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Tuer le rire ?

L’un des tueurs voulait massacrer du juif ; les deux autres faire rentrer le rire dans la gorge. Car pour ces raccourcis du cerveau, on ne peut rire de tout. Si le rire est le propre de l’homme (Rabelais), Dieu l’interdit – ou plutôt « leur » Dieu sectaire, passablement fouettard, Dieu impitoyable d’Ancien Testament ou de Coran, plus proche de Sheitan et de Satan. Ange comme l’islam, mais déchu comme l’intégrisme.

Comme le Prophète ne savait ni lire ni écrire, il a conté ; ceux qui savaient écrire ont plus ou moins transcrit, et parfois de bouche à oreille ; les siècles ont ajoutés leurs erreurs et leurs commentaires – ce qui fait que la parole d’Allah, susurrée par l’archange Djibril au Prophète qui n’a pas tout retenu, transcrite et retranscrite par les disciples durant des années, puis déformée par les politiques des temps, n’est pas une Parole à prendre au pied de la lettre. Le raisonnable serait de conserver le Message et de relativiser les mots ; mais la bêtise n’est pas raisonnable, elle préfère ânonner les mots par cœur que saisir le sens du Message.

rire de mahomet

La bêtise est croyante, l’intelligence est spirituelle. Les obéissants n’ont aucune autonomie, ils ne savent pas réfléchir par eux-mêmes, ils ont peur de la liberté car ce serait être responsable de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. Ils préfèrent « croire » sans se poser de questions et « obéir » sans état d’âme. Islam veut-il dire soumission ? Un philosophe musulman canadien interpelle ses coreligionnaires : « une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent, pas toujours, mais trop souvent, l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l’islam de la tradition et du passé, l’islam déformé par tous ceux qui l’utilisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin ta vraie révolution ? »

Il ne faut pas rejeter la faute sur les autres mais s’interroger sur sa propre religion, distinguer sa pratique de la foi.

Mahomet s’est marié avec Aisha lorsqu’’elle avait 6 ans (et lui au-delà de la cinquantaine) ; il a attendu quand même qu’elle ait 9 ans pour user de ses droits d’époux : c’était l’usage du temps mais faut-il répéter cet usage aujourd’hui ? L’ayatollah Khomeiny a abaissé à 9 ans l’âge légal du mariage en Iran lorsqu’il est arrivé au pouvoir… Les plus malins manipulent aisément les crédules, ils leurs permettent d’assouvir leurs pulsions égoïstes, meurtrières ou pédophiles, en se servant d’Allah pour assurer ici-bas leur petit pouvoir : Khomeiny, Daech, mêmes ressorts. Trop d’intermédiaires ont passés entre les Mots divins et le texte imprimé pour qu’il soit à prendre tel quel. Croyons-nous par exemple que Jésus ait vraiment « marché sur les eaux » ?

voies du seigneur

Il ne faut pas croire que le Coran soit la Parole brute d’Allah. Que font les intellectuels de l’islam pour le dire à la multitude ?

Toute religion a une tendance totalitaire : n’est-elle pas par essence LA Vérité révélée ? Même le communisme avait ce tropisme : « peut-on contester le soleil qui se lève ? » disait à peu près Staline pour convaincre que les lois de l’Histoire sont « scientifiques ». Qui récuse la vérité est non seulement dans l’erreur, mais dans l’obscurantisme, préférant rester dans le Mal plutôt que se vouer au Bien. Il est donc « inférieur », stupide, malade ; on peut l’emprisonner, en faire son esclave, le tuer. Ce n’est qu’une sorte de bête qui n’a pas l’intelligence divine pour comprendre. Toutes les religions, toutes les idéologies, ont cette tendance implacable – y compris les socialistes français qui se disent démocrates (ne parlons pas des marinistes qui récusent même la démocratie…). Les incroyants, les apostats, les hérétiques, on peut les « éradiquer ». Démocratiquement lorsqu’on est civil, par les armes lorsqu’on est fruste.

kamikaze se fait sauter

Le croyant étant « bête » parce qu’il croit aveuglément, comme poussé par un programme génétique analogue à celui de la fourmi, ne supporte pas qu’on prenne ses idoles à la légère. Toutes les croyances ne peuvent accepter qu’on se moque de leurs simagrées ou de leurs totems : la chose est trop sérieuse pour que le pouvoir fétiche soit ainsi sapé. C’est ainsi que Moïse va seul au sommet de la montagne et que nul ne peut entrevoir l’Arche d’alliance ou le saint des saints du temple, que Mahomet est-il le seul à entendre la Parole transmise par l’ange et que nul infidèle ne peut voir la Kaaba. Dans Le nom de la rose, dont Jean-Jacques Annaud a tiré un grand film, Umberto Ecco croque le portrait d’un moine fanatique, Jorge, qui tue quiconque voudrait simplement « lire » le traité du Rire qu’aurait écrit Aristote. Ce serait saper la religion catholique et le « sérieux » qu’on doit à Dieu… Les geôles de l’Inquisition maniaient le grand guignol avec leurs tentures noires, leurs juges masqués, leurs bourreaux cagoulés devant des feux rougeoyants. Pas question de rire ! Même devant Louis XIV (sire de « l’État c’est moi »), Molière devait être inventif pour montrer le ridicule des médecins, des précieuses ou des bourgeois, sans offusquer les Grands ni Sa Majesté elle-même.

