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Jeremy Rifkin, L’âge de la résilience

Le prospectiviste juif américain de La Troisième révolution industrielle revient en caméléon ; il s’adapte aux idées à la mode pour les théoriser pour le plus grand bonheur des technocrates. Il est anti bœuf depuis 1992 déjà, pointant le méthane dégagé par ces grosses bêtes. Il milite pour l’hydrogène depuis 1994 et enseigne à l’université de Pennsylvanie tout en conseillant la Commission européenne et le Parlement européen. Du genre : moi, j’ai reçu la révélation de l’avenir et je vous porte la bonne parole, du haut de mes États-Unis leaders du monde moderne.

Hier, il écrivait que l’ère industrielle du travail de masse et de rapports hiérarchiques s’achevait, au profit d’une nouvelle ère d’information partagée et de rapports « latéraux », dans l’euphorie du tout technologique. Cette troisième révolution industrielle théorisait le sablier social : des emplois spécialisés et rémunérés en haut, une masse d’emplois sans qualification et mal payés en bas avec, au milieu, le col du sablier (la classe moyenne) qui se réduit à presque rien. Il faudrait développer la semaine de 30 h et l’économie sociale et solidaire dans les associations tout en faisant du « care » (qu’il appelle « empathie ») l’essentiel du lien social. Cette vision somme toute simpliste, qui baigne encore à peu près tout ce qui se pense comme avenir aujourd’hui, est renouvelée par ce nouvel ouvrage.

Il s’agit cette fois non pas d’une révolution mais d’un nouvel âge. A 77 ans, Jeremy Rifkin affirme donc que la révolution a eu lieu et que nous sommes après. Quelques facteurs clés selon lui forment désormais le nouveau système : le déploiement simultané des trois Internet (information, électricité, mobilité) côtoient cette fois la politique de « glocalisation » (les bio-régions, la « pairocratie » – le pouvoir des pairs -, la démocratie participative), dans une ambiance carrément anthropologique (développement d’une « conscience biophile »). L’objectif va « de la productivité à la régénérativité, de la croissance à l’épanouissement, de la propriété à l’accès ». Pour cela, la méthode va « des caractéristiques des parties aux propriétés systémiques, des objets aux relations, des systèmes fermés aux systèmes ouverts, de la mesure à la détection et à l’évaluation de la complexité, de l’observation à l’intervention ». En bref, pas mal de jargon pour faire savant et donner des éléments de langage aux technocrates, mais concrètement ?

Cela m’apparaît un peu simpliste – une fois encore. Le lien entre la technique et l’anthropologie, en passant par la politique, est mal défini. S’agit-il de la vieille théorie marxiste que l’infrastructure commande la superstructure, autrement dit que les conditions matérielles façonnent l’idéologie et que nous nous adaptons tout simplement aux conditions climatiques et technologiques ? S’agit-il d’un apaisement de l’industrialisation qui entrerait dans une phase de développement plus apaisée, fondée surtout sur l’information ? S’agit-il de l’interconnexion obligée des systèmes entre eux (la fameuse cybernétique des années 50), qui forcerait à la coopération les territoires, les humains et les éléments naturels ? Comment relier cette nouvelle réflexion sur la résilience à la précédente, récente (dix ans seulement…), sur la révolution industrielle ? Et qu’en est-il des rapports de pouvoir ? Des rapports de classe ? De la montée du conservatisme et du nationalisme crispé de la classe moyenne en réaction à tout ce qui change ? Qu’en est-il de Trump le trompeur et de son populisme de crétin foutraque pour qui « la résilience » consiste au droit du plus fort de faire ce qui lui plaît dans le plus parfait égoïsme ?

J’y vois beaucoup de marketing pour raconter une belle histoire ; beaucoup plus qu’une réflexion prospective car tout ce qui est ainsi révélé forme déjà l’essentiel des conversations. Comme toujours avec ce genre de livre américain, il est écrit pour gens pressés, à lire dans l’avion, offrant une synthèse utile pour tenir sa place dans les colloques et autres réunions politiques ou internationales. Une sorte de digest des idées dominantes… jusqu’au prochain livre, évidemment best-seller. Si vous voulez penser vite et briller dans les salons (et après tout, pourquoi pas?), ce livre est fait pour vous. Pour ma part, je n’en garderai que cette note.

