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Contre Jacques Chirac

Tous ces hommages à Chirac… les bras m’en tombent. Le second président le plus mauvais de la Ve République n’est-il adulé que par nostalgie d’un passé qui paraît meilleur aujourd’hui ? Qui se souvient encore que, sur le moment, la vie n’était pas rose ? Il est presque heureux, pour la mémoire de Jacques Chirac, que François Hollande soit devenu président : il fut pire ! Et par comparaison…

En 2006, le philosophe Yves Michaud, alors interlocuteur de l’émission L’esprit public (mais chassé quelques années plus tard par l’implacable et toujours content de lui Michel Meyer) écrit un pamphlet sur Chirac qui reste d’actualité lorsqu’on évoque sa mémoire. Il est à mon avis la meilleure critique jamais parue.

Il fait de Jacques Chirac, Président des Français, le pilier des institutions. Donc, par la construction voulue par ces institutions « à la française », le principal responsable de la déliquescence de la vie politique du pays. Jacques Chirac a passé sa vie dans l’Administration, entré en politique en même temps que dans le grand monde en épousant un nom à particule et en faisant aussitôt l’acquisition d’un château à la campagne.

Jacques Chirac fut énarque et a cumulé plusieurs retraites plus un traitement présidentiel – sans aucune vergogne. Vorace et opportuniste comme une perche du Nil, ses seules passions semblent avoir été le pouvoir et l’argent.

Il fut constitutionnellement « irresponsable » et aimait à avouer à la télévision ses écarts à la déontologie en les minimisant jusqu’au « pschitt » ! Jacques Chirac ne se contentait pas d’être l’incarnation même de la « non-politique » : discours fleuves sans rien dedans, promesses graves jamais remplies, d’autant plus volontariste affirmé qu’il manquait de tout projet, magistère de la parole sans que surtout rien de concret ne change – la thèse défendue par Yves Michaud est que Jacques Chirac a « pourri » le monde politique par son « incivilité ».

Aucun ami de Jacques Chirac ne pourra aimer ce livre. Mais la politique (et Jacques Chirac la pratique ainsi) n’a que faire des sentiments.

Yves Michaud ne fait en effet jamais référence à l’homme mais uniquement à ses postures et aux écarts à sa Fonction. Il juge l’acteur à son rôle, pas l’être vulnérable et probablement humain derrière le masque. L’auteur n’a jamais rencontré Jacques Chirac ; il a en revanche étudié attentivement tous ses discours, qui ont fait l’objet d’un premier livre : Chirac dans le texte, la parole et l’impuissance, paru chez Stock en 2004. C’est dire s’il connaît bien le sujet devenu Roi.

Et il est nécessaire à tout jugement qui se veut lucide de quitter l’affectif pour l’efficace, de jauger le Président à sa Présidence, pas à son bon cœur intime. Etre « sympa » ou « pas fier » ne fait pas une politique. Ce n’est pas « haïr » Jacques Chirac que de dire haut et fort à l’homme public qu’il s’est voulu que sa prestation n’a pas satisfait. Seul le vulgaire peut haïr un acteur, parce que le vulgaire a l’esprit confus et qu’il croit volontiers que le rôle est l’homme. Yves Michaud n’est pas vulgaire ; son pamphlet s’adresse à l’acteur-Président Chirac, pas à l’être humain Jacques. Pour relativiser, il suffit souvent de voir une photo du personnage enfant.

Selon Yves Michaud, Jacques Chirac le politique a agi comme Obélix, obéissant aux con : combat, concorde, cocarde. Castagneur, il est le tueur qui a trahi chacun des siens pouvant lui faire de l’ombre et son camp en laissant voter Mitterrand en 1995 ou Jospin en 1997 ; cocardier, il a joué volontiers selon le vent du nationalisme bonapartiste malgré deux siècles de retard et le ridicule qui va avec (le cocorico sonore, les pieds dans la merde du tas de fumier) ; concordataire par tempérament, il fut l’homme de l’éternel « compromis social » voué à conforter un conservatisme d’Etat (il faut que tout change pour que rien ne change, il faut sans cesse parler du changement pour surtout ne jamais le faire), un compromis fantasmé comme le dernier rempart d’une société sans cesse en proie aux velléités de guerre civile.

Tacticien politique :

« Toujours jouer le jeu du troisième homme pour avancer ses intérêts, être celui dont personne ne veut mais dont il faudra bien se contenter le cas échéant. En 1974, Chaban-Delmas en fit les frais, en 1981 Giscard d’Estaing, en 1988 Barre, en 1995 Balladur et maintenant, en 2002, c’était le tour de Jospin. » (p.152) Ajoutons peut-être Sarkozy et Villepin à la liste. Mais « qu’il est beau, l’assassin de papa !

