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Marcel Conche, Le fondement de la morale

Agrégé de philosophie et professeur à la Sorbonne, Marcel Conche fut le maître d’André Comte-Sponville qui le cite plusieurs fois. C’est ainsi que m’est venu le désir de lire ses livres. Celui-ci est très actuel : « la morale se perd » comme dirait la concierge, mais elle n’a pas tort. Notre société ne sait plus très bien où elle en est. D’où l’importance de fonder la morale commune, issue des cultures universelles des Grecs et des Romains, et du christianisme, transmise par la révolution française et les droits de l’Homme.

Fonder la morale, c’est établir le droit de juger moralement, c’est-à-dire de donner valeur humaine universelle aux exigences de la conscience commune. Le fondement n’est pas l’origine, confusion de Nietzsche ; le fondement est « en raison », dans cet absolu qu’est la relation de l’homme à l’homme dans le dialogue. La liberté est le fondement négatif de la morale car elle rend possible l’exigence morale. La méthode donc est celle « du dialogue, la méthode dialectique dans sa forme originelle. Nous n’affirmerons rien d’autre que ce que l’interlocuteur ne peut manquer d’admettre, pourvu seulement qu’il consente à la discussion » p.32. « Ce que nous entendons par dialogue est un échange où le propos de l’un des interlocuteurs est rigoureusement fonction du propos de l’autre » p.34. Chacun présuppose l’autre capable de vérité, c’est-à-dire de dire ce qui est, absolument.

Cela implique la liberté : « quand je dis vrai, je suis libre à l’égard de toute cause de de détermination » p.37. L’égalité de tous les hommes à être capable, par leur raison, de dire la vérité, est un fait universel ; il s’agit d’une égalité de capacité et de droit, une essence (qui n’est ni une « nature » ni une « condition » de chaque homme). « Si le sage est supérieur à l’insensé, c’est en ce sens qu’il est meilleur, plus heureux, plus fort (mais) sur le fond de leur égalité fondamentale » p.46.

Une croyance, une religion ou un système, ne sauraient fonder la morale, qui est universelle – parce qu’eux sont particuliers. « Observons simplement que saint Paul n’est pas un interlocuteur socratiquement valable, car il n’accepte pas de s’en tenir aux vérités impliquées par le fait même d’engager la conversation (ou le dialogue ou la discussion) : il introduit des principes particuliers du bien-fondé desquelles la raison humaine n’est pas seule juge, et dont le sort ne peut se régler par la discussion » p.50. On ne peut que laisser de côté un tel discours qui, ne faisant pas appel à la seule raison, donc à la capacité de chacun de rétorquer, n’a pas de caractère universel. Il est « in–signifiant pour nous, car il n’a de sens que pour les membres d’une secte définie » p.50. L’appel à Dieu, le choc des émotions, la séduction du propos ou la force en guise de légitimité sont tous les moyens du discours pour éviter la vérité, donc pour manipuler les interlocuteurs.

« Chacun pense être, en jugement, aussi bien partagé qu’un autre. Et cela est vrai en droit. En fait, il y a bien des différences, car il y a bien des degrés dans la liberté intérieure et l’indépendance d’esprit. La liberté de jugement n’est possible que par cette énergie intime qui fait le caractère » p.75. Caractère = indépendance d’esprit = regard libre = jugement en raison – tel est l’enchaînement. Cette volonté, issue d’une énergie intime, est à l’origine du « devoir de se rendre libre à l’égard de tous les facteurs de détermination extérieure à la chose jugée, pour bien en juger » p.75. Ce devoir de liberté est la contrepartie nécessaire du droit à la parole. Ce qui fonde le caractère, selon Sénèque et Montaigne, c’est la mort. Elle rend possible le détachement vis-à-vis de l’éphémère et permet de discerner l’essentiel.

Le discours de sagesse est individualiste ; il s’agit de bien vivre par un équilibre moral de la personne, condition de la pensée droite, du bon exercice de la raison. Cette sagesse est le fondement nécessaire à l’homme, mais elle est insuffisante. Le discours moral s’intéresse aussi aux autres ; il est universaliste. Existe en effet un devoir de substitution « qui nous oblige à parler et à agir pour ceux qui ne le peuvent pas » p.57. Par exemple les enfants. Mais, plus généralement, ma propre dignité est intéressée à la dignité d’autrui. « Je dois ne pas m’abaisser par respect pour moi-même, mais aussi par respect pour tout homme ; et je dois vouloir qu’aucun homme ne s’abaisse non seulement par respect pour sa propre dignité, mais aussi pour la mienne » p.48. Ceci fonde la révolte comme droit. Non comme devoir, celui-ci dépendant des conditions : comme il faut toujours vouloir la victoire, il ne faut pas risquer la destruction s’il n’y a pas de chances raisonnables de succès.

