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Destination finale 2 de David Richard Ellis

Suite de la première Destination finale avec, au lieu d’un crash d’avion, un carambolage d’autoroute. Même ingrédients, mêmes superstitions, mêmes effets de suspense – la série est une affaire qui marche. Le 2 est moins sombre que le 1 et plus axé sur le spectaculaire des effets en chaîne. Il est assez réussi.

Nous sommes, date symbolique, un an après le crash du vol 180. La Mort veut faucher son contingent annuel de jeunesse. Kimberly (A.J. Cook), 18 ans, tout juste le permis, prend le volant du gros 4×4 rouge de son père pour aller passer des vacances en Floride avec ses amis, adeptes de la fumette. Sur l’autoroute plutôt chargée, la conductrice, peu attentive à son volant, écoute les blagues nulles des garçons à l’arrière et regarde les passagers des voitures qui la doublent. Un gamin joue l’accident avec un camion et une voiture jouets, une fille se dresse les seins nus pour épater les mâles à l’arrière, un punk à chaîne sniffe de la coke tout en tenant son volant avec la cuisse, un chauffeur poids lourds s’enfile une bière au volant…

C’est drôle, décalé – puis soudain le flash : un gigantesque carambolage initié par un camion transportant des troncs de bois. Mal attachés, ceux-ci s’écroulent sur les voies, entraînant une suite de réactions en chaîne où le sang gicle, les corps sont écrasés dans des hurlements terribles. Kimberly se réveille alors qu’on klaxonne derrière elle : elle était arrêtée à la bretelle d’autoroute, attendant le feu vert pour passer.

Dès lors, elle se met en travers, complètement hystérique : elle a eu la « prémonition » d’un accident et ne veut plus avancer. Les conducteurs derrière elle s’énervent. Un flic de l’État (Michael Landes), en patrouille, vient voir ce qui se passe et cherche à la raisonner. C’est alors que le camion de bois passe. Les troncs se détachent, et c’est l’accident prévu !

Kimberly l’a évité par sa prescience magique, empêchant ainsi « la Mort » de prélever sa dîme parmi les conducteurs piégés derrière sa voiture. Mais un camion arrivant à toute allure emboutit son 4×4 rouge, tuant net tous ses amis dedans. L’officier de police Thomas Burke la sauve in extremis en la poussant hors de la trajectoire. Elle a déjoué la Mort. Mais ceux qu’elle a vus, le cocaïnomane Rory Peters (Jonathan Cherry), le professeur motard noir Eugène Dix (T.C. Carson), la star snob Kat Jennings (Keegan Connor Tracy), le gagnant au loto Evan Lewis (David Paetkau), la veuve Nora Carpenter (Lynda Boyd) et son fils de 15 ans Tim (James Kirk), et la femme enceinte Isabella Hudson (Justina Machado) sont des morts en sursis. La Camarde va chercher à les récupérer par tous les moyens.

