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Jane Austen, Mansfield Park

Vladimir Nabokov a beaucoup aimé ce long roman d’apprentissage d’une jeune fille, de ses 10 ans à ses 20 ans. Fanny Price représente la femme effacée, presque timide, sensible et qui n’en pense pas moins ; elle a été façonnée par son milieu mais garde des principes universels qui la rendent sympathique. Au fond, elle est très anglaise de tempérament : courageuse mais conservatrice, ouverte mais modérée.

Il faut dire que l’époque est celle des guerres napoléoniennes qui menacent l’Angleterre sur mer, celle des droits de l’Homme qui remettent en cause l’esclavage et la fructueuse économie des Antilles anglaises, l’essor de la révolution industrielle qui sépare de plus en plus villes et campagne, les premières étroites, insalubres, enfumées, et la seconde en harmonie avec la nature, les éléments, les saisons. L’époque est toute de transformations sociales, politiques, économiques. A Portsmouth, dans sa famille biologique, Fanny voit tout l’écart qui sépare la maison de celle de Mansfield Park : « C’était la demeure du bruit, du désordre et du manque total de bienséance. Personne n’occupait la place qui lui revenait, rien n’était fait comme il fallait. Elle ne pouvait éprouver du respect pour ses parents, contrairement à ses désirs » p.531.

Le matérialisme menace, comme le bon plaisir pris par égoïsme, sans souci des autres. « Une absence de principe, une délicatesse de sentiment émoussée, ainsi qu’un esprit dénaturé et corrompu » p.625. Ainsi d’Henri Crawford, pas bien beau, petit et noireau, mais riche jeune homme qui cueille les filles par la séduction de ses manières, son obstination orgueilleuse de gagner, et sa fortune. Cet Henri veut séduire Fanny, car elle est la seule qui résiste encore et toujours à son siège amoureux. Il ne réussira pas, faisant céder une autre, une femme mariée, la propre cousine de Fanny, créant ainsi le scandale absolu dans une société de rang où l’honneur social est plus que la personne.

La famille patriarcale traditionnelle, représentée par l’austère mais humain Sir Thomas Bertram, baronnet et membre du Parlement, est remise en cause par la jeunesse. Il suffit que le patriarche s’absente quelques mois pour « aller régler des affaires » à Antigua où il possède des plantations, pour que ses fils et filles s’émancipent des principes selon leurs tempéraments. Tom, l’aîné et héritier, montre sa frivolité et son insouciance tandis qu’Edmond, le cadet qui se destine à devenir pasteur pour assurer sa subsistance est plus tempéré et généreux. Maria la vaniteuse et Julia sa sœur, ne songent qu’au beau mariage et flirtent sans retenue avec Henry Crawford, osant même monter une pièce de théâtre où l’on expose tout, comme par jeu. Or le jeu suscite une dangereuse intimité et Fanny comme Edmond s’y opposent ; ils savent que Sir Thomas ne sera pas d’accord sur ces liaisons dangereuses, mœurs nouvelles venues de Londres en la personne du jeune fat Yates, ami de Tom évidemment.

La rigidité de Sir Thomas contraste avec l’indulgence outrancière de leur tante Norris, deux conceptions extrêmes de l’éducation qui sont autant néfastes. Pour connaître ses enfants, il est nécessaire de les laisser se révéler en ne les contraignant qu’avec doigté, moins par appel aux grands principes de l’humanisme que par des mises en situation concrètes. Autrement, ils feindront et deviendront hypocrites, comme les mondanités les encouragent à devenir. Sir Thomas le comprend à la fin et s’en repend : « On ne leur avait sans doute jamais appris à gouverner leurs penchants et leurs humeurs, en leur communiquant ce sens du devoir qui se suffit à lui-même » p. 633. Développer l’intelligence et le savoir ne suffit pas ; il faut développer aussi le caractère par la mise en pratique des principes.