« L’égalité de tous les hommes signifie le droit, pour chaque homme, de devenir et d’être homme à sa façon, conformément à sa nature singulière, donc dans la différence et l’inégalité. Chaque homme a droit à son auto-développement » p.91. Ceci condamne par exemple l’avortement, le fœtus étant humain en puissance (mais tout dépend des normes sociales). Les hommes vivent en société. La conscience morale n’est pas un produit de la nature, elle suppose une éducation, une formation morale. L’éducation a pour but de forger la confiance de l’individu en lui-même, en sa raison et en sa volonté, pour en faire un homme capable de dévoiler et de livrer la vérité. S’établit, dès lors, le principe de l’équivalence des services rendus. « L’individu doit (s’il le peut et dans la mesure où il le peut) rendre à la société l’équivalent de ce qu’il en reçoit, où en a reçu. D’autres ont travaillé, travaillent pour lui ; à lui de travailler pour eux » p.92.

Une action ne se justifie que par le bien qui en résulte : le principe du meilleur est le principe de conduite. Punir, c’est infliger une souffrance, ce qui est mal ; cela ne se justifie que si de ce mal peut sortir quelque bien. Ce pourquoi une grève peut être juste, jusqu’à une limite où elle pénalise l’ensemble de la société et de l’économie. La peine de mort par exemple n’est pas pour cela injustifiée : dans une société où cette peine (civile) a été abolie, l’assassin est privilégié, il peut donner la mort sans risque de mort pour lui-même. Sauf la mort sociale qu’est la prison « à vie » (en fait à pas plus de 30 ans), mais que Marcel Conche n’évoque pas.

Une société égalitaire est morale car elle fait ressortir seulement l’inégalité naturelle. « Les individus, dans les limites définies par un cadre social indépendant de leur volonté, peuvent réaliser ce qu’ils portent en eux » p.93. Il ne saurait y avoir d’injustice de la nature, car la nature n’a aucun devoir envers l’homme ; elle n’est pas un être supérieur, elle est indifférente. C’est à la société de compenser ces inégalités en fonction de sa propre morale.

Chacun a le droit de vouloir vivre – et a le droit de mourir. Mais si ce vouloir vivre n’est pas cause suffisante de vie (le bébé, le blessé, dépendent des soins des autres humains), chacun peut à volonté être cause de sa propre mort. Il faut, pour le justifier, de bonnes raisons – qui seront toujours subjectives. « À chaque moment de la vie, on peut faire un bilan. Le bilan est positif si l’on a le contentement de vivre, l’activité, la maîtrise de soi, une santé point trop détériorée, et la capacité de supporter les tracas habituels de la vie, plus quelques autres. À partir d’un certain moment, ou le déclin devient déchéance, la mort, lucidement choisie, semble préférable au sage » p.106.

Le bonheur est une triple proximité : à la nature, aux autres, à soi-même. « Le sage n’a besoin de rien car il comprend le langage des êtres, du monde, spécialement de la nature, des animaux, des arbres, de l’eau et des éléments ; il en saisit la poésie universelle et il est, en quelque manière, toujours heureux. L’ennui est signe d’inculture » p.117. Ce pourquoi une morale sociale est de développer la culture, ce qui permet d’épanouir la liberté de chacun.

L’amour est ce supplément de bonheur de la présence d’autrui. Cette cordialité, cette sympathie, qui fait que l’on est heureux avec quelqu’un, suppose la capacité de rendre justice, de voir autrui honnêtement, avec ses défauts et ses qualités. Ce que ne permet pas l’amour fusionnel ni la passion aveugle.

À tout cela je souscris même si je suis plus attiré par la sagesse, qui est de la personne, que par la morale, qui est universelle. L’amour des autres, de certains autres, est cependant la médiation de l’une à l’autre.

Marcel Conche, Le fondement de la morale, 1993, PUF 2003, 148 pages, €15.50 e-book Kindle €11.99

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Henry de Montherlant, Brocéliande

Pas le prestige des costumes d’époque pour cette pièce en veston de 1956. Pas le souffle épique des grands moments d’histoire. ‘Brocéliande’ n’est ni ‘La reine morte’ ni ‘Le maître de Santiago’, ni ‘Malatesta’ ni ‘Port-Royal’. La condition humaine est cette fois montrée dans la banalité d’un petit intérieur parisien de notre époque. Il n’est pas besoin de paraître exceptionnel pour être grand.

montherlant jeune

La tragédie se joue à trois : un couple de petit-bourgeois et un bibliothécaire amateur de généalogie. Ce dernier apparaît comme le chœur et le destin. Il lance l’action, la soutient au long de la pièce, la commente pour lui-même et pour le public. Il est l’observateur, celui qui dit la destinée.