Roi fainéant :

Pour gagner, la tactique ci-dessus est efficace – mais pour gouverner, lamentable : « cette stratégie de la destruction n’a permis à cet habile politicien de ne gouverner en tout et pour tout que trois fois deux ans avant de s’empêtrer dans un ultime quinquennat vicié dès l’origine. » (p.152) Après le 21 avril 2002, « Il fallait laisser le fanfaron de la Corrèze tuer sa bête du Gévaudan. (…) Au lieu de quoi, on lui offrit sur un plateau un consensus informe qui lui permettait une fois encore d’échouer tout en prétendant que tout le monde était d’accord pour qu’il en soit ainsi. » (p.157) « On », c’est notamment la gauche, naïve au point de croire à son slogan du « fascisme à nos portes », et veule de se coucher sans contrat négocié au second tour avec la pose cocasse d’aduler Chirac tout en « se bouchant le nez ». L’anesthésie sur fond de clameur antifasciste. Que faire ? – « Comme si de rien n’était… »

Adepte du « bon plaisir », réducteur de la Loi en démagogique agitation :

« La folie législative française, M. Chirac l’a portée à son point orgasmique : Quoi qu’il se produise, de grave ou de pas grave, d’accidentel ou de substantiel, pourvu que cela ait ému l’opinion une minute, il faut faire une loi (…) Une fois que la loi est faite, on a la conscience tranquille d’avoir agi. Et peu importe si la loi est en partie inapplicable (…), ou reste sans décrets d’application, ou n’est pas appliquée parce que personne n’y comprend rien… » (p.125) Le pire est que, dans la France contemporaine, c’est l’Exécutif qui fait les lois, le Parlement se contente de les entériner puisque le gouvernement est maître de l’ordre du jour et fait passer ses projets avant les propositions des Assemblées ; c’est l’Exécutif qui est comptable de la justice puisque le Président de la République est lui-même Président du Conseil de la Magistrature après avoir nommé nombre de ses membres. Séparation des pouvoirs ? – Allons donc ! C’est bon pour la télé.

Européen du rétroviseur :

« Avec son nationalisme cocardier et son ignorance profonde de tout ce qui n’est pas hexagonal, il n’est pas un Européen de conviction mais d’opportunité. Il a commencé par s’opposer violemment à l’Europe dans les années 1970. Rappelons l’accablant appel de Cochin en 1978… » (p.168) Jacques Chirac reste un conservateur rural, à teinture radicale d’avant 14, et surtout anti-américain – ça fait bien chez les intellos et dans la France profonde, toujours méfiante envers ce qui vient de « l’étranger ».

Telle est, selon Yves Michaud, la « malédiction Chirac » : « C’est bien le même homme qui, tantôt pourrit l’exercice du pouvoir de ses adversaires par ses agitations partisanes, tantôt est aux commandes d’une politique intérieure de pure simulation où le populisme et le conservatisme sont maquillés de compassion pour aboutir à l’immobilisme, d’une politique internationale où les grandes déclarations sur les droits de l’homme et l’écologie sont constamment démenties par un réalisme cynique, où l’empirisme et l’opportunisme font fonction de politique européenne » p.171.

La conclusion du « Précis » est digne de Cicéron : « Il fallait donc se débarrasser de M. Chirac, non par esprit partisan mais par rationalité politique » p.171. Et encore, le meilleur : « Que dire de plus alors qu’on a déjà l’impression d’avoir exagéré ? Que c’est seulement la réalité qui est exagérée – au sens propre de surréelle » p.129. Aujourd’hui, il y a Trump, Boris Johnson, Mélenchon comme bouffons, mais Jacques Chirac a soigneusement savonné la planche dans laquelle tous sont tombés ! On ne me fera pas aduler un tel histrion !

Yves Michaud, Précis de recomposition politique, collection Climats, Flammarion 2006, 298 pages, €18.30 e-book Kindle €14.99

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Françoise Chandernagor, L’enfant des Lumières

Françoise Chandernagor, juriste et grand serviteur de l’État, écrit ici son anti-‘Émile’. Rousseau l’abstrait, qui a pontifié un traité d’éducation alors qu’il n’a jamais élevé le moindre enfant (mais a mis tous les siens aux Enfants-trouvés) n’est pas un bon guide. Mais c’est toute une société – la nôtre – qui est passée au crible de la critique. L’auteur nous entraîne en effet dans l’histoire de la Révolution, la philosophie des Lumières, la corruption sociale des élites, l’éducation des enfants. Tout ce qui fait sens à la société française d’aujourd’hui. Écrit en 2006, c’est bien la France de Chirac qui est en ligne de mire.

