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Masao Miyamoto, La société camisole de force

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Masao Miyamoto a très bien décrit dans une série d’articles pour le mensuel Gekkan Asahi ce Japon, société camisole de force, devenu livre et traduit en français à la fin des années 1990. Le groupe prime tout et l’harmonie entre ses membres est l’essentiel.

Né en 1948 et diplômé de la Nihon University Medical College de Tokyo en 1973 puis achevant ses études en 1975, il passe trois ans à se spécialiser en psychiatrie et psychanalyse à la Yale University aux États-Unis, avant d’être nommé professeur assistant au New York Medical College en 1984. C’est en 1986 qu’il rentre à Tokyo pour travailler au ministère de la Santé. L’Administration, dans tous les pays, n’est ni efficace, ni productive, mais surtout un bastion conservateur de petites habitudes. Les fonctionnaires français traditionnellement « de gauche » montrent combien la gauche est devenue conservatrice en voulant « conserver » les acquis en « réaction » à toute réforme pour revenir à l’âge d’or des Trente glorieuses. Au Japon existent comme en France, la hiérarchie, les congés payés, l’ambiance de travail conformiste – mais l’uniformité grise est bien plus forte au Japon !

Revenant de dix années aux États-Unis, devenu directeur-adjoint du département de santé mentale au ministère de la Santé, Miyamoto est regardé par les fonctionnaires japonais comme un alien : lui parle bien anglais, lui a un pantalon aux plis impeccables, lui refuse d’aller aux beuveries rituelles du soir, lui n’a pas peur de prendre ses congés légaux. C’est justement parce qu’il était en congé qu’il sera révoqué du ministère en 1986 – bouc émissaire commode de la « gêne » des collègues et punition de son attitude critique envers les habitudes.

Il ne faut pas croire cependant que « Japon = bureaucratie », ce serait trop simple. La bureaucratie, en tant que système social de pouvoir avec ses propres règles, rencontre le consensus social japonais très fort – ce pour quoi l’Administration japonaise et son système bureaucratique sont puissants. En France, en revanche, la bureaucratie en tant que système de pouvoir rencontre ses limites avec le jacobinisme qui n’est qu’un système de contraintes (et non de consensus) – d’où absence d’initiatives, inefficacité, tracasseries. La dérive de l’inefficacité française est dans la droite ligne de la “komandirovka” soviétique avec ses mœurs de petits chefs, l’idéal de gestion sociale de Lénine ayant toujours été « le système de la Poste ».

Cela posé, la description de Miyamoto est très fidèle en ce qui concerne les règles de comportements attendues dans toute bureaucratie – c’est cela qui fait son prix. Au Japon, il faut se conformer aux autres, obéir à la hiérarchie, rester d’une discrétion à toute épreuve – mais la hiérarchie n’est pas toute-puissante car le groupe doit accepter son chef.

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Tout se joue dans l’apparence, le “tatemae”, ces formules toutes faites qui servent à éviter la controverse, alors que le “honne”, le parler-vrai est réservé aux soirs de beuveries entre collègues. La franchise à l’américaine, ramenée du Japon par Miyamoto, a été très mal vue de ses collègues. Nul ne peut dire que le roi est nu ni jamais appeler un chat un chat. Euphémismes et langue de bois sévissent comme à l’ENA. Les vérités lâchées sous l’empire de l’ivresse ne sont pas l’expression du locuteur mais une force presque anonyme qui n’engage donc ni celui qui les profère, ni celui qui les écoute, puisqu’assénées dans les circonstances « hors normes » de la boisson collective. Elles servent de soupapes de sécurité au système social très contraignant. Façon de dire sans le dire, de se faire comprendre sans que quiconque le fasse. Si « on » est con comme il se dit en France, « on » est bien pratique pour que la masse s’exprime.

Il n’est demandé aux travailleurs japonais – et encore moins aux fonctionnaires – ni indépendance, ni initiative et surtout ni inventivité – mais plutôt le plus petit dénominateur commun, la course aux précédents et à la jurisprudence, la grisaille moutonnière d’apparence et de langage. D’où les brimades de ceux qui ne sont pas conformes et les bizutages systématiques de tous les nouveaux pour les formater aux normes du groupe. Leur capacité de subir est la preuve de leur attachement à leur nouveau clan.

