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Pour ou contre intervenir en Syrie ?

C’est entendu, Bachar el Assad a gazé sa population – comme Saddam Hussein l’avait fait en son temps (mais cela avait-il empêché Chirac, ci-devant président, de rester copain avec lui ?).

C’est entendu, ce n’est pas bien de tuer son propre peuple quand on se veut à sa tête (mais cela empêche-t-il l’ONU de faire comme si de rien n’était partout où ça se passe ?).

N’y a-t-il aucun autre moyen que la guerre pour signifier notre désapprobation ? Le président-fonctionnaire est-il un ancien général, comme le fondateur de la Ve République, pour décider tout seul – « souverainement » – d’engager tous les Français dans ce conflit lointain où nos intérêts ne sont pas en jeu ? Lui suffit-il d’actionner l’armée comme on actionne un préfet pour faire le gendarme dans le monde ? Quelle est cette vanité ?

francois hollande lou ravi

Le Royaume-Uni a voté : c’est non ; les États-Unis vont voter : pas sûr que cela soit oui ; les pays européens (nos voisins et partenaires) sont contre l’intervention ; l’opinion publique française aussi à 64%.

  • La France serait-elle la seule prétendue « démocratie » à se passer du Parlement pour déclencher la guerre offensive sans mandat de l’ONU ?
  • François Hollande accomplirait-il ce coup d’État permanent que dénonçait François Mitterrand quand De Gaulle était au pouvoir ?
  • François Hollande serait-il ce « caniche d’Obama » dont son parti accusait hier Sarkozy d’être celui de Bush ?

Hollande voudrait bien rééditer l’union nationale derrière l’armée, comme ce fut le cas avant-hier contre la Libye et hier contre le Mali, mais la situation est-elle comparable ? Autant la France pouvait se sentir mal à l’aise d’avoir laissé cette partie d’Afrique chrétienne, colonisée de 1883 à 1960, dans un état de tribalisme, de sous-développement et de querelles de galonnés – autant la France n’a rien à faire dans une Syrie musulmane dont elle n’a eu que le mandat d’administration par la SDN de 1920 à 1946.

Nous n’avons aucun intérêt en Syrie – que des ressentiments d’hier et des ennuis à venir.

  • Ressentiment d’avoir eu notre ambassadeur de France au Liban Louis Delamare assassiné par les services syriens en 1981 ; ressentiment pro-israélien contre l’ennemi syrien.
  • Ennuis à venir avec les Syriens pro-Bachar si nous intervenons, et avec les milices d’Al Qaida de toute façon ; ennuis avec le Qatar qui finance ces mêmes milices – mais avec qui nous commerçons sans vergogne ; ennuis avec les Russes, Poutine aussi cynique qu’el Assad ; ennuis avec les Chinois qui n’aiment pas l’impérialisme occidental dans le monde.

Notre seule motivation est « morale » (et la gauche adore ça), mais les coalitions menées depuis des décennies par un Occident dominateur appartiennent plus au messianisme botté qu’au souci de l’ordre du monde. Si massacrer son peuple est le Mal, pourquoi François Hollande n’envoie-t-il pas des missiles de croisière

  • Sur Pékin pour sanctionner les massacres du Tibet ?
  • Ou sur Moscou pour les exactions en Tchétchénie et jusque dans les immeubles de banlieue – puisqu’il est quasiment avéré que ce sont les « services » qui ont fait sauter un ou deux immeubles avant les élections présidentielles de 2004 ?
  • Ou sur Pyongyang où le secrétaire général de l’avant-garde éclairée du parti des travailleurs affame sa population de père en fils depuis des décennies
  • Ou sur Téhéran qui développe contre l’ONU des armes de destruction massive
  • Ou sur Ankara pour massacre des Kurdes (après les Arméniens) ? Y aurait-il deux poids, deux mesures ?
  • Sans parler du Zimbabwe, de l’Égypte, du Congo, du Rwanda, de l’Algérie et d’autres ?

Non, président, nous ne sommes pas le phare du monde ; nos conceptions des choses ne sont pas les seules justes ; notre morale n’est pas universelle.

