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Michel Douard, Avant impact

Et si… Un roman d’anticipation commence comme un conte de fée maléfique où le Démon, le Destin le Hasard, bouleverse l’ordre du monde et la routine établie pour faire surgir la Catastrophe. En 2013, le météore de Tcheliabinsk, en Russie a ravagé 80 km de forêt en Sibérie. Mais si c’était pire ? L’auteur s’est appuyé sur la mission Hera menée par l’ESA et la mission DART de la NASA pour formuler une hypothèse : un croiseur stellaire plus gros, près de deux kilomètres, presque sphérique et d’un seul bloc, de la roche et beaucoup de fer. Selon les estimations, il y aurait 5000 astéroïdes dangereux pour notre planète qui tournent autour depuis des millions d’années et nous n’en avons repéré que 20 %. Alors, pourquoi pas ?

L’astéroïde du roman n’a pas été repéré par les astronomes, peut-être parce qu’il a été dévié par un autre, et il approche désormais à plus de 25 km par seconde. Il devrait toucher les trois-quarts de l’Europe dans dix jours. C’est la panique. « Au sol, ce sera un cratère de cinquante kilomètres environ, peut-être plus. Et l’onde de choc va brûler et balayer les trois-quarts du vieux continent. Je vous confirme que plus de cinq cents millions d’êtres humains sont concernés à court terme. » Il faut évacuer tout ce monde, trouver des pays d’accueil, vite submergés par la vague migratoire et réticents, trouver des transports, réguler le flux.

Le président de la première puissance du monde, les USA, qui risque de perdre des millions de consommateurs riches en Europe, s’en fout. L’auteur lui croque un portrait de bouffon égoïste et bonimenteur : « ce gros homme politique fait son cinéma de président en temps de crise, mais qu’il est soulagé, plus pressé de fanfaronner une fois de plus en conférence de presse que de chercher des solutions pour limiter les dégâts dans le reste du monde. » Une aubaine pour faire du fric : il faut désormais justifier d’un patrimoine d’au moins un million de dollars par famille pour obtenir une Carte Gold de résident et espérer connaître le rêve américain. Mieux, le Trompe (car c’est de lui qu’il s’agit) songe à un nouveau partage du monde entre puissances restantes : « On parle d’un triplement de la capacité des camps de réfugiés en Russie et en Chine dans le cadre d’un accord secret pour le partage d’influence sur la « nouvelle Europe ». Un nouveau Yalta sans guerre, songe David. Le partage d’un continent en ruine sans la moindre intervention humaine. »

Pour émigrer, légalement ou non, il faut voyager léger. Et si possible anticiper : être capable de tout quitter en 24 h sans remord. Son passeport à jour est primordial, sur soi et pas au fond du sac fourre-tout ; un téléphone mobile chargé – et son chargeur ; ses documents (livret de famille, certificat de mariage, carnet de santé…), photos, souvenirs, sur le cloud ; ses médicaments chroniques ; un habillement pratique, lavable, et des chaussures de marche légères (pas des hauts talons, ni des bottes à la mode dans les séries télé) ; la conversion en cryptomonnaie de son patrimoine bancaire évite les confiscations gouvernementales et les défaillances d’établissements ou de systèmes informatiques, mais ne résout pas tout ; de l’argent liquide, mais pas trop pour ne pas se faire voler – et une partie en dollars américains, monnaie internationale ; un seul bagage, si possible sac à dos chacun (y compris les enfants) plutôt que valise, avec une bouteille d’eau et de la nourriture pour deux jours chacun ; des affaires de toilette minimum avec un pain de savon plus qu’un flacon de shampoing liquide, qui peut se répandre et dure moins ; un vêtement de pluie style K-way et une fourrure polaire même s’il fait 30° dehors, on ne peut tout prévoir. En bref, envisager le voyage comme le font les migrants, et pas comme des touristes. Même les vols « réservés peuvent ne pas partir du tout.

