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Bayon

Le Bayon, au centre du complexe d’Angkor Thom. C’est un temple montagne édifié par Jayavarman VII au 12e. Ce n’est pas un temple bouddhique mais un complexe religieux recelant toutes les divinités importantes du Cambodge. On y trouve au cœur le Bouddha mais aussi les dieux hindous Shiva et Vishnou, ainsi que les mânes des anciens rois, protecteurs éminents de l’Empire khmer. Le temple figure le mont Méru avec les tours centrales aux sourires figés comme sommet (45 m de haut), les murs qui les entourent qui sont la terre et les douves et bassins qui sont les océans. Nous y entrons par la porte est. Là encore, des bas-reliefs représentant une bataille navale où l’on peut voir les guerriers morts flottant parmi les poissons, dévorés par des crocodiles, tandis qu’au-dessus d’eux les marins restent impassibles. Les tours sont très érodées.

Au Baphuon, un grand Bouddha couché.

La doyenne du groupe, bien en chair et maladroite, se prend le pied dans une racine et chute. Elle se fait une plaie ouverte au bras gauche ; rien de grave, mais infectable. Nous avons trois médecins dans le groupe mais le guide, qui est culturel et pas formé à l’accompagnement dit « de moyenne montagne » comme les voyages d’aventures, n’a pas de trousse de secours, ni aucune compétence en secourisme. Avec les moyens des autres, lavage, désinfection et pansements sont effectués sur place, mais il faut recoudre la plaie ou poser des steri-strips. Personne n’en a. Le guide local appelé Sip réquisitionne une moto, contre cinq dollars à payer « pour boire », afin de conduire Abuela jusqu’au bus. Elle va attendre ainsi que des soins plus appropriés lui soit prodigués. Il faudra trouver une pharmacie avec le matériel nécessaire, ce qui sera fait avant le déjeuner.

Le temple Phimeanakas date du 10e et nous entrons par l’est. Mais, passée une tour visage, c’est très vite une terrasse, celle des éléphants, puis celle du roi lépreux, du 12e – et l’heure du déjeuner.

Déjeuner que nous prenons dans un restaurant pour touristes qui débite les tables à la chaîne. Sitôt parti, sitôt occupé. Un banc de lycéens parlant anglais envahit les autres tables avec leur prof. Notre prof d’anglais parle avec eux, ils viennent du lycée international de Dubaï et sont de toutes les nationalités d’expatriés, même des Français.

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Pierre Benoit, Le roi lépreux

Qui se souvient encore de Pierre Benoit, membre de l’Académie française, écrivain et journaliste après une double licence de droit et lettres, mort en 1960 à 75 ans ? Il est pourtant l’écrivain de l’aventure pour adultes avec ses femmes fatales ou bénéfiques (toutes dont le prénom commence par un A), son érotisme latent, ses dépaysements exotiques, son incomparable talent de conteur. Il délivrait la France qui lit des affres de la Première guerre mondiale, du sang et de la boue, de l’odeur de cadavre et de la jeunesse massacrée. Quarante romans, cinq millions de livres vendus, Pierre Benoit fut, entre les deux guerres, le Pierre Lemaitre de son temps. Et ce n’est pas un hasard si le premier volume du Livre de poche, créé en 1953, fut Koenigsmark, l’un de ses romans.

Le roi lépreux se passe au Cambodge, à Angkor, cette féerie de temples dans la jungle qui séduit toujours (je l’évoquerai un jour). La terrasse où est érigée la statue de Yama, dite du Roi lépreux, est sur une terrasse du site d’Angkor Thom. « Elle était d’un beau grès violacé, et représentait un jeune homme complètement nu, d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, assis à l’orientale. Les cheveux tressés finement retombaient en torsade, le visage remarquablement pur avait une noblesse triste, presque désespérée. (…) Le buste est flou, pas d’indication de muscles. » Ainsi le décrit l’auteur. Le dieu serait Yama, le juge hindouiste des âmes, et daterait du VIIIe siècle ; la statue est visible au Musée national du Cambodge. Ayant perdu plusieurs doigts, comme sous l’emprise de la lèpre, la statue de jeunesse aurait été sculptée en hommage au roi khmer, Yasovarman I, lui-même lépreux, mort en 910 après avoir régné 21 ans. Pierre Benoît s’est inspiré d’une gravure publiée par Henri Mouhot en 1863.

