optimiste, moral, clairement dessiné, lumineux. On s’y laisse prendre.

Depuis, l’imaginaire a créé la femme au bouclier, guerrière scandinave qui ne cède en rien aux hommes. Le personnage de Lagertha, épouse de Ragnar et mère de Björn, amante et guerrière, chef de clan dans l’excellente série Vikings le montre bien.

Une belle BD des temps déjà anciens en 40 albums qui plaisent bien jusqu’au Covid ; depuis, moins. Ici le volume 1 d’une intégrale.

Michel Weyland, Aria – Intégrale 1 : La fugue d’Aria, La montagne aux sorciers, La Septième Porte, Les chevaliers d’Aquarius, 2025, Dupuis, 192 pages, €29,00, e-book Kindle €9,99

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Fin avril à Paris

Le printemps pointe timidement son nez cette année. Les jours alternent entre froid de mars et tiédeur de mai ; en avril, ne te découvre pas d’un fil, dit la sagesse ancestrale.

chat Paris rue de la harpe

Ce pourquoi le chat de la rue de la Harpe, campé au-dessus d’un restaurant de kebabs, se garde bien de mettre autre chose que le museau à la fenêtre ; il a gardé toute sa fourrure.

cerisiers en fleurs Paris polytechnique

Mais les cerisiers fleurissent déjà comme au Japon. Le rose délicieux des fleurs rappelle le teint des jeunes filles derrière le mur austère de l’ancienne Polytechnique.

culs de pouliches Paris luxembourg

Au Luxembourg (le jardin, pas le paradis fiscal), les ponettes ont la queue fournie et baladent des gamines pas très rassurées d’un pas lent de sénateur.

feuilles de marronniers printemps

Les feuilles des marronniers sont du vert tendre de la jeunesse annuelle. Leur transparence donne envie de ventrées de salade.

pelouse printemps Paris luxembourg

Les pelouses sont de nouveaux « autorisées » par la haute autorité fonctionnaire en charge de définir les règles. Nombreux sont ceux qui se vautrent déjà sur l’herbe encore humide des pluies incessantes de l’hiver.

filles bronzant Paris luxembourg

Des filles se sont mises déjà presque nues, préparant le bronzage plage pour les mois qui viennent.

ados au printemps Paris

Les ados flirtent, allongés, caressés, nonchalants. Le bac est pour bientôt, même si des vacances arrivent, juste avant le premier mai pour les Parisiens. Il restera peu de temps pour réviser après, cette année.

filles Paris au printemps luxembourg

Les touristes de province déambulent déjà depuis près de deux semaines dans un Paris tour à tour gris et lumineux, à 15° ou 25° selon les jours. Le faune dansant incite à l’exubérance devant la perspective ouverte par les marronniers sur la coupole triste du Panthéon, en piteux état et en restauration pour des années.

printemps Paris luxembourg

Il est agréable de marcher dans les allées du jardin le plus parisien peut-être.

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