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L’aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch

Le réalisateur se moque ouvertement des modes post-68, consistant à brailler pour revendiquer, en chefaillons de multiples sectes adossées au « marxisme », philosophie politique que personne ne comprend. L’explication de « la dialectique » par un intervenant est à mourir de rire. Les trois truands tradis Lino (Ventura), Jacques (Brel) et Simon (Charles Denner) ainsi que leurs deux sous-fifres Aldo (Maccione) et Charlot (Charles Gérard) sont amenés à recycler leurs méthodes pour réaliser leur objectif qui reste le même : le fric.

La pute en chef (Nicole Courcel), maîtresse de Lino, réunit dans un meeting des centaines de putes en colère qui se voient prolétaires exploitée par des patrons et veulent leur indépendance (plus la Sécurité sociale). Cette contradiction en elle-même est risible. Le premier métier du monde veut la reconnaissance de la nation, alors que « tout est foutu », comme le dit Daniel, le fils jeune adulte de Lino : « le capital, c’est foutu ; la bagnole, c’est foutu ; la Ve, c’est foutu ». Le prenant au mot, comme on devrait le faire pour tous les intellos enfiévrés de bureau, Lino balance le cocktail Molotov du garçon dans sa jolie bagnole de sport. Pour les jeunes, il faut tout détruire pour tout reconstruire, vive la révolution. Notons que c’est ce que propose Mélenchon. Le film s’en moque avec jouissance. C’est toujours le fric qui gagne à la fin.

Les cinq se recyclent en invitant (contre paiement) des intellos à venir exposer leurs idées au café. Ces je-sais-tout séduisent par leur ton convaincu mais gardent une pensée confuse ; ils se noient dans le verbe. Les truands n’y comprennent rien. Sauf une chose : au-dessus de tout est le fric, il n’y a que ça qui compte. Braquer des banques, c’est bien ; enlever un notable, c’est mieux. C’est la grande mode des enlèvements contre rançon à cette époque. Aldo Moro en fera les frais six ans plus tard en Italie. Le gang des cinq « enlève » Johnny Hallyday (lui-même), alors jeune et en plein succès. Il s’agit de business : la star non seulement se laisse faire mais paye pour faire le buzz et augmenter sa notoriété. Une fois lancée, la bande est sollicitée par des groupes révolutionnaires qui sous-traitent les affaires. Ainsi un ambassadeur suisse (André Falcon), pays neutre, d’où l’absurdité, est enlevé dans la jungle sud-américaine, et délivré contre rançon. Un Boeing est détourné contre rançon également, demandée à la compagnie d’assurance – 10 % du prix de l’avion – par Messieurs Smith et Wesson, Lino et Charlot, deux hommes de fort calibre.

Mais le général guérillero Ernesto Juarez (Juan Luis Buñuel) dans sa jungle ne paye pas, croyant que les cinq agissent par idéal révolutionnaire, alors que ce n’est que le fric qui les intéresse. D’où la vente simultanée au plus offrant de la guérilla, à la CIA, au groupe rival de droite, à la police du pays. A chaque fois, des liasses de dollars. De quoi se payer un compte numéroté anonyme en Suisse, et des vacances de luxe, en voilier et sur les plages. Sauf que les chefs s’ennuient. Même la drague à la Aldo Maccione, en avançant la tête comme un coq, bide rentré et cul sorti en coq, ne parvient pas à dérider les autres, ni la horde de femelles seins nus qui les zieutent, sirènes allongées sur le sable. Lesquelles sont soudoyées pour « amuser » le gang, tandis que les guérilleros abordent le voilier à l’ancre près de la côte pour se saisir des traîtres et les faire juger par un « tribunal révolutionnaire ». Les cinq doivent payer, donc donner leur numéro de compte anonyme en Suisse, pour virer 2 millions de dollars sur un autre compte numéroté anonyme dont on leur donne le numéro (nouvelle absurdité sarcastique).

Ils seront arrêtés, évadés, protégés par le gouvernement par peur d’enlèvements, évacués vers l’Afrique, où leur « don » à la révolution sud-américaine leur vaut l’enthousiasme des foules ignares et des démagogues. De quoi fomenter un coup d’état pour… se faire du fric, encore du fric.

Un film dont les contemporains, le nez sur le guidon, n’ont pas perçu le potentiel critique, y voyant un ronchonnement de vieux réac. Avec les années, l’idéalisme béat des années 60 a cédé le pas au réalisme des actes, et l’ironie du film est apparue au grand jour. Le cynisme du gang répond aux grandes idées illusoires, les affaires concrètes aux envolées politiques, et c’est fort réjouissant, même si c’est parfois traité de façon un peu lourde (comme bouffer éternellement des spaghettis à la tomate). Les machos mûrs qui ne veulent pas changer restent éternels, et leur reconversion apparente en « clarté dans la confusion » n’en est que plus drôle. Pas un « grand » film, mais tellement années 70…

DVD L’aventure c’est l’aventure, Claude Lelouch, 1972, avec ‎Charles Denner, Charles Gérard, Jacques Brel, Johnny Hallyday, Lino Ventura, Metropolitan Film & Video 2022, français, 1h57, €9 99

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