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Roger Taylor, Mingming au rythme de la houle

roger taylor mingming au rythme de la houle

Wow, I love this book ! Je m’y reconnais dans la façon de voir le monde, je me sens bien avec le tempérament de son auteur. En deux voyages de 67 et 65 jours en solitaire vers le grand nord des mers libres, Roger Taylor, 64 ans, par ailleurs homme d’affaires parlant plusieurs langues, expérimente avec délices the tonic of wilderness, la salubrité des étendues sauvages – vierges. Il me rappelle Bernard Moitessier, le hippie contemplatif de La Longue route, mais en moins immature et de solide qualité anglaise.

Solitaire mais pas introverti, seul sur la mer mais attentif à toute vie, il médite sur les origines et sur les fins, se disant par exemple que les éléments sont complètement indifférents au vivant, que la nature poursuit obstinément son processus sans dessein et, qu’au fond, les terres sont une anomalie et l’océan la norme – à l’échelle géologique.

Le premier périple, intitulé Tempêtes, sillonne presque la route des Vikings, ralliant Plymouth à la Terre de Baffin, qu’il ne parviendra pas à joindre. En effet, à 165 milles du Cap Desolation au sud-ouest du Groenland, au bout de 34 jours de mer sur son bateau de 6m50 sans moteur, gréé de voiles à panneaux comme les jonques afin de pouvoir le manœuvrer seul et simplement sans beaucoup sortir, l’auteur se casse une côte dans un coup de mer et décide de virer de bord pour rentrer à bon port.

roger taylor carte voyage mingming 2006 2011

Ce n’est pas sans avoir vécu intensément les mouvements et le chatoiement des vagues, écouté la plainte du vent et, plus rarement, le chant des baleines, observé les milliers d’oiseaux qui cherchent leur pitance et se jouent des masses d’air, joui des lumières sans cesse changeantes du ciel et de la mer. C’est ce récit d’observations méditatives qui fait le sel de ce livre – un grand livre de marin. Tout ce qui occupe en général les récits de voyage, ces détails minutieux de la préparation, des réparations et des opérations, est ici réduit à sa plus simple expression. En revanche, l’auteur est ouvert à tout ce qui survient, pétrel cul blanc ou albatros à sourcils noirs (rarissime à ces latitudes), requins, dauphins, rorquals, ondes concentriques des gouttes de pluie sur une mer d’huile ou crêtes échevelées d’embruns aussi aigus que des dents. « Plus on regarde, plus on voit » (p.42), dit ce marin à l’opposé des hommes pressés que la civilisation produit.

Il est sensible à cette force qui va, sans autre but qu’elle-même, de la vague et du vent, des masses d’eau emportées de courants, des masses d’airs perturbées de pressions. « Cette bourrasque (…) est arrivée sans retenue, toute neuve et gonflée d’une splendide joie de vivre » p.98 – les derniers mots en français dans le texte. Il va jusqu’à noter sur une portée musicale, dans son carnet de bord p.134, la tonalité de son murmure incessant. « La mer était formée de vagues qui se développaient sur des vagues qui s’étaient elles-mêmes développées sur des vagues », dit-il encore p.101. Et à attraper l’œil du peintre : « Les innombrables jeux de lumière, créés par la diffraction et par l’agitation liquide, se diffusaient dans une infinité de bulles minuscules, de mousse et d’air momentanément emprisonné, et ils rendaient la mer d’un vert presque blanc, d’un vert émeraude et parfois, c’était le plus beau, d’un vert glacé translucide » p.123.