Et ces moyens sont nombreux et inventifs. Evan, par exemple, rentre les bras chargés à son appartement ; va-t-il glisser sur un jouet dans le couloir ? S’exploser au gaz sous la poêle ? Laisser échapper sa bouteille d’huile à griller les saucisses surgelées (la malbouffe dans toute sa splendeur yankee) ? Curieusement, il se met torse nu pour cuisiner tout en faisant autre chose ; son téton piercé fait genre sur son torse glabre de bébé rose (la mode yankee des branchés pré-millénium). Il contemple la belle montre qu’il a achetée avec ses gains au loto, ainsi qu’une bague d’or et diamants en forme de fer à cheval (le mauvais goût dans toute sa splendeur yankee), tout en écoutant sur son répondeur à bande les messages intéressés de tout un tas de copains et copines perdus de vue mais alléchés par le fric. Évidemment la bague lui échappe et va se perdre dans le trou de l’évier ; évidemment sa main reste coincée dedans alors qu’il cherche à la récupérer ; évidemment les saucisses brûlent pendant ce temps-là, et l’huile répandue hors de la poêle s’enflamme aussi ; évidemment la poêle tombe alors qu’il cherche à distance à jeter quelque chose dessus pour étouffer le feu – elle incendie l’appartement (les logements de carton-pâte dans toute leur qualité yankee). Va-t-il périr grillé ? Non pas, il s’échappe de justesse par l’échelle de secours juste avant que la bonbonne de gaz n’explose (tout explose aux USA, les bagnoles, les maisons, les fours, les barbecues- sinon ce ne serait pas Hollywood). Il rejoint in extremis le sol… mais glisse sur les spaghettis qu’il a jetés par la fenêtre pour faire la place aux saucisses dans la poêle. Étalé sur le sol, il est vivant, sauf que l’échelle se détache… et l’empale dans l’œil. Le croque-mort (Tony Todd) – qui est la Mort elle-même – coupe à la pince l’anneau de téton du garçon avant de l’enfourner pour le réduire en cendres. Sa parure corporelle n’a pas empêché sa jeunesse d’être interrompue net.

La nouvelle de cette fin rocambolesque alerte l’officier Burke et Kimberly. Ils font une réunion entre survivants de l’autoroute à la suite de laquelle Kimberley rend visite à Claire Rivers, la dernière du vol 180. Elle s’est volontairement enfermée en centre psychiatrique et refuse toute visite avec objet tranchant. Elle déjoue la Mort depuis un an. Claire refuse d’aider Kimberley (l’individualisme dans toute sa bonne morale yankee), mais se rend compte brusquement que les survivants meurent dans le sens inverse de l’ordre du carambolage. Elle sort de son isolement pour prévenir Kimberly de faire attention aux signes prémonitoires de « la Mort ». Kimberly a la vision d’une attaque de pigeons et c’est Tim, sortant de chez le dentiste, qui en fait les frais. Il s’avance comme un gamin (il a 15 ans) pour chasser les volatiles… et se prend en pleine tronche une vitre détachée de la façade dans laquelle les pigeons désorientés vont se crasher souvent. Exit l’ado (même la jeunesse peut mourir). Sa mère, Nora, sera décapitée par des portes d’ascenseur alors qu’elle cherche à échapper à un porteur d’un bac contenant des bras articulés qui la rendent hystérique à la suite d’une nouvelle « vision » de Kimberley.

La suite est du même effet : Kat est empalée par un tuyau qui l’avait épargné dans l’accident de son véhicule. Le matériel de désincarcération du sauveteur active l’airbag… qui rejette violemment la, tête en arrière, juste sur le pieu tranchant. La cigarette qu’elle venait d’allumer en étant sûre d’être sauvée tombe de sa main dans une fuite d’essence menant à la camionnette des journalistes, qui ont reculé sur une pierre, provoquant l’explosion et l’envol d’une clôture de barbelés qui coupe Rory en trois au niveau des reins et du torse (bel effet spécial). Eugène, le motard de l’autoroute qui n’y croyait pas, explose dans sa chambre d’hôpital, après une suite de mouvement des machines (qui semblent douées d’une vie propre, l’angoisse proprement yankee de la technique comme un destin).

Isabelle donne le jour à son bébé, malgré le docteur que Kimberly a vu en prémonition l’étrangler. Une vie contre une mort, telle est la superstition basique du film, et les survivants se croient sauvés. Mais point ! Jusqu’au gamin de la ferme (Noel Fisher) où a eu lieu le dernier accident avec Kat – rien à voir avec l’autoroute – qui a été sauvé par Rory d’une camionnette folle : il explose en manipulant le barbecue lors de la fête de survie. Son avant-bras grillé à point atterrit sur la table juste devant sa mère.

