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Il y a dix ans le 11 septembre

Article repris par Mediuym4You et cité dans FabrizioCalvi.com

Imaginé dès 1994 par Tom Clancy dans Dette d’honneur, un acte terroriste de masse a visé par ses avions Boeing remplis de pétrole la modernité au travers des tours jumelles de New York, ville cosmopolite et cœur financier. Il a été inventé, mis en œuvre et revendiqué par un nouveau Savonarole rigoriste qui a utilisé la base islamique d’Afghanistan dans le schéma de Lénine : de l’Islam dans un seul pays à la révolution mondiale, via l’internationale fondamentaliste. Il s’agissait de venger les Arabes musulmans d’un Occident impie, matérialiste et impérial.

Dix ans plus tard, Ben Laden a été tué par les services américains bardés de technologie, après avoir fait de pâles émules à Londres, Madrid, Kaboul, Bagdad, Djakarta. Dieu l’a voulu ! Au moment où les peuples arabes se sont révoltés eux-mêmes contre leurs oligarchies politiques et militaires et sans l’aide de la religion. Car si les États-Unis ont encouragé un temps la libanisation arabe pour préserver l’accès à l’énergie, les tyrannies qui s’accrochent au pouvoir comme celles de Saddam Hussein, de Muamar Kadhafi, des ayatollahs d’Iran ou de Bachar el Hassad sont des obstacles au flux régulier du pétrole. Il n’y avait donc pas Complot mais intérêt bien compris, qui a changé avec le temps.

La chute des Twin towers est désormais expliquée sans magie par le rapport du NIST, l’Institut américain des normes et de la technologie. Deux cents experts mobilisés pendant trois ans ont reconstitué par ordinateur la séquence des événements depuis chaque impact jusqu’à l’effondrement successif. Il n’y a aucun mystère dans les deux millions de données computées par deux semaines de temps de calcul. L’orientation de chaque avion, l’effet du kérosène dont ils étaient pleins sur la température, la structure des édifices en colonnes d’acier supportant une armature de toit et d’antennes, suffisent à expliquer la catastrophe.

Il n’y a pas de « dessein intelligent » dans la suite des événements, pas de Complot hors de l’esprit tordu des mauvais médiatiques qui ont profité du choc pour se faire mousser (et se faire de l’argent). Sauf qu’il reste des complotistes qui croient dur comme fer que le 11-Septembre est une invention de la CIA, tout comme l’homme sur la lune est un canular d’Hollywood. On croit bien que le vin se transforme en sang à la messe et que Jésus est ressuscité d’entre les morts, me direz-vous ! Certes, mais c’était il y a deux millénaires et les preuves sont affaire de foi. Tandis que nous sommes aujourd’hui et que l’information existe.

L’information est à l’inverse une suite de faits établis, issus de sources fiables, vérifiés par recoupements et analysés dans leur contexte. Elle est un travail de professionnel – un métier – pratiqué par les bons journalistes, mais aussi par les chercheurs, les professeurs d’université, les diplomates, les services de renseignement et les gouvernements, les économistes spécialisés en intelligence économique, les stratèges boursiers, les décideurs des grandes entreprises. Or Internet a pour particularité de mettre sur le même plan toutes les informations, sans tri ni indice de fiabilité. Les complotistes se focalisent sur des détails; ils les montent en épingle en démontrant qu’ils ne sont pas expliqués. Et alors ? Si l’explication globale se tient, pourquoi cette obsession névrotique d’aller cherche la petite bête ? Le sage montre la lune et l’imbécile regarde le doigt, disent les vieux Chinois.

Croire sans réflexion « ce qui se dit », l’opinion commune, juste pour paraître comme tout le monde, dans le vent est une naïveté proche de « la bêtise », si bien analysée par Flaubert dans son ‘Dictionnaire des idées reçues’, comme par Nathalie Sarraute dans ‘Disent les imbéciles’. Mais s’il ne s’agissait de jeux entre geeks assez ignorants du monde réel, focalisés sur les bits d’info sans la capacité de trier les vrais des faux, on pourrait refermer les portes de l’asile et les laisser jouer entre eux. Sauf que cette mise en équivalence de tout aboutit au n’importe quoi millénariste où la croyance l’emporte sur toute vérité. Le doute reste une info, même s’il a été levé par une autre info : les deux sont juxtaposées sur le net, absolument pas mises en perspectives. D’où la désinformation qui manipule les peurs et les espérances, tout comme la foi levait les foules « enfants », en l’an mille.