Gaspard Hauser, jeune prof agrégé de province, célibataire et mal payé (déjà !), rencontre à Nice Raphaël Saint-Sornin, ancien condisciple de droit que son futur beau-père a forcé à acquérir la licence, avant d’exiger un doctorat ès-lettres, puis une mission en Indochine, avant de consentir à peut-être lui donner sa fille Annette, seule héritière de son usine de soieries de Lyon. Raphaël est amoureux, la belle l’attend, il se plie à ces directives. Nommé par piston du beau-père à l’École française d’Extrême-Orient, il est mal accepté par l’étroite coterie des docteurs luttant pour les postes. Il est donc exilé comme conservateur intérimaire d’Angkor au Cambodge, loin de Hanoï où tout se joue.

Le hasard veut qu’une riche Américaine ait envie de visiter le site. Elle est la cousine de l’amiral commandant la flotte qui croise au large de l’Indochine, sur le croiseur Notrumps… (qui voudrait dire « sans atout »). Elle se propose de le faire avec le jeune archéologue fraîchement nommé. Lui ne connaît encore rien à Angkor, sa civilisation de l’eau, ses temples. Il va vite bachoter pour être à la hauteur car Miss Maxence Webb est redoutable. Elle s’installe chez lui, en tout bien tout honneur, avec sa femme de chambre, son chauffeur, ses deux jeunes mécaniciens annamites, et Raphaël jouit de deux mois entier avec elle. Ils visitent les ruines, la fameuse terrasse du Roi lépreux et sa statue de jeune homme nu. Lui l’apprécie, elle non. Mais elle la prend en photo.

Commence alors une intrigue compliquée et prenante entre lui, elle, et une ravissante jeune danseuse cambodgienne nommée Apsara (encore un prénom en A). Celle-ci n’est pas ce qu’elle paraît et est protégée en haut lieu. L’aventure se pointe alors pour notre enchantement. Raphaël conte son histoire à Gaspard entre deux cocktails dans sa villa de Nice, en attendant sa femme et son amie. Jusqu’au bout le lecteur croira savoir qui est cette femme, il sera bien surpris. En attendant, le Cambodge est une féerie, un pays paisible, luxuriant, où les gens sont minces et dorés, aimables. Ils assistent à un spectacle de danses dans l’enceinte même du temple d’Angkor Vat. « Des ombres grouillaient autour d’un cercle de cinquante pieds de diamètre, un cercle formé par des enfants nus, accroupis en rond. Chacun d’eux tenait entre les genoux une torche embrasée. Il n’y avait aucune brise, si bien que les hautes flammes rougeâtres montaient droites comme si, d’airain elles-mêmes, elles eussent jaillit de flambeaux d’airain ». Parmi les danseuses, Apsara. Raphaël l’a connue à Paris lors de ses études d’art ; elle sculptait des statues dans un atelier de Montparnasse. Mais chut ! Elle est là incognito ; elle va tout lui raconter.

Elle est la fille d’une princesse royale échappée au massacre de sa famille ordonné par le roi de Birmanie Thi-Bo. Il était devenu fou après deux ans de règne parfait, parce qu’il avait refusé l’aumône à un mendiant lépreux surgit devant sa monture lors d’une chasse palpitante. L’ayant cravaché au visage pour qu’il lui laisse le passage, le mendiant lui avait jeté une malédiction. Après sa mort, hâtée par les Anglais soucieux de « protectorat » colonial sur la Birmanie, Apsara prépare une insurrection avec son frère aîné, resté dans le nord. Elle demande à Raphaël de l’aider…

Pierre Benoit, Le roi lépreux, 1927, éditions Kailash 1999, 150 pages, €12,00

Pierre Benoit, Koenigsmark, L’Atlantide, Pour Don Carlos, Le puits de Jacob, Le Roi lépreux, Le désert de Gobi, Robert Laffont collection Bouquins 1994, 1006 pages, €18,46

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Un autre roman de Pierre Benoit chroniqué sur ce blog :

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