Au sortir des actions de Résistance, durant le clivage pro et anti-stalinien de guerre froide, alors que commencent les événements d’Algérie et deux ans après ‘Les mains sales’ de Sartre, Camus écrit une tragédie en cinq actes sur le terrorisme. Les Justes sont ceux qui se mettent au-dessus des lois et de la simple humanité pour revendiquer les Idées pures. Ils se prennent pour Dieu, récusant le présent forcément imparfait pour l’avenir toujours radieux. Ils sont du côté de Platon et du Bien, flottant au-dessus des hommes, les incitant à sortir de la caverne terrestre pour accéder à la lumière absolue, éternelle.
Camus s’inspire de faits réels et de personnages ayant existé. « En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des ‘Justes’ », écrit-il dans sa prière d’insérer. Lui admirait ces hommes et ces femmes épris d’absolu. Il opposait leur idéalisme en actes à ce qui est devenu la bureaucratie socialiste, ce « système confortable » de la terreur où les commanditaires ne se salissent plus les mains, bien à l’abri derrière des décrets anonymes.
Tout le tragique de ce monde réside entre l’exigence de justice et l’inhumanité des moyens pour y parvenir. Est-ce que tuer des enfants fait avancer la justice humaine ? Faut-il accepter d’en tuer deux pour que des milliers connaissent une vie meilleure ? Lancer la bombe contre un Principe inacceptable n’a-t-il pas pour conséquence de massacrer un être vivant réel qui n’incarne pas forcément le mal absolu ? S’habituer à tuer, sans état d’âme, n’ôte-t-il pas l’humanité en nous ? Ce sont toutes ces questions que Camus remue. Elles restent actuelles, le fanatisme islamiste n’a fait que remplacer le socialisme révolutionnaire.
L’auteur s’efforce de dépasser l’émotion devant l’horreur. Certes, le terroriste Kalialyev s’abstient de lancer sa bombe parce que la calèche du grand-duc emporte aussi deux enfants, ses neveux. Cet épisode s’est d’ailleurs passé tel quel dans la réalité historique : les socialistes de 1905 avaient encore une conscience, celle que Lénine et ses affidés staliniens vont piétiner une génération plus tard. Mais Kalialyev lance sa bombe quelque jours après et tue le grand-duc seul. L’objet de la pièce est de montrer que tout n’est pas permis et que l’action elle-même a des limites.
Camus oppose ainsi les nihilistes et les révolutionnaires :
- Les nihilistes sont réactifs, haineux, solitaires emplis de ressentiment, intransigeants parce qu’ils ne sont pas purs dans leur volonté de changer le monde : ils n’aiment ni leurs semblables, ni l’amour… Ils se mettent en retrait de l’humanité qu’ils méprisent. Stepan est leur porte-parole. Pour lui, « la bombe seule est révolutionnaire » (I).
- Les révolutionnaires sont amoureux, veulent être aimés de tous, ils désirent le monde meilleur et acceptent de se salir les mains ou de faire sacrifice de leur amour terrestre, de leur vie même, si cela peut faire avancer la conscience de l’injustice. Kalialyev est leur symbole. Il aime Dora mais refuse cet égarement au nom de la Cause. Pour lui, il s’agit de « la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie » (I). Donc « tuer des enfants est contraire à l’honneur » parce qu’une révolution authentique ne peut oublier l’honneur d’être un homme, « la dernière richesse du pauvre » (II).
Stepan : « Je n’aime pas la vie, mais la justice qui est au-dessus de la vie ». Camus dira plus tard, à propos du terrorisme en Algérie, qu’il préfère sa mère à la justice. Le monde des Idées n’est pas le sien, trop abstrait, trop fumeux, permettant de justifier n’importe quoi. Il lui préfère le monde des hommes, ici-bas et imparfait, qu’il faut patiemment réformer plutôt que de se croire Dieu, le pouvoir de mort de la bombe à la main. Il décrit parfaitement l’engrenage qui va de l’idéalisme pour la justice à la réalité d’une Organisation inhumaine qui pense à la place de ses citoyens, leur imposant son pouvoir absolu.
Le dialogue entre Dora (porte-parole de Camus) et Stepan (qui ressemble à Sartre) est édifiant :
- « Dora – Ouvre les yeux et comprends que l’Organisation perdrait ses pouvoirs et son influence si elle tolérait, un seul moment, que des enfants fussent broyés par nos bombes.
