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A fond de Nicolas Benamou

Vous voulez rire ? Voilà le médicament qu’il vous faut. Une comédie familiale française sans prétention, justement sur la route pour le va-et-viens des vacances. Ça commence lourdaud, avant de prendre son rythme de croisière, une fois tout le monde dans la voiture. Le huis-clos familial vaut le conte ; les parents, pour s’engueuler, le font en anglais, comme c’est chic, même si c’est la fille aînée qui leur suggère parfois les mots. Le grand-père bohème, soixante-huitard tardif et attardé, est un boulet qui fait tomber de Charybde en Scylla.

En bref, un riche bobo parisien part en avances sur la Côte avec sa femme Julia (Caroline Vigneaux), psychiatre à l’hôpital, enceinte du voisin du dessous, et ses deux enfants, comme il se doit une fille, Lison (Joséphine Callies), qui singe les parents en faisant dialoguer ses pouces, et un garçon, Noé (Stylane Lecaille), lequel est flanqué d’un harpon. Et Ben (André Dussollier), le grand-père, un pot de colle de type « mère juive » qui intervient dans tout ce que fait son fils adulte. Bien que hippie, une caricature du bobo post-68 obsédé de sexe et de fiesta, il a quand même mené son fils à la fin de ses études de médecine. Ce fils est Tom Cox (José Garcia), chirurgien esthétique qui a changé de voiture mais n’a pas pris une Cox. Il a choisi snob la nouvelle Danjoon Medusa, une familiale asiatique (inventée) bourrée d’électronique, avec ABS et régulateur de vitesse.

En ce premier week-end de juillet, il faut partir tôt, 7h30, pour éviter les bouchons sur l’autoroute du Sud. Mais chacun a toujours quelque chose à faire pour retarder le moment : Noé a « oublié » son harpon, Ben a « oublié » d’aller pisser, les valises s’entassent, bourrées d’inutile. Ben en profite pour boucher les toilettes et susciter une inondation chez le voisin du dessous, ex-amant de Julia qui lui téléphonera sur son portable en plein autoroute, révélant le pot au rose. Lequel est encore bien au chaud dans le ventre arrondi de sa mère.

Très vite, on doit s’arrêter car « ils ont faim », ils ont « oublié de manger au petit-déjeuner et personne n’a pris d’en-cas ou de biscuits pour la durée du trajet. Il faut tout acheter sur une aire d’autoroute. Ben en profite pour inviter à monter dans la six places Melody (Charlotte Gabris), une grande nunuche aux cheveux bleus qui a perdu sa mère, son portable et même son numéro, parce qu’elle est allée pisser. Pisser est d’ailleurs le prétexte récurrent à beaucoup de gags, tout le monde a toujours envie de pisser dans le film : dans les chiottes, sur une aire, dans une bouteille, dans un sac en plastique… Avoir faim et pisser sont toujours les plaies des familles en voyage.

Enfin l’autoroute ! Enfin la vitesse pour tracer avant les bouchons ! Enfin tester le régulateur de vitesse à 130 km/h pour conduire à l’aise. Sauf que l’électronique bafouille et le régulateur se bloque. Que faire ? Freiner ? Rien ne se passe. L’embrayage ? C’est une boite automatique. Le contact ? Il n’y a plus de clé, tout est électronique. « Pomper » l’accélérateur pour le « débloquer », comme le dit papy en référence aux vieilles bagnoles de son temps ? C’est pire : le régulateur est désormais monté à 160 km/h et n’en bouge plus. Il faut alors slalomer entre les voitures et les camions et épuiser le réservoir d’essence. Dommage, on vient de faire le plein et on en a pour 850 km.

Il y a le motard flic qui intime l’ordre de stopper (Vincent Desagnat), après avoir niqué dans les cyprès d’une aire sa collègue (Ingrid Donnadieu) ; il y a le concessionnaire Danjoon, Danieli (Jérôme Commandeur), dépassé par les frasques des voitures qu’il est chargé de vendre ; il y a le beauf (Vladimir Houbart) en BMW série 5 E34 jaune vif qui ouvre sa portière sans regarder, comme les trois-quarts des cons, et se la voit emportée. Alors il s’emporte à son tour, poursuivant la voiture folle, se prenant tout ce qui en sort, une carte routière, un sac de pisse. Il sera arrêté, s’obstinera par refus d’obtempérer, et fera son malheur tout seul, bousillant sa bagnole et son corps par la même occasion. Il ne voit que sa gueule, pas ce qui se passe. Tant pis pour lui.

