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Patrice Montagu-Williams, La Porte de Jade

Un roman, c’est une histoire et, pour un roman policier une énigme, non sans humour. Ici, c’est direct : le corniaud jaunâtre de Fatima – autrement dit un clebs – passe en tenant tout heureux en sa gueule un crâne d’enfant. Le présentement Grand et Puissant Marabout de la communauté Sénoufo du XVIIIe arrondissement de Paris s’en offusque mais ne prévient pas la police. « La police, c’est pire que le pique-bœuf à bec jaune sur le dos du gnou : une fois qu’on l’a sur le poil, on peut plus s’en séparer » p.19.

Palabres à part, l’os est remis au Bossu, truand interlope et nyctalope, Juif sceptique sur la race humaine depuis Ce-que-vous-savez, et dont l’adjoint est surnommé Goebbels. Sa fille adoptive a les cheveux bleus et ne déplace qu’en rollers, telle une fée dans Paris ; elle délivre les doses et les messages. Le Bossu, quant à lui, est associé au chinois Oncle Tau, qui a décidé de faire cavalier seul pour un dernier gros coup de drogue. Le crâne d’enfant est celui de la fille du Bossu, morte à 6 ans, déterré du cimetière Montmartre – et c’est une déclaration de guerre (dégeulasse) contre lui.

Le commissaire Boris Samarcande, chargé du secteur, voit venir la guerre des clans. Surgit alors la belle Lo, une strip-teaseuse chinoise forcée à travailler dans une boite de Tau, ancienne danseuse de l’Opéra de Shanghai. Il tient son fils, qu’il menace de tuer si elle ne fait pas ce qu’il dit, danser nue, laisser voir ses profondeurs aux glaces sans tain, et s’offrir aux hommes qu’il pousse dans ses bras pour ses affaires.

Lo va voir le commissaire ; elle reçoit un doigt de son fils, coupé net pour la dissuader de continuer. Mais elle persiste, voulant récupérer son enfant. Elle se donne au commissaire, et Samarcande est dérouté de la soie lorsqu’elle survient en seule petite culotte rouge.

Un roman, c’est aussi des personnages. Bien typés, hauts en couleur, tels Samarcande, commissaire humaniste, expert mondial en truanderie dans son quartier. Il ne juge pas, car les convictions sont pires que le mensonge pour connaître la vérité. Son adjoint Montoya contrôle les indics, dont le Pingouin, serveur du bar La Fourmi de la rue des Martyrs, qui dort debout la tête sous le bras, dit-on. Ou encore l’Émir, ex-islamiste devenu libraire, et Malka, pute slovène.

Un roman, c’est enfin une atmosphère, celle si particulière de Paris XVIIIe, coincé entre Montmartre, Pigalle et Barbès, la peinture, les truands, le métissage culturel. Bien loin du chromo d’Amélie, brave poulain qui fait vendre le tourisme.

Un bon début qui sera suivi de plusieurs autres.

Patrice Montagu-Williams, La Porte de Jade – Les enquêtes du commissaire Samarcande 2, 2019, éditions Otago 2025, 215 pages, €19,00, e-book Kindle €7,99

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Les œuvres de Patrice Montagu-Williams déjà chroniquées sur ce blog

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Robert Daley, L’année du dragon

L’année du dragon, nous y sommes, c’est cette année ; la cinquième année d’un cycle qui revient tous les douze ans. L’auteur situe son roman policier en 1980, dans une New York confrontée à l’effervescence des communautés chinoises qui se développent. Un courant continu de très jeunes arrive clandestinement depuis Hong Kong, important les habitudes frustres de brutalité et de solidarité de clan. Les vieilles Triades (qui sont des mafias) avaient investi le jeu et sont poussées, par cette immigration avide, à se mettre à la drogue.

