Casanova, La patrie en danger

roger demosthene casanova la patrie en danger

Roger Démosthène Casanova (RDC) est quelqu’un. Son CV ne fait pas moins d’une quinzaine de pages. Il montre un être double, passion et raison. Docteur ès science et expert international mais Corse bouillant, analyste mais porté à la décision politique, soucieux de la démographie mais père d’un seul enfant. Il édite un essai qu’il vaudrait mieux appeler pamphlet tant le ton est urgent, mais bourré de références pour qui veut vérifier. Ce qu’il dit n’est pas faux, mais mélangé et excessif. C’est dommage car le sujet mérite une analyse à froid. Un récent sondage TNS met en avant en France la perte des repères, la peur du dynamisme religieux musulman et l’accrochage à la laïcité comme bouée. Autant dire que le thème est d’actualité.

En résumé, pour l’auteur l’avenir est aux sociétés durables. Mais ce qui constitue l’environnement ne se limite pas au milieu naturel ; il englobe aussi toutes les relations complexes des hommes avec la nature et entre eux. La menace actuelle n’est pas seulement climatique ou liée à la rareté relative des ressources ; elle porte aussi sur les conditions de vie en société. Or l’islamisme représente un véritable changement de civilisation en France, qui est ignoré ou dénié.

Non, RDC n’est pas au Front national, il est plutôt dans ces micro-partis que sont Riposte laïque et Résistance républicaine. Il cite Jean Jaurès dès la page 12 : « le courage est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe ». RDC poursuit malheureusement par 9 pages de « marre de… » qui font dans la complainte et n’analysent rien, ne faisant pas avancer un débat nécessaire. Certes, « les partis politiques se comportent de plus en plus comme des clans et non comme des porteurs d’idées et d’idéaux » – mais est-ce le rôle des partis politiques d’être des laboratoires d’idées ? La Constitution leur a reconnu une fonction, celle de sélectionner les candidats aux postes électifs. Les partis sont donc des machines électorales, ni des think tank, ni des universités. Les 45 pages de « Prolégomènes » sont donc en grandes parties inutiles.

Suit une première partie dont on ne voit pas bien ce qu’elle vient faire. Intitulée « Comprendre pour agir », elle ne porte que sur la biosphère, l’eau, l’énergie et tout ça. Certes, les interrelations homme/biosphère et politique/développement durable sont évoquées, mais sans lien ni avec l’introduction, ni avec la partie suivante. Sauf à prouver que les politiciens sont bien légers dans l’analyse et la prévision des catastrophes naturelles, et que les organisations internationales sont de lourdes bureaucraties conformistes inaptes à appréhender la complexité.

La partie 2 est consacrée à la France et sa « démocratie malade », où l’on apprend que l’expression du vote a été confisquée en 2005 par le refus de prendre en compte le NON majoritaire des citoyens français au nouveau Traité européen. Qui a refusé ? Cette oligarchie de la politique, de la finance et des médias peu à peu installée et qui s’organise en « nomenklatura à la soviétique ». C’est vite dit, mal analysé et peu documenté, mais pas faux : les affaires Tapie, Bettencourt, DSK et Cahuzac (entre autres) en témoignent.

La partie 3 est vouée aux « agents et concepts destructeurs de la civilisation occidentale » et au « totalitarisme islamiste ». Le lecteur entre (enfin !) dans le vif du sujet ; il a attendu 137 pages, la moitié du livre. Là, le propos est plus cohérent, mieux organisé, étayé de nombreux renvois à des rapports et à des publications comme à des exemples personnels, l’auteur ayant beaucoup travaillé en Afrique et autour de la Méditerranée dans le secteur minier et le développement, puis comme fondateur et directeur du DESS Gestion de la Planète, développement durable et environnement de Sophia-Antipolis.

