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William Faulkner, Les larrons

Un grand-père raconte à son petit-fils les quatre jours où il est devenu un homme, lorsqu’il avait 11 ans. C’est drôle, plein de rebondissements, d’expériences de la vie. Faulkner a écrit là son dernier roman, une histoire d’initiation universelle en langue parlée. Il paraît, en 1962, dans un monde qui change à toute vitesse, manière peut-être de retenir ce qui vaut pour tous les jeunes garçons à toutes les époques. Un mois plus tard, son auteur mourait d’un œdème pulmonaire aigu.

L’histoire se passe en 1905 et met en scène Lucius, petit-fils du propriétaire d’une des rares automobiles du temps, une Winton Flyer, le chauffeur Boon Hogganbeck et le nègre palefrenier Ned McCaslin, descendant de la même famille que le grand-père blanc, mais par une branche annexe. D’une maison enclose à une maison close via la maison sur roue automobile, de la ferme provinciale au bordel de la ville, le jeune garçon découvre le monde et les humains comme Huck Finn sur son radeau.

Boon profite de l’absence durant quatre jours du patron (le grand-père de Lucius) pour aller à la ville (Memphis) avec cette automobile qu’il aime conduire. Rien que cela est un périple, la poussière de la piste, les bourbiers à passer, ôtant chaussures et pantalons, le nègre caché sous la bâche qui se révèle passager clandestin en plein voyage et sera cause de tous les ennuis, le paysan qui laboure exprès la piste près du fleuve pour enliser les voitures et venir les en tirer avec ses mulets attelés pour quelques dollars… Une vraie leçon du capitalisme de rente.

Une fois à Memphis, la « pension de famille » promise par Boon s’avère être une maison close où des filles fort jeunes et très jolies reçoivent de vieux messieurs compassés. Mais comme nous sommes dimanche, tout est calme. Ned part à ses affaires, Boon gare l’auto devant la maison et tous deux entrent faire connaissance. Boon est raide dingue d’une pute dont il fera ultérieurement sa femme ; Lucius est invité à faire la connaissance d’Otis, fils de pute, qui a l’air d’avoir 10 ans mais en a en réalité 15, ce qui lui donne des obsessions autres que celles du gamin de 11 ans. Car cet âge, en cette époque, est celui où l’on accède aux fonctions d’homme : 10 ans pour cesser l’école et travailler, 15 ans pour aller au bordel, boire de la bière et baiser.

Lucius découvre, effaré, que le monde protégé qu’il a toujours connu est bien plus inquiétant qu’il ne l’imaginait. « Il y a des choses, des circonstances, des conditions dans ce monde qui ne devraient pas y être mais qui y sont, et tu ne peux pas leur échapper et en fait tu ne chercherais pas à leur échapper même si tu avais le choix, puisqu’elles aussi font partie du Mouvement, du fait d’avoir la vie en partage, d’être en vie » (chap. VII p.922 Pléiade). Il apprend peu à peu à gérer ses élans et ses émotions, à distinguer entre la vertu et la non-vertu, pour devenir un vrai gentleman du sud – qualité que lui reconnaitra son grand-père à la fin, cessant de le traiter en enfant. Il découvre aussi que, dans le sud des Etats-Unis, un Blanc ne pourra jamais voir le monde par les yeux d’un Noir.

Ned en effet, dès le premier soir, troque l’automobile (qui n’est pas à lui) contre un cheval de course (qui perd toutes celles qu’il entreprend). C’est alors la comédie pour reprendre possession de l’auto avant les quatre jours fatidiques… Ned est à la fois le grain de sable dans la machine, le démon qui fait avancer l’histoire et le rusé qui fait s’en sortir. Matois, il a reconnu dans ce cheval la même façon qu’un mulet qu’il eut jadis ; il veut le faire courir car il a une botte secrète. Toute l’affaire est alors de transporter le cheval à Parsham pour l’affronter à l’écurie d’un riche éleveur qui adore les paris. Gagner deux des trois courses permettra de racheter l’automobile et de se faire une galette. D’où l’entremetteuse du bordel qui connait un aiguilleur chef qui usera de ses relations pour, en pleine nuit, accoler un wagon supplémentaire et y faire entrer le cheval.

