
Vous voulez rire ? Voilà le médicament qu’il vous faut. Une comédie familiale française sans prétention, justement sur la route pour le va-et-viens des vacances. Ça commence lourdaud, avant de prendre son rythme de croisière, une fois tout le monde dans la voiture. Le huis-clos familial vaut le conte ; les parents, pour s’engueuler, le font en anglais, comme c’est chic, même si c’est la fille aînée qui leur suggère parfois les mots. Le grand-père bohème, soixante-huitard tardif et attardé, est un boulet qui fait tomber de Charybde en Scylla.
En bref, un riche bobo parisien part en avances sur la Côte avec sa femme Julia (Caroline Vigneaux), psychiatre à l’hôpital, enceinte du voisin du dessous, et ses deux enfants, comme il se doit une fille, Lison (Joséphine Callies), qui singe les parents en faisant dialoguer ses pouces, et un garçon, Noé (Stylane Lecaille), lequel est flanqué d’un harpon. Et Ben (André Dussollier), le grand-père, un pot de colle de type « mère juive » qui intervient dans tout ce que fait son fils adulte. Bien que hippie, une caricature du bobo post-68 obsédé de sexe et de fiesta, il a quand même mené son fils à la fin de ses études de médecine. Ce fils est Tom Cox (José Garcia), chirurgien esthétique qui a changé de voiture mais n’a pas pris une Cox. Il a choisi snob la nouvelle Danjoon Medusa, une familiale asiatique (inventée) bourrée d’électronique, avec ABS et régulateur de vitesse.



En ce premier week-end de juillet, il faut partir tôt, 7h30, pour éviter les bouchons sur l’autoroute du Sud. Mais chacun a toujours quelque chose à faire pour retarder le moment : Noé a « oublié » son harpon, Ben a « oublié » d’aller pisser, les valises s’entassent, bourrées d’inutile. Ben en profite pour boucher les toilettes et susciter une inondation chez le voisin du dessous, ex-amant de Julia qui lui téléphonera sur son portable en plein autoroute, révélant le pot au rose. Lequel est encore bien au chaud dans le ventre arrondi de sa mère.
Très vite, on doit s’arrêter car « ils ont faim », ils ont « oublié de manger au petit-déjeuner et personne n’a pris d’en-cas ou de biscuits pour la durée du trajet. Il faut tout acheter sur une aire d’autoroute. Ben en profite pour inviter à monter dans la six places Melody (Charlotte Gabris), une grande nunuche aux cheveux bleus qui a perdu sa mère, son portable et même son numéro, parce qu’elle est allée pisser. Pisser est d’ailleurs le prétexte récurrent à beaucoup de gags, tout le monde a toujours envie de pisser dans le film : dans les chiottes, sur une aire, dans une bouteille, dans un sac en plastique… Avoir faim et pisser sont toujours les plaies des familles en voyage.
Enfin l’autoroute ! Enfin la vitesse pour tracer avant les bouchons ! Enfin tester le régulateur de vitesse à 130 km/h pour conduire à l’aise. Sauf que l’électronique bafouille et le régulateur se bloque. Que faire ? Freiner ? Rien ne se passe. L’embrayage ? C’est une boite automatique. Le contact ? Il n’y a plus de clé, tout est électronique. « Pomper » l’accélérateur pour le « débloquer », comme le dit papy en référence aux vieilles bagnoles de son temps ? C’est pire : le régulateur est désormais monté à 160 km/h et n’en bouge plus. Il faut alors slalomer entre les voitures et les camions et épuiser le réservoir d’essence. Dommage, on vient de faire le plein et on en a pour 850 km.
Il y a le motard flic qui intime l’ordre de stopper (Vincent Desagnat), après avoir niqué dans les cyprès d’une aire sa collègue (Ingrid Donnadieu) ; il y a le concessionnaire Danjoon, Danieli (Jérôme Commandeur), dépassé par les frasques des voitures qu’il est chargé de vendre ; il y a le beauf (Vladimir Houbart) en BMW série 5 E34 jaune vif qui ouvre sa portière sans regarder, comme les trois-quarts des cons, et se la voit emportée. Alors il s’emporte à son tour, poursuivant la voiture folle, se prenant tout ce qui en sort, une carte routière, un sac de pisse. Il sera arrêté, s’obstinera par refus d’obtempérer, et fera son malheur tout seul, bousillant sa bagnole et son corps par la même occasion. Il ne voit que sa gueule, pas ce qui se passe. Tant pis pour lui.




Le spectateur dans son fauteuil à la maison rit souvent de cette comédie aux gags estampillés Afrique du nord : il y a la grande bourgeoise Sacha Château Chantelle (Béatrice Costantini) qui téléphone en catastrophe sur l’autoroute parce que ses lèvres gonflent après injection de botox chinois, « 70 % moins cher » selon Ben qui l’a acheté pour son fils docteur ; il y a même la Florence Foresti en capitaine de gendarmerie qui n’en a rien à foutre, traite tous ses subalternes de cons et ne pense qu’à gagner son match de ping-pong. Le spectateur en instance de prendre l’autoroute craint surtout l’action, la tension qui monte, les impasses successives pour s’en sortir. Tout finira bien, mais non sans mal. Bravo à la gendarmerie, sauf sa capitaine. Je ne vous dit pas comment, le suspense serait éraflé, sauf les enfants qu’on passe par la vitre latérale d’une voiture à l’autre, à 160 km/h… C’est l’équilibre entre comédie et action qui réussit l’histoire, mais il fait peur en ces jours de vacances autoroutières, ce qui explique son succès plutôt mitigé.