Deux décennies avant 1789, la France royale se trouve dans les mains d’un roi fainéant et de financiers qui ont l’art de détourner l’argent public dans des poches privées. Le ministère de Monsieur Necker est édifiant : « pas de réformes (…), pas d’impôts, pas d’efforts, pas de vagues, pas de larmes – de l’emprunt ! » p.383. La démagogie bat son plein pour conforter la rente au détriment de l’entreprendre. La fameuse Compagnie des Indes n’égalera jamais son équivalent anglais car la France met à sa tête des politiciens et non des capitaines d’industrie. Tout ce qui compte est de paraître et de renforcer son statut en s’enrichissant sur le dos des actionnaires – de par le bon vouloir du Roi. On croirait lire l’histoire d’EADS sous Chirac et Villepin, avec l’ineffable Monsieur Gergorin.

En cause la philosophie des Lumières qui préfère les grands mots aux vraies actions. Tout n’est que Morale, Vertu, Progrès, tout n’est que majuscules. Dans la réalité, les coiffures d’un mètre de haut avec vase incorporé et les faux-culs de plus en plus amples des robes à la mode, masquent la décadence des mœurs. Tout le monde couche avec tout le monde, au su de tout le monde. Et ça jacasse dans les salons. L’économie va comme elle peut, le paysan n’ayant qu’une idée : frauder le seigneur sur les grains et faire contrebande du sel entre baillages à fiscalité différente. Le chacun pour soi monte, monte… « Où, dans ce siècle, voyez-vous le progrès ? Déclin de l’honneur privé, dédain des vertus publiques, exténuation de la langue, affadissement de la sensibilité… Sans parler du triomphe de l’agiotage ! » p.567.

Ceux qui sont trop naïfs pour croire que l’honneur et la fidélité conduisent les affaires sont ruinés. C’est le cas du mari de la comtesse de Breyves, acculé à la faillite personnelle et qui se pend de désespoir. Ce monde de requins n’est décidément pas fait pour lui. « Étrange société que celle où la censure s’oppose aux pièces de Beaumarchais, mais où la Reine elle-même joue devant la cour l’auteur censuré ! Sous prétexte de grâce, de subtilité, le siècle s’écartèle, se dédouble, s’oublie jusqu’à la folie. Insensée, l’élite (…) prétend être (…) conservatrice avec les conservateurs, et frondeuse avec les frondeurs » p.394. Les aristos d’hier ressemblent tant aux bobos d’aujourd’hui !

La comtesse, née bourgeoise enrichie dans le commerce triangulaire et le sucre des colonies, ne fait ni une ni deux : elle s’exile à la campagne dans le seul bien propre qui lui reste, la Commanderie. Ce vaste manoir est situé aux lisières de l’Auvergne, dans la Marche, et est propice à la culture. Elle s’y établit avec Alexis, son unique fils de sept ans, déjà déluré et habile au commerce. N’a-t-il pas appris le bonneteau auprès des malandrins du Pont-Neuf, y compris l’art de perdre au début pour gagner gros ensuite ?

Mais la Cour et ses médisances, la philosophie qui trotte après Voltaire, l’indigence des élites obsédées de sexe et de fêtes, les Parisiens exacerbés de sensiblerie et capables d’une cruauté sans égale quand elle est collective, ne sont décidément pas un milieu propice à l’éducation d’un enfant. ‘Émile’ est une fumisterie, on n’élève pas les garçons comme Marie-Antoinette ses moutons à rubans roses dans la bergerie de Versailles. La réalité est toute autre : il faut chasser, cultiver, plaider, compter, savoir châtier pour se faire obéir, et établir de saines relations pour se faire aimer. Les parents élèvent toujours leurs enfants pour le monde d’hier, rarement pour celui qui vient…