Mais peut-on être indépendant de sa famille ? De son rang social ? De son état de femme ? Non, sans doute, à cette époque. Fanny en fait l’amère et douce expérience, nièce de Sir Thomas et non sa fille, mais au fond plus sa fille que ses propres filles, tant elle a appris et assimilé son tempérament et ses façons. Mais doit-elle être mariée contre son gré ? Sans possibilité de choisir ? Ce ne sont pas les hommes qui commandent, comme les fermiers mènent leur vache au taureau. Sir Thomas encourage son mariage avec Henri Crawford, qu’il voit comme un amoureux persévérant et de bon caractère ; il déchantera. « Et même si cet homme avait toutes les perfections, on n’en devrait pas pour autant considérer comme chose établie que le devoir d’une femme est de l’accepter, sous prétexte qu’il se trouve éprouver à son égard quelque affection ? » p.482. Reste que la famille est tout, en ce monde, et c’est pourquoi le nom du domaine, de la domus, de la Maison du Northamptonshire – ce centre de l’Angleterre – est le personnage principal du roman. Il lui donne son titre, et d’ailleurs le tout dernier mot du roman. Il rappelle les relations patriarcales : Mans-field, le domaine des hommes. Quand chacun va de son côté et ignore les autres, il n’y a plus de Maison, plus de famille, plus de style de vie, plus de tradition.

Les sœurs Ward ont fait chacun un mariage différent il y a trente ans, ce qui montre combien, pour les femmes, le mariage seul établit la position sociale. Maria, la plus belle, a épousé Sir Thomas Bertram. L’aînée a épousé un clergyman, Mr Norris, ami de Sir Bertram, désormais décédé sans laisser d’enfant. La benjamine Frances, « pour contrarier sa famille », a épousé le pauvre lieutenant de marine Price qui lui fait un enfant par an, dix en tout. Sur une idée intéressée de Mrs Norris devenue veuve, marâtre avare et mouche du coche, la fille aînée Fanny, 10 ans, est accueillie à Mansfield Park chez les Bertram pour y être éduquée selon les bons principes avec ses cousines. Mais elle sera toujours en arrière, une nièce recueillie par charité, pas une fille de la maison. Son caractère doux et moral fera d’elle, insensiblement, la conscience de la famille.

Elle est accueillie, aidée et encouragée par Edmond, 16 ans, qui l’aime fort. Fanny a des liens très fort aussi avec son propre frère aîné William, de deux ans plus âgé. Il est intelligent, honnête et courageux, deviendra aspirant dans la Navy, puis lieutenant sur intervention d’Henry Crawford, qui veut ainsi séduire Fanny. Mais elle s’attache à Edmond, qu’elle aime d’un amour secret parce qu’il se soucie du bonheur des autres. Ce pourquoi elle voit avec désespoir celui-ci s’éprendre d’une Mary Crawford intrigante, ironique et égoïste, tout à fait dans le ton du matérialisme d’époque. Mary et Henry Crawford sont frère et sœur de la femme du nouveau pasteur, le Dr Grant, après le décès de Mr Norris ; leur proximité fait qu’ils sont souvent invités à Mansfield Park.

Une fois de plus, Jane Austen chante les amours contrariés, les sentiments en conflit avec les intérêts, la dépendance de la femme. Maria Bertram n’aime pas Rushworth, elle n’aime que sa fortune ; Mary Crawford, superficielle et sans aucun sens moral, n’aime pas Edmond car il se destine au métier étriqué de pasteur, elle n’a un retour de flamme que lorsqu’il qu’il risque de devenir héritier en titre, si Tom meurt de fièvre ; Tom Bertram n’aime personne, que la chasse et les chevaux, avant d’échapper à la mort dans la douleur, ce qui le fait mûrir ; Henry Crawford a constamment besoin de se faire aimer et admirer, il n’aime pas Fanny, il n’aime que la dure conquête qu’elle représente à son orgueil. Julia Bertram n’aime pas vraiment Yates, trop futile de modernité littéraire, mais part se marier sans le consentement de son père pour éviter d’être reprise par la Famille et corsetée après le scandale de sa sœur Maria.

Rien de moins romantique que ces relations entre jeunes gens. Chacun cherche à conquérir chacune, laquelle ne pense qu’à s’établir en fortune. On ne songe qu’aux biens matériels, pas aux sentiments. Seule Fanny la sensible semble préparer le mouvement romantique, avec son exaltation de la nature, du reverdissement du printemps, de la pluie, de la chaleur du feu de bois. Elle finira par épouser son cousin Edmond, ses frères William, John et Sam mousses sur les bateaux dès l’âge de 10 ans, seule façon de se faire une place dans la société pour qui est sans fortune. Maria est exilée avec sa tante Norris, Julia pardonnée, Tom repenti, Susan, la jeune sœur de Fanny, prend sa place auprès de Lady Bertram comme dame de compagnie. Les Crawford repartis avec les Grant à Londres – et tout est bien qui finit bien.

