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Croyance chez les Grecs

Pas de Révélation, ni donc de Credo, chez les Grecs. Le citoyen se bat pour sa cité – et ses dieux de sa cité – pas pour une Religion. Il protège une propriété divine, pas un dogme. Ce pourquoi le terme de « croyance » n’a pas le même sens dans l’Antiquité qu’à l’époque moderne.

Les dieux sont bien présents et naturellement évidents ; ils sont même partagés par tous les peuples. Qui craint, honore les mêmes divinités. Mais c’est moins la question de l’existence des dieux que celle de savoir ce qui est tenu pour divin qui est posée dès le 5e siècle avant JC.

Un élève de Protagoras soutient que ce qui est utile à l’homme est tenu pour divin. Ainsi, le soleil, la lune, les fleuves et les sources, tout ce qui favorise la vie. C’est ainsi, comme le commente Sextus Empiricus, « qu’on a considéré le pain comme Déméter, le vin comme Dionysos, l’eau comme Poséidon, le feu comme Héphaïstos. Et qu’il en a été de même par conséquent pour chacune des choses qui sont utiles. » L’impulsion humaine sacralise les éléments estimés utiles à la vie. Rendre un culte à Déméter et à Dionysos est un acte de gratitude pour leurs bienfaits. Les chrétiens parlent ainsi du « Bon Dieu ». Les dieux sont donc une invention de l’imagination humaine. Ce sont les causes naturelles qui expliquent la croyance aux dieux, et non l’inverse.

Pour Démocrite, c’est la peur inspirée par certains phénomènes naturels comme le tonnerre, la foudre, les éclipses de soleil ou de lune, qui ont incité les hommes à croire à des forces surnaturelles. Les dieux ne sont alors que qu’une façon d’évacuer une question à laquelle on n’a pas (encore) de réponse. Puisqu’on ne sait pas, on croit. Mais quand on « sait », quand la science avance, alors le Diable recule, de même que les monstres et les fantômes. Restent de nouvelles craintes, comme celle des Aliens et des OVNI, mais c’est parce que notre savoir n’a pas encore atteint l’au-delà de notre planète.

C’est avec Critias d’Athènes que la croyance est liée à l’utilité politique. Pour assurer le respect des lois de la cité, il faut inventer la crainte des représailles divines. Ces lois sont faites par les hommes et peuvent être arbitrairement modifiés. Mais les gens au pouvoir en appellent aux dieux pour que cela ne change pas. C’est tout à fait ce qu’a fait le clergé chrétien durant des millénaires ; c’est ce que font les écolos en en appelant à Gaïa la Terre ; ou encore les conservateurs qui voudraient retrouver un mythique Âge d’or du « c’était mieux avant », de la Morale intangible. D’où le retour réactionnaire (de réaction, celui qui « réagit ») à la Religion, en général celle figée du Livre, le judaïsme intégriste, le christianisme inquisitorial, l’islamisme radical.

En avançant dans le temps, Platon pense que c’est la rhétorique qui produit de la croyance – en opposition au savoir. La rhétorique persuade, au point d’arracher une conviction, et la croyance n’est que cela. Croire n’est donc pas savoir, issu de la réflexion logique, mais une conviction forgée par les émotions et la manipulation du langage. Ainsi les démagogues font croire n’importe quoi – même le faux (Trompe en est un exemple). Ils font rêver à ce qui n’est pas.

Ce rêve serait dynamique s’il était mis en scène par des actions concrètes pour obtenir les résultats visés. Hélas ! Le plus souvent la croyance s’arrête à elle-même, sans agir pour prouver ce qu’elle croit – car ce serait devenir un savoir, et non plus rester une croyance. Croyez-vous que hydroxychloroquine soigne le SARS Cov2 ? Preuve que non, si l’on respecte les étapes objectives d’une preuve scientifique (et le nombre de morts). Mais la croyance subsiste, avec cette bonne vieille théorie du Complot pour innocenter ceux qui affirment sans savoir. Par utilité « politique », de pouvoir, qu’il soit médiatique ou gouvernant.

Revenons-en aux Grecs : ce qui est utile à la vie, en faveur de la vitalité, est divin. D’où la nécessité d’agir pour la planète, pour la maîtrise de la Technique, pour la rationalisation des ressources. Pour assurer une vie meilleure et un avenir aux humains (en contenant leur expansion de lemmings au nom de « la Religion »). Tout le reste n’est que fumée et bavardage.

Reynal Sorel, Dictionnaire du paganisme grec, Les Belles lettres 2015, 513 pages, €35.50

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Regain magazine

Regain, le magazine de la nouvelle génération paysanne créé en 2017, m’a offert ces jours derniers en PDF son numéro de printemps 2020. Nous sommes en automne et deux autres numéros sont parus depuis. Le lecteur intéressé peut y trouver des articles tendances sur le milieu rural, les initiatives, la vie en village. C’est croquant, juteux, vert.