La logique dramatique va résulter de la tension entre les deux personnages principaux que sont le couple. La Bonnetière, bibliothécaire, apprend un jour à Monsieur Persilès qu’il est un descendant irréfutable de Saint-Louis – par les femmes. Persilès s’en fiche mais en parle à sa femme. Même dit sous la forme d’une boutade, Madame Persilès se moque.

Dès lors la machine s’enclenche. Par amour-propre, Persilès se pique au jeu. Il va se transformer du seul fait qu’il le croit. Sa femme a peur du changement ; par haine de la grandeur qu’elle sent naître chez son mari, elle va chercher à le rabaisser, à le déchoir pour qu’il lui revienne, pour qu’il retrouve son petit niveau à elle. Cette tension fait ressort dramatique de la pièce.

L’homme, Persilès, est un petit fonctionnaire proche de la retraite, timoré, indécis, qui craint la perte des habitudes et le regard des autres. Il joue la comédie pour qu’on lui fiche la paix. La femme, épouse Persilès, est une petite-bourgeoise qui aime tourner en dérision tout ce qui la dépasse, envieuse de l’ascension des autres, jalouse de perdre son mari. « Vous faites un drame de tout », lui dit-elle, « vous êtes un extraordinaire farceur ». Elle joue le gros bon sens de sa classe face à lui qui – servant l’État comme hier on servait le roi – prend volontiers des hardiesses d’aristocrate. Elle est secrètement contente de cet ascendant qu’elle garde sur lui.

Mais apprenant tout soudain qu’il descend de Saint-Louis, Persilès le médiocre se révèle à lui-même. Il a eu des rêves lui aussi, il se pique de grandeur, il dévore les livres d’histoire. Son imagination se mobilise et il se monte lui-même en neige le bourrichon. Existentialisme ou méthode Coué ? Le voilà qui se métamorphose simplement parce qu’il y croit. « Je suis touché par l’honnêteté comme les artistes le sont par la beauté. » (Honnêteté au sens d’honnête homme, d’homme honorable)

Car la généalogie, comme la religion, est la seule forme de poésie qui subsiste dans notre société. Une poésie qui transcende l’être ici et maintenant et lui donne le pouvoir de devenir autre. Ce pourquoi « les valeurs » et « l’identité » sont les idéaux qui tirent vers le haut car ils permettent d’ancrer sa personnalité dans un modèle qui élève. Dire à un enfant combien il est doué pour quelque chose le conforte et le transforme. Se croire noble, même si on ne l’est pas vraiment, modifie l’existence. Ce n’est ni discipline, ni carcan imposé de l’extérieur, mais matrice qui éclaire l’intérieur et fait devenir meilleur. « Élever » devrait être le but de l’éducation, en famille, à l’école comme dans la société. Mais il n’y a guère qu’aux États-Unis que l’on vous encourage ; en France, l’égalitarisme et la honte vous rabaissent, la hiérarchie établie vous fait sentir que vous n’êtes rien. Découvrir votre noblesse alors, sans conteste vous change.

Certes, « la généalogie est le triomphe de l’imposture » car elle ne prouve rien quant à la qualité du descendant, surtout lorsqu’il est très lointain. Combien de mélanges de gènes depuis Saint-Louis ? Combien restent-ils de ceux du roi sanctifié ? Mais il ne faut pas rire des impostures. Le fait est qu’elles réussissent. Que tant de gens s’intéressent à leurs ancêtres prouve une chose : que la généalogie « correspond à un besoin profond du cœur humain ». Elle est la forêt de Brocéliande d’où l’on ressort enchanté.

broceliande 1956

Le sens de l’œuvre est dans cet enchantement. Il fait sortir l’homme de sa carapace quotidienne pour lui donner un rêve. Se croire noble est un peu le devenir – car noblesse oblige. Persilès se voit en nouveau Saint-Louis, il parle de « son » royaume, de « sa » grandeur, des choses sérieuses qui arrivent à « son » peuple ; il prend « le ton royal ».

Ton qui a l’heur d’énerver périodiquement Madame Persilès, prise alors d’une furieuse envie de jouer du piano – façon bourgeoise et policée de passer ses nerfs. Madame n’admet pas la lubie de Monsieur, sa morgue neuve, ses discours sérieux, ses leçons. Tout cela la gêne et la rabaisse, elle qui ne descend que d’obscurs. En fait, c’est sa domination qui est ébranlée et cela la touche au cœur : « avant, je l’avais bien en main. Maintenant, il s’est émancipé ». La conversation est devenue dialogue de sourds : « notre royaume » dit Persilès, « notre logis », répond l’épouse ; « les choses sérieuses, le tête-à-tête avec soi-même », reprend Persilès, « rire et dormir, notre petite vie désœuvrée », répond Madame.