Un gros roman de maturité, écrit à 38 ans, cinq ans avant sa mort. Les phrases longues et balancées établissent un ton raisonnable, comme détaché, analysant les sentiments et les mouvements des acteurs de façon parfois très ironique. La peinture des mœurs du temps est remarquable et fait plonger dans cet intérieur anglais bien moins bouleversé que les intérieurs continentaux parce que les guerres se passent toujours hors du territoire national. Les personnages ont du caractère et l’on se plaît à les voir évoluer, s’entrechoquer, se plaire ou se détester dans ce huis-clos social de la gentry anglaise.

Jane Austen, Mansfield Park, 1814, 10-18 2014, 646 pages, €9,50

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Roman de Jane Austen déjà chroniqué sur ce blog :

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Jane Austen, Emma

Emma Woodhouse est une jeune anglaise de 21 ans au temps de Napoléon. Elle vit à Hilbury dans la campagne anglaise auprès de son vieux père qui craint les changements et les courants d’air ; sa mère n’est plus. La ville est petite et le rang social exige de ne parler qu’avec des égaux, les inférieurs étant objets de considération et les supérieurs trop lointains. Emma, en jeune fille rangée, ne pense qu’au mariage. Oh, pas le sien ! Elle s’en voudrait, elle est bien comme ça, elle reste auprès de papa. Mais ceux des autres, qu’elle s’ingénie à apparier. Elle est décrite par son autrice comme « belle, intelligente, et riche, avec une demeure confortable et une heureuse nature ». Elle ne se prend par pour rien, mais reste généreuse et « quand elle se trompe, elle reconnaît vite son erreur. »

Elle croit avoir favorisé l’accouplement de Mr et Mrs Weston, l’épouse étant son ancienne gouvernante. Elle ne se préoccupe que de futilités sociales, faute d’avoir à craindre le lendemain et de pouvoir faire un quelconque travail, et se délecte de respecter les rangs. Elle ne veut pas se marier, sauf si elle découvre le grand amour, comme Jane Austen elle-même. Elle interdit par exemple à la jeune Harriet, 15 ans, orpheline godiche d’origine inconnue, élevée dans les principes, de s’accoupler avec le fils Martin, un jeune homme vigoureux et avisé qui est amoureux d’elle. Il n’est que fermier et est considéré par Emma comme socialement inférieur. Elle croit encourager les avances du jeune vicaire Mr Elton, aimable avec tout le monde, mais qui ne vise le mariage que pour la rente. Elle lui destine Harriet alors que lui n’a de vue que sur elle, Emma. Elle en est mortifiée et l’éconduit sèchement. Le révérend Elton se console en trois mois en se fiançant avec 250 000 £ de patrimoine dans une ville voisine, avant de revenir parader avec son épouse à Hilbury. Isabella, la soeur aînée d’Emma, et John, le cadet des voisins Knightley, représentent le mariage idéal. Ils habitent Bloomsbury, quartier huppé de Londres, ont un enfant tous les deux ans, et les aînés Henry et John, deux petits garçons de 4 et 6 ans sont turbulents, donc adorables. Trois autres petits les suivent, dont une fillette qui vient de naître.

Emma est curieuse de connaître Frank Churchill, le fils mystérieux de Mr. Weston, qui doit rendre visite à son père à Highbury. C’est un beau jeune homme que tout le monde vante, déjà bachelor et qui va hériter de sa tante, auprès de laquelle il vit habituellement. Son père n’a eu ni le goût, ni les compétences, ni le courage d’élever une fois devenu veuf. Emma se découvre amoureuse de lui sans vraiment le vouloir mais son esprit critique lui fait distinguer tous les défauts du jeune homme : « la vanité, l’extravagance, l’amour du changement, l’indifférence pour l’opinion des autres. » Elle a pour concurrente une autre orpheline, Jane Fairfax, nièce de Miss Bates et récemment arrivée à Highbury. Elle joue très bien du piano, garde un maintien réservé de bon aloi, mais a le teint blême et une santé fragile. Emma intrigue pour que Frank n’ait pas de vue sur elle. De fait, il lui cache son jeu. L’arrivée d’un piano forte chez Miss Bates, qui vit avec sa mère et héberge Jane, intrigue Emma. Elle soupçonne un amoureux secret. Qui cela pourrait-il être ? Mr Dixon son gendre ? Frank Churchill ? Mr Knightley ? Au bal, que Frank a voulu organiser avec elle, Mr. Knightley demande une danse à Harriet, tandis que Mr Elton l’a dédaignée ouvertement. Emma et Mr. Knightley dansent ensemble et s’en trouvent bien. Frank revient avec Harriet, qui s’est évanouie sur le chemin parce qu’elle a été malmenée par des gitans. Chacun croit que son aimée en aime un autre, ce qui fait le sel du roman.