Lucius, pas vraiment conscient, consent. Il se dira plus tard qu’il a choisi de suivre et qu’il pouvait arrêter à tout moment. Mais il n’a pas repris sa raison, préférant l’aventure et l’imagination. C’est ainsi que l’on grandit. Lucius devenu grand-père raconte donc son éducation à son petit-fils pour faire son éducation. Mensonge (de Boon, de Ned), boisson, jeux d’argent, honneur des femmes (contre Otis, contre le sheriff violeur) – tout y passe de ce qui distingue un homme d’une brute. « On n’oublie jamais rien. Rien n’est jamais perdu. Ça a trop de prix » – tel est l’apprentissage de la responsabilité personnelle. Savoir dire non n’est pas toujours facile, mais évite de se laisser entraîner là où l’on ne veut pas aller. Si l’on dit oui, il faut savoir vivre avec ce qui suit. « Un gentleman accepte la responsabilité de ses actes et en supporte les conséquences, dit le grand-père de Lucius – même s’il n’en était pas lui-même l’instigateur mais qu’il les a simplement acceptés, qu’il n’a pas dit Non tout en sachant qu’il devait le faire » (chap. XIII p.1053).

Un grand roman, édifiant, cocasse, humain. Il en a été tiré un film en 1969, The Reivers, avec Steven McQueen.

William Faulkner, Les larrons (The Reivers), 1962, Gallimard L’imaginaire 2014, 420 pages, €9.90

DVD The Reivers (langues : anglais et français), 1969, avec Steve McQueen, Sharon Farrell, Ruth White, Michael Constantine, Clifton James, Mitch Vogel (Lucius), CBS 2005, € 11.99

Œuvres romanesques V : La ville-La demeure-Les larrons, Gallimard Pléiade 2016 édition François Pitavy et Jacques Pothier, 1197 pages, €62.00

Les œuvres de William Faulkner déjà chroniquées sur ce blog

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Corps et esprit à Tahiti

Une maison close à Tipaerui, aux portes de Papeete. La madame Claude locale employait six vahinés âgées de 18 à 22 ans qui étaient bien traitées, avaient le droit de jeter un œil discret à l’arrivée du client et de refuser la passe si l’homme n’était pas à leur goût ou était une connaissance. Les clients ? Des hommes âgés de 30 à 70 ans pour la plupart mariés. Les tarifs ? Entre 10 000 et 15 000 XPF la passe (84 à 126€) en fonction des prestations demandées. 4 000 appels téléphoniques en un an ! 18 mois de prison – avec sursis- pour la tenancière.

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Violence, violence : Il met deux hommes KO et frappe son frère à la tête au coupe-coupe. Il violait sa nièce de 11 ans tous les soirs : 12 ans de réclusion. En 2013, la brigade de prévention de la délinquance juvénile de la gendarmerie a eu à traiter 230 dossiers d’agressions sexuelles et viols sur mineurs. Il a 18 ans à peine, 13 condamnations, et s’en prend aux magistrats. Le juge lui demande « Vous faites quoi toute la journée ? » Le jeune homme « Je cambriole ».

Un papi de 67 ans tabasse son mo’tua de 8 ans et l’envoie à l’hôpital, 45 jours d’ITT un bras fracturé, parce que l’enfant s’en prenait à un chien qui l’avait mordu ! A Bora Bora, la perle du Pacifique, trois jeunes s’en prennent à un automobiliste, un le frappe à coups de poings, de pieds, l’homme est à terre inconscient. Il décédera peu de temps après. Pourquoi ? « J’ai pété les plombs ». Ses deux autres amis ne sont pas intervenus. Le frappeur avait beaucoup consommé d’alcool… Certaines communes, devant cette hausse de la violence, ont limité voire interdit la vente d’alcool le week-end. Elles sont allées voir les parents de ces jeunes violents, car beaucoup de parents n’éduquent plus leurs enfants ou se laissent aller. La solution ? « Il faudrait que tous se donnent la main » pour combattre cette violence.