Elle ne peut comprendre ce qui transforme ainsi son mari. Le gène la gêne. Pour elle, il joue une nouvelle comédie, une de plus, comme celles qu’il inventait pour couper à une visite. Elle ne voit pas, ne veut pas voir, que le changement est plus profond. Elle craint d’ailleurs ce changement et l’aveuglement qu’elle montre est une volonté délibérée de déni plutôt qu’une incapacité native. « Je n’aime pas les anormaux, même quand ils agissent mieux que les normaux », dit-elle. Lui devient aristocrate, elle se veut plus que jamais démocrate, éperdue d’égalitarisme par crainte d’égalité.

Car Persilès, en effet, est devenu « anormal », hors des normes petite-bourgeoises et démocratiques qu’incarne sa femme. Il ne joue pas ces faux nobles qui s’inventent titres et armoiries pour paraître. Le théâtre social ne l’intéresse pas. C’est son âme même qui est changée, son intérieur : « il est sorti de moi un autre être, qui était aussi moi, mais qui était mon meilleur moi ». Le choc lui a permis de révéler ces qualités que la vie avait étouffées en lui. Ce que sa femme refuse de saisir est qu’il n’est pas un bourgeois qui joue au gentilhomme, mais un véritable gentilhomme que l’existence bourgeoise faisait s’ignorer. Elle va dès lors entreprendre de sucer cette âme comme une vile araignée qui veut garder la proie en sa toile.

La qualité ne réside pas dans la condition mais dans l’être ; elle peut émerger dans toutes les catégories sociales. « Ceux qui n’ont pas de noblesse dans l’âme ne savent imaginer la noblesse d’âme que tendue et hautaine. Alors qu’elle est extrêmement simple, et souvent modeste d’aspect », dit Persilès.

L’œuvre s’ouvre sur deux citations, l’une tirée de ‘Service inutile’ : « je n’ai que l’idée que je me fais de moi-même pour le soutenir sur les mers du néant », l’autre de ‘Malatesta’ : « un petit grain de folie, si on savait comme la vie s’en éclaire ! ». L’idée qu’on se fait de soi et le petit grain de folie sont en Persilès comme ils l’étaient en Don Quichotte : « Vous devez me voir en Don Quichotte quand il a cessé d’être fou. Oui, et c’est à ce moment-là qu’il meurt. »

Ayant appris, par une petite vengeance de sa femme, qu’il était loin d’être le seul descendant de Saint-Louis, Persilès se tue. Il n’avait plus rien de personnel pour le soutenir. Cela s’appelle l’honneur. Vertu aristocratique et non démocratique. La démocratie préfère toujours la soumission.

Henry de Montherlant, Brocéliande suivi de L’art de la vie, Gallimard 1956, €7.70
Henry de Montherlant, Théâtre, Gallimard Pléiade 1955, 1472 pages, €49.50
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Yukio Mishima, L’école de la chair

yukio mishima l ecole de la chair

Mishima poursuit sa quête des personnages d’énergie, ici une femme mûre et un jeune homme. Tous deux sont des « aristocrates » au sens premier (aristos = le meilleur), des gens hors du commun, dont la vitalité impose la puissance. Taéko est patronne d’un magasin de haute couture à Tokyo ; divorcée, elle est indépendante, comme ses deux amies Nobuko et Suzuko, les « beautés toshima » (toshima veut dire femme mûre en japonais, dit-on p.23). Senkitchi, « le petit Sen », est un étudiant de 20 ans fauché qui a trouvé un petit boulot dans un bar gai et use de sa beauté virile pour se vendre aux riches et aux étrangers. Taéko et Senkitchi sont ces deux silex qui vont se heurter et faire des étincelles.

Ce roman résolument contemporain, citadin moderne (on y rencontre même Yves Saint-Laurent venu présenter sa collection à Tokyo), explore la psychologie d’exception des « vrais » êtres. A l’antique Yukio Mishima mesure la puissance d’une personne à sa force vitale. Pour lui, la tradition du bushido, la voie des guerriers, est la seule qui puisse susciter sans cesse une aristocratie authentique. Les descendants de samouraïs de son temps ne sont le plus souvent que des bourgeois qui ne gardent de la tradition que le vernis éduqué. Mais à l’intérieur d’eux-mêmes, ils sont vains. Alors que dans le peuple, y compris chez les ex-épouses soumises, se révèlent ceux et celles qui sortent du lot et se forgent un destin. Ils sont les Véridiques (grecs), une force qui va (Victor Hugo), créateurs de leurs propres valeurs (Nietzsche). Qu’on ne s’y trompe pas : Mishima n’est pas conservateur mais révolutionnaire ; il n’est pas « réactionnaire » mais élitiste.