- Stepan – Je n’ai pas assez de cœur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera.
- Dora – Ce jour-là, la révolution sera haïe de l’humanité entière.
- Stepan – Qu’importe si nous l’aimons assez fort pour l’imposer à l’humanité entière et la sauver d’elle-même et de son esclavage.
- Dora – Et si l’humanité entière rejette la révolution ? Et si le peuple entier, pour qui tu luttes, refuse que ses enfants soient tués ? Faudra-t-il le frapper aussi ?
- Stepan – Oui, s’il le faut, et jusqu’à ce qu’il comprenne. » (II)

Toutes les dérives des régimes révolutionnaires sont contenues dans ce simple dialogue. Pour les socialistes (hier les robespierristes, aujourd’hui les islamistes et les mélenchonnistes), le peuple est aveuglé. Seuls les révolutionnaires professionnels qui se mettent en retrait des réactions humaines peuvent leur faire prendre conscience par des actes choquants. Puis les guider, malgré eux, vers ce qui est bon pour eux. Croient-ils. Car il s’agit de croyance : obéir dispense de penser par soi-même, obéir aux ordres ne rend pas responsable de ses actes – c’est pas moi c’est l’Organisation. Dora : « C’est facile, c’est tellement plus facile de mourir de ces contradictions que de les vivre » (V) !
Évidemment, chez les socialistes révolutionnaires nous sommes loin de toute démocratie, loin de l’humanisme, loin de toute humanité même – malgré les grands mots :
- Les enfants sont quantité négligeable, seule compte la Cause.
- Ce que veulent les citoyens est quantité négligeable, seule compte l’Organisation du parti.
- La conscience humaine est quantité négligeable, seule compte l’obéissance.
Cela fait de bons petits soldats du socialisme, sans état d’âme, parfait rouages inhumains de la Machine – celle qui remplace Dieu sur cette terre. Au nom du Bien… « On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police » (IV).
Si la violence est parfois inévitable, montre Camus, elle est toujours injustifiable. Elle doit donc rester à chaque fois l’exception. Ses limites sont et seront toujours – pour nous Occidentaux – l’honneur de mériter le nom d’humain.
Albert Camus, Les Justes, 1950, Gallimard Folio théâtre, €4.37
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Vous êtes au moins la troisième personne à me conseiller de créer un blog et j’avoue que ça me plairait bien mais la période n’est pas propice, peut-être à moyen terme.
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Oui, tout cela est bel et bon et mériterait développements au pluriel. Trop loin de Camus (objet de la note) et de l’idéalisme politique, j’arrête ici la discussion fort passionnante mais qui dérive largement de l’objet initial. Pourquoi ne créez-vous pas un blog à tout ceci dédié ?
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Au fait, le beau est il un idéal ?
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Autre remarque : il y a des vérités intranchables et nous ne savons pas à l’avance lesquelles (il faut poursuivre l’étude). Un élément d’un système suffisamment intéressant ne peut déduire la compréhension complète des mécanismes du système, c’est un résultat suffisamment connu depuis le siècle dernier (attention toutefois à l’exploitation parfois abusive et folklorique, par les sciences humaines, de certains résultats scientifiques qui peuvent paraître perturbants ou déroutant). Il lui faudrait pour cela pouvoir sortir du système (à moins de croire en certaines intuitions), à condition que cela soit possible et que l’extérieur au système existe (un peu comme si on communiquait avec un personnage de jeu vidéo au niveau duquel une conscience aurait émergé). Le plus simple, parmi les hypothèses intranchables, me semble l’hypothèse du hasard en quantité suffisante à l’origine puis les maths font le reste et divers phénomènes émergent et s’organisent successivement (dont espace et temps) pour en aboutir aux sens dans lesquels nous sommes immergés.
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C’est bien pour cela qu’il y a débat mais je qualifierai plutôt ça de spéculation que de mode. Ce qu’il y a de bien avec les spéculations scientifique est que, justes ou fausses, les approfondissements qu’elles nécessitent font parfois avancer le schmilblick scientifique, ça a été le cas à de nombreuses reprises et ça continue. Dans tous les cas, le mythe de la caverne peut au moins symboliser la complexité de la réalité et les différents changements de point de vue que la recherche scientifique amène à chaque fois qu’elle lève un coin du voile sur d’autres voiles.