Malgré l’humain, la crainte sourde est que la machine prenne le dessus, que l’électronique remplace le cerveau et tous ces leviers mécaniques qu’on actionnait autrefois volontairement. La Danjoon Medusa est le type même du monospace asiatique haut de gamme qui effraie parce qu’il évacue l’humain en 2017, année du film. Aujourd’hui, on est un peu plus habitué. L’auto a été dessinée par José Figueres (JFDesign) et construite par Lazareth Auto-Moto. Il y a même un site parodique (peut-être généré par IA) qui vante ce modèle qui n’a jamais été produit. C’est une caricature de camelote chinoise ou sud-coréenne de l’époque, où tout fout le camp, les portières se bloquent, l’électronique déraille, la pédale de frein se détache, les airbags se déclenchent. Même le mode d’emploi paraît simple, mais il n’a justement pas prévu ce qui vous arrive. Encore faut-il le lire, ce que très peu font. Et le concessionnaire est un vendeur, pas un mécanicien.
Certains ont vu leur régulateur de vitesse bloqué pour de vrai, dit-on. Mais les enquêtes n’ont guère prouvé la faute de l’électronique, et les freins ont toujours pu jouer leur rôle, les voitures « bloquées » ont toujours fini par s’arrêter. Nul ne s’est précipité à 160 km/h, sur un bouchon d’autoroute jusqu’ici, à fond comme la famille Cox. Mais « si » cela arrivait ? Moment de vérité : sommes-nous encore humains ou une « intelligence » artificielle réussira-t-elle à nous dominer de son indifférence programmée ?
DVD A fond, Nicolas Benamou, 2016, avec André Dussollier, Caroline Vigneaux, Joséphine Callies, José Garcia, Vladimir Houbart, Wild Side Video 2017, français, 1h28, €9,98, Blu-ray €8,90
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Tuer le rire ?
L’un des tueurs voulait massacrer du juif ; les deux autres faire rentrer le rire dans la gorge. Car pour ces raccourcis du cerveau, on ne peut rire de tout. Si le rire est le propre de l’homme (Rabelais), Dieu l’interdit – ou plutôt « leur » Dieu sectaire, passablement fouettard, Dieu impitoyable d’Ancien Testament ou de Coran, plus proche de Sheitan et de Satan. Ange comme l’islam, mais déchu comme l’intégrisme.
Comme le Prophète ne savait ni lire ni écrire, il a conté ; ceux qui savaient écrire ont plus ou moins transcrit, et parfois de bouche à oreille ; les siècles ont ajoutés leurs erreurs et leurs commentaires – ce qui fait que la parole d’Allah, susurrée par l’archange Djibril au Prophète qui n’a pas tout retenu, transcrite et retranscrite par les disciples durant des années, puis déformée par les politiques des temps, n’est pas une Parole à prendre au pied de la lettre. Le raisonnable serait de conserver le Message et de relativiser les mots ; mais la bêtise n’est pas raisonnable, elle préfère ânonner les mots par cœur que saisir le sens du Message.
La bêtise est croyante, l’intelligence est spirituelle. Les obéissants n’ont aucune autonomie, ils ne savent pas réfléchir par eux-mêmes, ils ont peur de la liberté car ce serait être responsable de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. Ils préfèrent « croire » sans se poser de questions et « obéir » sans état d’âme. Islam veut-il dire soumission ? Un philosophe musulman canadien interpelle ses coreligionnaires : « une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent, pas toujours, mais trop souvent, l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l’islam de la tradition et du passé, l’islam déformé par tous ceux qui l’utilisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin ta vraie révolution ? »
Il ne faut pas rejeter la faute sur les autres mais s’interroger sur sa propre religion, distinguer sa pratique de la foi.
Mahomet s’est marié avec Aisha lorsqu’’elle avait 6 ans (et lui au-delà de la cinquantaine) ; il a attendu quand même qu’elle ait 9 ans pour user de ses droits d’époux : c’était l’usage du temps mais faut-il répéter cet usage aujourd’hui ? L’ayatollah Khomeiny a abaissé à 9 ans l’âge légal du mariage en Iran lorsqu’il est arrivé au pouvoir… Les plus malins manipulent aisément les crédules, ils leurs permettent d’assouvir leurs pulsions égoïstes, meurtrières ou pédophiles, en se servant d’Allah pour assurer ici-bas leur petit pouvoir : Khomeiny, Daech, mêmes ressorts. Trop d’intermédiaires ont passés entre les Mots divins et le texte imprimé pour qu’il soit à prendre tel quel. Croyons-nous par exemple que Jésus ait vraiment « marché sur les eaux » ?
