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Slumdog millionaire de Danny Boyle

A noter pour les nuls que si, en anglais, millionaire ne prend qu’un « n », il en prend deux en français : millionnaire. Adapté du premier roman de l’écrivain indien Vikas Swarup, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, le film met en scène le jeune Jamal Malik (Dev Patel), 18 ans, arrêté par la police sur dénonciation de Prem Kumar (Anil Kapoor), l’animateur de l’émission phare de la télé indienne copié du Royaume-Uni, Qui veut gagner des millions ? Pour lui avoir suggéré une mauvaise réponse alors que Jamal choisit finalement la bonne, il le soupçonne d’avoir triché. La conclusion du film est plutôt que « c’était écrit » – le mektoub musulman autant que le karma hindou.

Avant la finale le lendemain, et l’ultime question à 20 millions de roupies — environ 310 186 € de l’époque), Jamal est donc « cuisiné » à l’indienne par le sergent bouffi (Saurabh Shukla), baffé, à demi-noyé dans l’eau de l’évier, attaché par les poignets au plafond sans toucher le sol, travaillé à la gégène. Il veut lui faire avouer qu’il a un complice, qu’il est soudoyé, qu’il est renseigné. Comment, en effet, un Slumdog, autrement dit un sale type des taudis – on dirait aujourd’hui racaille de bidonville – pourrait-il répondre à toutes les questions que des médecins, des avocats, des professeurs peinent à connaître ?

C’est que l’école de la rue est aussi une école, peut-être plus pratique que celle des classes. Son enfance misérable et joyeuse avec son frère Salim et la petite bande du Juhu, le quartier de taudis de Bombay (Mumbai pour le globish), la débrouille pour se faire quelques roupies, le massacre de leur mère musulmane par des hindous fanatisés, la rencontre de Latika, orpheline du même âge qu’il décide de protéger, forment le caractère autant que l’esprit.

L’inspecteur de police (Irrfan Khan) qui arrive au matin fait cesser les brimades inutiles et interroge le jeune homme. Il veut comprendre comment un employé dans un centre d’appel en tant que serveur de thé peut savoir tant de choses. Pas tant que ça, répond Jamal ; celles qui comptent surtout. Il vivait enfant (Ayush Mahesh Khedekar) près de l’aéroport et a pu voir atterrir en hélicoptère son idole, le célèbre acteur de Bollywood Amitabh Bachchan. Sortant littéralement de la merde (il avait été enfermé aux chiottes par son frère (Azharuddin Mohammed Ismail) à qui il avait ôté un pourboire), il a couru obtenir un autographe. L’acteur, malgré l’aspect dégoulinant du gamin, et l’odeur qui allait avec, a signé, imperturbable. Son nom est la réponse à la question numéro 1. Il répond de même à la question 3 par la vue d’un enfant déguisé en Rama tout bleu, avec son arc dans la main droite, lors de l’émeute qui a coûté la vie à sa mère. A la question 2, il a utilisé l’un des trois jokers possibles, l’avis du public. Il usera des deux autres à bon escient, le 50/50 qui divise les réponses par deux et l’appel à un ami, qui se soldera par un nul – il devra décider tout seul.

La suite de son existence égrène les réponses aux questions, ainsi l’auteur de la chanson Darshan Do Ghanshyam, qu’un souteneur leur a fait chanter pour qu’ils aillent mendier dans les rues. Il venait de rencontrer Latika (Rubina Ali) et formaient les « trois mousquetaires » qu’on leur faisait étudier à l’école – où ils n’allaient quasiment jamais. C’est ce qui le fera buter sur l’ultime question, celle à 20 millions, où l’on demande qui est le troisième mousquetaire : D’Artagnan ? Le cardinal de Richelieu ? Planchet ? Aramis ?

Mamane (Ankur Vikal) est un malfrat qui exploite les enfants pour ses trafics, vol, mendicité, prostitution. Il aveugle des garçonnets qui chantent bien pour augmenter leur valeur « artistique » et Jamal doit y passer. Son grand frère Salim, de trois ans plus âgé, s’est taillé une réputation de petit roquet et est destiné à surveiller et à faire travailler les autres. Sur ordre, il va chercher Jamal, mais ne peut se résoudre à le voir mutiler ; ils s’enfuit donc avec lui et avec Latika, et les garçons parviennent à sauter dans un train qui part (lentement) de la gare. Seule Latika ne parvient pas à monter, elle est une fille moins exercée et entravée de robe. Les garçons abordent l’adolescence comme une aventure, voyageant jusqu’au Taj Mahal, où ils escroquent les touristes naïfs en s’improvisant guides ou en volant leurs chaussures. C’est là qu’une Américaine donne à Jamal, 12 ans (Tanay Chheda), un billet de cent dollars où figure le portrait de Benjamin Franklin, objet de la question 5. C’est le petit aveuglé au vitriol qui donne le renseignement à Jamal, revenu à Bombay malgré son frère de 15 ans (Tanay Chheda), pour retrouver Latika, désormais 13 ans (Tanvi Ganesh Lonkar).