Oh, la parole est aussi donnée aux croyants de la Vérité issus du gauchisme après le catholicisme, et tombés en écologie comme en religion. Pour un paysan du Jura en article introductif, « l’État préfère criminaliser les opposants à l’agro-industrie par sa cellule autoproclamée Déméter, et il organise, en cogestion avec la FNSEA, le maintien du statu quo au lieu d’engager la transition ». La politique, pour ce paysan, n’est pas cet art de la négociation entre points de vue divergents ni arbitrages constants entre intérêts opposés, mais la pure application de « la Vérité » comme un commandement de Dieu. Comme si « la Vérité » sortait tout armée de l’esprit des prophètes autoproclamés. Au revoir la démocratie, qui signifie le débat et le vote ; bonjour la dictature qui impose à tous le Principe venu d’en haut. C’est le même qui déclare tout uniment : « J’ai une femme, trois enfants » comme s’il décomptait ses vaches ou ses rangs de maïs. Il se sent propriétaire, pater familias qui veut imposer sa loi du mâle. Sa conception de la politique est celle de l’imperium romain, pas de l’agora grecque. Le pire de la culture occidentale qui a donné les totalitarismes du XXe siècle, chacun au nom de « sa » Vérité.

Le plus intéressant de Regain est sans doute le récit des expériences directes sur le terrain, au ras des intérêts locaux. C’est là où se situe, à mon avis, le meilleur de « l’écologie ». Pas dans les partis nationaux ni les confédérations internationales, mais là où ça se passe, au village, à la ferme. Pas dans les Grands Principes abstraits d’intellos en chambre qui se croient Mahomet ou Lénine mais dans les actions concrètes immédiates, issues de l’initiative locale.

C’est ainsi que le GAEC de Barfleur, petit village trop près de Cherbourg et qui se dépeuple faute de pêche, a créé 90 hectares de légumes bio cultivés en plein champ qui fournissent une dizaine de cantines d’école et vendent le surplus en circuit court. C’est ainsi qu’un ingénieur en bio-ressources a parcouru à vélo le Cotentin pour discuter avec les maires et voir ce qui se fait, ce qui pourrait se faire et ce qui bloque sur la transition écologique.

C’est bien plus intéressant que les imprécations du confédéré paysan cité en début de magazine. D’après cette enquête de terrain, les gens du pays vont de préférence au supermarché parce qu’ils y trouvent en un même lieu tout ce qu’il leur faut, des aliments, des conserves, des produits de lavage et des cosmétiques, de l’essence, du bricolage. Même s’ils savent que la carotte vient d’Espagne alors qu’il en pousse près de chez eux. Certains maires encouragent donc le retour des commerces de proximité et même une pompe à essence municipale pour garder un modèle durable sur le long terme. Car, s’il survient une crise climatique ou énergétique, plus de carottes d’Espagne, plus de carburant pour autos venu d’Arabie ou d’Afrique. Il faudra donc que la production locale ait subsisté pour résister.

Cette écologie-là est la bonne, celle qui sert à quelque chose et pas aux seuls égos des militants de partis.

« Regain célèbre le progrès agricole, la nouvelle génération paysanne, les métiers de la ferme, la vie animale, la bonne chère, les balades en campagne et les feux de cheminée. »

Regain, 3 rue de Steinkerque 75018 Paris, 09 67 32 09 34 www.regain-magazine.com

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Grève de l’écologie politique

L’écologie non seulement n’est pas réservée aux autoproclamés « écologistes » mais elle en est l’antithèse. En France du moins.

L’écologie est une façon de vivre universelle, en harmonie avec la nature – elle n’est surtout pas une « politique ». Car TOUS les partis sont concernés par l’écologie, comme par l’économie ou la santé. Il ne saurait donc y avoir de « parti écologiste » sans soupçonner une arrière-pensée d’ambition, un créneau à prendre pour se pousser du col, un désir de pouvoir suspect.

Les gauchistes exclus des partis extrémistes ou rejetés par les gros bataillons des partis traditionnels ont créé « un parti » pour jouer la force d’appoint. Tout comme l’a fait le Modem. Et, comme lui, ils sont ailleurs du jeu politique traditionnel : ils réussissent donc mieux aux élections européennes. Non pas par leurs vertus, ni par leur soi-disant programme pour la cause du globe, mais parce que les électeurs votent « faute de mieux » pour un mythe, l’utopie du « retour à la nature » qu’ils ont vécu jeunes au Club Med.

