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Nabil Mallat, Le secret d’Osiris

Thriller d’un Libanais de 38 ans qui a étudié aux Etats-Unis, ce roman a pour cadre l’Egypte d’aujourd’hui et pour perspective la naissance des grandes religions.

Un groupe d’archéologues français et égyptiens financés par un Américain, fouille « le puits d’Osiris », trois chambres souterraines sous le plateau de Gizeh. Dans la troisième chambre, 35 m sous terre, ils découvrent un simple sarcophage avec pour décor le seul symbole d’Osiris, « le premier des Occidentaux » et pharaon originel mythique de l’Egypte. La tombe serait celle de l’homme devenu dieu, 9500 ans avant. Dedans, un squelette… plus un mystérieux papyrus qui va faire l’objet de toutes les convoitises. Autour, des colonnes décorées de hiéroglyphes mais qui semblent plus récentes que le sarcophage. Ce décalage est un mystère, faisant surgir l’ombre d’une société secrète qui protégerait la relique dans les siècles.

L’auteur ne cache rien du nationalisme jaloux des Egyptiens modernes pour tout ce qui appartient à leur terre, même avant l’islam. Il décrit avec ironie les bisbilles entre hauts fonctionnaires chargés des antiquités qui veulent se faire valoir auprès du pouvoir. Il met en scène l’éviction sans conditions des étrangers, qu’ils soient fouilleurs spécialistes ou financeurs, dès lors que le retentissement international peut profiter à la vanité égyptienne. Maxime le Français, Stella et John les Américains, quitteront le site et le pays le soir même de leur découverte, une fois « les autorités » consultées. Ils ne sont plus autorisés à fouiller et doivent remettre leurs recherches. Trouver la tombe d’Osiris ne saurait être le fait de vils étrangers mécréants.

Sauf qu’un mystérieux national qui se fait nommer Seth, le frère mauvais d’Osiris, convoite les trouvailles pour on ne sait quelle raison et, la nuit qui suit la découverte, cherche à voler le papyrus. Mais le document a disparu et seuls les découvreurs l’ont vu.

Lorsqu’il ressurgit, aux Etats-Unis par un tour de passe-passe que je vous laisse découvrir pour le sel de l’aventure, il est écrit en langue déchiffrable, ce qui semble un paradoxe près de dix millénaires plus tard. L’Enseignement primordial serait le premier texte égyptien transcrit par Imhotep, l’architecte qui inventa les pyramides. Il décrit en grec ancien (!) écrit en hiéroglyphes (!) comment Osiris a dû quitter ses terres fertiles en raison du manque d’eau avant de trouver asile près du haut Nil. Quel est donc ce mystérieux pays vert qui existait en son temps ? Un expert de la NASA obtient des photos du Sahara reconstitué en fonction de la météo estimée à l’époque. D’après le texte, le site originel pourrait se situer sur son bord nubien, à Nabta Playa. Cet endroit aujourd’hui désertique aux frontières de l’Egypte laisse encore voir des mégalithes en forme d’observatoire astronomique, une tombe de vache et celle d’un enfant nubien de 3 ans. Rien d’autres.

Une mission américaine financée par le Congrès est envoyée sur place après un soft power appuyé auprès des politiciens égyptiens. La menace de Seth, qui a tué l’un des fonctionnaires égyptiens de l’archéologie, fait que c’est l’armée américaine qui va sécuriser le site. Car tous sont menacés. Ils détiennent ce que Seth veut : le papyrus. Il prouverait une théorie à laquelle il tient.

Le thriller se fait alors haletant car le fameux Seth n’est pas si loin qu’on croit, même si la police égyptienne se vante de l’avoir arrêté !

C’est un peu tiré par les cheveux avec beaucoup d’invraisemblances et de raccourcis, mais l’écriture est vive et l’ensemble mené tambour battant sur près de 300 pages. Le lecteur ne s’ennuie pas. Mais Zeus discourant comme un politicien yankee dans une suite du Critias de Platon, c’est un peu gros.