Le spectateur dans son fauteuil à la maison rit souvent de cette comédie aux gags estampillés Afrique du nord : il y a la grande bourgeoise Sacha Château Chantelle (Béatrice Costantini) qui téléphone en catastrophe sur l’autoroute parce que ses lèvres gonflent après injection de botox chinois, « 70 % moins cher » selon Ben qui l’a acheté pour son fils docteur ; il y a même la Florence Foresti en capitaine de gendarmerie qui n’en a rien à foutre, traite tous ses subalternes de cons et ne pense qu’à gagner son match de ping-pong. Le spectateur en instance de prendre l’autoroute craint surtout l’action, la tension qui monte, les impasses successives pour s’en sortir. Tout finira bien, mais non sans mal. Bravo à la gendarmerie, sauf sa capitaine. Je ne vous dit pas comment, le suspense serait éraflé, sauf les enfants qu’on passe par la vitre latérale d’une voiture à l’autre, à 160 km/h… C’est l’équilibre entre comédie et action qui réussit l’histoire, mais il fait peur en ces jours de vacances autoroutières, ce qui explique son succès plutôt mitigé.

Malgré l’humain, la crainte sourde est que la machine prenne le dessus, que l’électronique remplace le cerveau et tous ces leviers mécaniques qu’on actionnait autrefois volontairement. La Danjoon Medusa est le type même du monospace asiatique haut de gamme qui effraie parce qu’il évacue l’humain en 2017, année du film. Aujourd’hui, on est un peu plus habitué. L’auto a été dessinée par José Figueres (JFDesign) et construite par Lazareth Auto-Moto. Il y a même un site parodique (peut-être généré par IA) qui vante ce modèle qui n’a jamais été produit. C’est une caricature de camelote chinoise ou sud-coréenne de l’époque, où tout fout le camp, les portières se bloquent, l’électronique déraille, la pédale de frein se détache, les airbags se déclenchent. Même le mode d’emploi paraît simple, mais il n’a justement pas prévu ce qui vous arrive. Encore faut-il le lire, ce que très peu font. Et le concessionnaire est un vendeur, pas un mécanicien.

Certains ont vu leur régulateur de vitesse bloqué pour de vrai, dit-on. Mais les enquêtes n’ont guère prouvé la faute de l’électronique, et les freins ont toujours pu jouer leur rôle, les voitures « bloquées » ont toujours fini par s’arrêter. Nul ne s’est précipité à 160 km/h, sur un bouchon d’autoroute jusqu’ici, à fond comme la famille Cox. Mais « si » cela arrivait ? Moment de vérité : sommes-nous encore humains ou une « intelligence » artificielle réussira-t-elle à nous dominer de son indifférence programmée ?

DVD A fond, Nicolas Benamou, 2016, avec André Dussollier, Caroline Vigneaux, Joséphine Callies, José Garcia, Vladimir Houbart, Wild Side Video 2017, français, 1h28, €9,98, Blu-ray €8,90

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Grève de l’écologie politique

L’écologie non seulement n’est pas réservée aux autoproclamés « écologistes » mais elle en est l’antithèse. En France du moins.

L’écologie est une façon de vivre universelle, en harmonie avec la nature – elle n’est surtout pas une « politique ». Car TOUS les partis sont concernés par l’écologie, comme par l’économie ou la santé. Il ne saurait donc y avoir de « parti écologiste » sans soupçonner une arrière-pensée d’ambition, un créneau à prendre pour se pousser du col, un désir de pouvoir suspect.

Les gauchistes exclus des partis extrémistes ou rejetés par les gros bataillons des partis traditionnels ont créé « un parti » pour jouer la force d’appoint. Tout comme l’a fait le Modem. Et, comme lui, ils sont ailleurs du jeu politique traditionnel : ils réussissent donc mieux aux élections européennes. Non pas par leurs vertus, ni par leur soi-disant programme pour la cause du globe, mais parce que les électeurs votent « faute de mieux » pour un mythe, l’utopie du « retour à la nature » qu’ils ont vécu jeunes au Club Med.

Il ne faut donc jamais croire les écologistes autoproclamés des partis au sujet de la Terre – mais plutôt croire l’expertise des scientifiques sur des sujets particuliers évoqués. Brailler des slogans et battre le pavé ne fait pas avancer l’harmonie écologique, pas plus qu’un sorcier qui marmonne et gesticule ne fait tomber la pluie.

