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Brest musée de la Marine

Le Musée national de la Marine est réparti en cinq sites dans l’Hexagone, dont celui de Brest, sis dans le château, érigé sur un castellum romain du 4ème siècle pour mille hommes, aux murs épais de 4 m, qui domine l’embouchure de la Penfeld. Occupé par les Anglais durant la guerre de Cent-ans, il est fortifié par Vauban sur ordre de Louis XIV. Occupé par les Allemands en 1940, il est creusé de souterrains pour échapper aux bombardements. Il est désormais le siège de la préfecture maritime.

brest chateau musee de la marine

Tout commence par l’histoire, dans le donjon, exposée sur grands panneaux et illustrée d’objets et maquettes. Celle du fort en premier, avec ses murs en triangle chers à Vauban.

porte torpille marder brest musee de la marine

Un véhicule porte-torpilles Kriegsmarine de type Marder offre aux enfants sa gueule de manga pleine de dents. Une torpille classique est transformée en poste de pilotage, tandis qu’une seconde torpille est fixée sous elle. L’ensemble plonge à 40 mètres !

jean quemeneur brest musee de la marine

La figurine de Jean Quéméneur, personnage de la complainte début XXe du compositeur Henri Asquer, est dessinée par Pierre Péron. Ne pas confondre avec Pierre Quéméneur, de l’affaire Seznec.

seehund sous marin de poche brest musee de la marine

Dès la sortie à l’air libre, au-dessus du port, surgit un sous-marin de poche Seehund allemand de 1944, le S622, qui sera intégré aux armées françaises pour un temps en 1952. Les ingénieurs allemands étaient (et demeurent) très ingénieux ; on se demande si deux ans de plus auraient permis à Herr Hitler, sinon de « gagner » la guerre, d’au moins stabiliser le front ! Mais c’est se perdre en conjectures… Hitler aurait-il été Hitler s’il n’avait pas précipité l’invasion de l’URSS – pourtant son « alliée » ? Aurait-il envoûté le peuple s’il n’avait pas vociféré sur la race et la conquête, faisant de la guerre la forge du futur ?

jonque boat people brest musee de la marine

Une jonque de boat-people vietnamiens gît derrière le rempart, tandis que nous nous dirigeons vers la tour de Brest pour examiner la suite.

attributs president du carre brest musee de la marine

Diverses salles obscures présentent la marine de guerre et les bateaux, donnant quelques détails de vie quotidienne. Tel ce coffret d’attributs réservé au président du carré. Ces objets symboliques sont destinés à avertir les officiers d’un comportement inadéquat, alors que la promiscuité exige l’attention aux autres. Le président du carré les distribue aux fautifs, telle la gaffe (pour un gaffeur), le puits (pour le je-sais-tout puits de science), le marteau (pour la tête de bois têtu), le mur (pour l’indiscret), le brancard (pour l’absentéiste), la pelle (pour qui devrait balayer devant sa porte avant de médire)…

entree du port 1861 brest musee de la marine

L’entrée du port de Brest en 1861 montre la vaste rade, le goulet facile à défendre, l’abri dans les terres de la Penfeld. « De gauche à droite se trouvent les magasins des subsistances, la tour Tanguy, le bagne, le pont tournant, la machine à mâter flottante, le château et le sémaphore », indique la notice.

croiseur la perouse 1877 brest musee de la marine

Le croiseur mixte Lapérouse, construit à Brest, est mis en service en 1877. Si sa coque reste en bois, ses canons sont protégés par des tourelles pivotantes et il marche à voiles et à vapeur.

mousse 1890 brest musee de la marine

Comme ses mousses, fort sollicités sur un navire qui ne comprend que des hommes. Le Lapérouse fait partie de l’escadre d’orient sous l’amiral Courbet en 1885, puis remplit diverses missions à Terre-Neuve et en Méditerranée, avant de faire naufrage à Madagascar en 1898.

dugay trouin 1900 brest musee de la marine

Le Dugay-Trouin, 1900.

porte helico jeanne d arc brest musee de la marine

Le porte-hélicoptères La Résolue, lancé à l’arsenal de Brest en 1961, succède au croiseur-école de 1931 Jeanne d’Arc en 1964 et il en reprend le nom. Il embarque jusqu’à 200 officiers-élèves mais effectue aussi jusqu’en 2010 des missions humanitaires en mer de Chine, Indonésie ou Caraïbes. Je l’ai visitée au Pirée, invité par les officiers en 1980.

mousse 2015

Un mousse plus récent.

poste de commande porte helico jeanne d arc brest musee de la marine

Le poste de commande avec porte-voix du porte-hélicoptère Jeanne d’Arc, en usage entre 1961 et 2010.

passerelle de commandement vauquelin brest musee de la marine

La passerelle de commandement du Vauquelin est plus complexe.