Madame de Breyves décide de confronter son garçon aux réalités du monde. Il n’est pas chevaleresque comme son père (mais à quoi cela lui a-t-il servi ?), mais plutôt affairiste comme son grand-père. Inutile de tenter de corriger cette tendance, l’éducation n’agit pas contre la nature. Mais il est utile de lui forger un corps robuste, un cœur endurci et un esprit avisé pour qu’il sache s’adapter au nouveau monde qui naît. « Elle lui enseignerait la prudence et l’art des apparences » p.277. Rousseau « le bon apôtre » (p.165) est décidément un mauvais maître – peut-être est-ce pour cela qu’il plaît tant dans les salons ? « Entre Émile et Alexis, il n’y avait d’opposés que le tempérament et le projet… » p.361. Rien de moins. Le garçon est « gai, drôle, gourmand de la vie, gourmand des êtres. Tendre et affectueux par-dessus le marché ! En outre capable de secret, et dépourvu de préjugés… (…) sachez, si vous ne l’avez remarqué, qu’Alexis est insolent, chapardeur, tricheur, cupide et indiscret (…) Alexis est confiant ! Oui, oui, optimiste, indulgent. Deux péchés inexpiables ! » p.332.

Le garçon grandira, excellera, non sans désespérer sa mère parfois lorsqu’elle doit renvoyer Léveillé, valet adolescent qui fait jouir l’enfant à 10 ans en l’embrassant sur le ventre, très bas, ou lorsqu’il se fait renvoyer du collège religieux à 16 ans pour avoir lu Zadig (« de » Voltaire). Mais il l’aime plus que tout et c’est un arrachement de le faire devenir lui-même. Il faut parfois à la comtesse jouer la mère chatte qui crache et griffe ses petits devenus trop grands pour qu’ils se détachent d’elle et s’épanouissent. Pas simple d’élever seule un enfant, surtout un garçon sans modèle paternel.

Ce roman foisonnant est fort réussi, réussissant l’exploit de nous faire aimer l’histoire et la philosophie, la sociologie et l’éducation tout à la fois. Brassant les siècles parce que notre quotidien est né fin XVIIIème – et qu’il est peut-être, comme vers 1780, en train de disparaître dans la futilité, le mépris, le chacun pour soi – et l’agiotage. Un roman philosophe, qui l’eût cru en ce début du deuxième millénaire ?

Françoise Chandernagor, L’enfant des Lumières, 2006, Folio, 691 pages, €8.17

Un autre roman de Françoise Chandernagor chroniqué sur ce blog

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10 mai : dis-moi lequel ?

Vous allez voir, il n’y en aura que pour 1981, le seul 10 mai reconnu par le lobby médiatique ! Et pourtant, les 10 mai français sont nombreux et bien plus importants : c’est le 10 mai qu’en 1871 le traité de Francfort met fin à la guerre franco-allemande, le 10 mai qu’en 1940 l’Allemagne nazie envahit la Belgique, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas, le 10 mai 1968  qu’a lieu la première nuit des barricades…

Chacun de ces 10 mai a fait basculer l’histoire :

  • en 1871 vers la Commune puis la IIIème République avide de « réarmement moral » et d’instruction du peuple,
  • en 1940 vers la plus grave défaite de la France en sa mentalité, ses élites, son confort moral et son pastis, incitant à la Résistance et à la régénération du pays par le Conseil National en 1944,
  • en 1968 vers la chute du vieux monde ranci, autoritaire et hiérarchique, imposé par des vieux sur la société tout entière, avec des valeurs rigides d’un autre temps.

Le 10 mai 1981, parmi tous ces 10 mai, apparaît comme un détail de l’histoire, la première élection sous la Ve République d’un président de gauche qui qualifiait les institutions de « coup d’état permanent »… La célébration 2011 du 10 mai 1981 n’est guère plus que celle du 19 mai 1974 qui vit la victoire de Giscard d’Estaing en plus jeune président de la Vème République : un incident du XXe siècle.

Oh, certes, on voit bien où cet anniversaire des « trente ans » veut en venir : encore ! encore ! encore ! C’est toute la gauche qui saute comme un cabri pour revoir ça.

Sauf qu’il ne suffit pas de sauter sur sa chaise pour engendrer l’histoire. L’analyse du 10 mai 1981 devrait inciter à plus de modestie. Quelle fut en effet cette « victoire » de la gauche ? Un mythe, un espoir déçu, l’amertume des lendemains qui déchantent. Comme si la politique française ne pouvait connaître d’alternance « normale » entre majorité et opposition, ce qui se passe dans tous les pays voisins. Il faut à chaque fois en faire un drame, chanter « la révolution » avant de déchanter face aux réalités.

