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Jules Vallès, La rue

La rue est peuple, la rue est liberté. Ce sont les maître-mots de Vallès l’insurgé. La rue s’oppose à la maison, à l’immeuble, au collège, à la prison, à l’université. La rue est la vie, le « pays natal » de l’auteur, là où il trouve un monde à découvrir. La rue, c’est aussi le titre qu’a donné à son journal éphémère Jules Vallès, journaliste. D’où ce recueil d’articles parus un ailleurs lorsque sa feuille fut interdite – par trois fois sous le Second empire. Il a donc écrit un peu partout et donne ses billets en témoignage, mais tronqués, censurés, domptés par la bienséance et le régime. Ce livre recueil est une expérience vécue d’informer et d’opiner en temps d’autorité. Un exemple d’histoire pour notre présent.

Né dans le jacobinisme et le goût du soldat, Jules en est venu à haïr la guerre, la « tradition », le devoir, les classiques appris sous la férule au collège – en bref tout ce qui empêche en tout temps un jeune de vivre sa propre vie d’aujourd’hui. C’est pourquoi il déboulonne avec parti-pris et parfois mauvaise foi Homère, Michel-Ange, Victor Hugo, tous ces génies de leur temps devenus statues à imiter. Vallès est effervescent comme un comprimé enfermé dans un verre ; il se sent vaincu mais bouge encore.

D’où ce livre patchwork, fait de bouts ramassés entre 1865 et 1866. Il y mêle le vécu et le senti, la critique et la pitié, les voyages et les lectures. Il comprend 43 articles en 6 parties : la rue, souvenirs, les saltimbanques, Londres, la servitude, la mort. L’on y retrouve les thèmes qui font écrire Vallès, l’enfance, le spectacle de la rue à Paris, les libertés de Londres, l’évasion des nomades baladins, tout le contraire des servitudes des « galériens » et de « la mort ».

Les galériens surtout excitent sa verve. Non seulement les condamnés au bagne dont il décrit les trognes, mais aussi tous ceux qui sont contraints par la misère ou le métier à obéir, à se couler dans le moule, à « être vus » d’une certaine façon par l’opinion. Ainsi ces fils de criminels, ou chétifs mal élevés par des parents inaptes, ou orphelins que l’on fait domestique et martyr des frustrations bourgeoises, ou ceux qui voient leur nom insulté sur les murs et dans les chiottes, ou ces colocataires forcés de vivre ensemble et qui s’agacent de leurs petites habitudes sans pouvoir se quitter, ou ceux qui ont du succès et qui se sentent obligés de ressembler au Personnage que les gens se sont composés d’eux, où ceux condamnés au bon mot parce que c’est leur image au point qu’on rie alors qu’ils ne disent que « bonjour ou j’ai faim » (p.799 Pléiade). Une galère que l’image, la réputation, l’étiquette qu’on vous colle ! Vallès n’a pas de mot assez dur pour dire toute la tyrannie des autres (cet « enfer » dira Sartre), de l’opinion commune, de la moraline universelle.

Mais pour Zola, ce livre montre un Vallès en hercule de foire, du talent d’expression et de la vigueur mais des convictions peu établies hormis celles d’avoir souffert. « Il faut croire à quelque chose en art, il faut avoir une foi artistique, n’importe laquelle, si l’on ne veut crier dans le vide et dépenser une force herculéenne à des jeux puérils. Les phrases sont des phrases, si coloriées et pittoresques qu’elles soient. Lorsqu’on les jette au hasard, selon les caprices du jour, on ressemble à cet homme dont le génie s’use à appeler la foule dans sa baraque pour lui faire admirer des tours de force » p.1476 Pléiade.

Car il n’est pas encore fini, Vallès Louis-Jules, né en 1832 le 17 juin, et qui a déjà 33 ans lorsqu’il égrène ses articles. A l’âge où finit le Christ, Vallès commence à peine. Il est passé de l’état de chameau qui subit durant son adolescence au personnage de lion qui se révolte et rugit en sa jeunesse, selon les Trois métamorphoses de Nietzsche. Il lui restera à accomplir la dernière étape de la chrysalide : devenir l’Enfant – innocence et oubli, enfin créateur – ce qu’il n’accomplira qu’après la Commune et la double défaite, celle de l’Empire et celle du peuple et dont il fera une trilogie.