4100 milles plus tard, il boucle la boucle, de retour à Plymouth. De quoi passer l’hiver à réparer, améliorer et songer à un nouveau voyage.

roger taylor bateau mingming

C’est le propos de Montagnes de nous emporter vers le Spitzberg depuis le nord de l’Écosse, via l’île Jan Mayen. Le lecteur peut se croire chez Jules Verne, grand marin lui aussi, amoureux de la liberté du grand large en son siècle conquis par la machine. Roger Taylor vise les 80° de latitude Nord, aux confins d’un doigt étiré que le Gulf Stream parvient à enfoncer dans les glaces polaires envahissantes. « La fin de l’eau libre au bout de la terre », traduit-il p.153. Il retrouve avec bonheur « la délicieuse solitude du navigateur solitaire, une solitude ouverte, accueillante, qui devient en elle-même la meilleure des compagnes » p.185. D’autant qu’il n’est pas seul : toute une bande de dauphins pilotes fonceurs, un troupeau placide de baleines à bosse, un puissant rorqual boréal, puis le ballet des sternes arctiques, labbes pomarin charnus, mouettes tridactyles, guillemots de Brünnich – et même une bergeronnette égarée qui va mourir – peuplent de vie l’univers pélagique.

La liberté est une libération. « Ce changement commence par l’effacement progressif du personnage terrien : non pas la perte de soi, mais de la partie de soi qui est construite par besoin social et par besoin d’image (…) largement artificielle » p.219. Roger Taylor retrouve la poésie en chacun, ce sentiment océanique d’être une partie du Tout, en phase avec le mouvement du monde. « Le poète est le berger de l’Être », disait opportunément le Philosophe, que les happy few reconnaîtront.

roger taylor photo montagnes au sud de l ile jan mayen

Les 80° N sont atteints après 31 jours et 19 heures. C’est le retour qui prendra plus de temps, jusqu’à la frayeur ultime, au moment de rentrer au port. Un bateau sans moteur est sous la dépendance des vents, et viser l’étroite passe quand le vent est contraire et souffle en tempête, c’est risquer sa vie autant que dans une voiture de course lancée sur un circuit sous la pluie. Intuition ? Décision ? Chance ? L’auteur arrive à bon port deux heures avant que ne se déclenche le vrai gros mauvais temps !

Lors d’une nuit arctique illuminée du soleil de minuit, alors qu’à l’horizon arrière s’effacent les derniers pics du Spitzberg, l’auteur a éprouvé comme une extase : « Oui, pendant ces quelques heures d’immobilité, j’ai vu la planète, ce qui occupe sa surface et le grand espace de l’espace, nettoyés à blanc : la mer, l’air, la roche et l’animal, immaculés et élémentaires, éclatants et terribles » p.257. Lisez l’expérience de « l’homme qui a vu la planète », cela vaut tous les traités plus ou moins filandreux d’écologie !

Roger Taylor, Mingming au rythme de la houle (Mingming and the tonic of wildness), 2012, éditions La Découvrance 2015, 308 pages, €21.00

roger taylor avec guilaine depis paris

Roger Taylor est aussi l’auteur précédent de Voyage d’un simple marin (La Découvrance 2013) et de Mingming et la navigation minimaliste (La Découvrance 2013)

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Jared Diamond, Effondrement

jared diamond effondrement

J’aime ces livres à la Fernand Braudel où l’archéologie et l’écologie sont mises au service de l’anthropologie. Le message de l’auteur, biologiste de l’évolution qui enseigne la géographie humaine à l’université de Los Angeles (UCLA), est que le succès ou l’effondrement des sociétés dans l’histoire est du à de multiples facteurs – dont l’environnement, mais pas seulement. « Je ne connais aucun cas dans lequel l’effondrement d’une société ne serait attribuable qu’aux seuls dommages écologiques : d’autres facteurs entrent toujours en jeu », écrit-il en Prologue p.27. Nous sommes bien loin du catastrophisme idéologique des petits intellos de la France militante ; nous sommes dans la science qui se fait, l’observation des choses et l’analyse du passé comme du présent.