Jeremy Rifkin, L’Âge de la résilience – la terre se réensauvage, il faut nous réinventer, 2022, Les Liens qui

libèrent, 400 pages, €24,90 e-book Kindle €18,99

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Le sens des mots dans l’inculture ambiante

J’ai pu approfondir, lors d’une conversation autour d’un plat d’huîtres (faute de grives), combien la mode est dépendante du scandale, quels que soient les faits réels. Elle était d’avoir été « violé » il y a quelques années, tandis elle est aujourd’hui d’avoir subi « l’inceste » (un sur dix en France !). Pourquoi ne pas dénoncer le scandale, s’il est avéré ? Or j’ai quelques doutes… Être une « victime » est tellement valorisant quand on n’a plus que cela pour exister ! Honnêtement, qui connaîtrait Springora si elle n’avait pas baisé à 14 ans avec Matzneff ? Ou la fille du si célèbre Bernard Kouchner si son jumeau n’avait pas subi la version post-68 de l’hédonisme de plage ? Ou l’ignorée Coline dans l’ombre de Richard Berry ?

Je me souviens que, lorsque j’avais 17 ans et que je supervisais un jeu d’Eclaireurs, une fillette de 11 ans m’avait déclaré tout uniment « avoir été violée par deux garçons ». Comme elle me disait cela sans émotion autre qu’une réprobation convenable, je l’ai interrogée calmement pour en savoir plus car je considérais que c’était grave. Il s’est avéré qu’elle confondait « violer » avec « violenter », mot qu’elle avait sans doute entendu à la télé ou chez des adultes sans en comprendre le sens.

Quant à « l’inceste », les média se sont emballés sans cause en déclarant dans les premiers jours que, selon Camille Kouchner, Olivier Duhamel avait « violé son fils » – il s’est avéré, les jours suivants qu’il n’y avait eu que caresses et non pénétration (donc pas « viol ») et que le garçon n’était pas son fils mais son beau-fils. Ainsi grimpe-t-on aux rideaux pour la réprobation maximum avant de retomber dans un réel plus nuancé mais moins vendeur… S’il suffit de donner son bain au bébé tout nu, d’embrasser sa fille « sur la bouche » comme Richard Berry, ou de prendre en photo ses enfants en maillot de bain sur la plage, c’est que le sens des mots n’existe plus que dans le regard de celui qui juge selon ses propres lunettes sexuelles ! Ou de ses comptes familiaux à régler en profitant de la mode du scandale… 30 ou 50 ans après quand on s’appelle Rutman, Kouchner, Rojtman ou Springora. Quant au droit, il passera autrement que comme cet « œil pour œil, dent pour dent » du Talmud mais des mois après, voire des années, et sans jamais que l’on en entende vraiment parler : plus assez médiatique, le bas de page. Le mal sera fait.

Tout récemment, un complotiste mais cette fois « adulte » (si l’on peut dire) aussi con que peloteur (« faire une pelote avec », selon le sens originel), a cru déceler un scandale dans « l’invention » d’un virus il y a une quinzaine d’années par l’institut Pasteur qui en a déposé un brevet. Vous vous rendez compte ! « Inventé » un virus ! Cela ne prouve-t-il pas que la science complote avec l’industrie pour rendre malade les gens afin de leur vendre des vaccins très chers pour la plus forte rentabilité de Big Pharma ?… Sauf qu’en français correct, « inventer » signifie découvrir, pas plus, pas moins. Si j’ai été moi-même « l’inventeur » du site préhistorique d’Étiolles en 1972, avec une trentaine d’autres personnes, cela ne signifie pas que j’ai créé de toutes pièces une couche archéologique à un mètre sous la terre vierge avec ses silex taillés et ses foyers brûlés. Cela signifie tout simplement, en français correct, que j’ai « découvert » le site avec les autres.

Mais la culture de masse, véhiculée par la soi-disant « éducation » nationale depuis une bonne génération, fait que le sens des mots est ignoré au profit des mots-valise que véhiculent les médias pressés – pressés surtout de faire du scandale pour vendre plus de minutes d’antenne ou de rames de papier pour la pub. Les esprits faibles et surtout incultes s’y laissent prendre ; ils font résonner sur les réseaux sociaux leurs paroles ineptes aussi fortement (voir plus parce qu’ils sont repris par d’autres ignares) que la parole des spécialistes ou des gens qui savent tout simplement parler.

Cela me met hors de moi, mais que voulez-vous faire contre l’ignorance crasse d’adultes contents d’eux ? Contre les fausses vérités des gens orientés politiquement ? C’est perdre son temps et son énergie que de tenter de contrer la croyance de quidams qui de toute façon n’écoutent que ce qu’ils veulent entendre. Ce pourquoi toute critique est vaine et je trouve préférable de suivre mon chemin sans prêter attention à ces crétins qui croient qu’ils ont découvert la pierre philosophale parce qu’ils ont survolé (lire est trop fatiguant et force trop à « réfléchir ») un obscur site Internet qui va contre les idées « dominantes ». Et qu’ils croient devenir « dominés », « colonisés » ou même « racisés » s’ils y souscrivent !

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