Chinatown connaît ses fusillades pour faire perdre la face et imposer le nouveau pouvoir. La police reste inerte, bien contente de laisser aux Triades le soin de réguler la communauté. Ne croyez pas que c’est de l’histoire ancienne ! Ce qui se passe dans nos cités françaises est exactement du même type : les mafias maghrébines trafiquantes font leur police et le pouvoir politique local est bien content de voir l’ordre assuré, en fermant les yeux volontairement sur les trafics. La route nationale du RN qui paraît si dégagée sur ces questions changera-t-il les choses ? Trop d’intérêts en jeu, je n’y crois pas une seconde.

A New York, un capitaine de police ne l’entend pas de cette oreille. Il est entré dans les forces de l’ordre pour le faire régner, et a pour croyance (sans doute naïve) que tous les Américains, quelle que soit leur origine, doivent bénéficier du même traitement par la loi. Pas question donc de tolérer l’embrigadement de gamins de 15 ans dans les clans de tueurs, recrutés dès la sortie de l’école où ils sont bizutés pour n’être pas de « vrais » Américains parlant l’anglais comme les autres. Pas question non plus de tolérer les règlements de compte entre bandes ou contre les commerçants.

C’est une fusillade perpétrée dans un grand restaurant chinois, par deux jeunes de 17 et 18 ans venus de Hong Kong, celui du « maire » de Chinatown Mr Ting, dans lequel dîne le capitaine Powers avec la journaliste de télévision Cone, qui va ancrer sa détermination. Il se fait nommer commissaire provisoire du district et met sous surveillance le nouveau parrain et « maire » Koy, qui prend un maximum de précautions. En effet, Koy a été policier à Hong Kong, ville alors très corrompue, et est parti avec plusieurs millions de dollars s’installer aux États-Unis où il a eu la patience d’attendre la durée nécessaire pour devenir citoyen sans faire parler de lui. Il s’y est marié une nouvelle fois, a eu deux enfants en plus du fils laissé à Hong Kong avec sa mère Orchid, de laquelle il n’est pas divorcé. Désormais, il veut lancer ses affaires en grand et, pour cela, importer de l’héroïne directement depuis le Triangle d’or thaïlandais où les « seigneurs de la guerre », anciens du Kuomintang refoulés par Mao, s’adonnent à la production d’opium base sur leur territoire.

Koy est sans scrupule moral, il ne voit que ses intérêts et use du « deal », comme le bouffon dangereux Trump, pour régler toutes ses affaires. Sauf que la « face », si importante pour un Chinois, risque de lui être retirée par le petit capitaine armé de sa seule détermination. Powers enquête, obstiné, se rend à Hong Kong où il manque de perdre la vie, pour acquérir des informations supplémentaires, met en jeu sa carrière face à des supérieurs sceptiques et jaloux. Contrairement aux grévistes vantards, lui « ne lâche rien ».

L’auteur, qui écrit très bien, a été commissaire délégué de la ville de New York en 1971 et 1972, et sait de quoi il parle. Il est aussi très sensible à la psychologie des gamins de 15 ans, tout comme à celle des bureaucrates de la police. Il entrelace ses actions d’une romance entre la journaliste Cone de 42 ans, qui passe chaque jour plus d’une heure à se refaire la façade et s’empresse de séduire tous ceux qui peuvent lui apporter un quelconque scoop, et le capitaine Powers de 46 ans, toujours amoureux de sa femme après 25 ans de mariage et de ses deux fils à l’université, mais qui se laisse enflammer pour la belle femelle médiatique.

L’intrigue est plutôt bien menée, dans une langue littéraire fort agréable et rare dans le roman policier américain. Le roman est puissant et rempli de passion : l’attirance sexuelle, mais aussi la ferveur de la quête, le culte de la vérité, la vénération de la morale.

En 1985, Michael Cimino en tirera un film plus caricatural sous le même titre, L’année du dragon, chroniqué sur ce blog.

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Robert Daley, L’année du dragon (Year of the Dragon), 1981, Livre de poche 1984, 543 pages, occasion €4,48

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