roger demosthene casanova

Ces « agents destructeurs » pour RDC sont

  1. le mondialisme, idéologie anglo-saxonne ennemie de l’Europe, qui est pour le marché unique (Londres) et la finance libre (New York),
  2. les « ennemis de l’intérieur » (listés p.146 en redondance de la partie 2) que sont une « invasion sournoise », la « méconnaissance de la réalité par les décideurs », la « servitude volontaire du peuple, sa résignation », la « bulle protégée » de l’oligarchie politico-financière et médiatique, la « médiocrité des dirigeants de notre société » en termes de morale civique, de culture, de courage et de hauteur de vue,
  3. La propagande des lieux communs comme « l’avenir est au métissage », « l’islam a tant apporté à l’humanité », la « Turquie a sa place en Europe »,
  4. la « repentance » entretenue par l’oligarchie démago,
  5. le « déni des cultures » et de leur incompatibilité de valeurs parfois,
  6. le déni historique qui fait de « l’islam (une) religion de paix et de tolérance »

En conclusion, dit l’auteur, il est urgent de « résister », en « légitime défense » à la montée des musulmans et de l’intégrisme dans l’islam. Citant sans distance l’assez douteux révérend Peter Hammond (Slavery, Terrorism & Islam, 2005) – à ne pas confondre avec l’économiste de renom du même nom à Stanford – RDC expose (sans convaincre) qu’autour de 10% de musulmans dans la population il y a délinquance admise envers les non-musulmans et pression rigoriste sur le comportement religieux ; qu’au-delà de 20% de musulmans dans la population naissent des émeutes et des milices « djihadistes » (Éthiopie), voire une guerre civile (Liban Bosnie). La France peut-elle être comparée historiquement, sociologiquement et politiquement à ces pays ? L’exemple de la Turquie de 1915-1920 aurait été plus probant : éradication brutale de tous les non-musulmans par génocide (Arméniens chrétiens) ou expulsion (Grecs orthodoxes). Mais là encore, la France 2013 dans l’UE n’est pas la Turquie en guerre alliée au Reich de Guillaume II.

L’ensemble de l’ouvrage n’est pas convainquant parce que nombre d’immigrés d’origine musulmane en France ne sont pas pratiquants, que ceux qui sont pratiquants sont en majorité ouverts, et que seule une infime minorité de jeunes mal intégrés par les cités et par la faillite de l’Éducation nationale sombrent dans la délinquance, voire le terrorisme. Ce qui n’est pas dit mais qui en revanche est vrai, est que ces immigrés intégrés ou voulant l’être se taisent trop souvent – par lâcheté et démagogie – envers leurs « frères » qui fautent. Qu’ils ne montrent pas (ou pas assez) que le Coran n’a pas une lecture unique, qu’elle a varié dans l’histoire, que le salafisme ne reflète qu’un courant bédouin archaïque, même s’il est financé par la trop riche Arabie Saoudite, et qu’il existe d’autres courants compatibles avec la neutralité de l’État et avec la démocratie.

La conclusion de l’opuscule est un amalgame de récriminations sans liens avérés entre elles comme le mariage gay, la dépénalisation du cannabis, le communautarisme, les naturalisations abusives, le vote des étrangers, le contournement de la laïcité, le « racisme anti-blanc » et l’effet cliquet des renoncements. On est presque soulagé de lire enfin une phrase de raison dans ce qu’il faut bien appeler un fatras conclusif : « Qu’on ne se méprenne pas. Ce n’est pas l’islam religion qui est le problème de fond (chacun peut croire à ce qu’il veut) mais l’islam civilisation qui pousse au communautarisme et à l’explosion de la Nation française » p.216. Pas faux – donc comment agir ?

L’auteur retrouve sa maîtrise pour exposer (beaucoup trop succinctement) trois points :

  1. Poser les principes du vivre ensemble
  2. Les mettre en débat national et européen
  3. User des moratoires pour prendre les bonnes décisions (sur la dette, l’immigration, le droit du sol, la tolérance…)

Au total, je juge le livre mal maîtrisé, qui hésite entre le pamphlet politique (mais sans les bons mots et avec trop de références) et l’essai sur l’avenir durable (qui serait bienvenu et avec des références faisant mieux autorité). Il aurait fallu articuler plus clairement environnement et société durable en décrivant comment chaque peuple décide de faire société par des mythes politico-religieux et des valeurs citoyennes (voir Maurice Godelier) ; dire que cela se constitue historiquement par adhésion et qu’au contraire le « métissage » subi conduit à la révolte du peuple contre la caste oligarchique ; enfin montrer combien aujourd’hui les « résistances » existent (même chez les bobos) : notamment la recherche universitaire (Hugues Lagrange, Gilles Kepel) et le féminisme (Dictionnaire des femmes créatrices, 4800 pages, éditions des Femmes 2013). Dire surtout que l’individualisme poussé par les désaffiliations des Lumières exige une éducation solide et un apprentissage de l’outil Internet… Donc pas mal de boulot pour accoucher de quelque chose qui fasse avancer !

