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Divers temples du complexe d’Angkor 1

Nous partons à 7h30, assez tôt pour enchaîner divers temples du complexe d’Angkor, tous différents.

Nous commençons par un pont à Naga à Angkor Thom, où se rejoue l’éternelle histoire du barattage de la mer de lait. Ce pont enjambe les douves en carré qui entourent le site, au centre duquel est le temple sur son île. Nous entrons par la porte sud Tonle Om, trois tours à visage du 12e. Des employés du site, en haut vert, ramassent les algues des douves sur une barque à fond plat ; ils doivent récurer régulièrement pour ne pas que le site s’engorge.

Passe avec son père un Américain d’environ 11 ans, bien plus robuste qu’un petit Cambodgien du même âge, en témoignent les pectoraux déjà saillants sous le fin T-shirt. Des tours à visage ponctuent les entrées, du temple notamment celle de l’est, sacrée, car celle où le soleil se lève. Défilent des groupes de Français, d’Américains, et même de Russes qui n’ont pas l’air de s’en faire à propos de la guerre d’agression à laquelle se livre leur pays sous le président autocrate qu’ils ont élu et réélu. Ils sont relativement plus riches qu’avant, voyagent comme les Occidentaux, en bref, jusqu’à ce que les bombes ukrainiennes en représailles leurs tombent sur la gueule, ils s’en foutent.

Les Cambodgiens connaissent le non-sens. J’observe ainsi deux femmes qui balayent les feuilles dans la forêt, hors de toute piste de circulation, en soulevant un nuage de poussière nocif à tout le monde. J’observe aussi ce gardien qui a posé une brosse à chaussures… à côté de sa paire de tongs.

Les sites que nous visitons se mélangent à la mémoire, tant la journée a été bourrée dans le programme. C’est le rôle des photos, et éventuellement des notes prises à la volée, que de remettre dans l’ordre et de goûter le souvenir. Il y a eu Angkor Thom, le Bayon, le Baphuon, Phimeanakas, la terrasse des éléphants et la frise du roi lépreux avant midi. Puis l’après-midi Srasang, Ta Prohm, Nak Pot et Prea Khanh. Heureusement que le médecin a noté les noms !

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R.K. Narayan, L’ingénieux M. Sampath

Le jeune Srinivas a déjà 36 ans, une femme et un garçon de 11 ans. Mais il ne travaille pas, faute de savoir quoi faire, vivant aux crochets de son frère aîné avocat qui a pris la suite de son père. Un jour, il décide d’aller dans la ville voisine pour créer un journal L’Etendard, où il pourfend les travers de l’administration. Mais il doit pour cela trouver un imprimeur. Tous refusent, sauf un. Il est en effet difficile de se trouver pénalement responsable de ce qui est imprimé sans avoir la main sur les textes. Seul Monsieur Sampath l’accepte.

Acteur devenu imprimeur et médiateur en même temps, Monsieur Sampath est une figure. Généreux, grande gueule, père de cinq fille et d’un bébé garçon fort laid, il mène le monde à la baguette. Quoi de mieux que de dire oui avant de changer les choses à son idée, par petites touches ? C’est ainsi que Srinivas se retrouve avec un magazine hebdomadaire sur une seule colonne au lieu des deux qu’il voulait, imprimé sur un mauvais papier transparent au lieu de celui qu’il voulait. Il est aussi forcé est de livrer sa copie régulièrement, page à page, pour la composition. Car Monsieur Sampat est un mille-pattes qui joue le patron très occupé mais qui n’a au fond qu’un seul employé, un jeune garçon qui finira d’ailleurs par refuser de travailler faute d’être payé.

Sampath se lance alors dans le cinéma. Il devient producteur pour chercher les finances, il embauche son rédacteur pour les scénarios, cherche des acteurs par annonces pour jouer Shiva et Parvati. Mais, comme tout ce qu’il entreprend, ce sera du vent. Les deux compères, qui ont en fin de compte peu en commun, se seront bien amusés mais rien n’aboutira. Srinivas reprendra l’idée de son journal et trouvera un vrai imprimeur. Quant à Sampath, il ira rêver ailleurs.

Ce roman désopilant sur la société indienne d’après-guerre, devenue indépendante mais restée engoncée dans les coutumes et traditions, est bien dans la veine de l’auteur. Il raconte sa propre histoire en même temps que celle de son temps. Il en conclut par un article qu’écrit Srinivas dans L’Etendard, Le non-sens : une occupation d’adulte. « L’état d’adulte n’était qu’un masque porté par les gens, le masque se composant de bajoues, d’un double menton et de diamants d’oreille, voire d’une saharienne verte. Mais en son fort intérieur, l’homme entretenait jalousement le non-sens de son enfance. Non-sens désormais aggravé car dénué d’innocence et de joie pure. Seules les valeurs commerciales conféraient à cet état un vernis d’importance et d’autorité » p. 262. Les gens qui se prennent au sérieux sont pire que des enfants qui jouent.

Rasipuran Krishnaswami Narayan, L’ingénieux M. Sampath (Mr Sampath, The Printer of Malgudi), 1949, 10-18 1998, 287 pages, occasion €4,50

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