Les citoyens, jusqu’alors bons pères de famille et bons époux, sans histoire avec leurs voisins et collègues, transgressent toutes les règles de la vie en société. Chacun pour soi et on sort les fusils. La racaille s’en donne à cœur joie : permis de menacer, de piller et de jouir sans entraves policières. « La peur paralyse et crée le danger, exacerbe les haines aveugles, empêche de travailler ceux qui gardent leur calme. La peur crée des sur-accidents, monte les uns contre les autres. » Il y a des pilleurs qui en profitent, des jaloux qui veulent empêcher les autres de prendre l’avion ou le bateau et n’hésitent pas pour cela à les détruire, des complotistes qui n’y croient pas et se vengent de ceux qui suivent les consignes officielles, des nationalistes régionaux qui défendent « leur » territoire contre les étrangers venus des régions voisines…

L’auteur distille savamment les histoires entrecoupées de divers personnages qui tentent de fuir la catastrophe tout en conservant leur morale. Il décrit une Nouvelle France à la Mélenchon, très mêlée et métissée. Nous pouvons suivre Luis, le footeux prometteur juif de Tours et son copain homo Élie ; Lucie la Guadeloupéenne et son fils autiste Tom, son mari conservateur à Orsay ayant été descendu par des braqueurs ; Ayan le pirate somalien qui veut retrouver sa sœur Imani, forcée d’émigrer en France quand elle était petite, et qui sauve la Sénégalaise Sita et son bébé sur les instances d’un vieil homme pieux ; David le taulard, qui s’est découvert le demi-frère de l’Américain Warren, grand ponte de la NASA, qui est venu en France pour emmener la grand-mère Gittelman échappée d’Auschwitz – laquelle, à 94 ans, est résolue à rester dans son Ehpad de luxe à la frontière suisse ; Bilal le Tunisien pizzaiolo divorcé après 5 ans de taule pour fraude, qui veut fuir au-delà de la Méditerranée avec sa fille Inès.

Tous vont vivre l’Exode de leur résidence vers un aéroport ou un port d’embarquement pour le continent américain ou africain. Nos personnages vont se retrouver pour 100 000 $ chacun en cryptomonnaies (bien pratique quand les banques sont soufflées) sur un voilier de 40 m venant de Jersey, les recueillant sur une plage proche de Saint-Malo pour leur faire traverser l’Atlantique. Évidemment, ceux qui peuvent payer ne sont pas les plus vertueux, un antiquaire belge aux divers passeports, un chef de gang et sa pétasse idiote avec son garde du corps demeuré, un taulard évadé dans la panique qui s’enfile de la coca in the baba, un chirurgien esthétique menacé de procès et sa femme botoxée, un couple de bobos avec deux petits garçons mal, sinon pas élevés.

Les bandits vont évidemment s’emparer du voilier, passant par-dessus bord le gros bourré de diamants et abandonnant trois marins les chercher en plein Atlantique, au large du Sénégal. Les méchants seront-ils tous punis et les bons seront-ils tous sauvés ? A l’aide de ces derniers, des dauphins, un chien, le pirate repenti Ayan et leur astuce. Notamment celle de Tom.

C’est un roman spectaculaire, haletant, aux caractères bien sentis. Il brosse le scénario d’une catastrophe où toute civilisation disparaît pour laisser place à la barbarie, laissant quelques îlots de bonté et de morale dans le chaos. Mais si peu…

Michel Douard, Avant impact, 2026, City Éditions septembre 2026, 397 pages, €20,90

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Attachée de presse Emmanuelle Scordel-Anthonioz escordel@hotmail.com 06 80 85 92 29

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Terre de météorites

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Tombé en amour dès 9 ans pour ces pierres tombées du ciel, Emmanuel Jacquet est maître de conférences au Museum national d’histoire naturelle et continue d’étudier de très près les composants des météorites. Avec le professeur du même Musée Patrick de Wever, ils composent un petit livre très illustré sur ces roches venues de l’espace qui fascinent les hommes superstitieux, mais offrent aussi aux scientifiques des renseignements précieux sur la formation du système solaire.

Il ne faut pas confondre ce qui passe dans le ciel comme une étoile, ce qui file dans l’atmosphère comme un bolide et ce qui tombe sur le sol comme une pierre, tuant (rarement, 90 cas en moyenne par an), occasionnant des dégâts (souvent), et jonchant le sol des déserts. L’objet qui brille et passe est soit une comète (glace et poussières), soit un astéroïde (roche majoritaire) ; celui qui pénètre notre atmosphère est un météore, appelé souvent étoile filante parce qu’il brille intensément en brûlant dans l’air terrestre ; ce qui reste et tombe est plus ou moins gros et plus ou moins chaud (écorce brûlante et noyaux glacé, comme une omelette norvégienne). On évalue à 36 000 tonnes par an cette matière extraterrestre qui impacte la surface de notre planète, mais les particules sont pulvérisées et seulement 6000 tonnes par an sont des fragments visibles. Le risque de voir tomber une météorite de 50 m de diamètre semble ne surgir que tous les 1000 ans.

