Harry Potter

A ma surprise – et sur les conseils du gamin lorsqu’il avait 12 ans – j’ai commencé du bout des yeux le premier tome des Harry Potter (le plus court). Il trouvait ces livres « tellement bien »… Je me suis retrouvé cinq jours plus tard à avoir dévoré le 4ème !

Harry Potter, écrit par une chômeuse mère de famille dans les pubs (parce qu’ils étaient chauffés), c’est magique…

Il y a de la fantaisie, des qualités humaines, des caractères, de l’intrigue. C’est très bien fait, très anglais, ce qui veut dire exotique pour nous français. Dans la même veine que le « Seigneur des anneaux » en plus actuel.

Harry, onze ans dans le premier tome, un an de plus à chaque volume, est scolarisé dans un collège de sorciers, un peuple « parallèle » à notre réalité. Où l’on découvre de quoi se nourrissent les Scrolls à pétard et que « troll » est la pire insulte pour une fille. Le message est subversif contre notre société vue par une exclue. Le nom du héros, par exemple, est un concentré de déviance : Harry est le diminutif d’Henri, mais il n’est pas connoté comme notre bon Henri IV de la poule au pot – il signifie pour les Anglais le diable, en référence à Henri VIII (Old Harry) ! Potter lui-même, banal potier, veut dire quand il est verbe (to potter) bricoler ou flâner, en bref ne travailler qu’en dilettante.

Son ennemi est le blond pur ethnique Draco Malfoy (mauvaise foi en ancien français), un musclé couard égoïste entouré d’une cour de faire valoir.

Pied de nez à la société tout-finance des années 2000, les romans prônent le retour à la bonne vieille magie antique et aux vertus classiques. Collège anglais dans les fins fonds écossais avec château gothique, forêt profonde et neige à Noël, Poudlard forme le caractère plus que l’intellect :

  • Être bon dans une équipe compte plus que réussir tout seul face à sa copie.
  • Il est nécessaire de travailler avec les autres, pas tout seul, ni seulement sur la théorie.
  • Le courage est la vertu exigée des jeunes Anglais.
  • L’intelligence, réclamée aux jeunes Français, ne vient qu’en second, plus tournée vers la pratique (le bon sens et la ruse plus que la spéculation abstraite).
  • La fidélité en amitié est plus précieuse que l’apparence physique ou l’origine.
  • On ne récompense jamais le délateur, même pour « bons » motifs (comme chez nos profs qui encouragent le « j’vais l’dire à la maitresse »). Mais plutôt la camaraderie et l’honneur.

Chaque aventure est une épreuve que le héros doit surmonter pour réanimer le Bien contre les forces du Mal. Cela entre deux cours pragmatiques de Divination (soporifique), de Potions et Poisons (astucieux), de Résistance aux forces maléfiques (utile), d’Histoire des sorciers (indispensable) et d’élevage des bêtes magiques (hum).

Plusieurs films en ont été tirés avec le jeune Daniel Radcliffe, qui grandit avec les aventures. L’avant-dernier film vient de sortir, le suivant sortira avant l’été prochain. Le héros est désormais majeur et l’on dit qu’il va enfin se montrer torse nu et sauter sa copine – comme dans la vraie vie, quoi.

J’ai toujours préféré les livres aux films car ils ne brident pas l’imagination. Le Gamin aussi. Mais il faut avouer que les décors et les effets spéciaux des films rendent bien l’atmosphère un peu folle et féérique des histoires. Et que les acteurs sont diablement sympathiques.

Pour moi, ces films ont l’âge du gamin. Harry Potter a grandi avec lui, a changé avec lui, découvrant les amis, les adversités et les amours en même temps que lui. Revoir ces films, c’est me replonger dans son enfance et adolescence, le voir se métamorphoser, s’élancer, mûrir. Cela me touche profondément.

Harry Potter, les 10-12 ans en raffolent ; les adultes lettrés apprécient. J’en suis.

Joanne Rowling, Harry Potter (6 volumes), Gallimard Jeunesse :

tome 1 L’Ecole des sorciers

tome 2 La chambre des secrets

tome 3 Le prisonnier d’Azkaban

tome 4 La coupe de feu

tome 5 L’ordre du Phénix

tome 6 Le prince de sang mêlé

tome 7 Les reliques de la mort

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5 réflexions sur “Harry Potter

  1. « les soucoupes volantes sont aussi folklo que les balais à réaction. »

    Moi c’est là que je ne vous suis pas tout à fait: même si les témoignages délirants sur les soucoupes volantes sont bien de la même veine que les balais volants, la littérature quand elle est un peu plus sérieuse que celà distingue bien les choses. Disons que la visite d’extra-terrestre est quelque chose que la logique ne nie pas, c’est un genre d’évènement potentiel qui pourrait arriver, même si fort peu probable – alors qu’on sait de source sûre qu’aucune sorcière n’a jamais fait voler un balais à l’aide d’incantations, et ne le fera jamais.

    Autre point: la science-fiction a ce désavantage de vieillir fort mal (si on excepte quelques oeuvres intemporelles) car les futurs imaginés à une époque donné, traduisant une sorte d’anticipation basée sur les techniques actuelles, paraissent parfois bien irréalistes 10 ou 20 ans plus tard. Parlons par exemple des premiers tomes de l’immense oeuvre « Fondation » d’Isaac Asimov, écrits avant l’apparition des ordinateurs personnel et de leurs écrans, où dans le monde du futur lointain mis en scène les ordinateurs s’interrogent toujours à l’aide de rubans à trous, même si un peu plus modernes que ceux qui existaient à l’époque de la rédaction de l’oeuvre… Du coup, une vieille science-fiction peut parfois prendre des accents magiques quelques années plus tard – c’est ce qui est arrivé au pauvre professeur Frankenstein de Marie Shelley, que vous citez à raison.