Roger Démosthène Casanova, La patrie en danger, éditions Mélibée 2013, 229 pages, €16.15

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6 réflexions sur “Casanova, La patrie en danger

  1. Quelques éléments de réponse à vos légitimes questions :
    1. remerciez votre éditeur de m’avoir proposé ce service de presse, je ne l’aurais pas découvert tout seul dans la masse des publications.
    2. la litanie des « marre de… » laisse entendre au lecteur un pamphlet. Or le livre débute par une partie 1 plutôt de l’ordre de l’essai, avec références scientifiques : cherchez l’erreur.
    3. les partis politiques n’ont pour seule vocation que d’être des machineries à sélectionner des candidats. Ceci dit, les idées comptent dans cette sélection, mais en second. Aux porteurs d’idées de se faire reconnaître, c’était jadis le rôle des écrivains. Sarkozy avait su mobiliser quelques intellectuels sur les sujets qui l’intéressaient, mais Copé-Fillon était un seul duel d’ego, d’où le désastre.
    4. la liberté est large : en choisissant des mots bien définis, appuyés sur des faits établis et des recherches qui font référence, on peut « tout » dire. Mais oui ! Cela n’empêche pas de lutter contre les « lois mémorielles » et autres injonctions parlementaires dans le domaine de la science. En revanche, le n’importe quoi jeté à la face de quiconque sans le plus petit commencement de preuve et en accusant des groupes entiers de vilenie, ça ne passe plus. Il y a là « progrès » – sinon de l’éducation en général – du moins de la sensibilité au discours « scientifique », même si l’émotion (toujours prégnante dans les médias à cause du support technique image et son) est regardée avec « respect ». Tout fait étayé et dit avec précision d’un ton courtois passe très bien : nous n’en sommes pas encore au point atteint aux États-Unis sur les croyances biblico-compatibles ou non.
    5. les miscellanées font « fourre-tout », comme vous le dites bien. Est-ce digne d’un « livre » ? Ne serait-ce pas plutôt le format d’un blog ? On publie trop, n’importe quoi et n’importe comment pour que les rares lecteurs qui s’accrochent encore aient envie de lire du fourre-tout (sauf quand est célèbre, mais cela n’a qu’un temps). On ne revient donc à votre question 1 : seul le « hasard » peut faire tomber sur votre livre… Et à la question 2 : pourquoi ne pas avoir choisi carrément le style du pamphlet ? (Votre partie 2 en introduction et votre partie 3 en développement auraient raccourci, musclé et percuté bien plus).
    PS (sans rapport avec un célèbre parti) : dans ce blog, par la fonction « recherche », vous trouverez nombre de points de convergence avec vous en tapant (multiculturel, islamisme, élite, intellos, bobos, démocratie, etc.). Même si leur traduction politique n’est pas forcément la vôtre.

  2. Roger Démosthène Casanova
    Tout d’abord, merci de votre pertinente analyse. Ceci étant, je me demande par quel hasard vous êtes tombé sur mon livre, parmi d’innombrables publications.
    Je n’ai pas l’intention de me justifier de vos critiques, souvent justifiées, surtout sur la forme, mais je puis cependant apporter quelques éclaircissements, peut-être utile au lecteur.

    Les prolégomènes, en fait l’anaphore « marre de… sont peut-être en grande partie inutiles, dites-vous, mais ils sont la justification même du livre, l’expression du ras-le-bol d’un citoyen qui suit activement l’actualité, qui se pose des questions à la lueur de son expérience et a essayé en vain de sensibiliser tous les responsables politiques du pays, sur des questions précises (par exemple, la départementalisation de Mayotte, une île du bout du monde, mais aussi notre action anti-démocratique en Côte d’Ivoire – voir mon opuscule Putsch en Côte d’Ivoire édité par l’Harmattan en 2011). Seul Nicolas Dupont-Aignan ayant pris la peine et le temps de répondre.