Pour ma part, ma réflexion (depuis qu’au primaire, si je me souviens bien, je suis tombé sur les archives de Pour La Science de mon père) et mes nombreuses lectures m’ont plus donné le goût d’approfondir la compréhension de différents points de vue que d’adhérer définitivement à tel ou tel. Il y a souvent de nombreux modèles qui ne permettent pas de trancher et qui donnent les mêmes résultats pratiques (mais pas philosophiques), mais être capable de jouer de l’un à l’autre vous donne une plus grande aisance dans la résolution des problèmes (y compris techniques, telle interprétation se révèle plus efficace à un moment et telle autre à un autre). Il y a par exemple au moins 4 formulations, strictement équivalentes au niveau mathématique, de la gravitation classique : celle de la force (existence d’une force agissant instantanément à distance), celle du potentiel (ne nécessite que l’existence d’un champ scalaire), celle avec un laplacien (moins connu, cf. Feynman, la nature de la physique, ne nécessite qu’une existence locale avec propagation du phénomène), celle du choix du chemin le moins coûteux (la plus absurde au niveau philosophique mais le plus efficace lorsqu’on passe à la relativité ou à la physique quantique). Et, contrairement à ce qu’en disent les philosophes, le rasoir d’Occam (choisir l’explication la plus simple) ne permet pas nécessairement de trancher, et il se fourvoie même régulièrement (en attendant d’en savoir plus), même s’il vaut mieux lui accorder temporairement le max de vraisemblance si on veut rester sain d’esprit. Dans tous les cas, qu’on ait ou non le sens mathématique, les résultats obtenus par l’outil mathématique sont souvent impressionnants (je ne parle pas d’économie car les hypothèses de base me paraissent très fragiles) surtout lorsque tel ou tel aspect physique improbable (parfois biologique), mais pressenti il y a belle lurette au niveau mathématique, finit par être observé ou expérimenté concrètement.
Vous évoquez les nombres mais je ne sens (il y a aussi une question de sensation comme cela est très bien expliqué dans le cas des « illuminations » par ceux qui en ont vécu et décrit, dont plus d’un génie reconnu; je suppose que les musiciens voient aussi parfois leur musique se dérouler ?) pas les maths à travers les nombres (plus par les formes). A moyen et haut niveau, il n’y a bien souvent plus de nombres. Les maths sont la science des relations (qui ne se limitent pas à des nombres). Et, comme cela fut très bien expliqué par Poincaré (le scientifique et philosophe, père de nombreux idées fondamentales et souvent très en avance sur son temps), nous n’accédons qu’aux relations entre objets, jamais à quelque essence de la réalité. Par exemple, la notion de force est une classe d’invariant phénoménologique (régularité des observations) rapporté aux accélérations, ces dernières étant des variations de variations de positions, une position étant toujours définie par une autre. Personne ne sait ce qu’est une force. Seules sont accessibles les relations. Et si les matheux commencent par les nombres, c’est parce que c’est plus simple, c’est tout. Ils ne permettent d’ailleurs pas, à l’aide de la seule logique, à construire un édifice suffisamment complet (cf. Gödel puis plus tard l’indépendance de l’hypothèse du continu). René Thom préférait, il me semble, supposer en premier lieu l’existence du continu et non pas des nombres.
Pour les études anthropologiques mentionnées précédemment, ne pas négliger aussi l’apport des neurosciences, même si moins de problèmes sont tranchés que ce qu’on peut en pensef (beaucoup d’annonces prématurées).
Remarque : même la logique, outil de bon sens minimal de la raison, a ses limites. Les recherches progressent relativement vite ces dernières années sur ces questions. Cf. Calude par exemple (vulgarisé par J.P. Delahaye). Au passage, des réalités contradictoires peuvent co-exister, de même que des axiomatiques différentes peuvent aboutir aux mêmes résultats (mais pas forcément même interprétation). En attendant, on jugera de la qualité d’un outil de par la prolixité des résultats qu’il permet d’obtenir. Enfin, les recherches en intelligence artificielle nous montrent que la logique est bien moins problématique que les sens.
Désolé si j’ai divergé, j’ai un problème d’enthousiasme naturel.
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Si, une mode, car ce « réalisme platonicien » est loin d’être démontré. Les nombres peuvent parfaitement être une construction de l’esprit humain. Voir Hervé Zwin dans Les dossiers de La Recherche n°44 août 2011, page 25.
