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Munich de Steven Spielberg

Munich rappelle aux Européens les fameux « accords » de 1938, par lesquels on permet à Hitler d’annexer les Sudètes peuplée d’Allemands ethniques. Ce qui a pour conséquence d’accentuer la pente vers la guerre, avec la mainmise nazie sur les chars tchèques et la déconsidération de la diplomatie française et britannique. Les États-Unis, ignares en histoire qui ne les concerne pas directement, font de Munich le début de la revanche juive sur les Palestiniens. Tout le film est centré sur la réponse au massacre des 11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en septembre 1972 par le commando de Septembre noir. Le titre du livre du journaliste canadien George Jonas dont s’est inspiré le film s’intitule en effet Vengeance.

En représailles, le Premier ministre israélien qui est alors une femme, Golda Meir (Lynn Cohen), établit une liste de terroristes à abattre, des assassinats ciblés sans le dire : l’opération Colère de Dieu. La pratique s’est depuis répandue officiellement et Israël n’hésite pas à revendiquer ces missions, comme si Gott mit Uns. Dieu avec nous est une autre façon de traduire l’œil pour œil et dent pour dent de l’Ancien Testament (Livre de l’Exode, du chapitre 20, verset 22 au chapitre 23, verset 19). Avner Kaufman (Eric Bana), un agent du Mossad, sabra d’origine juive allemande, est choisi pour diriger une mission de quatre hommes chargés d’éliminer les Palestiniens de la liste établie par le Mossad. Il doit démissionner du service, ouvrir un nouveau compte bloqué, utiliser un faux passeport, payer en liquide, en bref couper tous liens avec Israël et ses services de renseignements pour qu’on puisse démentir le connaître au cas où. Malgré son épouse enceinte de leur premier bébé, et poussé par Ephraïm (Geoffrey Rush) son supérieur hiérarchique, il accepte, par patriotisme. Ses hommes sont quatre juifs volontaires cueillis dans la diaspora. Steve (Daniel Craig) est chauffeur sud-africain, Robert (Mathieu Kassovitz) fabricant belge de jouets et expert en déminage et explosifs, Carl (Ciarán Hinds) ancien soldat israélien est « nettoyeur », et Hans (Hanns Zischler) faussaire danois est chargé des faux papiers. Ce ne sont pas des militaires entraînés, mais des amateurs qui n’ont pour seul lien qu’être « juif » – ce qui suffit à leur justification morale.

L’argent n’est pas le problème lorsqu’il s’agit d’avoir des renseignements fiables, encore que le Juif superviseur sache compter. C’est environ 200 000 $ par terroriste que négocie Avner avec un informateur français, « Louis » (Mathieu Amalric), fils de « papa » (Michael Lonsdale) ancien résistant et ancien des services, à la tête d’une nombreuse famille dans une propriété pleine d’enfants. Il a gardé des contacts avec la DST et, comme Avner, aime faire la cuisine. Avner a trouvé Louis à l’aide d’un ami gauchiste à Paris, qui lui présente une fille intello qui jargonne du Marx à longueur de temps et fricote avec le terrorisme révolutionnaire international, mais aime le fric. Façon de montrer l’imbroglio des relations troubles à cette époque.

Le commando va tuer successivement, et non sans mal, Abdel Wael Zwaiter, représentant de l’OLP à Rome, dans le hall de son immeuble alors qu’il attendait l’ascenseur, le 16 octobre 1972 ; Mahmoud Hamchari, par une bombe en dessous du téléphone à Paris, il succombera un mois plus tard le 9 janvier 1973 ; Hussein al Bachir par un système explosif placé sous son matelas à l’Olympic hotel à Nicosie, le 24 janvier 1973 ; Mohammed Youssef al-Najjar, Kamal Adouan et Kamal Nasser à Beyrouth avec des commandos de l’armée israélienne le 10 avril 1973 ; Zaiad Muchasi dans un hôtel à Athènes avec une bombe placée dans la télé mais qui n’explose pas, achevé à la grenade par Hans. Ali Hassan Salameh dit « Abou Hassan », le pire car non seulement il a orchestré le massacre de Munich mais s’est affilié à la CIA qui le paye pour éviter les attentats contre les représentations américaines, échappe à un attentat au pistolet dans la rue à cause de Yankees bourrés qui entreprennent Avner (peut-être des agents de la CIA chargés de surveiller Salameh) ; une seconde tentative dans sa grande villa espagnole échoue de même à cause d’un jeune garde qui donne l’alerte, descendu dans la piscine. Ali Hassan Salameh sera finalement tué par l’explosion de sa voiture Chevrolet piégée à Beyrouth, le 22 janvier 1979.

