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Paul-Emile Victor, Apoutsiak

En ce jour de l’hiver, me reviens un souvenir d’enfance. Auréolé de ses expéditions polaires et papa à 40 ans d’un premier fils, Jean-Christophe, Paul-Emile s’est préoccupé des enfants. En 1936 il a traversé tout le Groenland d’ouest en est en traîneaux à chiens, avec deux compères. Puis il est resté quatorze mois seul à Kangerlussuatsiaq au sein d’une famille Inuit où il baisera, comme le veut la coutume, la belle Doumidia. Chef des Expéditions polaires françaises dès 1947, il commet l’année suivante un petit livre qui a enchanté mes très jeunes années parce qu’il raconte la vie étrange d’un autre enfant comme moi : Apoutsiak.

Une vie captivante parce qu’aux antipodes de la mienne. Elle se situe dans un pays improbable, glacé la plupart du temps, où presque rien ne pousse (sauf des champignons et des myrtilles durant le court été) et où l’on est obligé de chasser et de pêcher pour manger.

Pas de maison mais une hutte igloo ou une tente ; pas d’auto ni de vélo mais un kayak ou un oumiak. On se vêt de peaux de bêtes et l’on reste torse nu à l’intérieur de la maison. Pas d’école mais l’apprentissage auprès de papa et des autres adultes. Un apprentissage pratique de la vie qui consiste à manier le traîneau et les chiens, à chasser au harpon et à pêcher à la ligne, à récupérer tout ce qui se peut parce que cela pourrait servir.

Le livre est illustré par l’auteur-explorateur et fait l’objet d’une double écriture : en gros caractères l’histoire pour les enfants dès 3 ans, en plus petit des explications ethnologiques pour les enfants de 7 ans et plus. Curieusement, ces deux textes se complètent admirablement à l’époque, comme si l’auteur avait inventé l’hypertexte auquel nous sommes désormais habitués par les clics sur les mots surlignés de nos écrans. Les images sont commentées et tout fait sens, accentuant l’écart entre sa vie et la nôtre.

De quoi attiser la curiosité normale d’un jeune être plein d’empathie pour ses semblables sur la planète. Apoutsiak nait tout nu et le reste bébé dans la capuche de sa mère dehors, sur les peaux de phoque dedans. Il mange de la viande cuite sur la graisse de phoque ou parfois crue qu’il coupe au couteau à lame ronde.

A 5 ans il joue habillé de phoque dans la neige avec ses frères et sœurs, cousins et cousines avant de rentrer le soir venu, fatigué de l’air glacé, et de se coucher sans le haut sur une fourrure d’ours : le rêve de tous les jeunes garçons. Fantasme que les filles chez nous réalisent parfois adultes, mais debout et éveillées, en manteau de pauvre bête. La hutte de pierres et de mottes d’herbe l’hiver est l’occasion de vivre tous ensemble en famille, avec toutes ses provisions, ses armes et ses outils, communion qui ravit tous les enfants dont la hantise première est d’être abandonnés et de rester tout seuls.

A 10 ans, Apoutsiak est déjà un presque adulte, conduisant son propre traineau et chassant au harpon à propulseur ; il dort avec les grands. Vers 15 ans il est adulte et, à 20 ans, il a déjà femme et enfants et construit de ses mains un oumiak pour contenir toute la famille. De quoi partir l’été explorer de nouveaux terrains de chasse, comme nous en camping, cette libération touriste des années 1960.

Une vie rêvée, simple et familiale, où la nature est omniprésente tout autour et réservoir inépuisable de nourriture et de beauté. Une vie aux antipodes de la mienne aux mêmes âges, donc d’autant plus intéressante.

Je ne suis jamais allé au Groenland, sur les territoires de vie et de chasse d’Apoutsiak. Il est déjà d’ailleurs au pays des Esquimaux, selon son père Paul-Emile. Mais il reste présent en moi comme une autre vie possible, un brin préhistorique, un peu le futur écologique si l’on en croit nos gourous…

Paul-Emile Victor, Apoutsiak – Le petit flocon de neige, 1948, Les albums du Père Castor Flammarion 1992, 32 pages, €18.29

Aussi en Castor poche

et en CD audio €19.00

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Lac Tekapo et Christchurch

L’arrivée sur le lac Tekapo reste gravée dans la mémoire. La couleur du lac est d’un bleu intense qui paraît irréel. Ce coloris est dû à de la « farine de pierre », des particules minérales si fines qu’elles restent en suspension. Elles sont le résultat de l’érosion de la montagne par les glaciers qui alimentent le plan d’eau.

Sur une des rives, l’église du Bon Pasteur dont la première pierre fut posée en 1935 par le Duc de Gloucester, rien que cela ! L’atmosphère ici est si pure que l’Université de Canterbury a installé en haut du Mont St John un observatoire.

Nous démarrons ce matin par un solide brunch avant de rejoindre notre van. Un parcours un peu plus monotone que les jours précédents surtout sur la partie Timaru/Christchurch. On retrouve « la civilisation ». La grande ville de l’île du Sud est Christchurch, capitale provinciale du Canterbury, fondée par une colonie d’émigrants religieux. Un fleuve serpente dans la ville : l’Avon. Comme chez Shakespeare à Stratford-on-Avon. Et comme à Venise, on s’y promène en barque conduite par des gondoliers. La ville est considérée comme la plus anglaise des cités hors de Grande-Bretagne.

Le Botanic garden est une roseraie avec la Peacock Fountain, le Canterbury Museum, des bosquets, un gazon anglais, des arbres variés, des expos temporaires (dahlias lors de notre présence), des serres. C’est la fin de 2010, nous irons réveillonner au Château dans une salle gothique.

Mais avant allons visiter Antartica avec film en 4D, pingouins, blizzard, igloo et même un gamin en fourrures… nous serons en Antarctique, brrr !

Une visite assez rapide de la ville en fin d’après-midi. Il reste encore des traces du tremblement de terre passé. Et voilà que, tandis que j’écris ces lignes, un autre tremblement de terre beaucoup plus meurtrier s’est produit en ce mois de février 2011. On dénombre 150 victimes et 200 disparus. La cathédrale est à terre, de nombreux bâtiments officiels également. Nous avons pris quelques clichés de la ville lors de notre voyage ; ces photos sont désormais de l’histoire.

Hiata de Tahiti

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