Nous n’avons plus la démographie de dominer le monde, ni la volonté de le faire. Mais il nous reste les moyens d’agir contre les dictateurs : par l’économie, la finance, le droit, les médias, le tourisme. Utilisons-les au lieu de continuer à faire des affaires, d’autoriser les visites des touristes et de poursuivre comme si de rien n’était le ballet hypocrite des diplomates.

Nous n’avons plus les moyens de dépenser des millions d’euros pour rien, juste pour flatter un ego de chef d’État, d’obéir aux injonctions morales d’un ministre des Affaires étrangères pro-israélien ou aux intérêts privés du lobby pro-qatari des armes et des affaires.

Il y a d’autres priorités que la guerre à distance pour la télé et pour se refaire une popularité électorale : le chômage, l’excès d’impôts, le découragement d’entreprendre, la violence administrative. Lutter contre la prolifération est bien – encore faut-il commencer chez soi, notamment par la bureaucratie. Le gaspillage des dépenses publiques commence par ce genre d’intervention sans intérêt vital.

Il faut en débattre, pas s’engager comme si c’était « naturel ». Une politique à long terme implique trois facteurs : une ambition, une vision de ses intérêts, des moyens. Nous ne croyons malheureusement pas François Hollande capable d’aucun des trois : sa seule ambition est la prochaine élection, sa seule vision est à courte vue, les moyens lui font défaut.

Ce pourquoi la dénonciation de « l’esprit munichois » d’Harlem Désir apparaît aussi engluée de bêtise que sa stature d’apparatchik, dont il réitère décidément à chaque apparition la caricature.

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10 mai : dis-moi lequel ?

Vous allez voir, il n’y en aura que pour 1981, le seul 10 mai reconnu par le lobby médiatique ! Et pourtant, les 10 mai français sont nombreux et bien plus importants : c’est le 10 mai qu’en 1871 le traité de Francfort met fin à la guerre franco-allemande, le 10 mai qu’en 1940 l’Allemagne nazie envahit la Belgique, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas, le 10 mai 1968  qu’a lieu la première nuit des barricades…

Chacun de ces 10 mai a fait basculer l’histoire :

  • en 1871 vers la Commune puis la IIIème République avide de « réarmement moral » et d’instruction du peuple,
  • en 1940 vers la plus grave défaite de la France en sa mentalité, ses élites, son confort moral et son pastis, incitant à la Résistance et à la régénération du pays par le Conseil National en 1944,
  • en 1968 vers la chute du vieux monde ranci, autoritaire et hiérarchique, imposé par des vieux sur la société tout entière, avec des valeurs rigides d’un autre temps.

Le 10 mai 1981, parmi tous ces 10 mai, apparaît comme un détail de l’histoire, la première élection sous la Ve République d’un président de gauche qui qualifiait les institutions de « coup d’état permanent »… La célébration 2011 du 10 mai 1981 n’est guère plus que celle du 19 mai 1974 qui vit la victoire de Giscard d’Estaing en plus jeune président de la Vème République : un incident du XXe siècle.

Oh, certes, on voit bien où cet anniversaire des « trente ans » veut en venir : encore ! encore ! encore ! C’est toute la gauche qui saute comme un cabri pour revoir ça.

Sauf qu’il ne suffit pas de sauter sur sa chaise pour engendrer l’histoire. L’analyse du 10 mai 1981 devrait inciter à plus de modestie. Quelle fut en effet cette « victoire » de la gauche ? Un mythe, un espoir déçu, l’amertume des lendemains qui déchantent. Comme si la politique française ne pouvait connaître d’alternance « normale » entre majorité et opposition, ce qui se passe dans tous les pays voisins. Il faut à chaque fois en faire un drame, chanter « la révolution » avant de déchanter face aux réalités.