Le gamin donne l’adresse de la fille, retenue par Mamane qui veut en faire une pute de luxe et vendre au plus offrant sa virginité. Pour cela, il la pare, la déguise et la fait danser. Elle est fort jolie et désirable. Jamal et Salim s’introduisent dans la bâtisse, mais Mamane et ses sbires s’interposent lorsqu’ils veulent enlever l’adolescente. Salim tire alors un pistolet de son dos, un Colt 45, et descend le tortionnaire tout en menaçant les autres. Le nom de l’arme permet la réponse à la question 6. Salim et Latika repoussent Jamal pour mieux fuir et parce que Salim, tenaillé par les hormones, en fait sa propriété. Fort de son exploit il s’engage dans la bande rivale du bidonville, où il va faire carrière. Latika devient la concubine du chef de bande Javed (Mahesh Manjrekar), et Salim son garde du corps. Jamal croit l’avoir perdue.

Il est engagé comme larbin porteur de thé dans un centre d’appels et observe, ce qui lui permet de répondre à la question sur la ville où se trouve le Cambridge Circus (qui n’est pas à Cambridge mais à Londres). Un opérateur lui demande de le remplacer pendant quelques minutes, le temps de voir à la télé le jeu des millions, et Jamal cherche alors sur l’ordinateur le nom de Latika. Hélas ! Il est très courant et il en trouve plus de 26 000. Le nom complet de son frère est plus facile à trouver, il n’a que quinze homonymes. Il les appelle l’un après l’autre – et tombe sur Salim (Madhur Mittal). Celui-ci le convoque au sommet d’un immeuble de bureaux qui se construit juste dans l’ancien bidonville de Juhu, quartier ouest de Bombay, où ils ont vécu. C’est son royaume, où il est lieutenant du parrain. Il déclare que Latika est partie depuis longtemps, mais Jamal ne le croit pas et le suit. Il retrouve alors la jeune fille dans la maison de Javed ; elle a grandi comme lui, et cette nouvelle Latika (Freida Pinto) lui plaît tout autant. Battue, mais sous emprise (comme on dit quand on n’ose pas), elle refuse de fuir avec Jamal.

Le garçon, désespéré, tente le tout pour le tout et s’inscrit au jeu des millions. S’il gagne assez, il pourra offrir à Latika une nouvelle vie. L’espoir le porte et se débrouille pas mal avec pour tout bagage sa sincérité et son amour d’enfance inconditionnel. Il veut qu’elle le voie et qu’elle espère. Il lui a promis de l’attendre à la gare de Victoria Terminus tous les jours à cinq heures. Elle vient au rendez-vous mais est rattrapée par Salim et Javed, qui la balafre à la joue avant de l’enfourner dans une voiture.

Cependant, Salim n’est pas un mauvais garçon. Il a aimé jouer l’important auprès du chef, bien s’habiller et porter une arme et une chaîne à gros maillons au cou au lieu de l’amulette musulmane de son enfance. Mais il est impressionné par l’amour pur de Jamal pour Latika. Elle ne l’a pas oublié et regarde avec nostalgie l’émission où il répond peu à peu à toutes les questions. Alors que Javed est pris au téléphone, entre ses filles dansant devant lui, il pousse Latika vers la sortie et lui donne son téléphone et ses clés de voiture. Elle peut aller rejoindre le finaliste et l’aimer tant qu’elle veut. L’inspecteur a libéré Jamal Malik, convaincu de sa sincérité, et il peut participer à la dernière émission. Lui se retire dans une baignoire qu’il a tapissée de billets de banque et attend Javed, le pistolet à la main. Il le descendra, avant de se faire tuer par les autres. Double assassin, il aura protégé son petit frère et son amour pour Latika jusqu’au bout. Jamal, quant à lui, répond au hasard à la dernière question sur les mousquetaires – qu’il aurait dû savoir s’il avait été à l’école – et gagne les 20 millions.