Lorsque l’on trouve un gros caillou bizarre, ce n’est pas forcément une météorite ; on la reconnait à sa croûte brûlée, à son poids et à son magnétisme, tous deux dus aux minéraux métalliques qui la composent. Mais la marcassite (sulfure de fer) ressemble lui diablement sans en être une : quand on le casse, on constate un cœur de fibres en rayons.

« On admet aujourd’hui que la majorité des météorites proviennent des astéroïdes qui se trouvent entre Mars et Jupiter » p.21. Pas de fantasmes sur les galaxies lointaines… Jupiter a perturbé l’accrétion des poussières en véritable planète et conserve en équilibre instable un anneau de matière, relique du système solaire primitif (avant la formation des planètes). Certaines météorites renferment des minéraux inconnus sur Terre (carbures de titane ou de zinc, molybdène, nitrures de silicium), certains même datant d’avant la formation du système solaire (carbure de silicium).

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Les comètes tombent soit parce que leur trajectoire a été déviée par un choc avec un autre astéroïde, soit par « l’effet Yarkovsky » qui explique comment le côté chauffé plus que l’autre exerce une petite poussée sur l’astéroïde qui change peu à peu sa trajectoire.

La Terre est composée aux trois quarts d’océans, mais 188 cratères de météorites sont visibles sur les terres émergées. Meteor Crater, en Arizona, mesure 1.2 km de diamètre et provient d’une météorite d’une vingtaine de mètres de diamètre qui s’est écrasée à 50 000 km/h il y a 50 000 ans en balayant tout dans un rayon de 15 à 20 km. Rochechouart est la gloire française en termes de cratère : situé entre Limousin et Charente, il fait 21 km de diamètre (mais l’érosion l’a en partie effacé). Il a provoqué un tremblement de terre de magnitude 8.2 et un raz de marée dont on retrouve les traces jusqu’à 1300 km alentour – mais c’était il y a 2 millions d’années. Le plus célèbre cratère se situe sur la péninsule du Yucatan au Mexique ; on en a fait (faussement) l’origine de la disparition des dinosaures (amplification et déformation typique des médias, selon les auteurs). Le bolide avait 10 km de diamètre et est tombé il y a 66 millions d’années, engendrant une pulvérisation équivalent à « 100 millions de bombes d’Hiroshima » (p.35), un tsunami et un gigantesque incendie qui a obscurci l’atmosphère terrestre et l’a refroidie pendant plusieurs années.

Le lecteur se souvient probablement de la météorite de Tcheliabinsk, explosant dans l’atmosphère de l’Oural le 15 février 2013 et abondamment filmée par les caméras embarquées des voitures. D’un diamètre de 15 à 17 mètres, elle a explosé six fois, se diffusant sur une ellipse de 60 x 2 km en fragments qui n’ont pas faits de dégâts – mais les ondes de choc, si ! Impacts sur les murs, les voitures, bris de verre. La météorite de Draveil (Essonne) en 2011 a lâché des fragments jusqu’à 5.2 kg, fracassant « une tuile du toit de Madame Comette (ça ne s’invente pas !) » p.60.

Précis, largement imagé, clair et maniant l’humour comme on le voit, ce petit livre m’évoque l’enchantement de mon enfance avec l’encyclopédie hebdomadaire Tout l’Univers. Quiconque s’intéresse à ces objets venus de l’espace y trouvera un condensé du savoir complet actualisé, notamment le point sur l’origine de la vie et les relations des météorites avec la politique (mais si, il y en a !) – tout cela facile à lire et fort plaisant.