La victoire de François Mitterrand n’avait rien d’acquis ni de logique. L’Union de la gauche battait de l’aile entre un parti Communiste méfiant et un parti Socialiste qui ne se sentait plus, lui même écartelé entre le jacobinisme mitterrandien et la deuxième gauche rocardienne. Les intellos de gauche flottaient dans la désillusion idéologique depuis les boat people vietnamiens en 1975, qui ont voté massivement avec leurs rames contre le communisme Viêt-Cong – tant chanté par les Jean Lacouture. Le Cambodge du pote Pol n’a pas été sympa avec les bourgeois, mais pas non plus avec les urbains, en bref avec 80% du peuple qu’il a « rectifié » à la campagne et dans les camps, ce qui a fini par se voir en 1979 malgré les dénis obstinés et les œillères idéologiques. C’est le moment que choisit la moitié asiatique du communisme mondial pour reconnaître que « peu importe qu’un chat soit blanc ou jaune s’il attrape les souris », ouvrant la voie au capitalisme surveillé par le parti, boulevard du développement chinois… Le 10 mai 1981 n’est donc pas une victoire de l’idéologie de gauche, seulement celle d’un habile stratège de parti.

Cela ne lui enlève rien, sinon son mythe. Ne pas rêver en 2011 – si « la gauche revient » avec son jacobinisme botté, son misérabilisme du soin, ses dépenses à guichet ouvert pour lépludémunis…

  • Les Français veulent travailler, pas se faire assister (ce que Villepin n’a pas compris, ni Aubry avec ses emplois-parking pour léjeunn, cette race bizarre de fouriens) ;
  • Les Français populaires veulent s’élever dans la société, pas rester « éduqués » à exprimer leur indigence (ce que l’E.NAtionale n’a pas compris avec le spontanéisme, l’abandon de l’orthographe et de la rédaction, le bac-pour-tous… et la sélection drastique à l’université, dans les grandes écoles, pour le premier emploi !) ;
  • Les Français moyens veulent un emploi, se loger et assurer un avenir à leurs enfants, pas plus mais pas moins (et surtout pas payer encore des impôts pour le tonneau des danaïdes de l’immigration sauvage, des banlieues ghetto et des fabriques à crétins).

Ne pas rêver donc, mais, comme à l’école primaire, savoir lire un programme, savoir juger le réaliste et savoir compter.

Car le 10 mai 1981 a été suivi rapidement du « tournant de la rigueur » de l’automne 1982, après trois dévaluations du franc. Aujourd’hui, on ne peut plus : ce sont la dette et l’euro qui contraignent, autant en être conscient. L’espoir déçu est pire que les promesses précautionneuses : voyez Sarkozy ! A force de promettre « la croissance avec les dents » le « travailler plus pour gagner plus », le retour des emplois et le « nettoyage des racailles au karcher », chacun mesure les résultats face à la parole donnée. 2007 avait fait naître un vigoureux espoir de réformer enfin cette France immobile, confite en castes comme en 1870, en 1940 et en 1968. Le pétard a fait « pschitt ! » comme disait si bien le dernier roi fainéant.

1981 est aussi l’aboutissement de deux chocs pétroliers, celui de 1973 après la guerre israélo-arabe du Kippour (hop ! plus 70% de hausse pour le prix du baril) et celui de 1979 après la victoire de l’obscurantisme chiite avec Khomeiny en Iran (et hop ! encore dans les 100% de hausse). Le président Giscard a mal joué en hébergeant un serpent en son sein, tout comme Sarkozy a fait risette à Kadhafi avant de le bombarder.

La gauche pourrait gagner seulement parce que la droite peut perdre. Car la crise d’hier revient aujourd’hui :

  • Réformes : Elle a fait du mal au septennat giscardien malgré ses réformes libérales (majorité à 18 ans, divorce, droit à l’avortement, suppression du monopole ORTF, création du système monétaire européen, lancement des études pour le TGV). Or la crise est là encore aujourd’hui.
  • Divisions : La trahison de Jacques Chirac, maître du RPR, qui n’appelle pas à voter Giscard au second tour, ressemble fort à celle de Villepin ou Borloo aujourd’hui.
  • Affaires : Les diamants ont crispé en 1981 le président sortant, l’incitant au déni et au mépris, ce qui n’a pas aidé les quelques électeurs hésitants à le garder. Les affaires Bettencourt, Alliot-Marie, après celle du fils et quelques autres peuvent jouer le même rôle en 2012 qu’en 1981…

Aujourd’hui que « 10 mai » sonne comme « dis mêêêê…! », alors que les évêques mitrés du culte de Mithra-Mittrand redisent encore et toujours la messe et font lever les hosanna vers « Dieu » -autant penser par soi-même pour se faire une idée.

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