Un humour noir du second degré bien mis en scène. Pas vraiment intello, ni flippant, juste délassant. Jouer avec la Mort fait toujours recette. Les acteurs sont fades, surtout Kimberly, à l’exception de l’officier de police peut-être.

DVD Destination finale 2 (Final Destination 2), David Richard Ellis, 2003, avec Ali Larter, A.J. Cook, Michael Landes, David Paetkau, James Kirk, TF1 Vidéo 2004, 1h27, €11,94, Blu-Ray €10.00

DVD Destination finale de 1 à 5, New Line 2024, 7h16, €29,99, Blu-ray €32,93

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Prieur et Malgras, El Magnifico BD

Un premier album complet pour le duo qui se lance dans la bande dessinée western.

prieur malgras el magnifico

El Magnifico était un justicier de l’ouest qui a pris sa retraite. Mais sa légende, amplifiée et déformée, se diffuse au populo dans les saloons et chez les adolescents par les illustrés. Justement Giusieppe, fils d’ivrogne, rêve d’une autre vie qu’à la ferme à faire le larbin pour son père. Un jour, il sauve le bandit le plus recherché du Texas dont le cheval est tombé sur un replat du canyon. Mais celui-ci lui vole son cheval et ne lui laisse que son chapeau.

L’ado, identifié par le fameux chapeau, va donc être accusé d’être celui qui a pillé la banque et descendu trois personnes. Il est « reconnu formellement » par une vieille qui n’y voit pas à trois mètres, et jugé par un jury populaire dont la seule excitation est de voir pendre. Il va donc passer ad patres lorsque le maire, in extremis réveillé par le bruit, vient s’enquérir et le reconnaît. Le juge ne voulant pas se déjuger, le gamin sera mis à l’épreuve : s’il retrouve le bandit, dont il est seul à avoir vu le visage en général masqué, il aura la vie sauve. Sinon…

prieur malgras el magnifico pendaison

Et voilà notre béjaune parti à cheval sur la plaine, flanqué d’un chien policier dressé pour marcher droit… et pour le surveiller.

Il va tomber de soif dans le désert, être ramassé par un vieil Italien amateur de tagliatelle, apprendre qui est le fameux El Magnifico, s’entraîner dur et repartir en chasse.

Il reviendra au village en héros, acclamé par la foule des lyncheurs assoiffés parce que les diligences ne passent plus à cause du bandit. Sauf qu’il ramène le bandit avec le whisky…

C’est une aventure qui se moque gentiment de l’aventure, le récit d’une imagination fiévreuse rapportée à la dure réalité, une quête adolescente comme il en naît à chaque génération. Les cow-boys sont ivrognes et moutonniers, les vieux sûrs d’eux-mêmes et courte vue, les soldats trouillards et imprévoyants, la cavalerie toujours en retard.

prieur malgras el magnifico BD

L’histoire est bien menée, au second degré, et si le héros est un peu simplet – dit-on – il finit par être attachant à force d’obstinée naïveté, privilège de sa jeunesse.

Il y a certes quelques incongruités sur l’époque et les techniques, comme la somme en lettres et en chiffres sur un chèque qui n’empêche nullement de l’honorer (la somme en lettres seule fait foi), le maire en bermuda et sandales (dans un ouest très puritain d’un siècle très puritain), le tire-bouchon en diamant (peu crédible à sculpter)… Tout cela est aisément vérifiable via Internet.

Il y a aussi le coloriage bien sombre, les cases souvent trop petites et les lettres parfois trop grasses, tout ce qui est dû à l’échelle de l’impression plus réduite que celle du dessin, qu’il faut apprendre à compenser. Et un nombre de pages qui ne cadre pas avec les normes des éditeurs (en général 48 planches).

Mais cela n’enlève rien à cette histoire de quête et d’aventure, qui est une belle première fois.

Camille Prieur dessin et Vincent Malgras scénario, El Magnifico, novembre 2015, autoédition, 34 pages, aussi disponible en ligne

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