Il ne faut donc jamais croire les écologistes autoproclamés des partis au sujet de la Terre – mais plutôt croire l’expertise des scientifiques sur des sujets particuliers évoqués. Brailler des slogans et battre le pavé ne fait pas avancer l’harmonie écologique, pas plus qu’un sorcier qui marmonne et gesticule ne fait tomber la pluie.

Si les anarcho-subversifs venus des « associations » et autres groupuscules militant à gauche-toute veulent faire de « la politique », ce n’est pas l’écologie abstraite qu’ils doivent défendre, mais les effets concrets des actions concrètes des acteurs de la politique.

Par exemple les grèves. Est-il socialement « juste » de bloquer les travailleurs des semaines durant au prétexte de « défendre » des privilèges hors d’âge comme le droit de partir en retraite à 52 ans ou de ponctionner les cotisations des cadres pour abonder le régime spécial de la SNCF, de la RATP et d’EDF qui sont depuis des années en déficit ? Est-il républicain de ne proposer durant une semaine entière autour du 18 décembre AUCUN RER entre Brétigny et les stations du sud de la ligne C, Etampes et Dourdan ? L’égalité du soi-disant « service » public est-elle respectée ? Peut-on encore parler de « service » – payé par nos impôts, s’il est réservé à quelques-uns ?

Faire grève est un droit constitutionnel, mais pas plus que la liberté d’aller et venir ou la liberté de travailler. Et nettement moins que « sauver la planète ». Le Conseil constitutionnel admet que la loi peut aller « jusqu’à l’interdiction du droit de grève aux agents dont la présence est indispensable pour assurer le fonctionnement des éléments du service [public] dont l’interruption porterait atteinte aux besoins essentiels du pays ». Le citoyen raisonnable pourrait croire que les écologistes politiques pousseraient de hauts cris à constater les effets en CO2 des grèves répétées pour tout et n’importe quoi, des « agressions » de conducteurs qui ne verrouillent pas leur porte d’accès aux changements de postes requis par le Grand Paris ou les « atteintes » aux zacquis de la retraite. Le monde a changé, pas les syndicats bloqués qui font du blocage une arme anti… Patrons ? –  non pas mais Etat – c’est-à-dire vous et moi qui avons voté et élu un gouvernement par majorité (c’est la règle, qui vaut pour la gauche comme pour la droite – et que seuls refusent les extrémistes).

N’y aurait-il donc aucun autre moyen que « la grève » pour revendiquer et protester ? Comment font donc les pays, voisins et développés qui ne connaissent que rarement la grève ? Ce serait le rôle proprement politique des proclamés « écologistes » que de se pencher sur la question afin d’éviter les 500 à 600 km de bouchons quotidiens en Île-de-France (sans parler d’ailleurs), avec les émissions de CO2 massives qui vont avec. D’autant que, dans un jugement du 24 octobre 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a estimé que la France a dépassé depuis 2010 « de manière systématique et persistante » le seuil limite de dioxyde d’azote, un gaz issu notamment des moteurs diesel.

Soupçon : les écolos n’en auraient-ils rien à foutre ? Ou, dans un vieux reste de respect religieux issu du marxisme, font-ils du « social » un tabou (et que grève crève la planète !) Peut-on « en même temps » vanter les transports collectifs et laisser une poignée de factieux bloquer la France et surtout l’Île-de-France (50% de la production intérieure) ? Réguler, limiter, poser les règles, est le rôle de l’Etat – démocratiquement dirigé via les élections. Un soi-disant « parti » devrait se préoccuper de ce sujet politique concret au lieu de disserter sur le sexe du glyphosate !

Le site de la SNCF (transilien.com) chiffre à 32 fois MOINS d’émissions de gaz à effet de serre le fait de prendre sa voiture plutôt que le train ou le RER et à 49 fois MOINS de prendre le métro plutôt que l’auto. Combien « les grèves » coûtent-elles donc au réchauffement climatique, d’autant qu’elles sont plus répétées ? Sur ce sujet – pourtant éminemment « politique » et bien concret – les soi-disant « écologistes » politiques restent muets. Ils préfèrent blablater dans les hautes sphères sur les « principes » et invoquer « l’urgence ». Mais qu’y a-t-il de plus « urgent » que d’agir ici et maintenant, politiquement, sur les acteurs de la cité ?

Ce pourquoi il nous faut bien conclure que le « parti écologiste » ne sert à rien, qu’il est une nuisance plus qu’un atout pour la transition nécessaire de notre mode vie et de production. Parmi les dirigeants des Verts, seul Daniel Cohn-Bendit avait un sens politique. Ce n’est vraiment pas le cas de ses successeurs et « successeuses » comme le dit la Royal dans un français mal appris.

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