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Caodaïsme

Puisque nous allons visiter un petit temple caodaï au retour à Hoi Han, Tom nous parle du caodaïsme. Ce courant spirituel est né en 1921 d’une révélation d’un spirite. Ngô Van Chiêu, fonctionnaire vietnamien dit être entré en contact, lors d’une séance de spiritisme, avec un « esprit » qui se nomme Cao Dai Tien Ong (Cao Dai signifie « Haut Palais »). Le caodaïsme est créé en 1925 comme mouvement syncrétique de confucianisme, de taoïsme, de bouddhisme, avec des rituels d’église catholique – et même de Victor Hugo. Le Caodaïsme prône la pratique du bien, de la vertu, l’amour universel, et les femmes ont le même statut que les hommes ; elles peuvent occuper les mêmes positions dans la hiérarchie religieuses. Victor Hugo a été élevé au rang de Saint et les esprits de personnalités telles que Jeanne d’Arc, Jules César, Lénine ou Shakespeare sont vénérés par les croyants. 4 millions de pratiquants sont recensés au Vietnam. Le mouvement prône une non-violence stricte et se veut apolitique, après avoir collaboré avec les Japonais en 1940 et le Vietminh ensuite, avant de rallier les Français puis les Américains.

Il croit à la transmigration des âmes et à l’existence d’entités supérieures, de même qu’à l’existence du paradis et de l’enfer. Le décorum du temple est catho–musulman. Le caodaï est représenté par un œil dans un triangle et par la grande mère Bouddha. Ses couleurs sont le jaune pour le bouddhisme, le bleu pour le taoïsme et le rose.

Le temple que nous visitons est tout neuf, il a été inauguré en août 2023. Il est très coloré, kitsch. Il faut enlever ses chaussures pour y pénétrer, en signe de respect. Un seul pratiquant est en prière, il nous ignore. Le mouvement est unique au Vietnam et seul au monde.

Nous déjeunons au restaurant Ngoc Tuyet à Doi Han avec huit plats que nous trouvons très bons et dévorons avec appétit. Il faut dire qu’il est 15 h et que nous n’avons rien mangé depuis 8 h – il y a de quoi apprécier la soupe poulet-maïs-nouilles, les nouilles sautées aux légumes, le porc frit en escalope pannée, les aubergines au wok sauce soja, le poisson et ses légumes cuits en feuille de bananier, le morceau de pastèque final – et j’en oublie un.

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Elisabeth George, Le cortège de la mort

Voici un pavé bienvenu. Ce roman policier qui a le talent du roman psychologique à l’anglaise (bien qu’écrit par une Américaine) est en effet « un double », comme on le dit d’un whisky qu’on commande au barman. Son nombre de pages mêle deux intrigues, intriquées en chapitres distincts à caractères typographiques différents. Je ne vous en dirais pas plus, sinon que ce n’est pas par hasard.

Tout commence par un crime, un double crime comme il se doit. Les deux ont lieu à dates différentes mais à Londres, lieu de perdition comme Babylone pour les Américaines qui veulent se faire des frissons.

Le premier meurtre a pour cadre un cimetière et pour victime une femme, égorgée de face par quelqu’un qui la connaissait : tous les ingrédients de la terreur politiquement correcte, entre Bible et féminisme. Sauf que la victime vient de la campagne, orpheline très tôt, et qu’elle a cherché « depuis l’âge de douze ou treize ans » le garçon qui la contente. On apprendra en fait que c’était depuis l’âge de onze ans et avec tous ceux qui la sollicitaient… Encore une fois, l’Angleterre d’aujourd’hui est pour Elisabeth George, née dans l’Ohio et vivant à Washington, ce qu’était la Germanie pour le romain Tacite : un lieu mythique où tous les fantasmes peuvent se réaliser.

Le second crime est plus sordide, même s’il est inspiré d’une histoire vraie, le meurtre du petit James Bulger en 1993 : trois gamins de onze ans, racailles déstructurées (blanches) de banlieue, ont enlevé, dénudé, battu à la brique et à la barre de fer, violé au manche de brosse dans l’anus et tué dans des WC chimiques… un garçonnet de deux ans. Des vidéos de surveillance attestent de l’enlèvement et différents témoins des étapes suivies. Le titre américain du roman parle de « body » of death. Comme souvent le mot a plusieurs sens : le corps, mais aussi le corsage ou la coque, la force (au sens d’un vin qui a du corps), la collection ou même la forme (l’emboutissage). L’idée sous-jacente est que le morbide entraîne la mort qui, par enchaînement, se répand… Notre société moderne début XXIème siècle est mortifère, du moins sa caricature babylo-londonienne.

C’est ce qui arrive dans l’intrigue. Mais l’optimisme américain élève contre ce pessimisme les personnages positifs que sont la cohorte des flics. Nous avons comme toujours l’inspecteur comte Thomas Lynley, qui se remet peu à peu du meurtre de sa femme « pour rien », par un Noir déstructuré de onze ans ; le sergent Barbara Havers aux dents épouvantables et à la vêture banlieue ; son collègue méticuleux, ex-gangster rasta Nkata ; la commissaire par intérim divorcée Isabelle Ardery qui siffle des mignonettes de vodka pour contrer le stress d’un milieu machiste et d’une hiérarchie qui la met sous pression ; la petite Haddiyah, pakistanaise de 9 ans, qui finit par retrouver sa mère… Comme quoi la résilience est possible à ceux qui ont une base éducative. Pas aux autres. Leçon des Lumières américaines au laisser-faire anglais.

Les ingrédients sont nombreux et les fausses pistes ne manquent pas. Le lecteur ne devine rien – et tout ne se met en place que très tard, dans ce grand art du suspense qu’Elisabeth George possède à la perfection. Londres renvoie au Hampshire, l’existence urbaine close aux grands espaces de la New Forest près de l’île de Wight où les cottages ont encore le toit de chaume, réparés par des chaumiers aux outils forgés spécialement, et où les poneys paissent librement, surveillés par des agisters. Vous ne savez pas ce que c’est ? Moi non plus avant de lire. Eh bien (si vous avez cliqué sur le lien), vous voilà au courant maintenant. On apprend tous les jours.

L’enquête est faite non de rôles convenus comme à Hollywood, mais de personnes avec leurs propres vies et leur affectivité. Elle fera rencontrer des tranches de vies snob ou sordides, courriers du cœur ou cocktails mondains. J’aime le sens aigu d’observation de l’auteur, tels ces « adolescents en quête d’un refuge où traîner, envoyer des SMS et, le reste du temps, avoir l’air cool » p.313. Plus vrai que nature, ce raccourci ! Nous ferons connaissance de Yolanda la spirite au tailleur Chanel orange, d’un schizo japonais commandé par les anges, d’un patineur aux trois épouses et quatre enfants, d’un italo-baiseur aux deux métiers, d’une écolo-logeuse… Ou encore ce spécimen rare : « Il a fréquenté les écoles privées. Il porte des chemises roses. Il a cette voix… Il prononce toutes ses phrases si loin dans la gorge qu’il faut presque l’opérer des amygdales pour arriver à lui extraire les mots » p.900. Comment peut-on être persan ? Au fait, Lynley a changé de voiture, il a délaissé la Bentley pour rouler désormais en Healey Elliott 1948.

C’est ce patchwork qui fait la densité des romans d’Elisabeth George. Certes, celui-ci est long, mais il mérite d’être dégusté à petites doses, posé et repris jusqu’au final. Il ne perd rien à mûrir, comme le bon whisky !

Elisabeth George, Le cortège de la mort (This Body of Death), 2010, Pocket 2011, 1016 pages, €9.31

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