Nabil Mallat, Le secret d’Osiris, 2013, éditions de l’Archipel, 284 pages, occasion €26.79 e-book Kindle €12.99

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Fleurs de Bretagne

J’aime les fleurs du Finistère. Il ne gèle presque jamais en bord de mer et il pleut suffisamment : les fleurs s’y épanouissent à loisir. Elles sont grasses, gorgées d’eau et de minéraux, « florissantes »…

Gloire en premier à l’hortensia : il en est de roses comme ailleurs, mais aussi bleus et mauves !
hortensias bleus et mauves

Les hortensias bleus sont mes préférés, de couleur veloutée, profonde.

fleurs hortensia bleu

Ils aiment à pousser au bord de l’eau, ou contre un mur qui garde le frais et l’humide plus longtemps.

hortensias bleus

Les roses s’étalent sous la rosée…

rosee sur rose

Elles sont roses, jaunes, autres.

rose rose rose jaune

Les pétunias font comme une peau de jeunesse.

petunias

Les asters vous regardent de leurs longs cils.

asters

L’hémérocalle est délicate.

hemerocalle

Et le palmier papyrus pousse aussi bien que dans les pays chauds.

palmette

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Temple de Karnak

Nous joignons Thèbes, le temple est immense, 123 hectares, pas encore dégagés du sable dans sa totalité ; seuls 14 hectares sont fouillés jusqu’au sol antique. Nous sommes devant le gigantesque temple d’Amon, « le Caché », construit et remanié plusieurs fois par les pharaons du Nouvel Empire, de 1580 à 1085 BC. Les conceptions différentes, les vengeances et le souci d’effacer les traces des schismatiques ont fait construire et détruire les bâtiments. Il en reste un gigantesque chaos qu’il est difficile de comprendre aujourd’hui.

karnak architraves

Faisons plutôt comme Flaubert, laissons-nous impressionner : « la première impression de Karnak est celle d’un palais de géant. » Sous Ramsès III, 81 322 personnes servaient le temple dans toute l’Égypte, car son clergé possédait 2393 kilomètres carrés de champs le long du Nil. Le dieu Amon forme ici une triade avec Mout, déesse du ciel, son épouse, et Khonsou, dieu lunaire représenté en enfant porteur d’un croissant de lune, leur fils. Toute la famille était réunie, augmentant la puissance du lieu. On a comparé le temple à une centrale nucléaire où quelques techniciens, les prêtres, canalisaient des flux énormes d’énergie. Les multiples enceintes, les cours, les couloirs, les cachettes contenant des statues secrètes, accréditent cette idée de puissance formidable. Les prêtres rendaient des oracles par la barque d’Amon.

karnak horus pharaon

Une rangée de sphinx protège l’entrée, côté Nil. Ils ont des corps de lions gardiens (puissance agressive) et des têtes de bélier à cornes recourbées (image d’Amon). Le grand pylône d’entrée date des Ptolémée (III° siècle BC) et protège le temple des forces impures. Sa forme évoque le hiéroglyphe de l’horizon et signale la fonction cosmique du site. De hauts mâts en bois de plus de trente mètres étaient jadis encastrés dans les rainures verticales du pylône ; ils représentaient les piliers sur lesquels repose la voûte céleste. La surface du pylône elle-même est gravée de reliefs représentant la puissance et montrant la défaite définitive du chaos grâce à l’action du pharaon. Cinq pylônes de plus en plus petits se succèdent ensuite dans l’enceinte.

karnak colonnes

Dans la grande cour, une statue colossale de Ramsès II (1290 BC) se dresse. Ce pharaon a fait terminer la grande salle hypostyle que nous verrons après. Le roi se tient dans une attitude osirienne, les bras croisés sur la poitrine tenant la crosse et le fouet, symboles respectifs du pouvoir et d’Osiris. Sa reine, Nofretari, est représentée à ses pieds, toute petite. L’immense salle hypostyle de 134 colonnes a été construite entre les règnes d’Horemheb et de Ramsès II. Cette colonnade massive enserre, bien qu’aujourd’hui on voie le ciel. C’est du Monumenthâl à la germanique, du massif, du carré Kolossal ! Le temple est la version totalitaire de l’État, la première image du « roi-soleil » si chère aux nostalgies françaises d’où, peut-être, leur fascination actuelle pour ces vestiges ! Dans l’Égypte ancienne, le pouvoir royal était un attribut du créateur du monde, le dieu soleil Rê, dont le pharaon était le fils. D’essence divine, ce pouvoir était absolu, il ne pouvait se partager. Pharaon était acteur unique de l’histoire ; il combattait perpétuellement pour la sauvegarde de l’ordre idéal du monde et de la société, selon les Lois établies par le créateur contre le désordre de la réalité et les faiblesses humaines. Le politique était religieux, servi par la machine administrative des scribes fonctionnaires.