Si les anarcho-subversifs venus des « associations » et autres groupuscules militant à gauche-toute veulent faire de « la politique », ce n’est pas l’écologie abstraite qu’ils doivent défendre, mais les effets concrets des actions concrètes des acteurs de la politique.

Par exemple les grèves. Est-il socialement « juste » de bloquer les travailleurs des semaines durant au prétexte de « défendre » des privilèges hors d’âge comme le droit de partir en retraite à 52 ans ou de ponctionner les cotisations des cadres pour abonder le régime spécial de la SNCF, de la RATP et d’EDF qui sont depuis des années en déficit ? Est-il républicain de ne proposer durant une semaine entière autour du 18 décembre AUCUN RER entre Brétigny et les stations du sud de la ligne C, Etampes et Dourdan ? L’égalité du soi-disant « service » public est-elle respectée ? Peut-on encore parler de « service » – payé par nos impôts, s’il est réservé à quelques-uns ?

Faire grève est un droit constitutionnel, mais pas plus que la liberté d’aller et venir ou la liberté de travailler. Et nettement moins que « sauver la planète ». Le Conseil constitutionnel admet que la loi peut aller « jusqu’à l’interdiction du droit de grève aux agents dont la présence est indispensable pour assurer le fonctionnement des éléments du service [public] dont l’interruption porterait atteinte aux besoins essentiels du pays ». Le citoyen raisonnable pourrait croire que les écologistes politiques pousseraient de hauts cris à constater les effets en CO2 des grèves répétées pour tout et n’importe quoi, des « agressions » de conducteurs qui ne verrouillent pas leur porte d’accès aux changements de postes requis par le Grand Paris ou les « atteintes » aux zacquis de la retraite. Le monde a changé, pas les syndicats bloqués qui font du blocage une arme anti… Patrons ? –  non pas mais Etat – c’est-à-dire vous et moi qui avons voté et élu un gouvernement par majorité (c’est la règle, qui vaut pour la gauche comme pour la droite – et que seuls refusent les extrémistes).

N’y aurait-il donc aucun autre moyen que « la grève » pour revendiquer et protester ? Comment font donc les pays, voisins et développés qui ne connaissent que rarement la grève ? Ce serait le rôle proprement politique des proclamés « écologistes » que de se pencher sur la question afin d’éviter les 500 à 600 km de bouchons quotidiens en Île-de-France (sans parler d’ailleurs), avec les émissions de CO2 massives qui vont avec. D’autant que, dans un jugement du 24 octobre 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a estimé que la France a dépassé depuis 2010 « de manière systématique et persistante » le seuil limite de dioxyde d’azote, un gaz issu notamment des moteurs diesel.

Soupçon : les écolos n’en auraient-ils rien à foutre ? Ou, dans un vieux reste de respect religieux issu du marxisme, font-ils du « social » un tabou (et que grève crève la planète !) Peut-on « en même temps » vanter les transports collectifs et laisser une poignée de factieux bloquer la France et surtout l’Île-de-France (50% de la production intérieure) ? Réguler, limiter, poser les règles, est le rôle de l’Etat – démocratiquement dirigé via les élections. Un soi-disant « parti » devrait se préoccuper de ce sujet politique concret au lieu de disserter sur le sexe du glyphosate !

Le site de la SNCF (transilien.com) chiffre à 32 fois MOINS d’émissions de gaz à effet de serre le fait de prendre sa voiture plutôt que le train ou le RER et à 49 fois MOINS de prendre le métro plutôt que l’auto. Combien « les grèves » coûtent-elles donc au réchauffement climatique, d’autant qu’elles sont plus répétées ? Sur ce sujet – pourtant éminemment « politique » et bien concret – les soi-disant « écologistes » politiques restent muets. Ils préfèrent blablater dans les hautes sphères sur les « principes » et invoquer « l’urgence ». Mais qu’y a-t-il de plus « urgent » que d’agir ici et maintenant, politiquement, sur les acteurs de la cité ?

Ce pourquoi il nous faut bien conclure que le « parti écologiste » ne sert à rien, qu’il est une nuisance plus qu’un atout pour la transition nécessaire de notre mode vie et de production. Parmi les dirigeants des Verts, seul Daniel Cohn-Bendit avait un sens politique. Ce n’est vraiment pas le cas de ses successeurs et « successeuses » comme le dit la Royal dans un français mal appris.

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