Qui sera Monsieur X en 2012 ?

Nous sommes en crise des idées et des institutions, tout comme dans les années 1930 – mais nous ne sommes pas dans les années 1930. La démocratie libérale et le système économique du libre-échange paraissent comme dans les années 1930 en faillite – mais l’alternative au libéralisme est l’autoritarisme. Peu de gens, au fond, y sont prêts… Monte dans l’opinion le ressentiment contre les coupables, la tentation de tout fourrer dans le même sac (à noyer en Seine), attisée par la manipulation des pervers de la politique pour qui tout ce qui compte est d’arriver au pouvoir – mais le narcissisme infantile des impétrants « grands leaders » est risible tant leurs ficelles sont grosses. Le journalisme béat, pour qui la « nouvelle » se mesure au dernier dit, répète en boucle avec sérieux les petites phrases et formules ineptes à régler une quelconque crise en moins de 35 secondes de séquence télé – mais qui les croit vraiment ? Les options politiques restent donc ouvertes.

Le tenant du pouvoir actuel joue à faire peur pour se poser en sauveur rassurant, énergique décideur qui a la compétence et la volonté de changer les choses pour protéger les acquis et faire avancer le retour à la normalité. Mais qui peut croire cette mise en scène ? Il ne suffit pas de dire « je veux » ; il vaudrait mieux savoir motiver les siens, négocier avec les partenaires et expliquer à tous. Le storytelling – la belle histoire – ne séduit plus ceux qui ont cru y croire et qui mesurent, 5 ans après, ce qu’il en est.

Le challenger « de gauche » (« forcément de gauche » aurait renchéri la mode) croit qu’il suffit de faire tout l’inverse pour réussir là où l’autre échoue. Être « normal » quand l’autre est énergique ; réembaucher les profs que l’autre n’a pas remplacés ; suspendre toutes les réformes qui fâchent pour que tous soient contents ; faire payer « laids-riches » puisque les impôts ont été réduits pour tous – sauf pour ceux qui n’en payent pas, donc les plus pauvres. Donc pas de TVA sur les produits importés mais des impôts en plus pour les rares sociétés qui s’obstinent à produire encore en France… L’action sera sans doute moins stupide que cette caricature médiatique, mais force est de constater que cette caricature est la réalité politique de ce début d’année !

Ceux qui n’ont aucun espoir de parvenir à gouverner renchérissent dans la démagogie pour se faire mousser et négocier (peut-être…) de grasses prébendes contre un ralliement in extremis au vainqueur. C’est donc le déferlement des yakas, d’autant plus énormes et irresponsables qu’ils ne seront jamais proposés au test de la réalité. Chez ces ayatollahs rouge, brun, vert, le point commun est qu’ils haïssent ouvertement « la démocratie » parlementaire, libérale, représentative, au profit du plébiscite de crise, aidé de la terreur de masse appliquée par un petit groupe partisan violent. Les recettes de Lénine appliquées aux caniches…

Comme dans les années 1930, le dilemme en revient à démocratie ou totalitarisme – mais il n’est pas certains qu’on le résolve comme dans ces années-là.

Le grand modèle des totalitaires est la Chine ou la Russie, surtout pas l’Angleterre ou les États-Unis – ni l’Allemagne ou le Japon depuis qu’ils ne sont plus autoritaires. En Chine, c’est tout simple : l’État souverain décide de tout ; comme il n’a pas besoin d’électeurs, il peut sans vergogne s’asseoir sur les droits et les propriétés de la société civile pour imposer son ordre et ses objectifs long terme. Ceux-ci sont simples : que la Chine soit encore plus puissante, orgueil national et pouvoir économique réalisant ce que le militaire peut difficilement réussir aujourd’hui que les États-Unis ont une avance irrattrapable avant longtemps. Nos totalitaires rêvent en nuit de Chine : que « le peuple » ne vienne plus leur casser les pieds, ni les traités internationaux, ni les banques ou les institutions. Souverainisme ! Contrôle des importations et des capitaux étrangers, obligation d’investir conjointement avec une entreprise nationale, monnaie française non convertible pour piloter politiquement le taux de change, guichet ouvert à l’État par sa Banque centrale aux ordres, contrôle des entrées et sorties de capitaux. C’est ce que réalise la Chine, se disent nos antilibéraux, pourquoi pas la France ?