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Ce n’est pas du tout une mode, c’est un débat multi-millénaire, qui démarre bien avant Platon même si son nom y est resté attaché. Peut-être à tort car il est certainement le moins scientifique dans ce débat.
Pour toute personne qui a suffisamment étudié la physique, la question de la réalité mathématique sous-jacente à la physique se pose. Il y a différentes réponses possibles mais poser la question n’est pas absurde, voire presque naturel.
Jetez au moins un oeil sur le premier chapitre (aux sources de la science) de http://books.google.com/books?id=E1k-SRvzrM8C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false . Notamment page 17.
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Je sais qu’il est une certaine mode de relier les maths à Platon. Mais que vient faire « le ciel des Idées pures » dans le développement de lois toutes physiques qui régissent les interactions fortes, faibles, gravitationnelles et peut-être d’autres ? Je préfère en effet la « tension » à l’idéal et c’est plutôt Héraclite jusqu’à Nietzsche, en passant par Montaigne : découvrir pas à pas, sans cesse tenaillé de curiosité. Quant à la raison, n’oubliez pas les trois étages liés de l’humain : instincts, passions, raison. Marx, Nietzsche, Freud, n’ont pas montré autre chose. L’étude anthropologique des savants dans les laboratoires (comment se fait la science) prouve la justesse de cette approche.
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Ok, mélange des genres malheureux de ma part. Je ne m’intéresse d’ailleurs pas plus que ça à l’idéalisme (surtout kantien) mais plutôt aux divers platonismes mathématiques (qui peuvent être des réalismes), sans prétendre en quoi que ce soit trancher quelque question à ce sujet. Mais il n’est pas question ici d’ontologie mais plutôt d’idéologie. L’existence réelle ou non de quelque idée ou idéal est secondaire vis à vis du sens à donner disons à la progression. Ainsi, pour moi, une tension vers l’infini par exemple ne signifie pas pas qu’il faille imposer quelque modèle idéal en pratique ou comme limite vers laquelle il faudrait tendre, mais plutôt comme la présence permanente d’un « espace de désir » mais qui ne contraint nullement une unique direction (dans l’espace, l’infini est d’ailleurs dans toutes les directions).
Pour revenir à la raison, elle n’est jamais seule à l’oeuvre. Les relations aux autres, la relation à la mort, les pulsions, etc. sont au moins tout aussi primordiaux en pratique.
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Je ne vois pas vraiment en quoi « pousser la raison toujours plus loin, avec honnêteté, à la Montaigne » serait idéaliste… J’y verrais plutôt la volonté de connaître ou l’instinct de curiosité, aucun « idéal » là-dedans, sinon de manier les idées.
Larousse = « Idéalisme : doctrine philosophique qui nie la réalité individuelle des choses distinctes du ‘moi’ et n’en admet que l’Idée : idéalisme kantien (…) Dans les arts : l’idéalisme s’oppose au réalisme ». « Idéal : qui n’existe que dans l’imagination / Qui possède la suprême perfection / Perfection que l’esprit imagine sans pouvoir y atteindre complètement »… Je préfère nettement le réalisme, bien matériel, avec les hommes tels qu’ils sont et non pas telle que l’Idée pure les voudrait !
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J’écouterai.
Je parle de l’ombre en nous qui nous font continuer à adhérer même lorsque des signaux d’alertes nous parviennent, dans un sens à la Jung, mais peut-être que je me trompe. Je pense néanmoins que c’est quelque part une « réaction ». Mais je peux vous concéder cela, ce n’est pas l’essentiel.
Je ne sais pas si je suis naïf mais je pense connaître (au sens de co-naître, c’est à dire naître avec) ce qu’est l’idéalisme.
Je ne vais pas m’étendre sur mon expérience mais en bref : parents ayant fui le système communisme, moi-même empêché par le parti de les rejoindre durant mes premières années, élevé par une grand-mère soeur franciscaine mineure, puis milieux catholiques polonais en France et milieux catholiques Français, engagement dans ceux-ci (enseignement de la religion, groupe charismatique, etc.), conflits aussi bien avec les jeunesses socialistes qu’avec le FNJ, discussion avec toutes sortes de personnes après approfondissement de nombreux points de vue (vaste arc-en-ciel de contraires, passant aussi bien par des pensées jésuites que des pensées libertaires), fouille des spiritualités et des philosophies, etc.