La désinformation consiste à présenter pour « vrais » des faits hypothétiques ou déformés, issus de sources obscures, non vérifiés et sortis absolument de leur contexte. La désinformation s’apparente à la rumeur qui est un mode de pensée magique. Elle reflète un climat social sombre et projette sur un bouc émissaire une angoisse collective selon Jean-Noël Kapferer dans ‘Rumeurs’. Une pensée magique est une pensée sortie absolument de l’histoire, un fixisme des « essences » à la manière de Platon dans le mythe de la caverne. Les faits ne se produisent pas ici et maintenant mais sont l’archétype de faits éternels qui se reproduisent mécaniquement, quel que soit le contexte. Ainsi le Traître, le Cheval de Troie, le Complot…

Nul besoin alors d’analyser avec précision ce qui s’est produit le 11 septembre 2001 à 9h03, ni d’enquêter pour vérifier et recouper – il suffit de partir à l’envers. Évoquer le Mythe lui-même, comme certains invoquent le Diable, fait apparaître une structure logique, immédiatement compréhensible, à laquelle tout vient s’agréger, « prouvée » par ces petits détails restés mal expliqués. Hélas ! Il ne suffit pas d’être « logique » pour être « vrai »… Une logique peut être délirante lorsqu’elle part de prémisses fausses ou déformées. Elle est alors proprement « paranoïaque ». S’il suffit de raisonner juste… sur la base d’informations fausses pour paraître dire quelque chose de crédible, n’importe quel affabulateur peut dire n’importe quoi.

C’est cette bêtise de foule, amplifiée par Internet et par le superficiel du zapping, qui est morte avec Ben Laden le 1er mai 2011, un peu moins de dix ans après l’attentat du 11-Septembre. Il y en a toujours qui sont plus enclins à « croire » qu’à « vérifier » ou à « penser par eux-mêmes ». Tant pis pour eux. Ils ne seront toujours que des moutons à suivre n’importe quel berger. La liberté leur fait peur, l’autonomie les effraie, ils préfèrent qu’on leur dise ce qu’il faut faire sous la houlette d’un État fort, et quoi penser via un parti omniscient manipulé par des gourous en vogue. Ceux-là sont les ‘esclaves’ qu’évoquait Nietzsche, mûrs pour la tyrannie. Le contraire du mouvement d’émancipation venu des Grecs sur l’agora à la démocratie libérale du XXe siècle, en passant par la Renaissance, les Lumières et les révolutions.

Paradoxe : c’est lorsque l’Occident a peur et se réfugie dans le préjugé, le mythe du Complot et le bouc émissaire… que les peuples arabes musulmans asservis relèvent la tête et renversent leurs dirigeants. Belle leçon à méditer pour nos naïfs prêts à croire n’importe quoi écrit sur Internet !

Une enquête fouillée d’un « vrai » journaliste d’investigation, Fabrizio Calvi, vient de paraître. Elle pointe la stupidité à courte vue de la CIA et le fonctionnarisme du FBI. Là encore, pas de complot mais l’arrogante bêtise américaine trop sûre d’elle-même…

Voir une bonne feuille du livre sur Rue89

Fabrizio Calvi, 11 septembre la contre enquête, Fayard, 31 août 2011, 536 pages, €20.90

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Prédire ou prévoir ?

Article repris par Medium4You.

En ce début d’année, les prédictions vont bon train. Les prévisions sont plus précautionneuses. Il est vrai qu’affirmer ce qu’on croit est plus facile qu’analyser ce qui est possible. Il y a entre les deux tout le fossé qui sépare l’irrationnel du rationnel. Prédire ressort de la foi, prévoir de la science. Oh, bien sûr, tout n’est pas rationnel dans le réel, puisque l’irrationnel existe – et qu’il est tout aussi réel ! Mais l’Occident a choisi, juste après la Renaissance, de confier son sort au rationnel plutôt qu’à la foi, et il s’en est plutôt bien trouvé.

Depuis Descartes, mais il n’est pas le seul, chacun sait bien qu’il vaut mieux douter des dogmes (fussent-ils présentés comme « scientifiques ») et observer les choses par soi-même et à fond, plutôt qu’ajouter foi à des rumeurs, des racontars, voire de purs contes de fées. Dès l’âge de raison, tout petit Français ne croit plus au père Noël et il est rare qu’il passe l’adolescence sans remettre en cause notre Père qui est aux cieux. Aucun précepte biblique ne tient face à une jeune fille en fleur. Dieu n’a rien à voir avec la science, il est au-delà ; la science n’a pas besoin de l’hypothèse du Grand Horloger pour fonctionner. Au contraire : les intégrismes islamique ou créationniste mélangent les dogmes de la foi et la quête scientifique, ils veulent figer le mouvement du savoir au profit de leur propre pouvoir. Rien n’empêche un scientifique d’être croyant, mais il s’agit d’un autre ordre.

Ceci posé, le rationnel n’est ni froid ni né de rien. S’il est calculateur et vérificateur, avançant par examens, hypothèses et preuves, son premier mouvement naît de l’instinct ou de la passion. Nietzsche l’a bien montré, qui fait de la poussée vitale l’origine de la curiosité pour explorer le monde. Pas de recherche sans envie, ni de découverte sans obstination, toutes choses peu rationnelles au fond, car elles vont au rebours du principe d’économie qui fait de la paresse l’état le plus satisfaisant de l’humain.