Il ne faut pas croire que le rire soit le propre de l’homme ; ce serait plutôt le sérieux de la bêtise. Que font nos intellectuels tous les jours ?

rire beachboy

C’est cependant « le rire » qui libère. Il permet la légèreté de la pensée, le doute salutaire, l’œil critique. Rire déstresse, rend joyeux autour de soi, éradique peurs et angoisses – ce pourquoi toute croyance hait le rire car son pouvoir ne tient que par la crainte. Se moquer n’est pas forcément mépriser, c’est montrer l’autre en miroir pour qu’il ne se prenne pas trop au sérieux. C’est ce qu’a voulu la Révolution française, en même temps que l’américaine, libérer les humains des contraintes de race, de religion, de caste, de famille et d’opinions. Promotion de l’individu, droits de chaque humain, libertés de penser, de dire, de faire, d’entreprendre. Dès qu’un pouvoir tend à s’imposer, il restreint ces libertés-là.

rire de tout

Est-ce que l’on tue pour cela ? Sans doute quand on n’a pas les mots pour le dire, ni les convictions suffisamment solides pour opposer des arguments. Petite bite a toujours un gros flingue, en substitution. Surtout lorsque l’on a été abreuvé de jeux vidéos et de décapitations sans contraintes sur Internet : tout cela devient normal, « naturel ». C’est à l’école que revient de dire ce qui se fait et ce qui ne se fait en société : nous ne sommes pas dans la jungle, il existe des règles – y compris pour la diffamation et le blasphème. Il est effarant d’entendre certains collégiens (et collégiennes) dire simplement « c’est de leur faute ». Donc on les tue, comme ça ? C’est normal de tuer parce qu’un autre vous a « traité » ? Est-ce ainsi que cela se passe dans les cours de récré ? Si oui, c’est très grave…

rire de tout france

L’écartèlement entre les cultures, celle de la France qui les a partiellement rejetés, celle de l’Algérie qu’ils n’ont connue que par les parents et cousins, ont rendu les frères Kouachi incertains d’eux-mêmes, fragiles, prêts à tout pour être enfin quelqu’un, reconnus par un groupe, assurés d’une conviction. La secte est l’armure externe des mollusques sans squelette interne. Ils se sont créé des personnages de héros-martyrs faute d’êtres eux-mêmes des personnes.

Il ne faut pas croire que la multiculture enrichit forcément. Que font les politiciens pour établir les valeurs du vivre-ensemble sans les fermer sur l’extérieur ; pour faire respecter les lois de la République sans faiblesse ni « synthèse » ?

Comment faire pour « déradicaliser » les individus ? Une piste de réflexion intérieure, européenne et géopolitique. Lire surtout la seconde partie.

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Propos et anecdotes sur la vie selon le Tao

Propos et anecdotes sur la vie selon le taoLa morale politique des siècles d’or chinois il y a 2200 ans, compilés par un lettré et choisis par un spécialiste contemporain. Un petit bijou à La Rochefoucauld. Toute politique n’est efficace que si elle est « morale », ce qui veut dire qu’elle obéit à la vertu, conduite humaine en harmonie avec l’ordre du monde. Qui s’en abstrait échoue, nos politiciens pourraient l’apprendre…

La façon chinoise de faire de la philosophie n’est pas de proposer un traité logique, partant de l’abstrait hors du monde pour fixer les règles du concret dans le monde. Ce serait plutôt l’inverse : les faits historiques engendrent des réflexions, nourries d’entretiens des hommes exemplaires entre eux. Seule l’expérience historique est garante de la vérité. Ce qui a été vécu une fois, discuté et médité, vaut bien mieux que tous les traités bâtis en chambre par un seul esprit enfiévré. Là encore, la Chine n’est pas l’Occident, privilégiant le collectif à l’individuel.