Patrick de Wever et Emmanuel Jacquet, Terre de météorites, 2016, EDP Sciences, 88 pages, €12.00

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 balustradecommunication@yahoo.com

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Benoist-Méchin, Alexandre ou le rêve dépassé

jacques benoist mechin alexandre le grand

Quelle que soit la part d’embellissement, d’interprétation de la réalité historique, en bref quelle que soit la part du mythe que recèle toute tentative de biographie d’Alexandre le Grand, il reste que ce livre vous laisse plus vif qu’avant de l’avoir lu.

Benoist-Méchin a opéré une synthèse rapide, subjective mais brillante, de la vie du jeune Grec. Alexandre est présenté comme un météore, le premier Grec à faire le rêve de fusionner orient et occident, ce qui hante et a hanté plus ou moins tous les hommes de culture. C’est plus un essai qu’une biographie scientifique : l’ouvrage présente un « type » d’homme plus qu’un homme réel.

Alexandre est un adolescent. Il est resté tout au long de sa vie jeune, impulsif, qui va jusqu’au bout de ses aventures. Pour lui, rien n’existe hors ce qu’il fait. Il a cette frénésie de l’en-avant qui fait le prix de cet âge. Mais il est aussi inquiet, tendu, miné d’obscure angoisse. Est-ce cela qui le pousse toujours en avant ? L’ombre de son père qui l’oppresse ? L’ambition de sa mère qui l’aiguillonne ? Il y a de la démesure en ce jeune général.

Ses conquêtes ? Une chevauchée avide d’immensité, la gloire d’aller toujours plus loin. Sa tactique militaire ? Simpliste, elle consiste à masser ses forces au point le plus faible de l’ennemi, à l’enfoncer, et à recommencer ; pour le reste, rapidité de mouvement et discipline ; avec la science grecque des machines de siège. Rien d’extraordinaire sinon une bougeotte perpétuelle.

alexandre le grand carte des conquetes

Le fleuve grec se serait sans doute perdu dans les sables si les soldats, plus rationnels que le jeune homme à leur tête, n’avaient refusé un moment d’obéir. Ceci se passait devant le fleuve Hyphase qui se jette dans l’Indus, en août 326. J’y suis allé, le pays est désertique et les rochers, sévères, dessinent comme une mise en garde. Alexandre traverse seul le fleuve, nul ne le suit. Déçu, il revient et donne le signal du retour. Mais il fait ériger auparavant douze grands autels en forme de tours (aujourd’hui disparus), sexes dressés au dieux, défis aux pères. L’adolescent prouve ainsi qu’il devient adulte. Mâle par la guerre, femelle par les villes qu’il fonde et par les femmes qu’il féconde.

L’esprit grec est cette combinaison d’intelligence, d’audace et de technique. Elle est chantée dans les récits de l’Iliade, Ulysse et le cheval de Troie, le pieu rougi au feu et les moutons de Polyphème, dans le mythe de Dédale et de ses ailes artificielles, des sièges d’Halicarnasse, de Tyr et d’autres lieux. Mais Alexandre n’a pas l’équilibre grec en lui-même, il est trop fougueux, trop frénétique. Il sait entraîner, mais sait-il bâtir ? Qu’aurait été son périple s’il avait eu pour compagnons de vrais adultes grecs mesurés et savants plutôt que Néarque, Parménion, Hephaestion, Polyèdres, Diades et autres ? Ce général, cet amiral, ces ingénieurs et ce merveilleux ami-amant, ministre et grand vizir, confident, consolateur, tampon et exécutant critique de la fougue alexandrine ?

alexandre le grand

Certes, Alexandre n’est pas un dieu ; il est bien plus le symbole de la Grèce antique. Ce sont sa technique, son courage, sa culture qui ont vaincu, plutôt qu’un homme seul, fût-il le plus grand.

Il reste qu’Alexandre est une figure qu’un garçon aime invoquer. Il a tout ce qui fait l’idéal d’un Grec : la beauté, la jeunesse, l’audace, la puissance, l’amour – et ce destin tragique qui lui donne une existence intense comme celle d’Achille, si vite consumée. C’est en ce contraste tragique, probablement, que réside l’émotion que suscite le récit de sa vie. L’association de la jeunesse et de la mort a toujours fasciné et Benoist-Méchin rend bien cette antithèse.

Jacques Benoist-Méchin, Alexandre ou le rêve dépassé, 1976, Tempus Perrin 2009, 352 pages, €9.00 

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