C’est pourquoi les « prévisions » d’Élisabeth Teyssier sont aussi risibles que vagues. Dire que « l’opposition sera très présente en 2011 », c’est enfoncer une porte ouverte l’année de la campagne pour les présidentielles ! Que Sarkozy soit « innovateur » et « fougueux », ce n’est pas la peine d’aller chercher le Verseau ascendant Bélier pour le constater ! Que DSK ait une « forte libido », pas besoin d’en référer au Taureau pour le savoir, la presse fait ça bien mieux. Et que Madone Ségolène soit Vierge ascendant Verseau ne nous apprend vraiment rien… La meilleure preuve que ces astrologues sont des charlatans a été apportée il y a des années par la fameuse Madame Soleil, qui sévissait sur une radio : la seule chose utile qu’elle n’ait jamais « prévue » a été son contrôle fiscal. Pourtant, pas besoin d’être sorcier pour émettre l’hypothèse que si on ne déclare pas tous ses revenus…

Le pire est quand la magie réclame la caution de la science ! C’est mélanger les ordres et faire du savoir scientifique une croyance au même titre qu’une religion. « Cela m’a pris plus de sept heures de travail, déclare Élisabeth Teyssier. J’ai étudié le thème astral de chaque personnalité, en fonction de ses date, heure et lieu (latitude/longitude) de naissance. J’ai ensuite utilisé mon programme informatique utilisant les données de la Nasa. Puis j’ai réalisé une interprétation symbolique, qui s’appuie sur des observations multimillénaires, a partir de ces données mathématico/astronomiques. C’est ainsi que possède un astrologue digne de ce nom. » Ben voyons ! Observez combien chaque mot magique est flanqué d’un mot scientifique dans ce discours ! Lieu et latitude/longitude, thème astral et programme informatique, naissance et données de la Nasa, interprétation symbolique et données mathématico/astronomiques. Ajoutez à cela « les heures de travail », qui flattent l’esprit bourgeois, le mot « étudié » qui fait sérieux, et voilà l’astrologie promue au rang de science. Alors qu’il y a belle lurette que l’astronomie a relégué les fantasmes des astrologues dans l’ère de la magie toute comme les chimistes ont enfoncé les alchimistes.

Cela ne serait que divertissement de foule, de quoi rire à la veillée, si les mêmes causes ne produisaient les mêmes effets. Tout l’occultisme des années 30, le magnétisme hypnotique d’un certain Hitler, la magie folklorique des mythes germaniques et les fantasmes obsessionnels de race pure ont submergé la science officielle. On en a fait de la politique pour mieux manipuler les masses. Ah ! ces feux de camp pour la jeunesse et ces cathédrales de lumières des meetings, ce sport sain prôné contre l’étude talmudique des livres, cet ordre dans les rues et ce Monumenthâl de l’architecture ! Sauf que c’est un nègre, Jesse Owens, qui a battu les champions germaniques entraînés par leur foi mythologique aux Jeux olympiques. Et que c’est l’industrie de ces vulgaires Yankees, passablement juifs, qui a vaincu la Grande Allemagne et son règne prévu pour mille ans.

En 2010, on nous refait le coup avec le climat, l’Académie des sciences se cachant de tous les citoyens pour juger politiquement correcte la thèse officielle. De quoi pousser les écolos un peu plus vers la mystique et l’honnête citoyen, considéré comme infantile et mineur, à la paranoïa du Complot et du ‘on nous cache des choses’. Déjà, tout politicien dont la bouche est pleine du mot ‘transparence’ se voit rire au nez et soupçonner de pratiquer le contraire. « Expedita ! » dit-on plus simplement dans Harry Potter, avec ce joli mouvement du poignet prêté aux gens douteux.

C’est que la magie revient depuis le début des années 1980. Est-ce la crise du pétrole et l’avènement de l’obscurantiste iranien Khomeiny ? Tous les intégrismes se sont réveillés, le catholique comme le juif, l’hindou comme le sikh et, évidemment, l’islamisme. Un moment, durant les décennies 1950 et 60, la fiction a connu son essor par la science. Elle prenait le relais du XIXème siècle positiviste avec le Golem, Frankenstein et Jules Verne. Le merveilleux était de supputer ce que connaissance et technique allaient pouvoir créer. Mais la science-fiction recule depuis des années au profit du fantastique. La première série des Star Trek était plus technique que passionnelle, bien que le « sabre laser » appartienne au folklore magique, aucun rayon n’ayant d’épaisseur mais agissant sur un point. La seconde série a réagité tous les « pouvoirs », réduisant la science au bricolo nomade des étoiles qui aide le héros. On ne tourne plus ‘Retour vers le futur’, ni ‘Rencontre du troisième type’, ni même ‘E.T.’ – mais le ‘Seigneur des anneaux’, ‘Histoire sans fin’ et ‘Harry Potter’, sans parler des vampires sexy de ‘Twiligtht’. ‘Ma femme est une sorcière’ était drôle, personne n’y croyait – mais les ados suceurs de sang, si.

Dès lors, on comprend mieux le succès médiatique des bateleurs à grand gueule, de Mélenchon à Marine Le Pen, en passant un temps par Sarkozy. Qu’elle est bien pâle DaMartine face à KriegsMarine, ou le Besancenot propret face au Mélenchon de bruit et de fureur !

Vous avez dit Führer ?

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