Il ne faut pas croire que le Coran soit la Parole brute d’Allah. Que font les intellectuels de l’islam pour le dire à la multitude ?
Toute religion a une tendance totalitaire : n’est-elle pas par essence LA Vérité révélée ? Même le communisme avait ce tropisme : « peut-on contester le soleil qui se lève ? » disait à peu près Staline pour convaincre que les lois de l’Histoire sont « scientifiques ». Qui récuse la vérité est non seulement dans l’erreur, mais dans l’obscurantisme, préférant rester dans le Mal plutôt que se vouer au Bien. Il est donc « inférieur », stupide, malade ; on peut l’emprisonner, en faire son esclave, le tuer. Ce n’est qu’une sorte de bête qui n’a pas l’intelligence divine pour comprendre. Toutes les religions, toutes les idéologies, ont cette tendance implacable – y compris les socialistes français qui se disent démocrates (ne parlons pas des marinistes qui récusent même la démocratie…). Les incroyants, les apostats, les hérétiques, on peut les « éradiquer ». Démocratiquement lorsqu’on est civil, par les armes lorsqu’on est fruste.
Le croyant étant « bête » parce qu’il croit aveuglément, comme poussé par un programme génétique analogue à celui de la fourmi, ne supporte pas qu’on prenne ses idoles à la légère. Toutes les croyances ne peuvent accepter qu’on se moque de leurs simagrées ou de leurs totems : la chose est trop sérieuse pour que le pouvoir fétiche soit ainsi sapé. C’est ainsi que Moïse va seul au sommet de la montagne et que nul ne peut entrevoir l’Arche d’alliance ou le saint des saints du temple, que Mahomet est-il le seul à entendre la Parole transmise par l’ange et que nul infidèle ne peut voir la Kaaba. Dans Le nom de la rose, dont Jean-Jacques Annaud a tiré un grand film, Umberto Ecco croque le portrait d’un moine fanatique, Jorge, qui tue quiconque voudrait simplement « lire » le traité du Rire qu’aurait écrit Aristote. Ce serait saper la religion catholique et le « sérieux » qu’on doit à Dieu… Les geôles de l’Inquisition maniaient le grand guignol avec leurs tentures noires, leurs juges masqués, leurs bourreaux cagoulés devant des feux rougeoyants. Pas question de rire ! Même devant Louis XIV (sire de « l’État c’est moi »), Molière devait être inventif pour montrer le ridicule des médecins, des précieuses ou des bourgeois, sans offusquer les Grands ni Sa Majesté elle-même.
Il ne faut pas croire que le rire soit le propre de l’homme ; ce serait plutôt le sérieux de la bêtise. Que font nos intellectuels tous les jours ?
C’est cependant « le rire » qui libère. Il permet la légèreté de la pensée, le doute salutaire, l’œil critique. Rire déstresse, rend joyeux autour de soi, éradique peurs et angoisses – ce pourquoi toute croyance hait le rire car son pouvoir ne tient que par la crainte. Se moquer n’est pas forcément mépriser, c’est montrer l’autre en miroir pour qu’il ne se prenne pas trop au sérieux. C’est ce qu’a voulu la Révolution française, en même temps que l’américaine, libérer les humains des contraintes de race, de religion, de caste, de famille et d’opinions. Promotion de l’individu, droits de chaque humain, libertés de penser, de dire, de faire, d’entreprendre. Dès qu’un pouvoir tend à s’imposer, il restreint ces libertés-là.
Est-ce que l’on tue pour cela ? Sans doute quand on n’a pas les mots pour le dire, ni les convictions suffisamment solides pour opposer des arguments. Petite bite a toujours un gros flingue, en substitution. Surtout lorsque l’on a été abreuvé de jeux vidéos et de décapitations sans contraintes sur Internet : tout cela devient normal, « naturel ». C’est à l’école que revient de dire ce qui se fait et ce qui ne se fait en société : nous ne sommes pas dans la jungle, il existe des règles – y compris pour la diffamation et le blasphème. Il est effarant d’entendre certains collégiens (et collégiennes) dire simplement « c’est de leur faute ». Donc on les tue, comme ça ? C’est normal de tuer parce qu’un autre vous a « traité » ? Est-ce ainsi que cela se passe dans les cours de récré ? Si oui, c’est très grave…
L’écartèlement entre les cultures, celle de la France qui les a partiellement rejetés, celle de l’Algérie qu’ils n’ont connue que par les parents et cousins, ont rendu les frères Kouachi incertains d’eux-mêmes, fragiles, prêts à tout pour être enfin quelqu’un, reconnus par un groupe, assurés d’une conviction. La secte est l’armure externe des mollusques sans squelette interne. Ils se sont créé des personnages de héros-martyrs faute d’êtres eux-mêmes des personnes.
Il ne faut pas croire que la multiculture enrichit forcément. Que font les politiciens pour établir les valeurs du vivre-ensemble sans les fermer sur l’extérieur ; pour faire respecter les lois de la République sans faiblesse ni « synthèse » ?
Comment faire pour « déradicaliser » les individus ? Une piste de réflexion intérieure, européenne et géopolitique. Lire surtout la seconde partie.