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Le croiseur Colbert.

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Brest est célèbre pour ses sous-marins, dont la base stratégique se trouve à l’île Longue, dans la rade, aménagée dès 1967. En 1963 est constituée la force nucléaire océanique stratégique dont le premier SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) Le Redoutable sort en 1971 des ateliers de Cherbourg. Long de 138.7 m et haut de 10.6 m, il porte 16 missiles à ogives nucléaires. Six sous-marins du même type sortiront, dont le dernier a été retiré du service actif en 2008. D’autres sont désormais à la mer.

vetement sauvetage sous marin brest musee de la marine

Le vêtement de sauvetage en usage dans les sous-marins de la Marine nationale est de type mark 8. Il permet l’évacuation en sas de sauvetage et son gilet a une réserve de 10 litres d’air respirable et une combinaison gonflable pour remonter des profondeurs. Une nouvelle version mark 10 est désormais utilisée.

fregate multi missions aquitaine 2012 brest musee de la marine

Les frégates franco-italiennes sont célèbres, puisque la Russie en voudrait. Multi-missions, elles existent en version anti-sous-marine ou anti-aérienne. L’Aquitaine, construite à Lorient et basée à Brest avec 108 hommes, protège les SNLE.

Renseignements et programme 2015 du Musée national de la Marine à Brest

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J’étais archéologue à Tautavel

Tautavel est un petit village des Corbières à une trentaine de kilomètres de Perpignan. Une rivière, le Verdouble, sort de la falaise de marbre et a creusé la plaine où poussent des champs de vignes à muscat et des vergers d’abricots. L’eau du ciel a, durant les millénaires, creusé d’en haut le calcaire, s’infiltrant avec obstination dans les fissures. La chimie a fait le reste, l’acide carbonique de la pluie dissolvant le carbonate de chaux pour ouvrir des cavités internes. Et puis un jour, par écroulement, une grotte bée vers l’extérieur. C’est ce qui est arrivé à Tautavel.

La grotte en question est appelée ici la « Caune de l’Arago ». Elle s’élève d’une centaine de mètres au-dessus des gorges des Gouleyrous où s’étrangle l’eau rapide et froide du Verdouble.

C’est à l’intérieur, dans la brèche, que les archéologues sous la direction du professeur Henry de Lumley ont découvert, le 22 juillet 1971, le crâne écrasé d’un homme d’une vingtaine d’années. Non, la police n’a pas été prévenue car le sol archéologique le datait d’il y a environ 450 000 ans : les coupables avaient depuis longtemps disparu. Et oui, je suis venu à la préhistoire comme Henry de Lumley en lisant La guerre du feu de Rosny aîné, vers dix ans.

Ce premier Français sans le savoir n’était pas très grand, 1 m 65, mais debout, un front plat et fuyant, des pommettes saillantes, un grand bourrelet au-dessus des yeux qu’on appelle en mots savants « torus sus orbitaire » – rien de cela n’est bon signe : l’Homme de Tautavel n’est vraiment « pas comme nous ».

Surtout que l’on n’a retrouvé nulle trace de feu alentour, mais de grossiers cailloux taillés (appelés « bifaces ») et quelques éclats de silex. Ce barbare était chasseur et bouffait ses proies toute crues. De fait, petit cerveau et robustes épaules, il s’appelait Erectus et pas encore Néandertal. On soupçonne même que ce jeune homme fut mangé…

La grotte lui servait de camp provisoire, avec vue dégagée sur la plaine, où il pouvait tranquillement dépecer cerfs, rhinocéros, éléphants, chevaux et mouflons d’époque. Voyait-il au loin la steppe à graminées ou des forêts de chênes verts ? Nous étions en pleine glaciation de Mindel car – n’en déplaise aux écolos mystiques – le climat n’a eu de cesse de changer tout seul depuis que la planète existe.

Je n’étais pas présent à la découverte de 1971, je suis venu fouiller la grotte à l’été 1977. C’était dans le cadre d’un stage pratique obligatoire que suivent les étudiants en archéologie, tout comme les stages en entreprise des écoles de commerce. Nous étions jeunes, de 14 à 30 ans ; certains étaient venus en couple avec leurs petits enfants. David, 7 ans, Géraldine, 5 ans, jouaient avec les enfants Lumley : Édouard, 10 ans, Isabelle, 7 ans et William, 5 ans. Lionel, l’aîné, aidait déjà quelques heures les fouilleurs, du haut de ses 12 ans. J’étais venu avec des amis et nous campions sur le pré au bas de la grotte.