Mais les Français ne sont pas des Chinois et une dose de système russe s’impose. La Vème République est déjà proche de l’État-Poutine, pourquoi ne pas le pousser un peu plus en ce sens ? Le Président incarne à lui seul toute la société, son parti est aux ordres – à lui de donner le sens, de diriger la barque et de dire la morale ! C’est ce que les Français aiment depuis des décennies. Pourquoi ne pas accentuer le système mafieux à la russe des Grandes écoles, de l’inceste public-privé dans les grandes entreprises, du clan présidentiel, aidé des nervis du Milieu ? Le système Pasqua allait un peu dans ce sens dont Sarkozy a hérité, on découvre que le système socialiste en est proche dans les Bouches du Rhône, à Lille et en Septimanie – entre autres. La politique n’est plus un débat public dans des instances neutres mais se réduit à des décisions d’appareil à droite comme à gauche, où l’on soutient « les nôtres » – non parce qu’ils ont raison, mais parce qu’ils sont les nôtres, Nashi en russe, le nom même des jeunesses poutiniennes. L’allégeance compte plus que la compétence – tout comme au temps de Staline, Mussolini et Hitler, ces « grands politiques ».

Certes, nous ne sommes plus dans la conjoncture totalitaire des années 30, comme l’explique Marcel Gauchet dans son dernier livre (A l’épreuve des totalitarismes, Gallimard 2010). Le mode de structuration total des sociétés a fait son temps, on rigolerait aujourd’hui d’un Kim Jong-un français omniscient, idéologue, chef du parti et grand leader à vie. L’individualisme est irréversible en Occident pour notre temps. Mais, qui sait ?… Le grand Méchant Luc (franc-maçon) et dame Marine (les lys) se verraient assez en Kim Jong-un, au fond, tout comme Eva Joly, procureur disant le vrai, chef du parti et leader acclamée des nouveaux croyants en Notre Mère Gaia.

La France n’a probablement pas besoin de néo-Mussolini au petit pied, adeptes de la révolution permanente au profit de leur étroite clique de fanatiques croyants. Même après Nicolas Sarkozy, la crise continue. Les Français veulent un gouvernement décidé mais apaisé, un chef d’équipe solidaire de la société plus qu’un grand leader qui veut vous faire voir ce qu’on va voir. Un personnage apte à représenter « la France » sans excès d’arrogance mais avec fermeté, doué d’une morale en phase avec l’opinion, tempéré et empathique, capable de négocier avec nos partenaires européens sans reconstituer un impérialisme à deux…

Qui serait donc le « Monsieur X » de cette équation (sachant que, depuis les années 1960 où cette expression a fleuri à L’Express de JJSS, un Monsieur peut aussi être Madame) ?

A chacun de le découvrir : il paraît que la présidentielle aurait déjà plus d’une douzaine de candidats.

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5 réflexions sur “Qui sera Monsieur X en 2012 ?

  1. daniel

    Merci pour l’info et l’adresse internet.
    N’étant en rien dogmatique, je n’ai aucun problème d’être, pour ce qui concerne la TVA sociale, sur la même longueur d’onde qu’un libéral comme Madelin (et également de nombreux autres opposants plutôt situés à gauche).

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  2. Tu as raison, une TVA ne peut pas être sur les seuls produits importés. Cela s’appellerait un droit de douane. Et ce pourquoi j’appelle cela une caricature médiatique stupide.
    Une TVA n’a rien non plus de « social », c’est un impôt unique proportionnel à la dépense, sauf produits à taux réduit (décidés par le gouvernement).
    Je ne sais pas, économiquement, si c’est une bonne ou une mauvaise idée. Comme toujours en économie il y a l’effet premier, immédiat, et les effets dérivés… qui vont parfois en sens contraire.
    Je constate cependant que ce qui était une « merveilleuse bonne idée » quand c’était Fabius qui l’émettait, reprise plus ou moins lors des primaires socialistes par Manuel Valls, devient une « horreur sociale » quand c’est Sarkozy qui la propose… Est-ce bien raisonnable ? N’est-ce pas de la mauvaise foi ?
    Quoi qu’il en soit, et quel que soit le gouvernement à venir, le fait demeure que le travail en France est surtaxé par rapport aux pays voisins et que si l’on veut changer les choses il faut trouver un autre mode d’assiette. L’autre fait qui demeure aussi est que nous avons un taux de prélèvements obligatoires, tout confondu, parmi les plus élevés des pays développées de l’OCDE et que nos « services » publics sont très moyens, contrairement à ceux des Suédois, des Finlandais ou des Canadiens, qui ont eux aussi un taux de prélèvement élevé (étude de l’économiste de gauche Patrick Artus dans L’Express du 19 octobre 2011).
    En cause la monarchie parisienne qui décide de tout d’en haut, tous pareils sans compter ni sans prendre en compte aucune réalité du terrain, l’empilement des niveaux hiérarchiques des 36 000 communes (!) à l’État centralisé en passant par tout le reste : communauté de communes, cantons, départements, régions, bassins… Et bien entendu le féodalisme partisan des élus locaux qui veulent chacun leur hôpital, leur tribunal, leur gendarmerie, leur hôtel de département, leur…
    Ce qui se traduit par presque autant de fonctionnaires d’État et beaucoup plus de fonctionnaires des collectivités.
    L’idée Hollande de repenser toute la fiscalité me paraît une bonne idée (je l’ai écrit il y a quelque temps).
    Mais l’idée de favoriser la production en France ne me paraît pas non plus à jeter aux chiens, quand on connaît le niveau de chômage de notre pays. La « préférence pour le chômage » reste en effet un travers français, aussi bien syndical (les chômeurs ne sont pas salariés et ne votent pas) que patronal (plus il y a chômage plus les salaires peu qualifiés sont compressés) et gouvernemental (combien de fonctionnaires ou de retraités, déjà, dans les ministères et au Parlement ?)