karnak pharaon

C’est peut-être ce symbolisme qui séduisait si fort Mitterrand, probable dernier roi-républicain, soucieux de l’équilibre du monde, de la place de la France et du progressisme scientiste. L’axe du temple figurait la course du soleil du jour à la nuit. Le passage graduel de la lumière à l’obscurité, des cours ouvertes aux salles obscures, conduisait au sanctuaire qui contenait la statue du dieu. Ce point figurait l’extrémité du monde, où terre et ciel se rejoignent dans les ténèbres du crépuscule. Résidence terrestre du dieu, microcosme sacré entouré de murs qui le protégeaient du profane, chaque journée voyait se rejouer le mystère de la création renouvelée. Chaque jour les prêtres réveillaient la statue de la divinité, l’habillaient et la promenaient ; au soir on la recouchait dans ses bandelettes, pour son séjour dans la nuit et dans le royaume des morts. Le Soleil était la vie, le dieu, l’espoir d’un monde après la mort, comme il resurgit de l’horizon à chaque aurore. Sur la statue d’un prêtre de la XXIIème dynastie à Karnak était gravée cette formule : « le fugitif instant où l’on perçoit les rayons du soleil vaut plus qu’une éternité passée à régner sur l’empire des morts. »

karnak bulle personnage

L’allée centrale rassemble une foule si grande que l’on se croirait à Lourdes ou au Vatican. Il n’en est rien. Ici, les touristes vont au temple comme au supermarché en Europe : le site se consomme allée par allée, il « faut tout voir ». Et les groupes ignares boivent les explications de guides incultes, en mitraillant de photos ineptes bobonne et les mioches devant les sphinx ou les colonnes. Remarquent-ils – mais il faut lever les yeux jusqu’à 22,40 mètres au-dessus du sol et se poser la question – que les fûts des colonnes sont comme des tiges énormes, et que le chapiteau est une fleur ouverte de papyrus ? Que les douze colonnes de la nef centrale sont plus hautes que la centaine d’autres qui les bordent (14,74 mètres) dont les chapiteaux ne sont que des fleurs de papyrus en boutons ?

L’ombre portée des colonnes est un havre de fraîcheur dans la touffeur du soleil impitoyable. Les scènes rituelles gravées sur les fûts sont parfois colorées comme des cases de bandes dessinées. J’apprécie quelques instants de solitude relative, loin du guide. Je visite aussi la suite seul. Une seconde cour recèle deux obélisques, pointus comme des broches à rôtir – c’est d’ailleurs ainsi que les ont nommé les grecs : obeliskos. Ils servaient de protection, tels des paratonnerres. Celui qui s’élève Place de la Concorde à Paris vient de Karnak ; il est celui de Ramsès II, offert par le gouvernement égyptien et ramené en 1833.

karnkar frise

Le lac sacré a été reconstitué. Des touristes idiots font sérieusement sept fois le tour du scarabée de granit « porte-bonheur » posé sur un bloc près de l’édifice du roi Taharqa. Quatre tas de chair affalés le long du mur des propylées du sud font rire les voyages scolaires indigènes. Ce sont trois femelles anglo-saxonnes rougeaudes aux épaules dénudées, et leur mâle qui a enlevé son tee-shirt sur sa chair pâle et tremblotante de poisson. Le ridicule non seulement ne tue plus mais n’affleure même plus à la conscience. L’Anglo-saxon, hors de chez lui, se sent tellement le représentant d’une haute civilisation qu’il s’imagine donner le ton au monde entier.

C’est ensuite une grosse allemande qui se fait prendre par son mec derrière une statue sans tête, sous les colonnes de la salle hypostyle. Rien de graveleux, rassurez-vous, mais une photo ringarde avec la grosse prenant le corps de déesse de la statue pour une photo en pied avec sa propre tête qui dépasse du corps de la statue. Un petit Blanc joue aux cailloux et ses parents le regardent, attendris, sans prêter aucunement attention aux bas-reliefs antiques. Une maman pose d’autorité sa petite blonde devant un colosse pour la photo – c’est déjà plus adapté, la petite devient la reine du pharaon ainsi statufié. Viendra-t-il un jour réclamer son dû ?