Il le montre ici avec brio. « Les jeunes Japonais ont une grâce beaucoup plus sauvage que ce genre d’Occidentaux. Une souplesse animale, une élasticité, une beauté dépouillée de toute expression » dit Taéko p.17. Le lecteur qui n’est jamais allé au Japon pourra utilement comparer la sculpture grecque et la sculpture romaine : il y verra la même différence de grâce et de souplesse, les corps grecs, masculins comme féminins, étant plus « légers », animaux, sauvagement surnaturels – ainsi que sont les dieux – tandis que les Romains ont l’air de paysans ou de matrones exposant leur lourdeur. Autant dire que lorsque Tako rencontre Senkitchi, elle en tombe amoureuse.

Le garçon se livre aux hommes, mais n’est pas attiré par eux ; il jouit de leurs caresses et en donne, mais par pur plaisir animal, sans y mettre rien de son âme. Ce pourquoi il est surpris par l’amour : celui d’une femme qui pourrait être sa mère et qui le « rachète » au double sens du mot : à son patron de bar, puis à ses yeux en lui rendant sa dignité ; celui d’une fille de son âge, de bonne famille, qu’il espère conquérir puisque lui sort de rien. Mais son énergie parle pour lui : il est sincère, il est viril, il attire. Mishima n’est pas misogyne, même s’il préfère les garçons ; il reconnaît en chacun l’énergie qui l’habite, la passion, la volonté, la grâce. « Pour un homme, pour une femme, la virilité, la féminité, expression charnelle des êtres humains, dépendent de la sexualité globale qui rayonne de leur chair et doit naître de l’éclat de la personnalité tout entière. Cela n’a rien à voir avec cette virilité de fanfaron fondée sur un fonctionnalisme étroit. Vivre, exister d’une existence pleine et entière, cela suffit à un homme vraiment homme dans toute sa chair » p.111.

Mishima oppose ce garçon irradiant la force virile aux époux brusques et frustrés, aux noceurs élégants mais vides, aux jeunes gais avides de passes rapides et sans cesse attirés comme des papillons par de nouveaux corps. Son futur beau-père, Monsieur Muromatchi est de sa trempe, comme le travesti Téruko et le politicien Otowa. Ces êtres ont, comme Senkitchi, la philosophie de leur instinct ; ils réussissent parce qu’ils ne superposent pas l’émotion « romantique » à ce qu’ils sont, les guirlandes de l’hypocrisie sociale à leur force qui va.

Taéko est amère quand elle le comprend, mais elle est une femme et ne saurait tromper sa solitude sans mettre de l’émotion. Elle agit cependant avec une grandeur à la Cinna : au lieu de jeter cet amant magnifique, qui l’a comblée physiquement au-delà de tous ses vœux, elle l’adopte. Comme chez les Romains, c’est le nom qui compte et non pas le sang. Senkitchi adopté, paré enfin de ce prestige social exigé de la société japonaise, pourra réussir sa vie, c’est-à-dire épouser la fille Muromatchi. Il n’en est pas vraiment amoureux, mais elle si ; et lui la découvre emplie de volonté.

Nous sommes dans l’universel et en plein Japon. Entre anciennes élites et nouveaux parvenus, les êtres se cherchent et s’imposent. Mishima nous en rend compte avec maestria.

Yukio Mishima, L’école de la chair (Nikutai no gakko), 1963, traduit du japonais par Yves-Marie et Brigitte Allioux, Folio 1995, 289 pages, €7.32

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Albert Camus, Les Justes

Au sortir des actions de Résistance, durant le clivage pro et anti-stalinien de guerre froide, alors que commencent les événements d’Algérie et deux ans après ‘Les mains sales’ de Sartre, Camus écrit une tragédie en cinq actes sur le terrorisme. Les Justes sont ceux qui se mettent au-dessus des lois et de la simple humanité pour revendiquer les Idées pures. Ils se prennent pour Dieu, récusant le présent forcément imparfait pour l’avenir toujours radieux. Ils sont du côté de Platon et du Bien, flottant au-dessus des hommes, les incitant à sortir de la caverne terrestre pour accéder à la lumière absolue, éternelle.

Camus s’inspire de faits réels et de personnages ayant existé. « En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des ‘Justes’ », écrit-il dans sa prière d’insérer. Lui admirait ces hommes et ces femmes épris d’absolu. Il opposait leur idéalisme en actes à ce qui est devenu la bureaucratie socialiste, ce « système confortable » de la terreur où les commanditaires ne se salissent plus les mains, bien à l’abri derrière des décrets anonymes.