    Cela dit, effectivement, le trop-plein d’indignation pouvait être exprimé plus succinctement et à froid.
    Je vous confirme par ailleurs, qu’ayant pénétré des partis politiques, et même ayant milité au PS, la préoccupation des idées et du devenir de la société y est accessoire. Seul compte la victoire aux élections, les débats dans les sections étant « comment gagner la prochaine élection ». Le pourquoi faire est vraiment secondaire. Sur ce point, je suis en désaccord avec vous, car si les partis « ne sont pas des porteurs d’idées » dites-vous, ce sont eux qui sont au pouvoir et déterminent le fonctionnement de la société. Un minimum d’idées claires serait requis.

    Ne voulant pas trop m’étendre dans cette première réaction, je note et c’est bien l’essentiel sur le fond, que vous estimez que ce que j’écris n’est globalement « pas faux », même si vous estimez que le document manque de cohérence et de liant entre les parties. A ce sujet j’ai bien averti que mon livre est l’équivalent de miscellanées, « à l’intention de mes petits-enfants » pour leur ouvrir les yeux sur le monde. C’est donc en partie un fourre-tout. La troisième partie est un choix délibéré sur un thème de société actuel. D’autres choix sont possibles, et à traiter, dont le développement durable devenu une tarte à la crème.

    Pour finir, là, vous affirmez, dans votre réponse à Martin, que la liberté n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui. C’est exact, mais en apparence seulement, sauf à feindre d’ignorer les évolutions en cours et les restrictions de plus en plus prégnantes, par la loi, aux principes de notre constitution, en particulier en matière de liberté d’expression. Même notre vocabulaire est l’objet d’une volonté de contrôle par le pouvoir politique de François Hollande. Le politique voulant ainsi se substituer à l’Académie française.

    Enfin, vous affirmez que l’ouvrage ne serait pas convaincant et qu’il y a encore beaucoup de boulot pour faire avancer. Certes j’en conviens et il me reviendrait de tout reprendre « à froid », mais, quoi qu’il en soit, avec plus de 230 citations dans l’ouvrage, prétendre qu’il n’est pas documenté est peut-être un peu abusif. Ou alors il est mal documenté. Quant à être convaincu ou pas il me semble que c’est affaire de jugement de valeur, forcément subjectif et personnel.

  3. Sur l’effet des deux guerres mondiales, je n’en crois rien. Voir la guerre en Irak puis en Afghanistan et au Mali : il reste des guerriers français.
    Ce serait plutôt la fin des guerres de masse (auxquelles personne ne croit plus), la société de consommation et l’hédonisme, la féminisation des valeurs (et des métiers), la montée multiséculaire de l’individualisme, la démultiplication relationnelle des TIC…
    Le citoyen veut être autonome – mais reconnu ; dégagé des contraintes sociales, politique et religieuses – mais angoissé par la solitude ; embrigadé par personne – mais fan de foot, de rave parties, de manifs, d’hypermode… tout ce qui est embrigadement collectif conformiste !
    La liberté n’a jamais été aussi grande aujourd’hui – et la peur viscérale de la liberté aussi : être responsable de soi, c’est être tout seul aussi.
    D’où cette angoisse diffuse, ce rejet de l’intolérance, ce bouc émissaire des intégristes-islamistes-terroristes (dans le même sac). Si les attentats et l’hystérie venaient de l’extrême-droite, ce serait pire : une peur de guerre civile. Comme dans les années 1930.
    Quant aux politiciens, ils vivent en France dans une bulle oligarchique protégée (90% de fonctionnaires au gouvernement Hollande…). Pour eux, l’Etat c’est eux. Et ils réagissent bien plus aux groupes de pression organisés qu’à « l’opinion publique ».

  4. Oui qu’il y ait des grandes peurs cela est certain ; je comprend ces peurs d’ailleurs. Moi qui n’aime pas la religion, je suis toujours consterné de croiser des voiles ou autres dans la rue. La question fondamentale est selon moi celle-ci : ces peurs résistent-elles à la froide analyse? Je ne le pense pas. Ceux qui se donnent la peine de réfléchir – qui sont capables de supporter de grandes doses de vérité, pour pasticher maladroitement Nietzsche – savent à quel point la religion est fondamentalement contraire à la logique et à la vie. Et il est pour moi inconcevable qu’une religion puisse imposer sa loi dans un pays tel que la France ou dans un pays européen. L’enjeu de l’homme européen est bien plutôt de réfléchir à une société post-religieuse ; et nous arrivons ici à votre seconde remarque sur la « lâcheté des dirigeants, démagogie des élites, absence de projet commun ». La science et les deux guerres mondiales ont définitivement tué la religion en Europe (je parle de mort politique, de l’impossibilité désormais de fonder en Europe une politique sur une religion) et ont laissé un vide ; tout l’enjeu est de combler ce vide, cette « absence de projet commun » ; d’où l’idée d’une société post-religieuse.