Mr. Knightley est le beau-frère d’Emma, de seize ans plus âgé qu’elle, et vient souvent en visite chez les Woodhouse parce qu’il est propriétaire du domaine voisin, Donwell Abbey. Il est un ami proche et un modérateur. Il remet souvent Emma dans le droit chemin de la raison en usant de l’humour. Celle-ci finit par croire qu’elle a du sentiment pour lui, mais c’est Harriet qui se déclare. Elle croit naïvement, sur la foi de ce qu’Emma lui a dit, qu’elle peut aspirer à un mariage au-dessus de sa condition, mais la gentry, un rang juste en-dessous de la noblesse, n’est pas pour elle. Mrs. Elton est le parfait contre-exemple, aux yeux d’Emma, de la manière de ne pas se comporter en tant que membre de la gentry. Elle est vaniteuse, ramenant tout à elle, et n’a aucun scrupule à rabaisser les autres ; « prétentieuse, hardie, familière et mal élevée ; elle manquait totalement de tact », n’hésite pas à confirmer l’autrice. Après avoir été refusée par Mr Elton et s’être vue refuser Mr Knightley, Harriet en revient obstinément à son premier prétendant, le jeune fermier de 24 ans Martin.

Après toutes ces intrigues qui nous semblent, vue d’aujourd’hui, celles d’une adolescente dans la fièvre du sexe inassouvi, chacun trouve sa chacune et les chaussures encore neuves trouvent leur bon pied. Sans mariage, les femmes de l’époque ne sont rien. Ses manipulations sociales divertissantes permettent à Emma de connaître et de maîtriser ses émotions, ainsi son insulte injuste à l’égard de Miss Bates que lui reproche Knightley, ce qui fait de son histoire une initiation à l’âge adulte. En réciproque, Knightley prend ses responsabilités d’homme adulte en consentant à ce qu’Emma continue de vivre auprès de son père une fois mariée. Les imperfections des personnages et la peinture réaliste, souvent ironique, de la vie ordinaire, rendent ce roman attachant et toujours édifiant, malgré les écarts d’époques.

Jane Austen, Emma, 1816, Livre de poche 2025 (nouvelle traduction), 704 pages, €8,90

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Il y a deux siècles, 1813

Nos grands-parents connaissaient des gens qui avaient vécu la période ; ce n’est donc pas si loin. Ce qui frappe les Français est la Roche tarpéienne de Napoléon, si proche de son Capitole. 1813 voit le recul des armées françaises un peu partout en Europe, chassées par des populations qui en ont assez de l’activisme révolutionnaire et du messianisme botté. Elles se font aider par des coalitions conservatrices.

Frédéric-Guillaume III de Prusse signe à Kalisz le traité d’alliance avec les Russes et organise une levée en masse dans les territoires libérés des troupes françaises avant de déclarer la guerre à la France. Les victoires françaises de Lützen puis de Bautzen sur les troupes russo-prussiennes commandées par le maréchal Wittgenstein entraînent une sixième coalition : Royaume-Uni, Autriche, Prusse, Russie, Suède. A la bataille de Leipzig en octobre, 180 000 hommes de Napoléon sont battus par 320 000 coalisés. Le roi de Saxe a changé de camp, les rois de Bavière et de Wurtemberg quittent l’alliance française. En Westphalie, des soulèvements populaires forcent Jérôme Bonaparte à fuir. L’Allemagne est abandonnée par les Français. Même chose aux Pays-Bas, à Leyde, Amsterdam et La Haye où des émeutes éclatent contre l’occupation française. Le 17 novembre la garnison française quitte les Pays-Bas. Même chose en Espagne où le 2 juillet l’armée française évacue le pays. La défaite des troupes françaises du maréchal Soult le 10 novembre à la bataille de la Nivelle permet aux Hispano-britanniques d’entrer en France et d’assiéger Bayonne. Par le traité de Valençay, Napoléon Bonaparte rend le trône d’Espagne à Ferdinand VII et 12 000 familles espagnoles collaboratrices partent en exil en France. En janvier, les Cortes libérales avaient confirmé l’abolition de l’Inquisition…