Ce dernier point est fondamental, j’ai toujours cherché à approfondir les choses par la raison, peut-être un mélange de sensibilité humaine et de goût des sciences. La raison ou la philosophie, c’est comme la science : à petit niveau, elle est souvent vérité unique, mais à plus haut niveau, elle est bien plus souvent plurielle. Il faut juste avoir le courage de pousser la raison toujours plus loin, avec honnêteté, à la Montaigne, en essayant de rentrer dans l’univers de l' »autre ». Elle ne se fige jamais, elle explore les chemins, elle trace d’autres possibles sans forcément renier toute valeur aux anciens. Elle a aussi un côté erratique très sain, très imprévisible et très électron libre qui permet d’éviter d’obéir en tout à qui que ce soit ou quoi que ce soit.
Aucune approche dogmatique ne peut résister à la raison. Et je trouve que la science en est un très bonne apprentissage. Mais le fait que la majorité en restent à l’écorce, comme ceux qui ne fouillent pas leur religion (de peur d’en sortir et de ne plus être comme le groupe ?), et que je pense possible que plus soient éveillés, peut-être là est ma naïveté.
Je ne sais.
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Je crains malheureusement que vous ne restiez « naïf » sur l’idéalisme. Si c’est l’espoir qui fait vivre, pourquoi pas, mais si c’est l’idéalisme « philosophique », alors rien ne va plus. Il n’est surtout pas « une rationalisation après coup » mais le déclencheur même de la contrainte. Qui est persuadé d’avoir raison, d’être le Bien incarné, l’instrument de Dieu, le protecteur du Peuple ou le sauveur de la Nature est poussé inévitablement à exercer tout son pouvoir pour éradiquer tout ce qui va contre et est pour lui le Mal. Platon lui-même, apparaît quelque peu totalitaire dans sa ‘République’… Il conseillait d’ailleurs le tyran de Syracuse.
Si vous avez une heure, écoutez donc l’émission ‘Répliques’ de ce samedi 22 octobre, où Jean-François Bizot explique fort bien la dérive humaine du bourreau. http://www.franceculture.fr/emission-repliques-douch-bourreau-khmer-rouge-2011-10-22.html
Il a été victime de Douch, Khmer rouge du Kampuchea « démocratique », marxiste radical, qui voulait régénérer « le peuple » en éradiquant tout simplement ceux qui n’étaient pas conformes : tous habillés de noir pareils, coupe de cheveux carrée, discipline de parti, idéologie sans pensée, inquisition – les trucs habituels, quoi. Pour Bizot, chaque être humain a en lui la capacité à déraper dans la cruauté s’il est convaincu d’opérer pour le Bien, le Peuple, la race, Dieu même. Ce ne sont ni les Inquisiteurs, ni les Nazis, ni les Staliniens, ni les Khmers rouges, ni les Tutsi, ni les Serbes, ni les islamistes, ni…. qui le démentent malheureusement.
Ce sont au contraire les cadres de la civilisation, via l’économie qui assure un boulot et une vie décente, la politique qui permet d’exprimer son opinion et d’adhérer au vivre ensemble, l’éducation qui assure la transmission des savoirs et de la culture, qui peuvent contrer cette propension de l’espèce humaine à user de sa raison pour haïr et contraindre les autres hommes. Ce qu’aucun animal ne fait…
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Belle définition du révolutionnaire versus nihiliste.
Pour le reste, je ne suis pas persuadé que l’idéalisme soit tant que ça à la source de.
Chaque système engendre une certaine somme de violences (il peut d’ailleurs s’agir de petites violences mais en grand nombre), celles-ci ressortent quelque part (la somme n’est pas forcément conservée) d’une manière ou d’une autre (il peut par exemple s’agir de grandes violences en petit nombre). L’idéalisme n’est peut-être après tout qu’une rationalisation après coup d’une réaction de l’inconscient, individuel ou collectif. La dynamique qui en résulte peut s’emballer de temps à autre.
En tout cas, Platon, mais surtout sa descendance, est plus riche que cette forme d’idéalisme.
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Merci , j’aime beaucoup cette note .
Je fais part de votre travail à ma petite belle-fille qui va passer son CAPES en Lettres Modernes ( 9 et 10 novembre ) pour la dissertation du CAPES blanc , des informations lues chez vous , lui ont été très utiles ..je tenais à vous le dire .
Bonne fin de semaine .
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