Nous sommes à une époque d’empire centralisé, qui règne grâce à une armée de fonctionnaires, quelques 400 ans après Confucius. La seule certitude à laquelle l’être humain puisse s’accrocher est la vertu. Or celle-ci consiste observer la réalité ici et maintenant, dans ce monde et avec les hommes et les choses tels qu’ils sont. Existe-t-il une conscience supérieure ? Une vie après la mort ? Il faudra attendre de passer de l’autre côté avant de le savoir. En attendant, l’existence concerne les vivants, et leur comportement doit y être adapté. C’est le rôle des rites, qui sont proches du droit, soit un ensemble de règles de vie en société qui vont du gouvernement à la civilité entre individus, en passant par les relations commerciales et politiques. La civilisation est une politesse, mais cette courtoisie englobe la maîtrise de soi et la culture.

Pas de « bon sauvage » (idée absurde à un Chinois), mais un être naturellement prêt à être éduqué par ses parents, sa famille, son milieu, la société et l’État. La « vertu » est ce qui résulte de cet élevage – au sens premier de l’élévation d’un être. Certes, nous sommes il y a des milliers d’années et la liberté individuelle comme l’égalité revendiquée ne faisaient pas partie de l’univers chinois. Mais il y avait respect et hiérarchie. Fidélité de l’inférieur au supérieur et du supérieur à l’inférieur. Une sorte de relation féodale où la puissance s’étendait par débordement à l’ensemble de la maisnie. La mentalité bourgeoise, de mise depuis le XVIIIème siècle en France (voir Le Bourgeois gentilhomme…) est imperméable à cet esprit aristocratique, mais il subsiste chez les militaires, les sportifs et dans certaines entreprises – comme dans certains jeux vidéos appréciés des ados et tirés des vastes fresques intergalactiques, fantastiques ou vampiriques.

Un homme de pouvoir vertueux ne pouvait imposer à quiconque ce qu’il n’était pas prêt lui-même à faire. La culture est la nature, ou plutôt une harmonie de sagesse entre l’être vivant et l’univers dans lequel il vit, qu’il soit inerte, alimentaire, humain ou cosmique. La culture de soi est donc plus importante que l’apparence, élégance et esprit valent mieux que titre ou Rolex. Le bien entraîne le bien, le mal entraîne le mal. Et les puissants ne sont pas à l’abri d’une erreur. Ce pourquoi existent les sages, qui sont ceux qui savent parler sans fard et oser critiquer le pouvoir lorsqu’il le faut. Rien de pire pour le vertueux que d’être entouré d’admirateurs qui n’ont que louanges à la bouche. « Qui aime la guerre va à sa perte, mais qui oublie la guerre est en danger. » Vigilance et  persuasion sont nécessaires pour mener le char de l’État.

« Confucius était juge suprême depuis sept jours lorsqu’il fit exécuter quelqu’un. » Ses disciples s’interrogent. Confucius répond : « Il faut condamner à mort cinq sortes d’hommes, qui n’ont rien à voir avec les bandits et les voleurs. Les premiers utilisent leur perspicacité pour faire des coups fourrés ; les seconds trompent les autres parce qu’ils sont très malins ; les troisièmes ont une conduit mauvaise et s’entêtent sans vouloir se réformer ; les quatrièmes ont des ambitions stupides et en même temps de vastes connaissances ; les cinquièmes raisonnent faussement mais avec tellement de brio qu’on ne s’en aperçoit pas. (…) Si on les laisse pratiquer leur fausseté, leur intelligence leur permettra d’exciter les foules et leur puissance de diriger le pays dans leur propre intérêt. Il faut absolument éliminer ces aventuriers félons. » Mais Confucius d’ajouter : « Évidemment, une condamnation à mort pour une telle raison peut susciter doutes et inquiétude chez l’homme de bien et laisser l’imbécile décontenancé » p.115.

Chacun reconnaîtra aisément le portrait de politiciens français contemporains dans cette description précise du philosophe chinois.

Quant à l’État, voici pourquoi il part à vau l’eau : « Notre souverain est jeune et faible ; les dignitaires sont des prévaricateurs, ils se liguent en factions pour accaparer postes et titres ; les fonctionnaires exercent un pouvoir dictatorial sans même informer leurs supérieurs ; les réformes politiques ne peuvent s’inscrire dans la réalité et on en change plusieurs fois en cours de route ; la plupart des lettrés sont rusés et cupides et en même temps éprouvent du ressentiment. Voilà les véritables présages funestes du royaume de Zhai » p.130. Tout est dit de notre présent – et avec plus de clarté et de talent que n’importe quel chroniqueur politique.

C’était déjà pensé et mis en lettres il y a plus de deux mille ans…

Yiqing Liu, Propos et anecdotes sur la vie selon le Tao – précédé de Jardins d’anecdotes, environ 50 avant J-C, traduit du chinois par Jacques Pimpaneau, 2002, Picquier, 223 pages, €33.56

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