    En bref, je considère que la montée de l’Islam en France et notamment en Europe est d’abord la conséquence de ce vide, de cette absence de projet commun, disons de l’absence de politique. Réfléchir aux causes de cette absence de politique serait sans doute la première étape de cet immense travail. Et peut-être devrions-nous nous demander, même si la question est vulgaire, si les deux guerres mondiales n’ont pas durablement émasculé l’homme européen…

  5. Bonnes références que vous avez là. Todd est intéressant avec ses traditions-socles de systèmes familiaux qui perdurent avec le temps. Mais Le Bras montre que la France a plus changé en 30 ans qu’en un siècle – donc le brassage familial et la mixité des traditions explose. Ce qui fait peur aux Français, surtout en province, dans ces petites villes où la vie est lente, paisible – et qui ont voté « normal » aux présidentielles.
    Le sondage TNS cité dans la note montre que le livre de RDC touche en plein dans le mille des « grandes peurs » actuelles. Ce dont il faut donc débattre, sans nier les réalités ni minimiser les problèmes d’ajustement.
    RDC est excessif, alternant en bipolaire entre rationalité affichée et dérapages passionnels. Son essai est mal construit, mais ce qu’il dit n’est pas faux : lâcheté des dirigeants, démagogie des élites, absence de projet commun (aussi bien politique que culturel ou même civilisationnel), « progrès » sans dire vers quoi, construction européenne bureaucratique et floue… Ce pourquoi le mariage gai-lesbien suscite autant de réactions hystériques, alors qu’il ne s’agit que de droits supplémentaires sans guère de conséquences pratiques pour le plus grand nombre.
    Qui est sûr de soi est tolérant, l’enfant assuré de ses parents explore le monde, à l’inverse de celui angoissé d’être laissé pour compte, abandonné.
    Le problème principal est moins l’islam agressif (qui est loin d’être tout l’islam) que l’identité française, la civilisation européenne, l’avenir dans le monde. C’est un problème de billard : toucher la boule qui va frapper une autre. Ou l’arbre qui cache la forêt. Ou encore l’idiot qui regarde le doigt quand le sage montre la lune.

  6. Bonjour,

    pour compléter cette lecture, je vous conseille – mais peut-être connaissez-vous déjà ce livre – « Fractures françaises » de Christophe Guilly ; dans ce livre, on découvre que les fractures sociales et de plus en plus ethniques et religieuses (même s’il ne faut pas exagérer la chose et s’alarmer inutilement) recouvre des fractures spatiales ; en d’autres termes les riches vivent loin des pauvres, les français de culture européenne vivent dans des lotissements en périphérie des villes (phénomène de la « rurbanisation ») quand les immigrés originaires d’Afrique et souvent musulmans vivent dans les banlieues des grandes villes ; et l’auteur de commenter que cette séparation spatiale épargne sur le court terme des tensions à la France mais prépare peut-être des affrontements futurs.
    Sur le même sujet, on peut lire « Le mystère français » d’Emmanuel Todd et d’Hervé Le Bras, beaucoup plus optimiste, avec pour argument central le mariage mixte : ceux-ci seraient nombreux en France et les différentes communautés seraient plus proches les unes des autres et se « mélangeraient » plus rapidement qu’on pourrait le croire de prime abord.

    Après je ne pense pas qu’il faille craindre outre-mesure la montée du fait religieux – et notamment de l’Islam – en France : celui-ci contient en lui même les germes des futures forces qui contiendront sa montée et limiteront sa progression : dès qu’il sera assez fort pour étendre ses prétentions politiques (à remettre en cause les droits de l’homme, la démocratie et les libertés fondamentales pour parler vite) et il signera de lui-même son arrêt de mort.

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