Il retrouve Latika à la gare Victoria, ils s’aiment et furent heureux (avec beaucoup d’enfants, comme on dit dans les contes). Car c’est bien d’un conte qu’il s’agit. Le merveilleux cathodique, où la fée est cet animateur bouffon, imbu de lui-même, et qui cherche à piéger le candidat pour faire monter le suspense. Les sujets de société tels que la pauvreté, les violences religieuses, la pègre, l’exploitation des enfants, ne sont que des décors pour contraster le succès de l’amour. Il triomphe de tout.

DVD Slumdog millionaire, Danny Boyle, 2008, avec Anil Kapoor, Dev Patel, Freida Pinto, Irrfan Khan, Madhur Mittal, Pathé 2009, anglais, français, 2h, €6,99, Blu-ray €9,95

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Yesterday de Danny Boyle

Un drôle de remake d’une uchronie déjà tentée avec Johnny Hallyday (Jean-Philippe de Laurent Tuel)mais cette fois appliquée à l’icône anglaise des Beatles revue Bollywood.

Jack Malik, indien poupin et velu à la barbe qui lui fait une gueule de dacoït (Himesh Patel), est un looser dans son coin de l’est Suffolk bordant la mer. Lorsqu’il n’est pas manutentionnaire à mi-temps dans le supermarché du coin, il gratouille de la guitare devant des publics tout à autre chose : se pinter draguer, bavasser. Lorsqu’il est « invité » dans un festival, c’est pour quelques moments dans une grande tente quasi vide où des vieux se reposent et où des gamins sont assis à glander. Il veut arrêter la scène malgré Ellie, son amie d’enfance qui joue les impresarios (Lily James).

Lorsqu’elle le laisse un soir près de son vélo, Jack est décidé à laisser tomber. C’est le destin qui va lui tomber dessus : il s’emmêle, mêle-tout comme pas un. Une étrange panne électrique plonge le monde entier dans le noir, tel un bug d’an 2000. De quoi faire percuter le cycliste par un bus qui passait par là, les deux sans lumière dans une rue éteinte.

De retour d’hôpital, les dents de devant cassées, Jack se voit offrir un dentier, un bus miniature (humour anglais qui est plutôt ici de la grosse ironie) et une guitare neuve puisque la précédente a fini sous le bus. Lorsqu’il essaye son nouvel instrument, il interprète tout naturellement Yesterday des Beatles, chanson créée en 1965 la plus reprise de tous les temps. Il avait l’habitude de la jouer. Silence recueilli de ses amis ; ils n’ont jamais entendu une aussi belle chanson… Etonnement de Jack : ne connaissent-ils pas les Beatles ? De fait non, pas plus que le groupe Oasis, le Coca Cola, la cigarette ou Harry Potter (nouvelle grosse ironie uchronique).

Jack se dit alors, poussé par Ellie, qu’il a peut-être une chance de percer dans ce monde musical qui l’a pour l’instant rejeté. Il se remémore une à une les chansons des Beatles dont il se souvient, puis le souvenir des lieux mêmes ravivent sa mémoire. Il interprète Let it be devant ses parents qui s’en foutent, sinon de lui faire plaisir, préoccupés plutôt de boire de la bière, de répondre à la sonnette et au téléphone (ironie toujours aussi grosse). Jack ne tarde cependant pas à être repéré par Ed Sheeran (joué par lui-même), célèbre voisin du Suffolk à Framlingham, qui le demande en première partie de son concert à Moscou. Bien qu’un peu retardé par rapport à l’ère Poutine avancée, Back in the USSR connait un franc succès.

Sheeran en parle à une productrice de Los Angeles, Debra Hammer (Kate McKinnon), executive woman marketing aux dents longues et avide de fric durement gagné sur le dos des créateurs. Elle le lance carrément à Jack : « vous allez gagner beaucoup de fric et on vous prend presque tout ». Grosse ironie là encore (l’humour anglais est bien loin). Commence alors le grand écart entre un Jack né pour végéter popote dans sa petite ville de province anglaise et la star speedée du barnum américain qu’exige le business. Lors du Meeting des meetings marketing (rien que ça, un Grrrrand meeting comme les socialistes français le qualifieraient, tout colonisés qu’ils sont par l’esprit yankee), le Noir chef (Lamorne Morris) démolit les icônes Beatles reproposées par Jack au nom du politiquement correct : un album blanc c’est « un peu trop blanc, non ? pas assez de diversité », Sargent Peppers etc. « c’est un peu long et compliqué pour un titre, non ? », et ainsi de suite. Ed Sheeran de son côté lui dit que Hey Jude sonne moins bien que Hey Dude, peut-être parce que Jude sonne un peu trop juif ? Où l’on observe que l’industrie du disque n’a rien à foutre de la création musicale mais ne songe qu’à formater un produit prêt à consommer tout de suite, selon la mode de linote du temps. Et que les twenties du siècles suivant ont peu à voir avec l’univers des sixties dont la génération précédent la précédente se souvient.