La victoire de François Mitterrand n’avait rien d’acquis ni de logique. L’Union de la gauche battait de l’aile entre un parti Communiste méfiant et un parti Socialiste qui ne se sentait plus, lui même écartelé entre le jacobinisme mitterrandien et la deuxième gauche rocardienne. Les intellos de gauche flottaient dans la désillusion idéologique depuis les boat people vietnamiens en 1975, qui ont voté massivement avec leurs rames contre le communisme Viêt-Cong – tant chanté par les Jean Lacouture. Le Cambodge du pote Pol n’a pas été sympa avec les bourgeois, mais pas non plus avec les urbains, en bref avec 80% du peuple qu’il a « rectifié » à la campagne et dans les camps, ce qui a fini par se voir en 1979 malgré les dénis obstinés et les œillères idéologiques. C’est le moment que choisit la moitié asiatique du communisme mondial pour reconnaître que « peu importe qu’un chat soit blanc ou jaune s’il attrape les souris », ouvrant la voie au capitalisme surveillé par le parti, boulevard du développement chinois… Le 10 mai 1981 n’est donc pas une victoire de l’idéologie de gauche, seulement celle d’un habile stratège de parti.

Cela ne lui enlève rien, sinon son mythe. Ne pas rêver en 2011 – si « la gauche revient » avec son jacobinisme botté, son misérabilisme du soin, ses dépenses à guichet ouvert pour lépludémunis…

  • Les Français veulent travailler, pas se faire assister (ce que Villepin n’a pas compris, ni Aubry avec ses emplois-parking pour léjeunn, cette race bizarre de fouriens) ;
  • Les Français populaires veulent s’élever dans la société, pas rester « éduqués » à exprimer leur indigence (ce que l’E.NAtionale n’a pas compris avec le spontanéisme, l’abandon de l’orthographe et de la rédaction, le bac-pour-tous… et la sélection drastique à l’université, dans les grandes écoles, pour le premier emploi !) ;
  • Les Français moyens veulent un emploi, se loger et assurer un avenir à leurs enfants, pas plus mais pas moins (et surtout pas payer encore des impôts pour le tonneau des danaïdes de l’immigration sauvage, des banlieues ghetto et des fabriques à crétins).

Ne pas rêver donc, mais, comme à l’école primaire, savoir lire un programme, savoir juger le réaliste et savoir compter.

Car le 10 mai 1981 a été suivi rapidement du « tournant de la rigueur » de l’automne 1982, après trois dévaluations du franc. Aujourd’hui, on ne peut plus : ce sont la dette et l’euro qui contraignent, autant en être conscient. L’espoir déçu est pire que les promesses précautionneuses : voyez Sarkozy ! A force de promettre « la croissance avec les dents » le « travailler plus pour gagner plus », le retour des emplois et le « nettoyage des racailles au karcher », chacun mesure les résultats face à la parole donnée. 2007 avait fait naître un vigoureux espoir de réformer enfin cette France immobile, confite en castes comme en 1870, en 1940 et en 1968. Le pétard a fait « pschitt ! » comme disait si bien le dernier roi fainéant.

1981 est aussi l’aboutissement de deux chocs pétroliers, celui de 1973 après la guerre israélo-arabe du Kippour (hop ! plus 70% de hausse pour le prix du baril) et celui de 1979 après la victoire de l’obscurantisme chiite avec Khomeiny en Iran (et hop ! encore dans les 100% de hausse). Le président Giscard a mal joué en hébergeant un serpent en son sein, tout comme Sarkozy a fait risette à Kadhafi avant de le bombarder.

La gauche pourrait gagner seulement parce que la droite peut perdre. Car la crise d’hier revient aujourd’hui :

  • Réformes : Elle a fait du mal au septennat giscardien malgré ses réformes libérales (majorité à 18 ans, divorce, droit à l’avortement, suppression du monopole ORTF, création du système monétaire européen, lancement des études pour le TGV). Or la crise est là encore aujourd’hui.
  • Divisions : La trahison de Jacques Chirac, maître du RPR, qui n’appelle pas à voter Giscard au second tour, ressemble fort à celle de Villepin ou Borloo aujourd’hui.
  • Affaires : Les diamants ont crispé en 1981 le président sortant, l’incitant au déni et au mépris, ce qui n’a pas aidé les quelques électeurs hésitants à le garder. Les affaires Bettencourt, Alliot-Marie, après celle du fils et quelques autres peuvent jouer le même rôle en 2012 qu’en 1981…

Aujourd’hui que « 10 mai » sonne comme « dis mêêêê…! », alors que les évêques mitrés du culte de Mithra-Mittrand redisent encore et toujours la messe et font lever les hosanna vers « Dieu » -autant penser par soi-même pour se faire une idée.

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