Sa grille d’analyse comprend cinq facteurs principaux :

  1. Les dégradations infligées par une société à son propre environnement
  2. Les changements climatiques
  3. Les conflits avec d’autres sociétés
  4. Les relations commerciales amicales avec d’autres sociétés
  5. Les attitudes culturelles face aux changements

Bien entendu, les relations de l’homme et de son milieu sont importantes. Diamond en énumère 8 traditionnelles : déforestation, érosion et salinisation, gestion de l’eau, chasse et pêche excessives, introduction d’espèces allogènes, croissance démographique, impact humain par habitant. Plus 4 actuelles : changement climatique dus à l’homme, émissions toxiques, pénurie d’énergie, utilisation humaine maximale de la capacité de photosynthèse terrestre. Mais il montre admirablement comment certaines sociétés savent s’adapter aux changements et rectifier leurs erreurs, tandis que d’autres échouent : les mêmes Vikings ont réussi en Islande et échoué au Groenland ; sur la même île de Saint-Domingue, la partie haïtienne échoue lamentablement tandis que la partie dominicaine s’en sort plutôt bien ; le Japon des Tokugawa a réussi à gérer la forêt et empêcher déboisement et érosion, tandis que les habitants de l’île de Pâques ont déboisé et échoué.

Leçons pour le présent : « La disparition des Anasazis et celle d’autres peuples du sud-ouest des États-Unis illustre à la perfection la notion que nous avons développée d’interaction entre impact humain sur l’environnement et changement climatique ; elle souligne comment les problèmes écologiques et démographiques aboutissent à la guerre, exemples des forces mais aussi des dangers qui naissent au sein de civilisations complexes, dès lors qu’elles ne sont pas autosuffisantes et dépendant d’importations et d’exportations, et elle permet, enfin, de comprendre comment des civilisations s’effondrent rapidement après avoir atteint un apogée démographique et de pouvoir » p.215. Le Japon, l’Australie, les États-Unis sont dans ce cas de dépendance aujourd’hui ; la Chine en prend le chemin. A eux de prendre du recul pour adapter leur mode de vie à ce qui est possible, et à sélectionner leurs valeurs pour qu’elles soient efficaces en termes de survie.

L’autre exemple des Mayas est là pour rappeler l’importance des décisions prises par les chefs et les élites dans la survie d’une société. « Leur attention était à l’évidence focalisée sur leur intérêt à court terme : s’enrichir, mener des guerres, ériger des monuments, rivaliser les uns avec les autres et tirer assez de nourriture des paysans pour soutenir ces activités » p.278. Toute allusion à l’époque de l’écriture du livre, sous présidence George W. Bush, serait évidemment fortuite. Mais le lecteur français 2014 peut aussi penser à la présidence Hollande : sauf les monuments, presque tout y est (la « nourriture » d’hier étant aujourd’hui les impôts)…

Ces comportements irrationnels à courte vue sont dus bien souvent à des conflits de valeurs. Les Vikings du Groenland, chrétiens imbus de leur civilisation européenne, n’ont pas même pensé imiter les Inuits qui réussissaient sur le même territoire : cela aurait été déchoir, s’ensauvager. D’où ces dépenses somptuaires pour bâtir de grandes églises de pierres plutôt de que construire des umiaqs pour chasser le phoque. Importer à grands frais des ciboires, du vin et des vitraux plutôt que du bois d’œuvre. Une obstination à manger du bœuf plutôt que des poissons et du mouton. « La persistance dans l’erreur, le raidissement, le refus de tirer les conclusions qui s’imposent à partir de signes négatifs, l’immobilisme, la stagnation mentale » (p.668) sont des comportements mentaux conservateurs, réactionnaires, malheureusement trop fréquents dans l’humanité sûre d’elle-même. L’auteur évoque ces badernes françaises de juin 1940, vaincus en six semaines par des chars et des avions dont ils n’avaient même pas idée d’emploi, tandis que les Allemands avaient eux réfléchi…. les technocrates militaires français étaient tellement sûrs de refaire la même guerre qu’en 14-18, bien à l’abri derrière la ligne Maginot (p.655) !

On peut ajouter « l’effet de ruine » que cite l’auteur, cette répugnance à abandonner une politique, souvent par conviction « religieuse » : l’exemple du parti socialiste français est de ce type. L’Action française avant-hier et l’ultralibéralisme hier s’étaient aussi figés en dogmes quasi religieux, mais l’utopie laïque du socialisme et de son avenir radieux n’en reste pas moins une religion de moins en moins en phase avec les changements de l’époque. C’est le courage de François Hollande (s’il aligne ses actes à ses paroles) de renverser enfin la table pour adapter l’idéologie à ce que le pays à besoin, avec ce qu’il produit ici et maintenant, sans se payer de grands mots.