Certes, près de 25 ans ont passé depuis cette description psychosociologique du Japonais travailleur et bureaucrate, mais la société a-t-elle vraiment changé ? L’immobilisme reste profond, l’imitation la règle, la déviance une tare. La société japonaise est l’une des moins ouverte au monde, malgré les apparences. Car les apparences sont tout, le vrai reste caché.

Miyamoto est mort à Paris en 1999 d’un cancer colorectal, non sans avoir publié au Japon un second livre en 1997, non traduit en français, sur la psychanalyse des bureaucrates. Une façon de renvoyer à la société son miroir.

Masao Miyamoto, Le Japon société camisole de force, Picquier Poche 1998, 205 pages, occasion

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Fin des classes

Le 5 juillet c’est fini, définitivement, presque la semaine des quatre jeudis. Les écoles ferment et les classes ne vont reprendre que dans deux mois.

Certains poussent un ouf de soulagement ! Et pas seulement les profs en très long congé. Pour les élèves, il fait trop chaud pour travailler, et puis ils en ont marre de l’autoritarisme scolaire.

J’ai vu un ado, la dernière heure du dernier jour, à la sortie d’école, aviser la première poubelle publique de la rue pour y jeter pêle-mêle tous ses cahiers scolaires. Sans en excepter un. Sous l’œil d’une de ses profs dont le sourire, figé, voulait dire qu’elle s’en moquait mais pas tant que ça après tout. J’ai entendu ses copains appeler le garçon Stéphane. Il a 15 ans et ne reviendra jamais à l’école. Il se destine au métier de jardinier et l’abstraction des cours lui sort par la tête.

Passer des examens ça va encore, on participe, mais passer d’une classe à l’autre d’une année sur l’autre, c’est rester passif à écouter la parole autorisée d’enfeignants de moins en moins respectables – quand ils ne sont pas en grève, ou « malades ». Ne voilà-t-il pas qu’une prof de math dans un département du sud que je connais bien, s’est mise en tête de se présenter aux élections législatives ? Pourquoi pas, c’est citoyen… sauf quand on abreuve ses Quatrièmes de propagande pro-Mélenchon en cassant du sucre sur le Président précédent. A 14 ans, on devient vite très critique envers ces faux adultes qui prennent leurs opinions pour la Vérité révélée ; qui prônent « la démocratie » du haut de leur chaire ; qui réclament le débat tout en pratiquant le « taisez-vous » ; qui mélangent Mélenchon au mélange tout « enseigné ». Alors, oui, vivement les vacances !

Un regret quand même, on quitte les copains pour un temps. Peut-être ne sera-t-on pas dans la même classe l’année prochaine ? Ce pourquoi les filles papotent sans fin à la sortie.

Quand on est garçon, autant profiter du soleil sur les pelouses pour jouer une bonne fois encore avec les autres. La ville prend un air d’insouciance et de jeunesse avec ces gamins échappés des geôles de dressage comme des tee-shirts éprouvants par 33°.

Même si la date officielle n’est pas arrivée, il y a les jours fermés pour cause d’examens, les vacances en avance par accord municipal, les sorties scolaires où une part est réservée aux jeux. Et il y a ceux qui « sèchent ». Mais comment distinguer ceux qui font évaporer la sueur torse nu de ceux qui évitent l’école ?

Tandis que les plus grands se reposent, les collégiens se bourrent les muscles à coup de ballon cuir pour réussir mieux que les Bleus – lamentablement pourris de fric et d’égoïsme, comme d’habitude.

On s’arrose copieusement à coup de jets, exercice quasi sexuel, presque nu et la buse en érection, ravi du glapissement de série TV des filles émoustillées. Certaines ne sont pas en reste pour les « trop bogoss » qui ne les regardent pas assez.

D’autres, plus petits, draguent en polo trop grand…

…avant de se ravitailler au stand des friandises, rangées sur la tapis magique au bord de la pelouse et tenues par les parents de garde.

Bonnes vacances, les kids !

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