Aux heures chaudes après la fouille, nous nous baignions dans les eaux froides de la rivière tandis que les équipes de cuisine, par roulement, préparaient le dîner pour une trentaine. Le vin de l’année, produit dans le pays, était étonnamment fruité et nous donnait de la gaieté. Le soir nous voyait aller au village pour prendre un dernier muscat local (Rivesaltes n’est pas loin), tout en dérobant quelques abricots trop mûrs au passage. Ou bien un grand feu collectif nous attirait autour de sa lumière pour brochettes et patates sous la cendre, « à la préhistorique ». Cela pour la grande joie des enfants. Nous étions jeunes, nous goûtions la vie par tous nos sens. Il y avait de l’ambiance – celle toute d’époque, à 9 ans de 1968 – feu de camp, torses nus et guitare… Ce qui avait lieu ensuite ne concernait pas les enfants.

La fouille était un travail agréable, car à l’ombre constante de la grotte. Monter la centaine de mètres vers son entrée nous mettait en nage, mais un quart d’heure plus tard, nous étions régulés. J’avais pour mission de fouiller un carré dans le fond de la grotte, sur les hauteurs, tout en surveillant deux novices des carrés d’à côté. J’étais en effet déjà un « spécialiste » de fouilles, ayant pratiqué 4 ou 5 chantiers différents, y compris en Bulgarie et en Suisse.

Dans la terre, nous creusons habituellement à la truelle ; mais dans la brèche qui compose un sol de grotte, qui est du calcaire solidifié, nous sommes obligés d’y aller au burin et au marteau. Dégager les objets archéologiques (cailloux taillés, éclats de silex, os fossilisés, dents) n’est pas une sinécure. Il faut être attentif, détourer les objets, ne pas aller trop vite. Il faut dessiner, numéroter et fixer en altitude tout objet avant de le bouger. Recoller les morceaux ou le consolider au polycarbonate s’il s’effrite trop, comme l’os fossile.

Mais quelle émotion de découvrir, brusquement, une dent humaine ! Ce fut mon cas à plusieurs reprises avec, à chaque fois, le même souffle coupé. 450 000 ans plus tôt, des êtres humains avaient vécu là, y étaient morts, et le temps écoulé, les phénomènes naturels, n’ont pu éradiquer cette trace ultime…

Clignant des yeux au sortir de la semi-obscurité, retrouvant le monde d’aujourd’hui, nous regardions alors les petits avec d’autres yeux : comme des chaînons d’une lignée, comme des transmetteurs d’humanité, même si ces enfants n’étaient pas les nôtres.

Il y avait la fouille, il y avait la position et le dessin des objets, leur description dans le carnet de carré (d’un mètre sur un mètre), mais ce qui se passait sur le terrain n’était qu’une partie du travail. La suite consistait à tamiser les déblais, à nettoyer les objets, à les numéroter à l’encre de Chine vernie, avant de travailler – par roulement – à la reconstitution des plans généraux et des coupes de la grotte. Cette activité se passait au musée, à peine bâti à l’époque. Le mélange de vie quotidienne et de labeur scientifique, de mains dans la terre et de crayons sur le papier, d’observations neutres et d’imagination – rend le travail d’archéologue d’une richesse inouïe. Nous n’étions point payés, seulement nourris, mais quel bonheur !

Je garde de cette époque, du pays de Tautavel, de ce travail de fouilles, de l’ambiance d’été du chantier, un souvenir ému. Certes, nous étions jeunes, mais régnait dans tout le pays, malgré la première crise du pétrole quatre ans auparavant, un optimisme général qui a bien disparu ! Comme un air d’insouciance que les millénaires sous nos pieds justifiaient de tout leur poids. « Vivez ici et maintenant », disaient ces dents humaines et ce crâne écrasé, « vivez pleinement votre vie d’homme » – car votre temps n’a qu’un temps. Nous l’avons croqué à belles dents – et c’est heureux.

Patrick Grainville, agrégé de lettres et professeur de français au lycée de Sartrouville, lauréat du prix Goncourt 1976 pour « Les flamboyants », n’est plus guère lu aujourd’hui, tant sa sensualité, son érotisme et sa fougue sont peu en phase avec notre époque frileuse, craintive et austère. Il évoque pourtant la grotte de Tautavel dans un roman échevelé, érotique et luxueux que traversent motards, terroristes, amoureux et jeune camerounaise, sous le regard profond de la caverne…

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