Entre temps, Avner se laisse draguer au bar de son hôtel où il rumine sa solitude loin de sa femme et de la petite fille qui lui est née, par une jeune fille facile (Marie-Josée Croze). Son parfum est « très agréable » et le séduit, mais il « ne peut pas », lui dit-il. Fidèle à la famille, il décline ses avances à coucher avec elle. Ce n’est pas le cas de Carl, qu’Avner découvre peu après nu, mort dans son lit, inondé du parfum de la fille qui s’est envolée. Baise et adrénaline sont les moteurs de cette tueuse à gages néerlandaise indépendante, ainsi que Louis le révèle. Le commando sauf Robert, qui a des scrupules sur la « justice » d’une telle opération en-dehors « des ordres », se rend sur la péniche aux Pays-Bas et abat la fille nue sous son peignoir. Avec la violence et l’immoralité de la loi du talion, cette scène sexuelle interdit le film aux moins de 16 ans. Après Robert, c’est Hans qui est retrouvé mort sur un banc, puis Robert dans son atelier de jouets qui explose – fausse manœuvre ou œuvre de tueurs ? Repéré, le commando fait l’objet lui aussi d’une liste, établie par les terroristes de Septembre noir, mais aussi par le KGB, dont un membre a été abattu à Athènes lors de l’opération Muchasi, lequel était l’un de ses informateurs.

Avner, déçu de ce que l’hydre de gens à tuer ne cesse de repousser, désabusé par la fausse morale d’État qui l’a conduit à accepter la mission, retourne en Israël. Il est surpris d’être accueilli en héros par les deux soldats en jeep chargés de l’accueillir à l’aéroport, tout comme Chamberlain à son retour de Munich en 1938. Il se retire et n’a désormais aucun « ordre » à recevoir de son supérieur au Mossad, car il a été rayé des listes au début. Il est donc libre, militairement et moralement. Il quitte son pays paranoïaque pour se réfugier à Brooklyn avec sa femme et leur bébé. Il doit gérer son stress post-traumatique et sa paranoïa d’être une cible possible lui aussi. Il téléphone au père de Louis, qui lui assure qu’il ne fera l’objet d’aucune menace de sa part, mais cela ne suffit pas. Après un esclandre au consulat israélien, Ephraïm vient le voir et le somme de retourner en Israël, mais il refuse. Ce n’est plus pour lui le pays de la morale, ni de la justice, ni de la judéité biblique. Il demande des preuves qu’il était justifié de tuer tel ou tel ; on ne lui en donne pas. Le nazi Eichmann a été jugé, pas les membres de Septembre noir, éliminés comme des cafards nuisibles au seul nom de la santé du peuple juif.

Ce film est plus une fiction historique qu’une fable morale. L’opération ayant été secrète, l’imagination du journaliste et des scénaristes a joué pour donner de la chair et de l’âme aux membres du commando israélien, dirigé dans la réalité par l’agent du Mossad Juval Aviv. Les États-Unis, par orgueil de se croire missionnés par Dieu pour guider le monde (à la suite des Juifs), récupèrent toute histoire importante pour ne pas qu’elle leur échappe. L’opération israélienne ne pouvait y échapper, d’autant que le 11-Septembre 2001 justifie Munich par l’absurde : à faire de l’Autre un Alien absolu, on nie son humanité, excusant ainsi sa propre inhumanité à le traiter comme une bête. Le « terroriste » est le résistant désigné par celui qui se croit de bon droit. La question palestinienne et sa complexité est évacuée au profit d’une réaction de défense légitime. Nous en sommes toujours là, un quart de siècle plus tard : les Palestiniens sont un problème, pas un peuple ; le droit est suspendu pour eux par Israël et les États-Unis, au nom du Droit. Tuer est facile, mais n’a jamais de fin ; parler, négocier, peut au contraire apaiser la violence réciproque en acceptant les revendications de chacun. Le film met à égalité tueurs israéliens et tueurs palestiniens, ce qui est immoral selon Zvi Zamir, le chef du Mossad, mais apprécié par Abou Daoud, le chef du commando palestinien Septembre noir – mort tranquillement de maladie en 2010.

