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Joyeuses funérailles de Franz Oz

On peut rire de tout, même du pire. Encore que la mort soit inscrite dans le destin de chacun et qu’elle soit inévitable. D’où l’apparat de « convenances » et de postures sociales requises en société. Il y a « ce qui se fait » – et ce qui se fait ; ce qui est attendu et ce qui arrive. C’est dans cet écart à la norme que réside l’humour de ce film.

Un père meurt après une vie bien remplie. Ses deux fils, Daniel (Matthew Macfadyen) et Robert (Rupert Graves), sont chargés des funérailles. Surtout Daniel, qui vit avec sa femme Jane (Keeley Hawes) dans la grande maison des parents, tandis que Robert, devenu écrivain célèbre, vit à New York. Mais il ne pense qu’à lui et a dépensé une « somme folle » pour voyager en première classe en avion, ce pourquoi il ne prend pas sa part de moitié dans les obsèques mais paiera « plus tard ». Les Pompes funèbres commencent par se tromper de cercueil, le cadavre dans le premier n’est pas le bon… Daniel a préparé le discours inévitable qu’un fils aîné doit faire devant le cercueil de son père ; mais il est trop compassé, lit ses notes, se perd dans la chronologie.

La cousine Martha (Daisy Donovan) a amené son fiancé avocat, le blond Simon (Alan Tudyk), qui est stressé à la simple idée de faire bonne impression à sa future belle-famille, et surtout au père de Martha, le médecin renommé Victor (Peter Egan). Ils passent prendre Troy (Kris Marshall), le frère de Martha, étudiant en pharmacie et qui aime expérimenter de savants mélanges hallucinogènes. Pour calmer Simon, Martha ne trouve rien de mieux que de lui faire avaler une pilule d’un flacon marqué « valium », mais qui contient une invention de Troy.

Effet garanti : Simon est halluciné, il se comporte durant plusieurs heures comme le trublion de la bonne ordonnance de la cérémonie. Il va même jusqu’à « voir le cercueil bouger », renverser le cadavre qui choit devant tous, interrompant l’office privé. Enfui, il s’enfermera dans les toilettes de l’étage, puis se foutra à poil pour se balader au soleil sur le toit de la respectable demeure ornée de vigne vierge, en menaçant de sauter devant la foule ébahie. Victor « veut le tuer » mais sa fille Martha défend son mâle et jure de l’épouser, lui avouant même (est-ce vrai ou faux?) qu’elle est enceinte (évidemment de lui). Grande embrassade sur le toit et applaudissements de la foule endeuillée. La face de hareng Justin (Ewen Bremner) en profite pour entreprendre Martha, un coup d’un soir il y a des années, mais qu’il n’a pas oublié. Un autre trublion dans le trouble général.

Quant à Daniel, il est pris à part par un invité que personne ne connaît, une PPT (autrement dit un nain) nommé Peter (Peter Dinklage), qui lui montre des photos de lui avec le père décédé. Et alors ? Alors, la dernière photo est suggestive (et suggérée) : « oh ! ». Elle montre probablement les deux à poil en train de se livrer à un acte socialement incorrect. Daniel se rend compte alors, dans le bureau paternel, du décor alentour : des gravures et peintures d’hommes nus, une sculpture en pied… Et, lorsqu’il sort de la pièce, préoccupé, deux amis de son père qui évoquent en riant le fait qu’il adorait les voir nager à poil lorsqu’ils étaient gamins. Shocking !

Mais le plus shocking est que Peter réclame une compensation financière pour la perte de son amant, pas moins de 15 000 £ (17 300 €). Daniel va consulter Robert, qui dit qu’il faut payer (mais pas lui, il est fauché) ; Daniel va pour signer un chèque, puis se ravise. Après tout, le paternel a vécu sa vie, et c’est ainsi. Pas de chantage. Peter se dirige vers la sortie, il va montrer les photos de nu à toute la famille. Saisi par Robert, il est ligoté, bâillonné, puis comme il grogne pour attirer l’attention de l’autre côté de la porte, on lui ingurgite cinq pilules de « valium » pour qu’il se calme. C’est évidemment le flacon de Troy, ce qui va entraîner une suite de gags : en sautant pour se libérer, Peter se cogne sur la table basse et est donné pour mort ; mis dans le cercueil du père pour le cacher, il se réveille et cogne durant le discours compassé de Daniel ; il surgit du cercueil comme un diable de sa boite, au grand dam des assistants.

Dans la panique familiale, Daniel s’impose alors d’une voix forte pour réaffirmer que son père « était un homme exceptionnel » (ce qu’il a déjà dit plusieurs fois). Mais il quitte ses notes trop socialement correctes pour laisser parler son cœur. Et enfin la vérité calme tout le monde : c’était un père aimant, mais qui avait ses défauts ; il n’a pas été parfait, mais a fait ce qu’il a pu ; il laisse un souvenir affectueux, malgré sa vie cachée. Il fallait bien que tout soit perturbé pour faire émerger le vrai.

Comme quoi les relations conventionnelles ne sont qu’hypocrisie sociale, et qu’un bon coup de pied dans la fourmilière peut remettre les choses en place. Robert va prendre sa mère avec lui dans son grand appartement de New York et laisser la maison à Daniel et à Jane ; Martha va épouser Simon, malgré les préventions de son père ; le défunt sera enterré et son amant viré.

D’autres personnages secondaires comme l’hypocondriaque Howard, ami de Justin, ou l’oncle Alfie, irascible vieillard en fauteuil roulant calmé lui aussi au « valium », ajoutent du sel à ce film désopilant mais grave. Après tout, les funérailles sont le moment du bilan.

DVD Joyeuses funérailles (Death at a Funeral), Franz Oz, 2007, avec Andy Nyman, Daisy Donovan, Ewen Bremner, Keeley Hawes, Matthew MacFadyen, M6 video 2008, doublé français, 1h30, €11,98 (attention, les Blu-ray indiqués Amazon sont doublés en langues étrangères)

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