Jules Vallès, La rue, 1866, Nabu Press 2010, 330 pages, €23.03 e-book Kindle BnF 2015 €2.99

Jules Vallès, Œuvres tome 1, Gallimard Pléiade 1975, 1856 pages, €68.00

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Paris insolite autour des îles centrales

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Mais randonnons pour une heure dans Paris. Qui sait que le cœur de Paris n’est pas l’Élysée ou Bercy (ils le voudraient bien), mais les îles ? L’île de la Cité où était le premier palais du roi et celui de l’évêque, où trône la cathédrale Notre-Dame. L’île Saint-Louis connue pour ses hôtels particuliers des quais, mais surtout aujourd’hui pour le glacier Berthillon. Peut-être un jour vous ferai-je pénétrer l’intérieur, mais contentons-nous aujourd’hui de tourner autour.

Paris pont d arcole

Du pont d’Arcole (une victoire de Bonaparte en 1796) le promeneur aperçoit les tours pointues de la préfecture de Police et du palais de Justice. Le dôme est celui de la Sainte-Chapelle, devant laquelle des queues interminables se tiennent pour visiter dès les beaux jours.

Paris hotel de ville

La Marie de Paris, appelé aussi Hôtel de ville, est une pâtisserie 19ème reconstruite dès 1874 après avoir été incendié par les Communards. Il y a toutes les fioritures de l’art bourgeois fin de siècle, avec des gamins nus ligotés au cou par un bricolage de fils de fer… C’est d’un chic ! Beau symbole que cet esclavage de bronze sado-maso pour le temple Delanoë qui se veut « contre toutes les servitudes ».

Paris gamins nus hotel de ville

Il suffit de repasser la Seine par le pont de l’Archevêché pour voir voguer le vaisseau de Notre-Dame. Les garde-fous du pont sont remplis de ces cadenas imbéciles que tout cœur naïf venu d’ailleurs se croit tenu d’ajouter à la masse. Cela en signe d’amour « éternel »… jusqu’au prochain divorce ! (Un couple marié sur deux divorce en France)

Paris pont de l archeveche cadenas notre dame

Juste en face s’ouvre la rue de Bièvre où habita Mitterrand, un ancien président des années 1980.

Paris rue de bievre mitterrand

En revenant vers Saint-Michel, le petit square Viviani (chef socialiste au début de la Première guerre mondiale) renferme un robinier planté en 1602 (sous Henri IV), probablement le plus vieil arbre encore vivant de Paris.

Paris robinier 1602 square viviani

Juste à côté, l’église chrétienne melkite de Saint-Julien le Pauvre (siège à Damas en Syrie), ravissante et intime à l’intérieur.

Paris st julien le pauvre

Il suffit de traverser la rue Saint-Jacques pour voir – tout au début à droite de la rue Saint-Séverin, au n°4bis – la plus étroite venelle de Paris : l’impasse Salembrière. Elle est depuis 1963 derrière une porte à code, mais si vous vous haussez du col, vous observez directement le moyen-âge ! L’endroit est attesté sur des plans de Paris datant de 1239.

Paris impasse salembriere rue st severin

L’église Saint-Séverin est sombre et mystique, les vitraux font danser la lumière. On y est bien, à quelques mètres des ruelles à frites et kebab où se perdent les touristes en mal de se remplir la panse.

Paris st severin

Remontons la rue Saint-Jacques, traversons le boulevard Saint-Germain. Tout de suite à droite, la rue des Écoles conduit à un autre square mal connu, le Paul Painlevé. Il n’était pas boulanger mais socialiste. Mathématicien, il fut aussi politicien, Président du Conseil (aujourd’hui appelé Premier ministre) en 1917 et en 1925. En face s’ouvre une entrée de la Sorbonne. Mais on n’entre aujourd’hui dans l’université que par une autre rue, sécurité oblige.

Paris sorbonne rue des ecoles

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