Tout le tragique de ce monde réside entre l’exigence de justice et l’inhumanité des moyens pour y parvenir. Est-ce que tuer des enfants fait avancer la justice humaine ? Faut-il accepter d’en tuer deux pour que des milliers connaissent une vie meilleure ? Lancer la bombe contre un Principe inacceptable n’a-t-il pas pour conséquence de massacrer un être vivant réel qui n’incarne pas forcément le mal absolu ? S’habituer à tuer, sans état d’âme, n’ôte-t-il pas l’humanité en nous ? Ce sont toutes ces questions que Camus remue. Elles restent actuelles, le fanatisme islamiste n’a fait que remplacer le socialisme révolutionnaire.

L’auteur s’efforce de dépasser l’émotion devant l’horreur. Certes, le terroriste Kalialyev s’abstient de lancer sa bombe parce que la calèche du grand-duc emporte aussi deux enfants, ses neveux. Cet épisode s’est d’ailleurs passé tel quel dans la réalité historique : les socialistes de 1905 avaient encore une conscience, celle que Lénine et ses affidés staliniens vont piétiner une génération plus tard. Mais Kalialyev lance sa bombe quelque jours après et tue le grand-duc seul. L’objet de la pièce est de montrer que tout n’est pas permis et que l’action elle-même a des limites.

Camus oppose ainsi les nihilistes et les révolutionnaires :

  • Les nihilistes sont réactifs, haineux, solitaires emplis de ressentiment, intransigeants parce qu’ils ne sont pas purs dans leur volonté de changer le monde : ils n’aiment ni leurs semblables, ni l’amour… Ils se mettent en retrait de l’humanité qu’ils méprisent. Stepan est leur porte-parole. Pour lui, « la bombe seule est révolutionnaire » (I).
  • Les révolutionnaires sont amoureux, veulent être aimés de tous, ils désirent le monde meilleur et acceptent de se salir les mains ou de faire sacrifice de leur amour terrestre, de leur vie même, si cela peut faire avancer la conscience de l’injustice. Kalialyev est leur symbole. Il aime Dora mais refuse cet égarement au nom de la Cause. Pour lui, il s’agit de « la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie » (I). Donc « tuer des enfants est contraire à l’honneur » parce qu’une révolution authentique ne peut oublier l’honneur d’être un homme, « la dernière richesse du pauvre » (II).

Stepan : « Je n’aime pas la vie, mais la justice qui est au-dessus de la vie ». Camus dira plus tard, à propos du terrorisme en Algérie, qu’il préfère sa mère à la justice. Le monde des Idées n’est pas le sien, trop abstrait, trop fumeux, permettant de justifier n’importe quoi. Il lui préfère le monde des hommes, ici-bas et imparfait, qu’il faut patiemment réformer plutôt que de se croire Dieu, le pouvoir de mort de la bombe à la main. Il décrit parfaitement l’engrenage qui va de l’idéalisme pour la justice à la réalité d’une Organisation inhumaine qui pense à la place de ses citoyens, leur imposant son pouvoir absolu.

Le dialogue entre Dora (porte-parole de Camus) et Stepan (qui ressemble à Sartre) est édifiant :

  • « Dora – Ouvre les yeux et comprends que l’Organisation perdrait ses pouvoirs et son influence si elle tolérait, un seul moment, que des enfants fussent broyés par nos bombes.
  • Stepan – Je n’ai pas assez de cœur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera.
  • Dora – Ce jour-là, la révolution sera haïe de l’humanité entière.
  • Stepan – Qu’importe si nous l’aimons assez fort pour l’imposer à l’humanité entière et la sauver d’elle-même et de son esclavage.
  • Dora – Et si l’humanité entière rejette la révolution ? Et si le peuple entier, pour qui tu luttes, refuse que ses enfants soient tués ? Faudra-t-il le frapper aussi ?
  • Stepan – Oui, s’il le faut, et jusqu’à ce qu’il comprenne. » (II)

Toutes les dérives des régimes révolutionnaires sont contenues dans ce simple dialogue. Pour les socialistes (hier les robespierristes, aujourd’hui les islamistes et les mélenchonnistes), le peuple est aveuglé. Seuls les révolutionnaires professionnels qui se mettent en retrait des réactions humaines peuvent leur faire prendre conscience par des actes choquants. Puis les guider, malgré eux, vers ce qui est bon pour eux. Croient-ils. Car il s’agit de croyance : obéir dispense de penser par soi-même, obéir aux ordres ne rend pas responsable de ses actes – c’est pas moi c’est l’Organisation. Dora : « C’est facile, c’est tellement plus facile de mourir de ces contradictions que de les vivre » (V) !