Outre cet aspect déplaisant, le film traîne en longueur sur la fin. Une fois l’action terminée, les affres de la conscience morale d’Avner sont trop complaisantes et viennent bien tard. La scène alternée de baise avec sa femme et de flash psychotique des meurtres de Munich est écœurante de voyeurisme et n’apporte rien au propos. Une bonne demi-heure aurait pu être retranchée du film, et l’accélération en DVD est alors utile. A noter aussi que la bande son en français est peu audible et que l’on doit forcer le volume à des niveaux inégalés pour entendre correctement les acteurs (surtout Golda Meir). Quant aux Palestiniens visés, ils sont surtout des noms et des dossiers, peu des êtres de chair (sauf Hamchari avec sa petite fille au début) ; le spectateur est sommé de les voir par le regard juif – israélien, américain – autre aspect déplaisant du film. La bonne conscience reste face à sa déraison car, à la fin, on ne sait pas qui sont les bons et les méchants, sauf que les bons sont forcément le « nous » du spectateur induit par le film. Une propagande naïve qui doit être dénoncée.

DVD Munich, Steven Spielberg, 2005, avec Eric Bana, Mathieu Amalric, Daniel Craig, Valeria Bruni Tedeschi, Yvan Attal, DreamWorks France 2007, doublé anglais, français, 2h40, €6,70, Blu-ray €24,81

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Alien le huitième passager de Ridley Scott

L’alien, c’est l’étranger en anglais, terme qui vient du latin alienare, égarer la raison, transformer, rendre hostile. Le mot a donné « aliéné » en français, celui qui est hors de sa raison, le fol.

L’Alien est un monstre de l’espace, suprêmement intelligent, télépathe, et sans aucune conscience « humaniste ». Le rêve des libertarien américains. Il est efficace, cruel pour arriver à ses fins, n’hésitant jamais à faire tout ce qu’il peut pour se reproduire et prendre le pouvoir; un vrai psychopathe. Le rêve des capitalistes yankees. A noter que les créatures extraterrestres « aliens » sont des reines qui se reproduisent en agrippant au visage n’importe quel être vivant sans avoir besoin de mâles. Le rêve des féministes anglo-saxonnes. D’ailleurs, l’héroïne du film est la troisième lieutenante du vaisseau, Ellen Ripley (Sigourney Weaver), ce qui accentue le message.

Ce film, dont le scénario de Dan O’Bannon n’est pas très bon à cause des invraisemblables manquements aux règles les plus élémentaires de sécurité dans l’espace au début, est devenu un mythe. Il s’est décliné en six suites et plusieurs jeux vidéos ou jeux de rôle. L’Alien est l’étranger qui s’inocule chez vous, dans votre cocon, dans votre ventre même, et qui vous transforme en esclave pour ses besoins propres. Une allégorie de « l’immigration » non consentie ou du « viol » physique, thèmes qui résonnent toujours fort de nos jours.

Le cargo interstellaire Nostromo, qui transporte une cargaison de 20 millions de tonnes de minerais pour une puissante compagnie privée, retourne vers la Terre. L’ordinateur de bord appelé « Maman » réveille les sept membres de l’équipage maintenus en biostase pour une raison non-commerciale mais militaire : un signal radio inconnu a été capté, émis depuis un planétoïde du système binaire Zeta Reticuli. Les consignes exigent d’aller voir pour enquêter sur toute vie extraterrestre. La navette attenante au vaisseau est donc détachée avec tout l’équipage pour atterrir sur la planète.

Si le lieutenant Ellen Ripley, l’officier scientifique Ash (Ian Holm), l’ingénieur Parker (Yaphet Kotto) et le technicien Brett (Harry Dean Stanton) restent à bord de la navette, le capitaine Dallas (Tom Skerritt), son second Kane (John Hurt) et la navigatrice Lambert (Veronica Cartwright) débarquent à pied en scaphandre pour aller voir le signal, qui émet à 2000 m de leur atterrissage. Les scaphandriers contiennent des enfants, les fils de Ridley Scott, pour rendre le décor plus grand qu’il n’est.