Jack se ronge : le fric l’indiffère ; il est comme frère et sœur avec Ellie mais celle-ci songe à l’amour. Lui l’aime-t-il ? Oui ? Peut-être ? Il n’y a jamais pensé. Lors d’un concert sur le toit à Gorleston, deux fans l’approchent pour lui dire qu’ils connaissent les Beatles mais qu’ils sont très heureux que lui donne vie à leurs compositions. Ils lui donnent l’adresse de John Lennon (Robert Carlyle) qui n’a pas été assassiné parce qu’il n’a pas été célèbre ; lorsqu’il le rencontre, John (très zen) lui donne cette leçon de vie : dire à la fille qu’on aime qu’on l’aime et toujours dire la vérité. Jack part en pèlerinage à Liverpool sur les traces des Beatles. Flanqué de son ami Rocky (Joel Fry) qui foire tout mais pas ça, il court in extremis après Ellie qui reprend le train pour Londres à la gare de Liverpool après être venue le rejoindre la veille ; elle lui demande de choisir entre elle et sa nouvelle carrière. Inapte à décider, Jack « choisit » de laisser faire, donc sa carrière.

Mais de retour à L.A. il demande de donner un « grand » concert à Wembley, en Angleterre, où il interprète les chansons de son « grand » album dont la sortie est ainsi annoncée pour un « grand » succès commercial et une montagne de fric (pour la yankee Debra). A la toute fin, il a demandé à Rocky de lui laisser le micro pour une courte annonce : il dit à son public qu’il n’a rien écrit, ni composé, mais que ses chansons sont celle des Beatles dont il cite les quatre noms ; qu’étant plagiaire, il ne saurait en faire du fric et qu’il met donc gratuitement en ligne son album. Debra est folle mais la morale est sauve et l’Europe sauvée de l’emprise américaine.

Je reste mitigé quant au film. La musique des Beatles est un bain de nostalgie, mais interpétée plutôt qu’interprétée par Himesh Patel qui a refusé le play-back. L’acteur principal est peut-être le symbole de la mondialisation à l’anglaise (celle qui Brexit à toute force) mais ne convainc pas les continentaux que nous sommes. Quant à l’historiette amoureuse, elle est plus une valse-hésitation qu’une poésie sixties. Reste qu’on ne s’ennuie pas et que, pour une première fois, on voit le film avec un certain plaisir.

DVD Yesterday, Danny Boyle, 2019, avec Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran, Kate McKinnon, Joel Fry, Universal Pictures, 1h51, €10.  Blu-ray €14.65

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T2 Trainspotting de Danny Boyle

Ce film est la suite de Transpotting du même réalisateur, sorti en 1996, et reprend les mêmes personnages « vingt ans après » selon les recettes du feuilleton à la Alexandre Dumas. Quatre jeunes des cités d’Edinbourg en Ecosse ont vécu (mal) la crise économique et ont sombré dans l’héroïne, fort à la mode en ces années laxistes. Tommy, trop accro, est mort du sida et Mark (Ewan McGregor) décide d’arrêter. L’opportunité lui est fournie par un gros coup proposé par Sick Boy (Jonny Lee Miller) : acheter 4000 £ deux kilos d’héro revendue 16 000 £ à un revendeur. Après la fête, alors que tous sont endormis, Mark se tire avec le fric, laissant sa part à Spud (Ewen Bremner) dans une consigne de gare. Ce dernier se gardera bien d’en faire état auprès des autres.