Évidemment, chez les socialistes révolutionnaires nous sommes loin de toute démocratie, loin de l’humanisme, loin de toute humanité même – malgré les grands mots :

  • Les enfants sont quantité négligeable, seule compte la Cause.
  • Ce que veulent les citoyens est quantité négligeable, seule compte l’Organisation du parti.
  • La conscience humaine est quantité négligeable, seule compte l’obéissance.

Cela fait de bons petits soldats du socialisme, sans état d’âme, parfait rouages inhumains de la Machine – celle qui remplace Dieu sur cette terre. Au nom du Bien… « On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police » (IV).

Si la violence est parfois inévitable, montre Camus, elle est toujours injustifiable. Elle doit donc rester à chaque fois l’exception. Ses limites sont et seront toujours – pour nous Occidentaux – l’honneur de mériter le nom d’humain.

Albert Camus, Les Justes, 1950, Gallimard Folio théâtre, €4.37

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Leçons de Nietzsche aux socialistes

Il ne s’agit pas de ce que pensait Nietzsche des socialistes de son temps, mais des leçons que la philosophie nietzschéenne offre aux socialistes d’aujourd’hui. Nietzsche fait de la force de vie en chacun des êtres l’origine de la volonté. Pour lui, la politique est un instinct qui part de l’énergie pour aller au rationnel, en passant par les émotions. Or, sans vitalité propre, on attend des autres ou de « la Morale » un commandement de faire. Là où la volonté fait défaut, la foi survient qui fait marcher au pas cadencé des églises et des partis. Qui ne sait pas être soi-même, se maîtriser pour être un maître, qui ne sait pas vouloir – aspire à ce qu’un autre veuille pour lui. C’est le danger du socialisme embrigadé…

« La foi est toujours plus demandée, le besoin de foi est le plus urgent, lorsque manque la volonté : car la volonté étant la passion du commandement, elle est le signe distinctif de la maîtrise et de la force. Ce qui signifie que, moins quelqu’un sait commander, plus il aspire violemment à quelqu’un qui ordonne, qui commande avec sévérité, à un dieu, un prince, un État, un médecin, on confesseur, un dogme, une conscience de parti. » 347

Quant à « la Morale », elle donne bonne conscience à ceux qui censurent et qui punissent, mais elle ne change ni les choses ni les êtres. Trois générations de redressement soviétique l’ont montré abondamment, aucun homme « nouveau » n’est né… sauf le bureaucrate obtus, l’apparatchik sadique et le gardien de camp égalitaire. Vouloir changer l’autre vous change, et pas toujours en mieux ! Qu’est-il donc préférable ? Plutôt que de blâmer, donnez l’exemple. C’est votre lumière, socialistes, qui éclairera ceux qui cherchent la voie. Cessez d’enduire de moraline tous les actes des autres, dans l’éternel ressentiment qui se contente d’être contre, de « réagir » : proposez du positif ! Proposez une alternative crédible et tentante, une voie vers la lumière ! Tous ceux qui sévissent et punissent plutôt que de créer et d’enthousiasmer sont des aigris, des mécontents, des esclaves de leur sinistrose – des faibles qui ne méritent pas les suffrages.

« Ne pensons plus autant à punir, à blâmer et à vouloir rendre meilleur ! Nous arriverons rarement à changer quelqu’un individuellement ; et si nous y parvenions, peut-être sans nous en apercevoir, aurions-nous fait autre chose encore ? – Nous aussi, nous aurions été changés par l’autre ! Tâchons plutôt que notre influence sur ce qui est à venir contrebalance la sienne et l’emporte sur elle ! Ne luttons pas en combat direct ! – et toute punition, tout blâme, toute volonté de rendre meilleur est cela. Élevons-nous au contraire nous-mêmes d’autant plus haut ! Donnons à notre exemple des couleurs toujours plus lumineuses ! Obscurcissons l’autre par notre lumière ! Non ! A cause de lui nous ne voulons pas devenir plus obscurs nous-mêmes, comme tous ceux qui punissent, comme tous les mécontents. Mettons-nous plutôt à l’écart ! Regardons ailleurs ! » 321

Certes, il est plus facile de critiquer ceux qui font que de faire soi-même. Cette attitude réactive est paresse, amour de la souffrance. Souffrir donne bonne conscience : voyez comme je suis vertueux parce que je suis malheureux ! Seule la souffrance des autres mobiliserait la volonté : or c’est là du négatif, une attitude « réactionnaire » qui se contente de réagir à ce qui survient sans avoir rien prévu, ni bâti pour l’avenir… Pourquoi se construire une chimère ? Pour mieux se sentir un héros en combattant les moulins ? Mieux vaut prendre à bras le corps les réalités telles qu’elles se présentent ! Il est tellement plus facile de se créer son propre ennemi, comme ces poupées vaudou qu’il suffit de piquer d’épingles pour se sentir vengé… C’est là manque de vigueur. Socialistes, vous n’êtes rien sans les autres, votre Sarko vaudou, vous manquez de force – alors que vous devriez (selon vos discours enflés) être ce dynamisme en marche vers l’avenir !