Mais tout ne vient pas d’en haut. La connaissance se répand et devient globale. A la base, les fermiers, les citoyens et même les entreprises savent s’adapter. L’exemple de l’entreprise américaine Chevron en Nouvelle-Guinée, analysée longuement par l’auteur, montre que l’exploitation du pétrole et du gaz peut être rendue la plus propre possible, avec le moindre impact sur l’environnement naturel et humain des lieux. Nous sommes loin du gauchisme des anciens soixantuitards reconvertis dans l’affairisme politique écolo qui forment le parti vert en notre pays !

Écrit de façon didactique bien qu’un peu bavard (la traduction lourdingue n’arrange rien, notamment les chiffres écrits interminablement en toutes lettres), le lecteur comprendra facilement comment on peu dater un site au radiocarbone, par dendrochonologie, par carottage ou par les isotopes. Une suite de monographies historiques complètent les auteurs traditionnels : vous apprendrez ainsi beaucoup sur les Vikings, les Mayas, l’île de Pâques et ses statues absurdes renversées, le Rwanda dont la guerre civile serait largement due à l’explosion démographique avec toutes ses conséquences sur la répartition des terres et du pouvoir, sur les Australiens qui s’obstinent à vivre comme les Anglais alors que leur terre ne peut pas soutenir ce mode de vie – et même sur le Montana, état pionnier sauvage illustré par un Brad Pitt au meilleur de sa jeunesse.

Jared Diamond, Effondrement (Collapse – How societies chose to fail or succeed), 2005, Folio 2012, 875 pages, €12.64

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René Hardy, La route des cygnes

Lorsque j’avais quinze ans, élevé avec Ulysse le rusé Grec et Roland neveu de Charlemagne, j’ai découvert Erik le Rouge et son fils Leif l’Heureux. Les sagas scandinaves des Vikings ont alors compté autant pour moi que l’Odyssée et les combats des preux. Cette période, autour de 1968, était de jeunesse et de redécouverte. Il fallait secouer les vieux classiques en histoire, la doxa marxiste à l’université et le gaullisme devenu lourd en politique. ‘La route des cygnes’ appartient à ce mouvement de renaissance. Il romance en douze veillées le conte de l’exploration vers l’ouest des marins nordiques vers l’an mil, tandis que l’Europe continentale se rencognait frileusement en ses terres, châteaux forts et monastères, dans l’attente de l’Apocalypse. Je me dis, en 2010, qu’il y a peut-être une leçon à tirer pour aujourd’hui.

J’ai dévoré ‘La route des cygnes’ durant les fêtes de Noël, en 1970. Les douze nuits les plus sombres de l’année sont propices à rêver d’ailleurs et d’avant, à écouter une geste qui galvanise pour l’année à renaître. En ce 21 décembre, jour de l’hiver, c’est l’occasion !

Tout commence par la mort du vieux Thorvald dans sa ferme, à vingt jours de mer du pays à l’est des vagues, ainsi qu’on appelle l’Islande. Banni de Norvège par le parlement des hommes libres, le jour de Thor, le vieux chef de clan était allé explorer l’île de glace et de feu vers l’ouest, où des ermites irlandais s’étaient déjà établis pour rêver à Dieu tout seul. Foin de bondieuseries ! Thorvald était païen et faisait deal avec les dieux avisés, commerçants et guerriers. Lui était plutôt fermier et il avait laissé l’en-haut choisir sa terre en jetant ses bois de lit gravés à la mer. Il s’était établi là où les courants et les vents (messagers des dieux) eurent touché la terre.