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Edfou

Le temple égyptien symbolise pour Dji (qui aime à être iconoclaste) un homme couché : les colosses d’entrée en sont les pieds, la première cour péristyle avec ses deux rangées parallèles de colonnes sont les jambes, les deux salles hypostyles le torse. Entre la cour et les salles, une pierre de granit représente le sexe. Dans le sanctuaire, l’autel est la bouche et, sur le mur du fond, la représentation d’un scarabée figure les deux parties d’un crâne vu de dessus. Pourquoi pas ? Les Égyptiens ont dû ressentir le temple comme un corps physique où le Ba psychique du dieu pouvait s’unir à la terre et s’y ancrer.

temple Edfou

Mais je me méfie toujours du systématisme comme de la recherche constante du sens « caché » des choses ; les archéologues sont des scientifiques, malgré l’aspect littéraire de leur objet d’étude et, en dépit des paranoïas et des querelles de personnes, ils ont le sens du raisonnable et du respect pour les faits. Ils peuvent errer un moment, se fourvoyer dans quelque hypothèse, mais le débat intellectuel et les tâtonnements de la recherche dans le temps font que la vérité « probable » se fait inévitablement jour. Nous sommes loin du XIXème  siècle où seuls quelques pontes gardaient la haute main sur l’égyptologie !

2001 02 Egypte ticket temple Edfou

L’actuel temple d’Edfou, dédié à Horus le faucon solaire protecteur des pharaons, a été construit par les Grecs. Il fut entrepris sous Ptolémée III vers 237 et achevé 120 ans plus tard sous Ptolémée XII. Mais il a été bâti sur l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien. Il est le second plus grand temple de l’Égypte après celui de Karnak. Deux faucons de granit noir précèdent le pylône d’entrée, cette vaste surface, plane comme un mur de forteresse. Sur ce dernier, très grand et presque massif, le roi sacrifie des captifs qu’il tient en grappe par les cheveux. Cette image de la victoire sur les ennemis est destinée à éloigner le mal. Un mur d’enceinte sépare la partie religieuse de la partie profane.

colonnes temple Edfou

Le guide n’est pas Dji, qui a notamment à gérer les déplacements de ses innombrables felouques  – mais un guide local parlant français, assez mauvais et trop bavard. Il se croit obligé de remonter à Cléopâtre, la grande pute de luxe, pour nous expliquer le temple que l’on a sous nos yeux ! Je l’écoute cinq minutes avant de le laisser tomber et de m’avancer seul entre les colonnes et dans les pièces successives. Je ne crois pas avoir manqué grand chose des explications, à écouter les autres ultérieurement. D’ailleurs, qu’importe : plus on Edfou, plus on lit !

temple edfou colonnes

Les colonnes des salles n’ont pas pour fonction de porter un toit, elles sont trop serrées pour cela. Elles figurent des papyrus pétrifiés et symbolisent un marécage qui conduit vers le tertre primitif (le saint des saints) qui s’est soulevé des eaux. On dit que, lorsque le Nil était dans ses plus fortes crues, il inondait la salle hypostyle de nombreux temples et donnait ainsi l’illusion du marais primordial. Depuis l’entrée, les salles se font de plus en plus petites et de plus en plus sombres ; c’est voulu.

frise temple Edfou

L’apothéose devait être le sanctuaire qui abritait la statue sacrée. Aujourd’hui il est vide : les dieux meurent lorsque l’on ne leur fait plus offrande et que l’on ne prononce plus leurs noms. Dans une salle s’ouvre le « laboratoire », appelé ainsi parce que, sur les murs, sont gravées en hiéroglyphes ce que l’on peut prendre pour les formules des parfums employés lors des cérémonies. La construction du temple est symétrique, le long d’un axe ; mais on constate une déviation, comme un refus du systématique et du rigide. Est-ce voulu ? Les temples sont le cosmos reflété, la résidence locale de la divinité, le complexe qui capte l’énergie divine. Construire un temple, c’est répéter la création. L’eau atteinte en creusant les fondations rejoint l’eau primordiale.

plafond grave edfou

On nous fait visiter le « nilomètre » où la nappe phréatique issue du fleuve vient lécher les bas-fonds. Cet endroit ne servait pas seulement au symbole, ou à mesurer la hauteur des crues du Nil, il servait aussi de puits qui fournissait l’eau au culte.

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