« Quand je songe au désir de faire quelque chose, tel qu’il chatouille et stimule sans cesse des milliers de jeunes Européens dont aucun ne supporte l’ennui, pas plus qu’il ne se supporte soi-même, – je me rends compte qu’il doit y avoir en eux un désir de souffrir d’une façon quelconque afin de tirer de leur souffrance une raison probante pour agir, pour faire de grandes choses. La détresse est nécessaire ! De là les criailleries des politiciens, de là les prétendues ‘détresses’ de toutes les classes imaginables, aussi nombreuses que fausses, imaginaires, exagérées, et l’aveugle empressement à y croire. Ce que réclame cette jeune génération, c’est que ce soit du dehors que lui vienne et se manifeste – non pas le bonheur – mais le malheur ; et leur imagination s’occupe déjà d’avance à en faire un monstre, afin d’avoir ensuite un monstre à combattre. Si ces êtres avides de détresse sentaient en eux la force de se faire du bien à eux-mêmes, pour eux-mêmes, ils s’entendraient aussi à se créer, en eux-mêmes, une détresse propre et personnelle. Leurs inventions pourraient alors être plus subtiles, et leurs satisfactions résonner comme une musique de qualité ; tandis que maintenant ils remplissent le monde de leurs cris de détresse et, par conséquent, trop souvent, en premier lieu, de leur sentiment de détresse ! Ils ne savent rien faire d’eux-mêmes – c’est pourquoi ils crayonnent au mur le malheur des autres : ils ont toujours besoin des autres ! Et toujours d’autres autres ! – Pardonnez-moi, mes amis, j’ai osé crayonner au mur mon bonheur. » 56

Quel avenir ? L’apitoiement sur lépludémunis ? sur ceukisouffr ? Se lamenter c’est surtout ne rien faire. Tandis que l’avenir est l’épanouissement de l’homme, sans les carcans économiques et sociaux qui l’inhibent et le rabaissent dans sa condition servile. Nietzsche exalte la vitalité parce qu’il veut un homme énergique complet, l’idéal grec antique, « le bonheur d’Homère » pour tous. On a cru un matin que les socialistes français voulaient incarner cette utopie d’avenir… mais quand on les regarde et les écoute, bof !

« Avoir des sens subtils et un goût raffiné ; être habitué aux choses de l’esprit les plus choisies et les meilleures, comme à la nourriture la plus vraie et la plus naturelle ; jouir d’une âme forte, intrépide et audacieuse ; traverser la vie d’un œil tranquille et d’un pas ferme, être toujours prêts à l’extrême comme à une fête, plein du désir de mondes et de mers inexplorées, d’hommes et de dieux inconnus ; écouter toute musique joyeuse comme si, à l’entendre, des hommes braves, soldats et marins, se permettaient un court repos et une courte joie, et dans la profonde jouissance du moment seraient vaincus par les larmes, et par toute la pourpre mélancolie du bonheur, qui donc ne désirerait pas que tout ceci fut son partage, son état ! Ce fut le bonheur d’Homère ! » 302

Au lieu qu’être socialiste aujourd’hui, dans le parti de Martine Aubry, c’est aller au pas, bien discipliné, obéissant aux ordres, sans élever la voix. Le Parti a toujours raison, le Parti seul sait, le Parti veut le Bien donc connaît seul la Vérité dans l’obscurité du Secrétariat et les fumées des Congrès. Dans le Parti, seul le tout petit noyau dirigeant sait ce qu’il y a à savoir, surtout pas les autres, les militants, les godillots qui vont à la soupe électorale et qui ont besoin de l’onction centrale. Cette allure-là rend lourd… Le socialisme se montre comme l’organe de ceux qui vont au pas, le ventre empli de pommes de terre et l’esprit au ras des sondages. Bien loin des ailes qu’on rêverait pour l’homme.

« Aller au pas – quelle existence !

Cette allure-là rend allemand et lourd.

J’ai dit au vent de m’emmener,

L’oiseau m’a appris à planer.

Vers le midi, j’ai passé sur la mer. » Appendice

Frédéric Nietzsche, Le Gai Savoir, 1887, Folio 1989, 384 pages, €7.41

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