    Celà étant dit, pour une sorte de réconciliation disons entre le fantastique pur et la science-fiction dure, je conseille la lecture d’un écrivains américain particulièrement prolifique et talentueux, et qui a touché aux deux genre (ainsi qu’à d’autres) avec un grand brio – reconnu par son succès internationale: je veux parler de Dan Simons, et particulièrement son oeuvre « Ilium » ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Ilium_%28roman%29 )où il s’amuse à revisiter les mythes et légendes humaines à la sauce science-fiction. C’est particulièrement habile et amusant, outre que ce soit bien écrit et très prenant.

  2. argoul

    Intéressante, la distinction que vous opérez. Descartes avait encore le mélange des deux, comme Pascal : tous deux mathématiciens et logiciens, leurs oeuvres sont nées de « songes » (feu pour Pascal, dans le poêle pour Descartes). J’y reviens le 11 février (date exacte pour la raison que vous découvrirez).
    Anecdote : sur France Inter, Jean-Mathieu Pernin vient de finir une série ‘4e dimension’ où il interviouve une sorcière (qui vit près d’Orléans), un shamane (dans le 6e arrondissement de Paris) et d’autres que je n’ai pas écoutés. Je crois que c’est en podcast sur FI.
    Ce fantastique là me paraît pure superstition; en revanche, la magie SF (même avec la caution technique…) joue toujours. Sauf que, depuis les années 1980, il y a retour à l’ancienne magie des mythologies (trolls, baguettes magiques, potions, etc.). Il ne me semble pas que la « caution technique » soit anti-magie : les soucoupes volantes sont aussi folklo que les balais à réaction. Frankenstein et Dracula sont « scientifiques » et magiques à la fois. Le monde du non-A de Van Vogt (beaucoup aimé) est le délire de la logique, donc une certaine magie.
    Si je vous suis dans vos distictions « culturelles » (en effet, Halloween chez nous, bof), je ne vous suis pas sur le fossé qu’il y aurait entre magie et SF. D’ailleurs la série 2 des Star trek ajoute de l’affectif et du pouvoir « magique » (être maître de l’univers) dans l’histoire…
    Encore une fois, c’est le retour du refoulé superstitieux qui me pose question : il va avec le retour des intégrismes religieux (Khomeiny 1979) et de la crise mondiale du pétrole (1973 puis 1979…)
    Je crains donc « le pire » : les délires mythologiques des années 30, traduits en politique avec le succès qu’on sait.

  3. Star-Trek et la Science-Fiction c’est très différent. Le principe de la SF est justement qu’il n’est pas censé y avoir d’irrationnel ni de magie, rien que de l’explicable scientifiquement (ou qui le serait dans un avenir plus ou moins lointain). Il y a toujours dans la SF une caution technique, même inventée de toutes pièces, qu’on ne trouve pas dans le fantastique. D’ailleurs, contrairement à ce que pensent la plupart des libraires qui mélangent les deux sur leurs rayons, le public de la SF n’est pas le même que celui de de la Fantasy ou du fantastique, et les raisons qui les poussent à s’y intéresser sont distinctes. Moi par exemple je suis un grand fan de SF, par contre je suis très mauvais public en Fantastique et Fantasy – en dehors du grand classique Tolkien et de l’Histoire sans fin de mon enfance.

    Sinon, je ne pense pas que cet attrait pour l’irrationnel soit nouveau, loin de là!! C’est juste qu’auparavant l’irrationnel n’était pas du roman, il faisait partie intégrante de la vie: on y croyait vraiment, on le vivait au jour le jour. Aujourd’hui en occident c’est plus difficile, du coup le fantastique se confine au roman et au cinéma (sauf chez certains rêveurs, fous ou religieux à l’ancienne) mais l’attrait reste intacte. Facile de comprendre pourquoi: c’est le travail de l’imagination, celle qui vous transporte dans un monde où vos rêves – et vos cauchemards, en contrepartie – trouvent une expression et une réalisation. C’est pour ça, à mon avis, que ce phénomène est en grande partie culturel: selon sa culture, son éducation, on ne sera pas sensible au même type de merveilleux. En ce qui me concerne je n’accroche guère le merveilleux sauce anglo-saxonne moderne à la Halloween ou Disney qui me laissent de marbre, d’où peut-être mon désintérêt envers cet Harry Potter qui en reprend complètement les codes culturels.

  4. Les films sont inégaux, ils ont le mérite de nous montrer les personnages grandir. Côté magie, outre l’Histoire sans fin, vous avez aussi le Seigneur des anneaux et même les séries Star trek ! Il y aurait des questions à se poser sur cet attrait pour l’irrationnel et l’imaginaire dans notre époque hypertechnique…

  5. Bon, je n’ai pas lu les bouquins, mais les films je n’ai jamais réussi à accrocher… Trop de spectaculaire, et une magie qui me parait pauvre parce que purement externe aux personnage. Je trouves ça plus kitch que merveilleux…

    Dans le genre fantastique ou fantasy pour enfants comme adultes je lui préfère largement l’oeuvre (plus ancienne) de l’allemand Michael Ende: « L’histoire sans fin » ainsi que le film qu’en a tiré Petersen (le premier film seulement, ses succédanés sont des ratés à éviter). Une histoire de différences de culture peut-être? Où tout simplement parceque ce qui marque son enfance reste gravé longtemps…

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