Kane, qui ne prend aucune précaution élémentaire devant l’inconnu et qui explore comme un gosse, tombe devant des « œufs » qu’il s’empresse d’approcher de près et de toucher. Il ne lui vient pas une seconde à l’esprit que ce pourrait être dangereux. D’autant que nul n’a eu l’idée de faire décoder le signal radio par « Maman », ce qu’entreprend en attendant le retour des trois la lieutenante Ripley. Kane est donc victime – par imprudence et bêtise – d’un parasite qui explose d’un œuf pour se fixer à son visage comme un masque.

Il est ramené au vaisseau et, malgré l’ordre de Ripley, commandante de la navette en l’absence du capitaine, est introduit dans la cabine par Ash. Pire, au lieu d’être mis immédiatement en hibernation afin d’en savoir plus et de le soigner sur terre, il est conduit à l’infirmerie où l’officier scientifique l’examine et dit que tout va bien.

Et ce n’est pas entièrement faux. Kane se réveille, le masque qui le couvrait étant tombé tout seul. Il plaisante, a soif et faim, se restaure comme un ogre… avant d’être pris brutalement de nausées et d’expulser par le ventre un xénomorphe qui ressemble à un jeune dragon. Ash empêche Parker de le poignarder au sortir du ventre. Kane meurt et tous les autres sont menacés, comme l’avait prédit Ripley.

Seul l’ingénieur technique noir Parker a du bon sens dans tout cet équipage de demeurés. Lui veut éliminer carrément l’alien alors que le scientifique Ash tergiverse et que le capitaine s’en lave les mains. Quant à la navigatrice, elle est gourde et tétanisée, elle ne sera d’aucune utilité et victime consentante du monstre qui la viole d’une antenne et jouit de ses cris.

Car l’alien devenu très vite adulte (Bolaji Badejo) massacre un à un tout l’équipage, sauf Ripley, moins bête que les autres, qui prend le temps de réfléchir avant de faire n’importe quoi. Il est assez pénible aujourd’hui de suivre les actions stupides de tous ces gens réputés entraînés, éduqués, prévenus (comme d’introduire l’inconnu dans le vaisseau, ne pas respecter la quarantaine, empêcher qu’on le tue au sortir du ventre, aller traquer le monstre à la torche). L’espace n’est pas un bac à sable, et pourtant ils font comme si.

La raison donnée est militaro-industrielle, scie des intellos hollywoodiens en mal d’idées. Ash, qui a remplacé le médecin militaire précédent sans raison, se révèle un androïde placé dans le vaisseau par la compagnie pour assurer la mission. Il tente de tuer Ripley dans un simulacre de viol en lui enfonçant une revue porno roulée dans la bouche lorsque, devenu capitaine après la mort du capitaine, elle apprend par Maman que les ordres sont d’assurer le retour de l’Alien aux laboratoires de la compagnie multinationale Weyland-Yutani, « même si cela implique la disparition de l’équipage ». Les « affaires » avant tout, ou plutôt la puissance militaire au mépris de la vie humaine – un air connu aux États-Unis entre Vietnam et Watergate.

La seule survivante de cette histoire avec le chat Jones (quatre chats roux différents ont joué le rôle) parvient à durer après avoir enclenché l’autodestruction du vaisseau et détruit ainsi symboliquement la Mère qui a trahi (Maman). Mais l’alien, rusé, s’est introduit dans la navette et Ripley doit ruser elle aussi, s’adapter en bonne humaine intelligente, pour éviter de penser à ce qu’elle va faire afin de ne pas alerter le monstre et le surprendre. Elle réussit à passer un scaphandre, à ouvrir le sas et à éjecter la créature dans l’espace d’un coup de harpon. Elle dicte un rapport sur les événements avant de se mettre en hibernation avec cap sur la terre.

DVD Alien le huitième passager (version cinéma 1979 et Director’s Cut), Ridley Scott, 1979, avec ‎ Sigourney Weaver, Tom Skerritt, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton, John Hurt, 20th Century Fox 2014, 1h57, Blu-ray €19,49 version classique DVD 2005 €11,47

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