Le vieux Thorvald meurt, mais reste après lui son fils valeureux Erik. Il est dit le Rouge à cause de sa chevelure rousse flamboyante (tout comme Daniel Cohn-Bendit). Je note qu’Erik est né exactement mille ans avant moi, l’année 955. Il a dix-neuf ans lorsque meurt son père et qu’il devient majeur, chef de clan. Tout comme moi qui devint majeur sans le savoir, un beau jour de 1974, lorsque le nouveau président Giscard fit voter la majorité à dix-huit ans. J’aime à trouver ainsi des correspondances, elles donnent du présent à l’aventure passée.

Erik le fermier se marie l’année suivante et naît de suite un fils, Leif. Naîtront de lui encore deux fils, Thorvald et Thorstein, puis une fille avec une concubine, Freydis. Tous ses enfants sont différents, seule la fille dernière née lui ressemble, en moins sage. Leif sera le plus avisé. En 981, poussé par « la gauche au pouvoir » en Islande, ces jaloux dont le ressentiment provocant l’amènent à combattre bien malgré lui, Erik est banni pour meurtre de l’Islande. Qu’à cela ne tienne, il fait comme son père et part encore plus à l’ouest. Il découvre le Groenland, cette terre verte à laquelle il donne son nom. Le climat était plus chaud qu’aujourd’hui (eh oui) et entre les glaciers s’étendent des pâturages. Erik établit des fermes, revient en Islande et galvanise des colons qui le suivent.

Son fils Leif ira plus loin encore, découvrant le Canada, Terre-Neuve et ce qui deviendra la Nouvelle Angleterre. Il n’établit que des campements d’été pour ramener le bois, le raisin séché et les fourrures. Car la terre américaine est plus belle encore que l’Islande, plus chaude que la Norvège. Helluland (terre de glace), Markland (terre du bois) et Vinland (terre du vin) seront les trois établissements vikings au nord de l’Amérique. Les marins sur leurs ‘cygnes’ suivront les vents et les courants dominants pour joindre l’Islande au Groenland et au Canada, mais il fallait oser. Parfois la coque en bois est taraudée de vers lorsqu’elle a été remisée hors du flot trop longtemps. Et c’est le naufrage. Il faut choisir qui survivra sur le canot qui ne peut les contenir tous. Mais nulle anarchie : tous acceptent le sort qui les désigne.

C’est que le monde viking n’est pas encore chrétien, Erik le Rouge naît justement à la conjonction des croyances. Son fils Leif se convertira, mais pas lui, qui reste fidèle à Thor, le dieu guerrier au marteau à double tête. Les relations humaines des paysans-guerriers vikings horrifient les moines en robe qui se pâment de terreur devant la femme, la bataille et la boisson. Mais elles sont bien belles et bonnes, ces relations humaines : fidèles, chaleureuses, hardies. L’auteur prend un malin plaisir à provoquer les missionnaires chrétiens qui assistent à ses veillées, en l’an 1477, décrivant les combats d’honneur ou le désir pour Asa Longues cuisses ou la fière Feydis qui combat les indigènes Algonquins seins nus et longue épée franque à la main. La cabale des dévôts fera interdire par l’évêque de raconter ces payenneries !

D’où le juste retour à l’autonomie que sera le protestantisme pour tous les pays marginaux d’Europe, de l’Allemagne à la Scandinavie en passant par l’Angleterre. Le césarisme à prétentions totalitaires de l’Église de Rome restera insupportable à tous les peuples non latins. Cela dure encore avec la méfiance envers l’État et tout ce qui est supranational. La liberté ne se marchande pas, disent les libéraux !

1477 n’est pas choisie par hasard : c’est la date où Christophe Colomb fait escale en Islande pour consulter les vieux marins et les manuscrits des scaldes. Il veut trouver la voie vers la Chine par l’ouest et, pour lui, ces terres découvertes par les Vikings quatre siècles avant lui sont plutôt un obstacle !

Reste une geste en douze chapitres qui se lit aisément. Elle emporte l’imagination sur les faits réels d’il y a mille ans. Même si le livre n’est pas réédité et son auteur bien oublié, on le trouve encore d’occasion. Lisez donc cette passionnante Odyssée du nord, votre esprit s’ouvrira.

René Hardy, La route des cygnes, 1967, Robert Laffont, 437 pages, occasion 15€

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