Europe francaise 1813

Ailleurs dans le monde, ce qu’on retient est la faiblesse des États-Unis, tout nouvellement créés. Les Américains sont défaits contre les Britanniques le 22 janvier à la bataille de Frenchtown le long de la rivière Raisin. En mai, le chef Shawnee Tecumseh vainc l’armée Américaine à la bataille de la Maumee River. En août, les Creeks Bâtons-Rouges massacrent 250 personnes à Bataille de Fort Mims. En représailles, les troupes d’Andrew Jackson incendient un village creek, tuant hommes, femmes et enfants. Jackson promet alors aux Creeks et aux Cherokee amis les terres et le butin qu’ils pourraient prendre aux Bâtons-Rouges. En octobre, les Britanniques sont vainqueurs à la Bataille de Châteauguay au Québec. En décembre, c’est la déroute de l’armée américaine à Buffalo qui lui ferme la route du Canada alors que 60 % de la population est composée d’immigrants non loyalistes venus des États-Unis.

L’Amérique latine secoue le joug espagnol, très affaibli dès avant Napoléon. Simon Bolivar se rend maître du Venezuela après sa victoire contre les loyalistes à Taguanes et devient Libertador, le 6 août à Caracas, après avoir déclaré la « guerre à mort » au régime colonial espagnol.

Le grand vainqueur de la période est l’Angleterre, qui triomphe peu à peu de l’impérialisme révolutionnaire napoléonien en assurant des libertés et la modernité. Si 14 luddistes briseurs de machines sont pendus à York en janvier, le monopole de la Compagnie anglaise des Indes orientales sur le commerce est aboli. Elle a construit un véritable État, machine fiscale inspirée du système moghol mais qui est devenue bureaucratie composée de hauts fonctionnaires britanniques. Mais la Company respecte une stricte neutralité religieuse, ce qui n’est le cas ni des États indiens, ni du Royaume-Uni, et qui expliquera le loyalisme de certains chefs religieux pendant la révolte des Cipayes.

Bautzen 1813 Bellange

La colonisation continue, pour motifs missionnaires et économiques ; l’exportation des principes des Lumières et la revanche après les défaites en Europe ne viendront qu’en fin de siècle, en France notamment. 25 000 colons Hollandais s’installent dans la région du Cap pour faire de l’élevage et de l’agriculture, en soumettant les 20 000 Hottentots qui y vivent.

La Turquie tente d’émerger en agitant la religion ; elle sera vaincue un siècle plus tard pour les mêmes raisons que la France de Napoléon agitant la révolution : révolte des populations et coalition des grandes puissances. Mais en cette année 1813, les forces armées de Méhémet Ali entreprennent la reconquête des villes saintes de l’Islam, La Mecque et Médine sur les wahhabites au nom du sultan ottoman (1813-1818).

Le monde 1813 aspire à secouer les jougs, sauf l’Afrique, endormie dans ses incessantes guerres tribales. Mais les réactionnaires se réveillent, lassés de la mobilisation permanente du messianisme laïc français : Russes tsaristes archaïques, émigrés près de Louis XVIII bientôt de retour, Anglais victoriens, Turcs islamistes. L’empereur chinois a failli être renversé par une secte secrète, mais triomphe. Tous les acteurs sont là pour le siècle à venir ; ils sont toujours là pour notre XXIème siècle, avec les mêmes idées : impérialisme religieux ou laïc d’un côté, résistance des intérêts de l’autre. Les « interventions » missionnaires ou humanitaires (mais toujours idéologiques) des puissances occidentales, en particulier de la France, sont accueillies avec bienveillance et même joie au début, lorsqu’il s’agit de « libérer », mais deviennent vite un joug culturel et armé insupportable aux populations qui se sentent capables de prendre leur destin en mains toutes seules. Avis au présent : Mali, Côte d’Ivoire, Afghanistan, et ainsi de suite…

Il y a deux siècles naissaient Søren Kierkegaard, philosophe danois auteur du pessimiste Concept d’angoisse, Richard Wagner, musicien allemand chantre du nationalisme des origines allemand et Giuseppe Verdi, compositeur qui dramatise la culture italienne pour préparer son unité, ainsi que Claude Bernard, physiologiste français qui démontrera le rôle du pancréas et du foie. Mais l’année est bien résumée par la romancière britannique Jane Austen, elle publie Orgueil et préjugés… Tout le résumé du siècle : messianisme et réaction.

Merci aux Wikipède qui ont listé les événements de 1813 !

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