La plantation de paka et son commerce se portent bien, merci. Le pakaculteur de Papara reconnaît avoir écoulé 1 200 pieds de cannabis en moins d’un an. Au prix de 60 000 et 125 000 XPF le pied de paka. La gendarmerie détruit régulièrement les pieds quand elle les découvre et l’on considère que Papara, Paea et la presqu’île de Taravao sont les greniers de ces cultures sur l’île de Tahiti. La gendarmerie estime qu’un pied de pakalolo d’1m50 pouvait produire de 20 à 25 boîtes (en général petites boîtes d’allumettes) telles que celles qui sont revendues à 5 000 XPF (42€) dans la rue et ainsi générer un bénéfice compris entre 60 000 et 125 000 XPF (1050€) le pied.

eglise adventiste tahiti

Comme antidote : trois semaines de conférences en soirée données par un pasteur évangélisateur de l’Église Adventiste venu spécialement de Nouvelle-Zélande… Beaucoup de monde, l’homme est un pro. Ses discours sont rôdés. Il est bilingue anglais-français, originaire des Seychelles. Le matin, dès 5 heures, il réunit ses paroissiens dans le temple afin d’écouter les enseignements de la Bible, remettre les points sur les i, re-booster leur foi, prier. Il semble qu’il y avait un relâchement dans l’église adventiste de Polynésie, certains croyants avaient besoin d’être secoués de leur torpeur. « Il faut prier à tout moment, être de bons enfants, de bons parents, pratiquer le jeûne, manger végétarien » – enfin une totale remise en pratique des consignes adventistes. « Jésus revient bientôt. – Il devait revenir en 1844 ? – Alors, il a du retard ». A mon humble avis, les croyants n’étaient pas encore prêts.

Les conférences de soirée (19 heures-21 heures environ) sont traduites en tahitien par un bénévole laïc, à destination des ma’ohis. La majorité des présents sont attentifs sauf quelques énergumènes, surtout des ados qui, casquette vissée sur la tête, i-phonent à tout rompre. Cette lecture expliquée de la Bible est fort précieuse et nécessaire pour un grand nombre d’individus. A la fin de ces trois semaines de séminaire, un nombre important de demande de baptêmes a été annoncée et ont eu lieu sous le grand chapiteau. Certains catholiques, riches, ayant demandé le baptême aux Adventistes ont été pris « en chasse » par les membres du clergé. Les catholiques pauvres ayant été nouvellement baptisés adventistes n’ont pas reçu ces visites. On peut sauver toutes les âmes ou certaines seulement en fonction de l’épaisseur du portefeuille ?

Le concubinage, si courant en Polynésie française, est interdit de cité dans l’Adventisme. Les personnes ayant demandé le baptême par immersion au pasteur ont été priés de régulariser leur situation matrimoniale. D’abord se marier, ensuite le baptême. En attendant le mariage il ne faut plus vivre sous le même toit. Certains en profitent pour faire payer le repas de mariage à l’Eglise (en fait les généreux donateurs) repas où ils inviteront toute leur famille et amis, au bas mot une centaine d’affamés et ils emmèneront en plus les doggy-bags à la maison. Pour être belle la future Madame réclame des sous pour s’acheter des habits, de beaux habits aux couleurs qu’elle exige : pour elle ce sera blanc et mauve, fleurs itou. Pourquoi ne pas en profiter ? Pas de bijoux, c’est interdit dans l’Adventisme – heureusement sinon elle aurait demandé un diamant ou autre pierre précieuse, ouf !

Il y a neuf enfants à placer. La fille d’une paroissienne a pris un tane api (un nouveau mec) plus jeune qu’elle. Il ne veut pas des enfants de l’autre ! La mamy cherche à placer ses neuf mootua (petits-enfants) auprès des familles adventistes du village. Ainsi, dit-elle, je pourrai les voir au Sabbat. L’assistante sociale a la charge de placer ces neuf frères et sœurs délaissés.

Hiata de Tahiti

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