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  3. Daniel

    Peux tu m’expliquer ce que tu entends par une TVA sur les produits importés ?
    Je crois avoir compris que ce que Sarko appelle TVA sociale c’est une hausse de TVA sur tous les produits et services qu’ils soient importés ou nationaux. S’il y avait une proposition de TVA spécifique sur les seuls produits importés je pense qu’il y aurait consensus mais je doute que l’OMC et Europe acceptent celà.
    Que l’on fasse une hausse générale de la TVA, donc sur la consommation pourquoi pas si c’est en échange d’une baisse des seules charges salariales et donc une hausse des salaires nets…. mais pas d’accord pour une baisse des charges patronales compensées par une hausse de la TVA.
    Par contre, je ne serai pas forcément hostile, si ça permet d’améliorer notre commerce extérieur (après calculs et vérifications) d’une baisse des charges patronales soient compensées par une hausse de la CSG (et en faisant en sorte que les plus hauts revenus morflent le plus).
    Il y en a marre de cette dérive accentuée des inégalités fiscales et que les classes modestes soient proportionnellement plus taxées que les classes favorisées.

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  4. Je pense au contraire que l’individu est de plus en plus exacerbé : narcissisme ado, moi-je adulte, quart d’heure médiatique, explosion des blogs, fesses-book où s’exposer en tous temps et tous lieux dans toutes les positions, perte d’influence de toutes les religions et idéologies « totales »…
    Oui, vous allez m’objecter l’islam : mais il est justement en train de faire sa révolution individualiste, comme les protestants l’ont fait il y a 5 siècles et les cathos il y a 50 ans. Les femmes ne se laissent plus faire comme avant et ont moins d’enfants contrairement à la tradition. Ce pourquoi la « réaction » intégriste (faite par les mâles) est si forte, tout comme la crispation Ancien régime de l’Action française début XXe et le fondamentalisme Ancien testament américain depuis le 11-Septembre.
    Mais chacun bricole sa petite croyance dans sa petite communauté dans son petit coin.
    C’est probablement l’individu exacerbé à la tête de l’État qui suscite le rejet dans la Ve république, en temps de crise. Mais aucun retour au collectivisme n’est requis par le peuple ni par les bobos. Les second ne veulent que se faire mousser un par un (si possible à la télé, le livre, c’est fini), le premier qu’on se penche sur le petit cas personnel de « victime » des grands mouvements de productivité, financiarisation et mondialisation…
    Marcel Gauchet, Jean-Pierre Le Goff, Edgar Morin, Jean Daniel, ont dit des choses intéressantes sur cette conjoncture.

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  5. Bonsoir
    Nous sommes à une époque où l’individu n’a plus sa place dans la société…même s’il est président.
    L’ère des nations se termine peu à peu pour faire place à des entités régies par la loi de l’argent d’un coté, la foi fondamentaliste de l’autre. Malraux avait raison !
    Dans tous ces courants, le politicien essaie de surnager avec ses idées, qui n’apportent pas beaucoup de remède au mal vivre des hommes.
    Le Monsieur X, quel qu’il soit, aura du pain sur a planche…

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