Vingt ans après, Mark revient sur les lieux de son enfance. Il rencontre un à un ses anciens amis, ce qui ne vas pas sans cassage de gueule pour se venger. Spud est sauvé in extremis du suicide par Mark qui vient le voir mais Sick Boy, qui tient le pub désert de sa tante dans la zone, se défoule avant de proposer à Mark, qui le dédommage, de s’associer pour créer un « sauna » avec huit chambres pour les filles. Autrement dit jouer au mac. Il a déjà tenté le chantage par caméra cachée avec Veronica sa copine bulgare (Anjela Nedyalkova), mais cela n’a pas vraiment marché. Les travaux commencent, Mark a passé un petit diplôme de comptable avant d’être débarqué de son entreprise comme trop peu qualifié, pour cause de fusion, il cherche et convainc le jury pour un financement européen. Les associés obtiennent 100 000 €.

C’est alors que Franco (Robert Carlyle), le quatrième des trois mousquetaires de la bande, s’évade de prison où il doit purger encore vingt ans après les cinq ans qu’il vient de faire. Revenu chez lui, il s’aperçoit que son gamin a grandi et qu’il est désormais un bel adolescent ; il l’embauche derechef pour l’aider aux cambriolages. Mais il n’a plus la main et se prend les pieds dans le tapis, c’est son fils qui leur sauve la mise en sautant sur le propriétaire réveillé et l’étourdissant assez pour qu’ils aient le temps de s’enfuir. Mais c’en est fini, ce n’est pas son truc, le garçon veut « étudier » et pas finir comme son père taulard ni son grand-père pochard.

Franco cherche alors à tuer Mark, bouc émissaire idéal de sa vie ratée. Ah, s’il avait eu ces 4000 £ il y a vingt ans ! Il n’en aurait probablement rien fait de bon, mais c’est l’illusion qui compte. De fil en aiguille, il va le retrouver par hasard, le poursuivre, le pendre, mais en sera empêché par Sick Boy qui a un intérêt pécuniaire à ce que Mark vive. Franco assommé d’un coup de chiotte à monter sera fourré dans un coffre de bagnole et abandonné devant une gare, où les flics viendront le cueillir, intrigués par les coups dans la tôle.

Spud est encouragé à écrire les histoires de sa vie par Veronica, mais le spectateur ne sait pas vraiment si l’éditeur entraperçu dans le film est intéressé. Ce qui compte pour Veronica est de se tirer de ce pays sans avenir et de quitter en beauté cette bande de losers. Après avoir flirté avec Mark, le plus doué de la bande mais qui s’avère perdant comme les autres, elle apprend par ses écrits que Spud imite à la perfection les signatures et se sert de lui pour soutirer les 100 000 € du prêt et filer avec, retrouver son gamin en Bulgarie. Et les niais se retrouvent comme devant, enfermés dans l’inutilité sociale et la banlieue reliée par trains, incapables de s’en sortir sans sortir des clous.

Tiré d’un mauvais roman d’Irvine Welsh, cette fable sociologique est contée avec humour et zapping permanent, sur une musique du tonnerre. La bande-son rassemble Iggy Pop, The Clash, Blondie, Queen, Frankies Goes to Hollywood et d’autres, tous excellents pour rythmer les séquences et offrir une échappée subliminale à l’image. Restent deux scènes trash avec un proviseur adjoint d’un collège de jeunes filles qui se fait mettre par un gode géant manié vigoureusement par Veronica et un sniffage de rails de coke par Sick Boy – ce pourquoi le film est « interdit aux moins de 12 ans » (dès 13 ans, ils ont déjà expérimenté tout ça ?)

Que faire quand le système social vous barre la route ? Vous ne pouvez ni exploiter la terre (privée), ni être exploité comme ouvrier (prolétaire) faute d’emplois, ni exploiter les filles sans subir leur résistance (féministe), ni monter une entreprise sans avoir sur le dos les gros bras des caïds de la zone… L’Europe, par ses financements, peut aider mais il faut en avoir les moyens intellectuels et la volonté. Ne reste que la tentation de se détruire – par l’héroïne, la prison ou le suicide. Le Royaume-Uni du No future est représenté avec un certain charme, bien que l’éclatement des séquences soit un brin outré, presque déréglé. Probablement comme les personnages.

DVD T2 Trainspotting [DVD + Copie digitale], Danny Boyle, 2017, avec Ewan McGregor, Jonny Lee Miller, Ewen Bremner, Robert Carlyle, Anjela Nedyalkova, Sony Picture 2017, 1h53, standard €8.79 blu-ray €13.37

DVD Trainspotting + T2 Trainspotting [DVD + Copie digitale], Sony Pictures 2017, 3h23, standard €12.49 blu-ray €29.01

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